CHAPITRE VI
Le Shire horse. — Le Clydestale. — Le Suffolk .
L'industrie du trait a pris outre-Manche un grand développement, à cause des progrès de l'agriculture, des transports industriels et de l'exportation.
Beaucoup de chevaux de trait anglais se singularisent par les poils épais et très abondants qui garnissent la partie postérieure du canon, depuis le pli du genou jusqu'à terre.
On en voit les plus beaux échantillons dans les différents concours régionaux et à Londres, à celui d'Islington où ils sont admirablement présentés.
Le Shire horse est élevé principalement dans les districts de Humber, de Cam, dans les riches comtés de Lincoln, Cambridge, à l'ouest du Huntindonshire, dans le Northamptonshire,
Leicestershire, Nottinghamshire, dans la région de Derby, Norwich, Strafford.
Partout le modèle est assez uniforme, grâce à l'influence de la Sliire horse Society^ fondée en 1878, et dont le Stud-book comptait déjà 19.275 étalons et 34.578 juments en 1900. Cette Société est aidée dans sa tâche par la London Cart-horse parade Society dont le titre indique suffisamment le rôle.
L'étalon shire, avec sa taille de 1 m. 65 à 1 m. 72, est un des plus lourds des chevaux de trait. Il pèse jusqu'à 906 kilogrammes. Aussi en a-t-on vu tirer 7.000 kilogrammes sur un camion, facilement. Son encolure est longue et bien greffée ; sa tête belle a le front large ; la poitrine est bien descendue, le dos est court et fort, la hanche forte, le carré de derrière important très musclé et les articulations larges souvent bien descendues. Les tendons sont forts et les extrémités plutôt communes, bien que la robe soit presque toujours fine et soyeuse. Une a crinière » abondante pend le long de son canon jusqu'à terre où elle s'écrase, d'une façon qui paraîtrait à beaucoup de cultivateurs français plus qu'originale. Mais ce développement
pileux est nécessité par le climat pluvieux, boueux et froid, sous lequel ces animaux sont appelés à vivre.
La Shire horse Society a dirigé l'élevage vers un but nettement déterminé : créer et maintenir une race très lourde de chevaux de trait dont l'étalon, foncé de robe, de très haute taille, doit être du poids le plus élevé possible. Les bons sujets se paient 5 et 6.000 francs et les sujets moyens environ 2.500 à 3.000 francs.
L'exportation se fait le plus souvent pour le Canada, les Etats-Unis, la Nouvelle-Zélande, l'Australie et la République Argentine, mais c'est une exportation plutôt modeste comme nombre. Il serait facile aux races françaises de concurrencer cette exportation anglaise, si l'esprit d'initiative animait un peu plus nos éleveurs et syndicats. Cette remarque s'applique aussi aux autres races de trait anglaises dont nous allons parler plus loin.
Le Clydesdale, le '^ shire » de l'Ecosse, s'élève principalement sur les bords de la Clyde où se trouve le berceau de sa famille. Il peuple
maintenant l'Angleterre et l'Ecosse. On prétend que les clydesdales proviennent du croisement de la jument indigène avec des étalons flamands. Ils proviennent surtout d'une méthode d'élevage pratiquée pendant plus d'un siècle avec beaucoup d'esprit de suite sur les Galloway (bidets) du pays, dont beaucoup n'étaient que des poneys.
Le Glydesdale diffère du shire, dans sa structure générale, en ce qu'il est souvent plus long, d'une taille moyenne de 1 m. 62 qui atteint même 1 m. 72. Sa tête est plus forte, avec un chanfrein convexe souvent ; ses épaules ont la réputation d'être meilleures que celles du shire, ce qui lui donne un pas plus dégagé ; il est aussi plus long jointe et possède un peu moins de (c poil aux pattes ». Ses canons mesurent jusqu'à 26 centimètres de tour et ses pieds sont parfaits. Mais son garrot est bas et noyé, son corps cylindrique souvent, sa croupe parfois maigre et courte. Il est toujours de couleur foncée, souvent belle face, et avec traces de balzanes postérieures.
Le prix moyen varie, suivant l'origine et la conformation, entre 1.025 et 3.000 francs, mais
on cite des étalons de tête ayant été payés jusqu'à 15.000 francs, ce qui est, à dire vrai, un prix exceptionnel, les très bons étalons de concours valant à peu près la moitié de ce chiffre.
Le Siiffolk horse ou Suffolk punch est tout à fait différent du Shire et du Clydesdale. Alezan de toutes nuances, avec ou sans blanc, il est plus petit, 1 m. 52 à 1 m. 64, avec tendance à l'élévation moyenne delà taille. Il est aussi très bas sur jambes, au point d'avoir l'air disproportionné. Il ne possède point non plus la fameuse touffe de poils aux canons des autres races de trait anglaises. Souvent, il est bas du devant, défaut qu'on lui reprochait déjà au milieu du xvni^ siècle, où il était déjà mentioné comme de race pure. Mais ses épaules sont longues et bien dirigées, ce qui lui vaut son célèbre pas allongé. Sa masse est phénoménale. Il mérite donc bien son sobriquet de Suffolk punch (tonneau).
L'élevage moderne est dirigé par l'active Suffolk horse Society qui, méthode à elle particulière, distribue aux propriétaires de bonnes
poulinières des bons de saillie, vend les produits obtenus, en partage le montant avec l'éleveur auquel elle facilite aussi l'achat de bonnes poulinières. Cependant la valeur marchande du reproducteur du Suffolk semble être inférieure à celle des autres races. Il s'exporte surtout en Australie et dans l'Amérique du Sud.