CÉPHALIQUE
Duché de Saxe-Cobourg
Duché de Saxe-Meiningen
Duché de Saxe-Gotha
Duché de Saxe-Weimar-Eisenach
Thuringe prussienne (piys d'Erfurt) (2)
(1) Il y a une erreur d'addition dans le mémoire d'UEXKUL (p. 34), il donne 108 et 96 au lieu de 104 et 100.
(2) C'est la partie de la Thuringe prussienne située au nord du Thuringerwald, c'est-à-dire à Texclusion du district de Suhl-Schleusingen.
On voit d'après ce tableau que les Thuringiens des duchés Saxons situés en grande partie au nord du Thuringerwald (Weimar-Gotha, Thuringe prussienne) sont sous-brachycéphales 82 (2), tandis que les Franconiens des duchés qui se trouvent presque en entier au sud du Thuringer- Wald (Cobourg, Meiningen) sont brachycéphales (84). La crête de cette chaîne forme donc un véritable partage entre les formes crâniennes. De
(1) L'auteur n'indique pas son procédé opératoire; mais comme son travail est antérieur à « l'entente de Francfort » il est à présumer que ses mesures sont prises d'après le sytème Broca.
(2) Ueikul dit par erreur dans son travail : 82,25.
54 ASSOGUTION FEA19ÇÀIS1 POUR l'aTàMCBMBNT DBS 6GIENCXS
plus, immédiatement à l'ouest de la chaîne, la zone mésocéphale de Saxe- Weimar-Eisenach (81,5), c'est-à-dire la vallée moyenne de la. Wena, branche maîtresse du Weser, resserrée entre les régions brachycéphales à Fouest (province de Hesse, 84), et i Test (Franconie Saxonne et Bavaroise, 84 et 86), touche presque au nord la région sous-dolichocéphale de Gôttingue (79,9) et se continue au sud par la zone mésocéphale de la basse Franconie bavaroise (voyez plus bas). C'est donc une trouée, percée par j les mésocéphales le long de la vallée de la Werra en plein pays brachyoé-
j phale. Cette partie de l'Allemagne, ainsi que le plateau du Harz, situé plas
r au nord et encore inexploré au point de vue anthropologique, méritent
toute l'attention des savants qui s'occupent de la somatologie des races i européennes.
i En dehors des chiffres d'Uexkul, je ne puis citer pour les pays Saxoos
que la série de 20 crânes de « Thuringiens » des environs d'Iena (Saxe- Weimar) décrite par Welckkr (85) et dont l'indice (81,6) se rapproche toot à fait de celui que je viens de calculer pour le Saxe-Weimar-Eisenach (81 ,5). Je le reporte donc avec d'autant plus de confiance sur ma carte.
Pour les pays Saxons situés plus à Test, pénurie presque complète de documents. 7 crânes du royaume de Saxe donnent à Sghmu>t (92) on indice 81,1, soit 83,1 sur le vivant (2 crânes saxons de Mehnert (96) ont presque le même indice 81,4, soit 83,4); Ecker (78) donne les indices d'un crâne de Halle sur la Saale (province prussienne de Saxe) 80,8, et d'uD crâne de Dresde (84,7). La moyenne des indices de ces 10 crânes est de 81,4 (rapportée au vivant). Elle est légèrement inférieure à celle (82,5) qu'avait fournie à Wklcker (85) une belle série de 60 crânes des environs de Halle sur la Saale. En somme, j'accepte ce dernier chiffre pour toute la partie sud de la province prussienne de Saxe, située à l'ouest de l'Elbe.
c) Allemagne orientale.
Les seuls chiffres que je puisse donner pour cette partie de l'Allemagne sont empruntés à Lissauer (74-78). Ils se rapportent aux habitants des provinces de Prusse orientale et de Prusse occidentale. 206 crânes d'hommes accusent un indice céphalique moyen de 79,2; 63 crânes de femmes, l'indice 78,95 et 13 crânes de sexe indéterminé, 79,3. La moyenne des 282 crânes est de 79,18, ce qui, réduit de 0,5 d'unité (pour la concordance avec notre système) et rapporté au vivant, donne l'indice de 80,65, c'est-à-dire mésocéphale.
Pour les indices des Polonais, Lithuaniens et Vendes de l'Allemagne, voyez plus bas (Slaves).
