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CHAPITRE III

Définition du hunter. — Ses aptitudes. — Sa dose de sang. — Esprit sportif des Anglais de toutes classes. — L'ancien hunter. — Le hunter moderne. — Les deux classes de hunters : anglais et irlandais. —Formule d'élevagedehunter. — Pays d'élevage du hunter anglais. — Pays d'élevage du hunter irlandais. — La crise. — Les exportations. — Méthodes anglaises.

Si l'on compare les chevaux anglais aux autre s chevaux de l'ancien et du nouveau monde, employés aux mêmes usages, ceux qu'on nomme les hiinters doivent occuper la première place, qu'ils soient anglais ou irlandais.

Qu'est-ce, à proprement parler, qu'un hunter ? La meilleure définition en est donnée par M. Jacoulet, dans son excellente Hippologie. (( C'est, écrit-il, un métis industriel ne se reproduisant qu'exceptionnellement ; à chaque génération, on revient au croisement de la jument du pays, ou améliorée, avec le pur sang étoffé,, dit de croisement ».

Le hunter est, par ses aptitudes, un cheval de

chasse à travers pays « remarquable par la puissance de son squelette et par un ensemble attestant la prédominance sur l'appareil digestif des appareils respiratoires, musculaires et nerveux. De cela découlent une grande puissance de travail, une persistante énergie et une facilité extraordinaire pour porter de gros poids, sans fatigue, malgré la vitesse des allures ; toutes ces qualités en font aussi un excellent cheval de service à l'attelage.

Le hunter, en Angleterre, n'est pas forcément de demi-sang. Beaucoup de chevaux de pur sang sont, en effet, qualifiés hunters quand ils possèdent les aptitudes qu'on réclame en Angleterre du cheval de chasse. Mais, pur sang ou non, le hunter doit avoir « une tête comme un serpent, une peau comme une souris, un œil comme une femme, brillant, doux et brun, un rein et un dos à porter une maison et des membres pour l'enlever par-dessus une ville. » (Wythe MelviUe.)

Nous avons vu que la chasse à travers pays,

derrière les chiens, ne daterait en Angleterre que de la deuxième moitié du xviii^ siècle. Mais les Anglais de toutes les classes de la société, empoignés, naturellement, par le côté plus sportif que vénerie de leurs chasses au renard, vrais cross-coiintries déguisés, s'y livrèrent avec ardeur. L'élevage du hunter fît de très grands et rapides progrès. La fonction crée l'organe ; une race de chevaux de selle ne vaut que par la qualité sportive de ceux qui les emploient. C'est aussi pour cela qu'en France, où on ne monte pas à travers pays, non seulement il n'existe pas une production hunter, mais encore on ne compte que de très rares éleveurs et, disonsle, assez peu de cavaliers en dehors de l'armée, capables même de comprendre ce que c'est qu'un hunter. De là naissent toutes nos oiseuses et ridicules discussions sur le hunter ou même Je simple cheval d'armes. Un des plus notoires groupements agricoles français n'a-t-il pas été jusqu'à mettre en concours ce sujet: « Quel est le meilleur modèle du cheval de selle ? »../

En Irlande, une longue expérience, la force même des choses ont consacré l'excellence d'une formule qui peut servir de modèle à

tous ceux qui ignoreraient ce qu'est un cheval de selle et comment on peut le produire.

Jadis, le hunter était, généralement, plus râblé, plus corsé qu'aujourd'hui. Il était aussi plus lent ; mais les méthodes de culture, et par conséquent les méthodes de chasse ayant évolué, le modèle des chevaux de chasse et leurs aptitudes se sont également modifiés. Les hunters, tout en restant forts et osseux, sont devenus plus longilignes, — avec cependant une tendance à l'allégement dans la moj^enne production. Ceux qu'on prime le plus volontiers aujourd'hui, à Islington et à Dublin, ont toute l'apparence de très forts pur sang, d'autant plus que la mode est de leur laisser la queue longue.

