CHAPITRE V
Leurs utilisations. — Races diverses. — Les hackney poneys. — Les polo poneys. — Les polo poneys en France.
On apprécie hautement la valeur des pone3^s anglais, — modernisés bien entendu, — depuis la vogue du jeu de polo et surtout depuis les guerres coloniales, celle notamment du Transvaal.
Ils sont si utilisés en Angleterre comme chevaux de service, attelés et montés^ que la production nationale étant parfois insuffisante, il en est, d'après le D'^ Goldebeck, importé un certain nombre de Norvège et de Russie.
L'améhoration s'est emparée des diverses familles de poneys, dont les troupeaux vivent encore souvent à l'état demi-sauvage.
On les rencontre dans les contrées jadis pauvres ou qui le sont encore restées, dans le Hampshire, à New-Forest, dans le pays de Galles, dans le Cumberland et Westmoreland,
en Irlande, dans le Connemara ; en Ecosse, dans ses îles et principalement dans le Shetland. Tous ces poneys se différencient comme type suivant leur lieu d'élevage. On pourrait écrire un volume sur chacune de ces familles que le docteur Goldbeck a étudiées en détail dans son livre sur l'élevage en Angleterre. Nous n'avons pas assez de place ici pour parler de leurs utilisations pratiques.
On emploie les Shetlandais qui sont des poneys nains, au trait, dans les galeries de mines; puis dans les maisons bourgeoises, à la selle et à la voiture pour les enfants. Leur caractère est extrêmement pacifique. Quand ils sont adultes, sains et nets, bien dans le type de leur race et dressés, ils atteignent très facilement le prix de 500 francs, et même très au delà pour les sujets exceptionnels.
Notons une tentative très réussie de sélectionner dans la race hackney une famille de hackney poneys. On en voit à Islington. Ils atteignent des prix fous.
Les polo poneys ne constituent pas, bien entendu, une race spéciale, mais ils sont choisis parmi les meilleurs de toutes les races offrant les conditions d'aptitudes et de taille requises. Jadis, aux Indes, vers 1864, on se contentait, €omme les natifs, des chevaux de 1 m. 22. Maintenant la moyenne du poids à porter étant d'environ 13 stones (83 kilos), la taille exigée se trouve portée à 14 hands 2 pouces (1 m. 47 à 1 m. 49).
Le jeu nécessite pour le cheval un déploiement de vitesse au galop et de force joint à une très grande souplesse ; il faut donc, au polo, des chevaux de tout premier ordre, poneys par la taille seulement, en somme une réduction de hunters ou de pur sang.
Aujourd'hui, la Polo pony Society encourage, dans les races locales, la production de poneys aptes. Elle donne des prix importants dans ses concours spéciaux et inscrit les bons reproducteurs à son Siiid-book dont le volume contient 285 étalons et 1.705 juments (avec chapitres spéciaux pour Dartmoor, Exmoor, Fell, New- Forest, Connemara, Highland).
Les étalons améliorateurs préférés sont des
orientaux, les étalons poneys sélectionnés, et surtout des pur sang bien choisis, raçant fort et petit, avec des juments également sélectionnées d'après leurs modèles et leurs aptitudes.
Un polo-poney non dressé vaut 25 à 50 livres (625 à 1.250 francs) ; mais, s'il joue bien, son prix atteint facilement 12.000 francs et bien au delà, sans qu'entre en ligne de compte une autre considération que celle de ses aptitudes professionnelles.
Il existe dans tout le Sud-Ouest français une très grande quantité d'individus chevalins dont la taille oscille entre 1 m. 40 et 1 m. 50. Beaucoup ont 1 m. 48, ce qui est la limite minima des achats des Remontes. Or le propre de la race anglo-arabe étant d'être de petite taille, il arrive que ces poneys accidentels sont souvent très bien faits, bien roulés, osseux, et avec de beaux membres. Ils sont aussi bons porteurs de poids que leurs frères de 1 m. 56 à 1 m. 60. Ils sont infatigables, sobres, avec des tendons d'acier, un courage à toute épreuve
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une bonne humeur charmante dans le travail.
Il n'est pas vrai que le poney du Midi soit trop léger pour jouer au polo. Beaucoup de ces poneys sont aussi forts et mieux membres que les petits pur sang anglais qui font si bon emploi au polo. Mais ils sont plus délicats dans leur bouche et demandent des cavaliers assez lins, c'est peut-être là leur plus grand défaut pour un emploi où il ne s'agit que de sport et non d'équitation .
Le Gers a la spécialité de ces poneys osseux, car les gens du peuple y aiment à courir les routes à plein train, et c'est là qu'on trouverait, je ne dis pas une grande quantité de poneys de polo, mais assez certainement pour faire baisser les prix de ces phénomènes qu'on va chercher jusqu'au Texas. Un industriel qui suivrait les commissions de remontes militaires, et qui achèterait les refusés de trois ans et demi pour défaut de taille, qui les garderait un an en les nourrissant et en les travaillant, pourrait gagner quelque argent, si toutefois un snobisme assez ridicule ne poussait certains Français à ne jamais vouloir payer à sa valeur un cheval d'origine française.
C'est sur cette remarque, qu'on peut généraliser, que je veux finir ce chapitre. (( Nous autres Français » avons chez nous tout ce que nous allons trop volontiers chercher à l'étranger, d'admirables chevaux de gros trait, des anglonormands, vendéens, charolais tous beaux et bons à l'attelage quand ils sont issus du trotteur français, et à la selle s'ils sont fils ou petits-fils du pur sang ; nous avons un des meilleurs chevaux de selle poids moyens qui soient, l'angloarabe du Sud-Ouest, parce qu'il est cheval de selle, naturellement, par atavisme... Certes, nous ne méprisons pas nos races, — car nous ne sommes pas tous snobs à ce point, — mais nous les ignorons. Puisse cette courte étude comparative de la production d'en delà et d'en deçà de la Manche contribuer à faire connaître aux amateurs de bons chevaux, que « s'ils en ont en Angleterre », nous en avons aussi en France.