J. DENIKER. — LES RACES DE L'eUROPE. — INDICE CÉPHALIQUE bS
d) Allemagne méridionale.
Grand-duché de Bade. — Il y a bien longtemps, Ecker (65) publia une belle étude sur une série de 200 crânes du Schwarzwald et plus particulièrement sur 98 crânes du Schwarzwald méridional, l'ainsi nommé Hotzenwald, correspondant à l'ancien comté de Hauenstein. Il a trouvé pour cette série Tindice céphalique moyen de 83,5, soit 85,5 sur le vivant. On peut admettre ce, dernier chiffre pour tout le district de Waldshut où se trouve actuellement la ville de Hauenstein (1). Plus récemment. Mies (96) a publié les mesures de 178 crânes des cadavres de l'Institut anatomique de Heidelberg, pour la plupart des sujets natifs de cette ville ou de son district; l'indice céphalique de cette série est de 83,1 sur le Mvant. Pour Je reste du pays je me suis servi des mesures sur le vivant fournies par O. Ammon dans son ouvrage (93, p. 86-87) et des notes manuscrites que ce savant a bien voulu me communiquer. Ces notes renferment des mesures au cadre allemand, qui ont été réduites par moi, de 0,5 d'unité, afin de pouvoir les comparer aux autres. De plus, mon ami le D** CoUignon a mis à ma disposition les mesures prises sur sa demande par M. Ammon au compas-glissière, d'après la méthode Broca sur des sujets vivants des différents points du Grand-Duché (2).
Voici le résumé de toutes ces données. La moyenne générale de l'indice pour tout le pays, d'après environ 7.000 conscrits mesurés par 0. Ammon est de 83,6. Les cercles (Kreise) méridionaux (Lorrah, Waldshut, Constance, Villingen) offrent un indice de 83,6 ; le cercle de Mosbach, au nord-est du pays, a un indice de 82,8 ; enfin le reste du pays et les cercles du centre (Heidelberg, Karlsruhe, Baden, Offenburg et Fribourg) ont un indice de 83,8 (3) ; mais ici il y a lieu de distinguer trois régions naturelles. En effet, dans la vallée du Rhin, 1.321 hommes donnent un indice moyen de 83,8; dans la région de collines entre cette vallée et le Schwarzwald et au nord de cette région l'indice s'abaisse à 83,3 (d'après 923 mensurations) ; enfin dans le Schwarzwald, il se relève de nouveau à 84,2 (d'après 1.360 mensurations). Le district le plus brachycéphale du Schwarzwald est celui de Wolfach (86).
Conformément à ces données, je représente sur ma carte la distribution des indices ainsi qu'il suit :
(1) La plus petite cité de TAUemagne (200 habitants), dont les habitants se distinguent par leur costume particulier.
(2) Ces lignes ont été déjà revues en épreuves quand a paru Touvrage d'AMMON (99) consacré au grand-duché de Bade ; mais j'ai reporté ses indications sur ma carte.
(3) Les chiffres de Wilser pour le cercle de Mannheim, dans le nord-ouest du pays, ne sont pas encore calculés par l'auteur. (Note manuscrite de 0, Ammon en 1898.)
ObservateuB
Cercle de Mosbach (nord-est du pays) 82,8 Ammoû.
— Mannheim (nord-ouest du pays) 82 (?)
— Heidelberg 83,1 (Mies)
^ , , ^ , ^ / Vallée du Rhin 83,8 ^
Cercles de Karlsruhe, i ^ „. , ,, . ^ ,
1 w> j j»/^«. . J Collines entre celle-ci et le
de Baden, d Offenburg < « u i j oo o v a
^ , ' ., y Schwarzwald 83,3 > Ammon.
etdeFnbourg. ( gchwarzwald 8*/
Cercles de Lorrah, Constance s . 83,6
Cercle de Waldshut 85,8 Ecker
— Villingen 84 (i) Am??o'n%
Tout en n'ayant pas de chiffre exact pour le cercle de Mannheim, je le marque quand même sur la carte d'une teinte affectée à la sous-brachycéphalie, attendu qu'il est entouré de tous côtés par les régions sous-brachycéphales : cercle de Heidelberg et de Mosbach à l'est, cercle de Karlsruhe au sud, PalatincU Rhénan à .l'ouest. Pour ce dernier pays j'ai les mesures de Beddoe (85^ p. 233) sur 13 individus vivants (83,1), et celles de Mehnert (96) sur 6 crânes des deux sexes 80,8(82,8). Moyenne des 19 observations : 83. Cependant je n'ai aucune indication sur la Hesse-Darmstadt, qui se trouve au nord du cercle de Mannheim. Est-il aussi sous-brachycéphale que le district de Giessen du grand-duché de Hesse, ou aussi brachycéphale que la province de Hesse-Nassau, c'est ce que décideront les recherches ultérieures.