On peut diviser les hunters en deux catégories : les anglais et les irlandais, bien que dans chacune de ces catégories il y ait aussi des modèles bien différents ; on peut y ajouter, si on veut, pour faire plaisir « à ces vantards du Leicestershire, fiers comme des aigles et jaloux comme des filles » (Sydney), une

troisième classe, les hunters du Leicestershire. Ces derniers ne sont pas toujours ceux nés dans ce comté, mais bien ceux qui sont capables d'y chasser et qui, par conséquent, possèdent train, puissance au saut, fond, le tout au maximum. Mais en Leicestershire, comme partout, les qualités d'un cheval de chasse dépendent beaucoup de celles de son cavalier et de son avoine.

Les hunters de première classe se payent couramment de 12.500 à 25.000 fr. ; et 20.000 fr. est le prix moyen des premiers lauréats des concours d'Islington et de Dublin.

Le hunter anglais se présente, nous l'avons dit.sousun type très modernisé. On l'obtient, en effet, par l'emploi du pur sang, avec les juments soit qualifiées hunter, soit indigènes améliorées. Car il est rare que le fils d'une jument de trait, et du meilleur pur sang de croisement qui soit, puisse être autre chose qu'un élément de transition, un échelon dans l'amélioration et non un vrai cheval de selle.

L'élevage du hunter , étant une production toute spéciale, reste forcément limité en nombre. La Hunters improvement Society n'inscrit guère que 500 juments et 25 étalons tous les deux

ans ; pour tout le Royaume-Uni, cela n'est pas beaucoup.

La même enquête signale comme bons centres d'élevage, le Durham, l'Essex, le Surrey, le Gloucestersbire, le Lancashire, le Middlesex, le Montgommerysbire, le Northumberland, le Sussex, le Yorksbire, le Kent, le Lincolnshire, le Hamsphire, le Strospshire; en Ecosse, le Selkirk et le Fifeshire — chacun de ces pays avec un nombre de poulinières très différent — mais, presque partout, dit ce rapport, « insuffisantes en nombre et en qualité », et cela, surtout, constitue la crise du hunter dont il sera parlé plus loin.

Le hunter irlandais diffère du hunter anglais en ce sens qu'il est, qu'il était, surtout, de sa nature, plus petit, plus heurté dans ses lignes, plushanchu. On lui accorde aussi beaucoup plus de fond et d'endurance et une aptitude remarquable et héréditaire au saut. Mais le type ancien tend à disparaître. Quelques élevages cependant conservent encore les caractères primitifs et la couleur de la robe qui était généralement grise.

Les centres possédant actuellement, d'après l'enquête de 1904 de la Hanter s society, les meilleures poulinières seraient : Down (lOOjuments), Clark, Ormond, Thomastown, ces quatre districts cités pour la qualité des juments ; Ballymena 20 (juments), Cork (50), Galway (60), Kildare (100), Sligo (600 dont 20 0/0 seulement sont aptes à produire des hunters), Tullamore (25), Waterford (400, mais beaucoup insuffisantes), etc. Ces chiffres sont cités parce qu'ils permettent de se rendre compte que la production hunter, si elle est de beaucoup supérieure en qualité, est insignifiante en quantité comparée à notre stock d'anglo-normands de demisang.

L'industrie hunter subit aussi une crise très sensible. On se plaint de ce que les prix, dans leur ensemble, ne soient pas assez rémunérateurs, que les bonnes juments s'exportent, disparaissent pour l'élevage en nombre très considérable, que le paysan préfère élever du gros trait et surtout qu'il consacre à la production hunter, en Angleterre comme en Irlande, des

juments inférieures qu'il offre à de mauvais étalons de pur sang appartenant à des particuliers besogneux ^ Celte situation inquiète d*autant plus l'opinion publique que l'Angleterre doit bientôt arriver à l'organisation d'une cavalerie militaire permanente et à effectifs chevalins complets, ce qu'elle est loin de posséder actuellement.