Pour le Wurtemberg^ l'indice céphalique moyen, sans distinction de régions, est voisin de celui de Bade : 82,7, d'après les mesures de 0. Ammon (93^ p. 88), sur 98 conscrits, ou 83,6 d'après Beddos (93, p. 63). L'indice céphalique des Souabes de Tubingen est de 84,2 d'après Welcker (*5), Dans son travail sur les formes crâniennes des Wurtembergeois, Hoelder (76) reconnaît trois types principaux : germanique (dolichocéphale), touranien (brachycéphale) et sarmate (intermédiaire), avec des subdivisions et des combinaisons (49 en tout). Ses déductions ont pour base les mesures sur 962 crânes, dont 66 préhistoriques, 170 de Reihengrâber et 178 modernes, provenant des cadavres des hôpitaux. Hoelder ne donne pas de moyennes, mais la carte jointe à son ouvrage représente la distribution des trois formes crâniennes déjà men-
(1) D'après Ammon la région méridionale où se trouve ce cercle a an indicede 83,6 seulement; mais 5 crânes de Donaueschingen et de Tryberg, localités situées dans le cercle de Villingen, offrent un indice de 85,2 (^7,2) d'après Ecker C 55 j, et le district voisin, celui de Wolfach (cercle d'Offenburgj a 86; donc il est raisonnable de prendre le chiffre de 84 pour cette partie du Schwarzwald.
J. DENfKKR. — LES RAGES DE l'bUROPE. —- INDICE GÉPHALIQUE S7
tionnées suivant la prodéminance de Tune d'entre elles. Le type germanique du crâne domine dans le pays de dialecte franconien, au pied de TAlb et dans TAlgau; le type brachycéphale prédomine entre TAlb et la rive gauche du Danube, puis' sur la frontière de la Bavière autour dii lac de Constance, et aussi près du pays de Bade dans les contreforts du Schvirarzwald. Le reste du pays est au type mixte. En comparant ces données avec celles que j'ai recueillies sur les pays limitrophes (Bavière, Bade^ etc.), ainsi qu'avec les indices céphaliques moyens des crânes wurtembergeois cités plus haut, je me crois autorisé de transporter les indications de Hôlder sur ma carte, en assimilant sa zone germanique occupant le centre et le nord du pays à une région mésocéphale (80-81) et sa zone brachycéphale, qui borde le Wurtemberg de trois autres côtés, à la région brachycéphale (84-8S). Le reste du pays peut être compris dans la zone sous-brachycéphale (82-83).
Cette distribution fait encore plus nettement ressortir l'îlot brachycéphale du Schwarzwald habité par les Souabes qui se dresse à Test de la vallée sous-brachycéphale du Rhin.
En Bavière une première indication sur la répartition des formes crâniennes fut donnée par le travail de J. Ranke (73-83) se rapportant aux 2.000 crânes provenant des ossuaires situés sur différents points du pays. Voici le résumé de ce travail, ainsi que d'une note de Hofler (S^), supposant valable pour toute une province le résultat de l'étude des crânes provenant d'un seul ou de deux points de cette province.
Les Bavarois proprement dits (provinces Haute et Basse-Bavière, Haut- Palatinat) sont fortement brachycéphales (88,2); mais la bachycéphalie est surtout accusée vers les limites nord et sud du pays (ossuaire de Bfichelfeld vers la frontière de la Haute-Franconie, 8S,5 ; ceux de Priem 85,6 et de Tolz, 87, sur Ja frontière du Tyrol), tandis que dans fa vallée du Danube, dans celles de l'Inn et de Tlsar, elle est un peu atténuée (de 84,3 dans l'ossuaire de Chamraunster sur la frontière de la Bohême à 85,2 aux environs de Munich). Les Franconiens sont très brachycéphales dans le Jura de Franconie (ossuaire de Waischenfeld, 87,5) comme leurs voisins de Saxe- Meiningen (voy. p. 53) et de la Bohême du nord- ouest (voy. p. 66); ils sont mésocéphales dans la partie est de la Basse-Franconie (ossuaire d'Ebrach, 80,9), comme leurs voisins de Saxe-Weimar au nord et ceux du Wurtemberg septentrional au sud ; enfin dans l'ouest de la Basse-Franconie, réapparaissent les sous- brachycéphales (ossuaire d'Aschaffenburg, 83) au voisinage des brachycéphales de Hesse et de Wurtembei^. Quant aux Souabes de la Bavière, ils sont très brachycéphales (ossuaire de Welleshausen 87,3) comme leurs congénères du reste de l'Allemagne du Sud.