En effet, 9.046 chevaux y remontent, actuellement, 14.404 hommes. Ce procédé économique fait marcher à pied 5.000 cavaliers. La Yeomanry, 12.000 hommes environ, possède des chevaux en propre. Les Remontes achètent annuellement environ 2.842 chevaux, entre 1.085 francs et 1.312 francs. Une réserve de 3.500 chevaux de selle doit, moyennant pension de l'Etat, rester aux mains de ses détenteurs {Les Remontes européennes, Goldbeck).

L'Italie, l'Allemagne, l'Espagne, la Hollande, la Belgique, la Russie, achètent des hunters anglais pour remonter leurs écoles de cavale-

1. Voir l'excellent ouvrage de M. Meiûeman, Le demi-sang en Irlande.

rie et leurs officiers. En France, les Remontes militaires, depuis une vingtaine d'années, n'achètent plus de chevaux étrangers. Aussi les reprises de carrière de Saumur avaient-elles baissé de pied depuis que les derniers « irlandais » en ont disparu. Elles reprennent, aujourd'hui, de plus en plus de qualité depuis qu'elles sont composées d'issus de pur sang anglo-normands, dont quelques-uns peuvent soutenir la comparaison avec ses meilleurs hunters, car rien ne nous empêche d'en avoir d'aussi bons qu'en Angleterre dès que nos procédés d'élevage seront devenus rationnels.

Ne nous faisons pas d'illusions, cependant, les demi-sang galopeurs pour forts poids, ne naisssent pas d'éléments insuffisants. Ce n'est pas en Angleterre qu'on prétendrait obtenir des galopeurs avec l'étalon trotteur. Une telle proposition risquerait d'y rendre à jamais ridicules les malheureux qui oseraient l'émettre.

Voici, en résumé, les procédés anglais : la Himters improvement Society, en dehors de laquelle aucun élevage de hunter n'existe, n'inscrit à son Stiid book que les étalons : 1° ayant mérité la qualification par les

courses (^Jockey-Club ou National hiint Rides) ; ceux de demi-sang dont un des ascendants a eu des performances analogues ; ceux dont le père ou la mère ont produit des vainqueurs dans lesdites courses ; — 2° ceux qui sont qualifiés de droit par leur généalogie, savoir ceux qui descendent depuis la 4^ génération de pur sang ou d'étalons et de juments hunter qualifiés.

Quant aux juments, pour être qualifiées hunter, elles doivent être issues d'un ascendant qualifié et avoir été primées dans un concours ; être reconnues saines et nettes, quand un de leurs produits a été primé dans un concours hunter, et à condition que ces juments soient issues d'un pur sang ou d'un hunter qualifié ; les juments qui sont primées par la Société ou par la Royal Dublin Horses Society ; non seulement la jument doit être saine et nette et reconnue apte à la production hunter, mais elle doit toiser au moins 1 m. 54.

Cependant la H. I. S., jugeant qu'il était de son devoir, après avoir favorisé l'élevage défaillant du hunter de haute qualité, de ne pas oublier celui du cheval de selle ordinaire, a décidé de ne pas se montrer trop exclusive. Elle publie

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maintenant un supplément à son stud-book. Pour être enregistré au principal, il suffit que le sujet ait deux générations de pur sang ou de hunter qualifié (au lieu de quatre). Dans le second, on enregistre les descendants, par le père seulement, d'étalons hunters. Les mères peuvent être alors de toutes sortes : hackney, yorkshires, shires même... Gela donne des animaux de seconde catégorie qui sont loin de valoir nos issus du pur sang et de la jument trotteuse anglo-normande, presque toujours, elle-même, de très bonne origine.

En résumé, quand les hunters ne sont pas de pur sang, ils sont, et c'est le plus grand nombre, issus de juments à 50 0/0 ou à 75 0/0. Les étalons primés aux Kings premhim (l'étalon primé dans une exposition royale doit saillir au moins 50 juments au prix de 42 s.) sont toujours de pur sang. Ils ne sont pas choisis sur leurs performances, mais bien sur leur modèle. Aussi, souvent, ces étalons pur sang hunter sont-ils forts, compacts, épais et sans prétentions à la vitesse en course, ainsi que devraient toujours être de bons étalons pur sang de croisement.

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