S8 ASSOCIATION FRANÇAIS! POUR l'aVANCEMBNT DBS SCIENCES '
Alleiaands Autrichiens.
Les AUemandsde l'Empire Austro-Hongrois, sauf les Tyroliens germanophones que je vais décrire à part (voy. p. 39), ont été étudiés au point de vue anthropologique par Weisbach (92-98) dans quatre mémoires successifs consacrés aux mensurations de 5.855 soldats des provinces suivantes : Haute-Autriche (94), Basse-Autriche f92J, Salzbourg (95) etStyrie (98). On trouve aussi quelques renseignements sur les crânes allemands de la Styrie et de la Carinthie dans les mémoires de Zuckerkandl (84 et 89). Seulement cet auteur ne donne que les chiffres collectifs pour chaque groupe d'indices (d'après le système quinaire), et j'ai dû calculer, approximativement, d'après ces données, les indices moyens qui, naturellement, sont entachés de ce fait d'une légère erreur, ne dépassant cependant pas une unité dans chaque sens.
Les Allemands autrichiens offrent une uniformité remarquable dans la configuration de leur tête. Les quatre provinces qu'ils occupent presque exclusivement (Salzbourg, Styrie, Haute et Basse-Autridie) forment une zone sous-brachycéphale où l'indice ne varie guère de district à district qu'entre 82,1 et 83,9. Quatre petites régions font cependant exception à cette r^le : a) Deux régions brachycéphales : le coin nord-ouest de la Basse- Autriche, sur la frontière de la Bohême (districts de Zwettl et de Waidhofen avec des îlots de population tchèque) où l'indice s'élève à 84,3 et à 84,8; et les deux districts (Deutsch Landsbei^ 84,5 et Feldbach) de la Styrie voisins de la partie de ce dernier pays occupée par les Slovènes* b) Deux régions mésocéphales ; l'une formée par le district deMurau (81,9) dans le sud-ouest de la Styrie; l'autre dans le sud-est de la Haute- Autriche, autour de Vienne et sur la frontière de la Hongrie (districts : Vienne, Baden, Hemals, Sechshaus, Bruck (de 80,8 à 81,8).
Le peu de variation de l'indice est cause que sur ma carte les trois provinces se trouvent teintées presque en entier de la même couleur. Si j'avais pu y distinguer les différences d'unité en unité, on s'apercevrait que les indices les plus faibles (82 avec fractions) se trouvent presque tous dans les districts situés sur les deux rives du Mur, affluent de la Drave, et sur celles du Danube et de sesgçands affluents de droite. Parmi ces derniers il faut noter à part le Traun, qui prend sa source dans les monts de Dachstein, où se trouve la célèbre station préhistorique de Hallstatt (1).
(1) Le district de Gmunden, où se trouve cette station, présente un indice moyen de 82,2 seulement ; l'unique district où Tindice s'abaisse encore davantage est celui de Zell, (82,1) qui comprend la vallée de Pintschgau, prolongement de la zone sous-brachycéphale du Zillerthal (voy. p. 61). Les quelques crânes préhistoriques de Hallstatt (17 en tout, je crois), conservés au Hofmuseum de Vienne sont très dolichocéphales (7Î,7, soit 74,7 sur le vivant).
J. DENIKER. — LES RAGES DR l'EUROPE. — INDICE GÉPHAUQUE 59
Cet abaissement de Tindice est dû peut-être au mélange des formes brachycéphales des anciens Boyouvares avec les formes dolichocéphales des peuples préhistoriques de Hallstatt. Ceux-ci, mineurs et marchands, se sont maintenus le long des cours d'eaux, laissant aux envahisseurs, pasteurs ou agriculteurs, les coteaux et les montagnes, riches en prairies naturelles où nous trouvons en effet les indices plus élevés (83 et fractions), quoique moins élevés que ceux de la Bavière (88), toujours à cause des mélanges.
ZucKBRKANDL (84 dtSO) a trouvé parmi 1.400 crânes allemands de Styrie 4,2 0/0 dolichocéphales, 19,2 mésocéphales, 83,4 brachycéphales et 23 hyperbrachycéphales. J'ai calculé approximativement d'après ces données un indice céphalique moyen de 82,1, soit 84,1 sur le vivant. Il diffère de 1,2 de celui que donne Wiesbach dans le travail cité plus haut (98) comme moyenne (82,9) pour ses 2.797 soldats styriens allemands. Zuckerkandl a mesuré également 1.546 crânes à! Allemands de la Carinthie et a trouvé parmi eux : 5,7 0/0 de doUchocéphales, 29,3 de mésocéphales, 48 de brachycéphales et 17 d'hyperbrachycéphales. Je calcule d'après ces données un indice moyen de 81,3, soit 83,3 sur le vivant, ce qui rapproche ces Allemands de ceux de la Haute-Autriche et aussi des Slovènes de la Styrie et de la Carinthie.
Quelques données encore sur les Allemands de la Moravie. D'après les mesures de Himmel sur 38 soldats du district de Znaim, mises en œuvre par Weisbach (89), ils auraient un indice de 84, un peu supérieur à celui des autres Allemands autrichiens.
Tjrrol et Vorarlberg ; Ladins et Frioulans.
Le Tyrol mérite d'arrêter l'attention un moment, comme terrain de passage entre le monde germanique et l'Italie. Les données concernant la craniologie de ce pays ne manquent pas. Environ 8.500 crânes ont été décrits et mesurés par Tappkinkr (80, 83 et 94), Holl (84-87), Zuckerkandl (84), Ranke (80), Rabl-Ruckhard, (78-81), Moschen (90-92); les indices de 3.300 individus vivants ont été pris par Tappeiner (ibid.). Malheureusement les résultats des observateurs principaux, Holl, Tappeiner et Moschen, ontété présentés sous la forme de sériation soit des indices individuels, soit des catégories d'indices (brachycéphales, mésocéphales, etc., d'après la nomenclature quinaire). Told (94) a même résumé dans un grand tableau les résultats des recherches de ces deux auteurs, mais toujours en donnant seulement le pourcentage de chaque catégorie d'indices.
Dans ces conditions, il m'a fallu calculer les indices céphaliques moyens d'après les sériations. J'ai pris pour base de ces calculs les sériations indi^ vidueUes des mesures sur le vivant de Tappeiner, et Je les ai complétées
(pour les localités pour lesquelles il n'y avait pas de mesures sur le vivant) par les indices (majorés de deux unités, comme toujours), déduits des mesures crâniennes des registres de Holl ou du mémoire de Told (1). J'ai pu donner ainsi un tableau des indices moyens pour 43 régk)ns du Tyrol et du Vorarlberg (1), et transporter ces données sur une carte à grande échelle, dont la réduction figure sur la carte jointe à ce mémoire. Il fauî, dire tout de suite que dans leurs grandes lignes, les résultats que j'ai obtenus sont conformes à ceux que formulent les auteurs cités plus haut.
Si l'on examine ma carte, ou même sa réduction, on est frappé tout d'abord de la différence entre le Tyrol allemand et le Tyrol italien. Le premier est une région où labradiycéphalie est la règle. Sauf le bassin du Zill et les vallées de quelques affluents de gauche de la Drave, tout le Tyrol de langue allemande (y compris le Vorarlberg) est peuplé de brachycéphales . Sur un fond général de brachycéphalie franche (84 et 8S) se dessinent même deux régions hyperbrachycéphales : 1® le nord-est du Vorarlberç (Bregenzerwald, 86,1 et Walserthal, 86) prolongement probable des pays brachycéphales Souabes et Bavarois (voyez p. S7); 2® les deux vallées latérales de l'Adige : celle de Passeyer à gauche, 86,9 et celle d'Ultenthal avec Tisens à droite, 86,4) (2) ; et, plus au sud, le petit district de Deustch-Nonsbei^ (87,5) à population mixte italo- allemande. A part cette dernière r^on, toutes celles que je viens de citer sont peuplées, d'après Tappeiner (83), par les descendants des Bayouvares, plus ou moins mélangés aux Ladins, Dans le reste de la partie brachycéphale du Tyrol, les vallées peuplées par les descendants des Boyouvares (llnterinnthal 85, Eisakthal, 8^), sont plus brachycéphales que celles où la population descend des Alemanni (vallée duLech 84,2, Ober-Innthal 84,1, Oet^thal 84,6, Haute-VaUée de l'Adige ou Ober-Vintschgau, 84,5, etc. ) (3).
Mais le trait le plus caractéristique de la répartition de l'indice cépbalique dans le Tyrol allemand, c'est l'existence dans l'extrême est de ce
(1) Je ne puis publier ce tableau faute de place; on verra cités dans mon exposé les principaux chiffres quUl renferme. Je me contenterai d'ajouter que sur 43 séries des différentes régions (pour la plupart des yallées diverses) de ce tableau, 40 se composent déplus de 20; sujets ou crânes' (souvent plus de 100) ; 3 séries seulement (c^es de Stanzerthal, d'Alpachthal et de Silberthal avec Montafon) ne comptent que 17 ou 18 individus. Les séries les plus fortes sont de 406 sujets (Unter- Vintschgau) et de 512 crânes (Rheinthal). L'indice le plus faible est de 81,6 (Fleimsthal et Cavalese), le plus fort 88 (Stanzerthal).
(2) L'hyperbrachycéphalie s'accuse encore davantage au point de renconlre des deux vaUées mentionnées, autour de la ville de Meran, dans ce qu'on appelle le cerde de Burggraffenamt (87,2). Le fait est à noter, car c'est là, ainsi que dans l'Dlthental que l'on trouve le plus des faces arrondies et des nez concaves, le reste du Xyrol étant caractérisé par les faces allongées [Told (94), p. 29] .
(3) L'élévation relative de l'indice dans ces deux dernières vallées est peut-être due à un mélange avec les Ladins. dépendant la vallée moyenne de l'Adige, peuplée d'Alemanni les plus purs donne Tindice de 85.
J. I>ENIKER. — ' LES RAGBS DB L'bUBOPB. — INDICE GÉPHALIQUE 61
pays d'une zone où la brachycéphalie s'atténue considérablement. Je veux parler du Zillerthal ou val de Zill avec ses vallées latérales (Gerlosthal, Taxerthal) et du pays de Vindisch Mattrei, arrosé par les tributaires de gauche de la Drave, c'est-à-dire 111 et ses affluents, le Kaiser et le Deferregen. Dans la première de ces régions, l'indice céphalique ne monte guère qu'à 8â,4 ; dans la seconde il est de 83,5, tandis que dans les districts environnants, il se maintient entre 84,2 et 83. 1 Ni HoU, qui le premier avait constaté ce fait, ni Tappeiner, ni Told ne lui trouvent d'explication plausible. Cela provient de ce que tous ces auteurs ne considèrent que le Tyrol pris à part. Si on envisage au contraire ce pays en connexion avec la distribution de l'indice dans le reste de l'Europe, on s'apercevra (voyez la carte) que la région Zillerthal -Vindisch Mattrei n'est que la terminaison occidentale d une vaste zone sousbrachycéphale couvrant le territoire des Allemands d'Autriche (voy. p. 58) descendants probables de la race de Hallstatt.
Le Tyrol italien se distingue du Tyrol allemand, comme je l'ai déjà dit, par sa brachycéphalie très modérée. En effet, l'indice y tombe à 83,5 et au-dessous. Même la région mixte de Neumarkt-Truden (vallée moyenne de l'Adige), où l'on parle les deux langues, est atteinte : sa population est sous-brachycéphale (83,4), comme celle de la haute vallée de la Sarca ou Judicarien (83,5). Dans la basse vallée de l'Adige et dans le Val Sugana, l'indice céphalique diminue encore d'une unité (82,4 et 82,5), pour atteindre son minimum dans le Fleimsthal ou Val di Fiemme (81,6). C'est le seul district mésocéphale de tout le Tyrol (1).
D'ailleurs, la zone sous-brachycéphale avec des îlots mésocéphales se prolonge plus au sud, en Italie, dans la vallée de l'Adige (province de Vérone 83,4, de Rovigo 83,6, etc.). Cette zone italo-tyrolienne, dont la population descend peut-être d'une seule et même souche à tête mésocéphale, à stature basse, aux cheveux foncés (voyez Livi (93, p. 145) se rallie au sud par le Bolonais au territoire sous-dolichocéphale des anciens Étrusques et au sud-ouest à la Ligurie mésocéphale, contournant à l'est ■ et à l'ouest le massif brachycéphale moyen de la Haute Italie (voyez p. 29;.
Passons aux Ladins du Tyrol. Tappeiner (83) considère comme Ladim occidentaux les habitants de la commune de Taufers dans la vallée du Munster ; ils n'ont abandonné en effet l'usage de leur idiome que depuis un demi-siècle seulement. Leur indice céphalique (85) ne diffère presque pas de celui des Ladins orientaux, cantonnés à l'est de l'Adige (85,3) et
(1) Il est intéressant à noter que des deux vallées dites Val-di-Non ou Nonsberg, celle qui est formée par la rivière Noce (Welsch Nonsberg), peuplée des Italophones a un indice de 81,8, tandis que celle de Romedio (Deutsch Nonsberg), afûuent de gauche du Noce, peuplée de Germanophones, a l'indice de 87,5, comme je Tai déjà dit plus haut.
fi
62 ASSOGIATIOII FRANÇAISB POUR L'àVANGEMBIIT DES 8GIBNGBS .
se rapproche de Tindice des Roumanches qui parlent la même langue (86 et au delà, voyez p, 33).
Mais l'indice céphalique des Ladins orientaux en bloc, n'est qu'une
expression arithmétique. Si l'on examine la population de chaque vallée
à part, on s'aperçoit qu'il y a dans la population parlant l'idiome ladin,
des variétés de formes crâniennes aussi grandes que dans le reste du Tyrol.
Ainsi, les habitants du Grôdenthal se distinguent par tine hyperbrachy-
céphaUe très marquée (87,6), tandis que ceux du Gaderthal, plus rapprochés
de la zone sous-brachycéphale des affluents de la Drave, ne sont que bra-
chycéphales (85,8). Dans la vallée voisine, celle de Passa, l'indice est
presque le même (85,4), mais il s'abaisse considérablement plus au sud,
I dans la vallée du Buchenstein (un des vais latéraux du Gordevole) où
I il passe dans la catégorie des sous-brachycéphales (83,6).
] Les Frioulam de l'Italie (province d'Udine) et de Tlstrie, que ron
^ compte parmi les Ladins pour des raisons linguistiques, ne se distin-
^ guent pas beaucoup,* comme indice céphalique, des Ladins en général.
^^ Cependant je ne possède que des renseignements indirects à ce sujet.
Zuckerkandl donne dans le t. X de I'CHSsterrbighisghe, Monarchie (P/j la
sériation par groupes quinaires (brachycéphales, mésocéphales, etc.) d'une
collection de crânes des Frioulans de l'Istrie, dont il n'indique pas la
force numérique. J'ai donc calculé approximativement l'indice céphalique
moyen d'après cette sériation ; il est de 82,6, soit 84,6 sur le vivant,
c'est-à-dire presque le même que l'indice céphalique moyen de la pro-
i vince d'Udine, 84 d'après Livi (95), peuplée presque exclusivement de
Frioulans, parlant cependant aussi presque tous l'italien (1).
Populations slaves.
Je vais traiter ensemble les Slaves de l'Allemagne, de l'Autriche- Hongrie, de la Russie et de la presqu'île Balkanique, ne serait-ce que pour montrer combien est différent le type physique de ces populations malgré la parenté des langues. Mon opinion sur la diversité des types slaves, formulée il y a déjà quelque temps (voyez par exemple, mon article « Slaves » dans le Dictionnaire de géographie, de Vivien de Saint-Martin, tome YI, p. 985 Paris, 1890-92), vient d'être confirmée jusqu'à un certain point dans le travail de premier ordre, que vient de publier L. Niderlk (96), Et cependant, le savant tchèque cherche encore à établir un « type slave » ou une a race slave » spéciale, tandis que tous les matériaux dont il s'est servi (et dont je me suis servi également en les complétant de quelques autres) parlent contre cette hypothèse.
(1) U serait intéressant d'avoir les mesures céphaliques des TchUcha, ladins slaviséi du nord de llstrie.