‹ Les races de l'EuropeChapitre 8 sur 36 · AGES DES SUJETS · texte numérisé non relu

AGES DES SUJETS

DirrÉRRNOR

noDiDro

Taille ei M.

Niiibre

TaUleeiBii

Districts de la division

de Sopraceneri

(LeTCDUie, Biessio, BelIlBUU, Rivlrra)

Districts de la division

de Sottoceneri

(UftM et Neidrisio)

Totalité du canton de

Tessin,

Districts italiens des Grisons..

(BerniBt, Noësa et le S.-O. de Naloia)

Moyenne générale. .

On voit donc que la différence est d'environ un centimètre et demi, c'est-à-dire la môme qu'avait calculé jadis Quetelet, entre la taille de l'homme adulte et l'adolescent de 19 ans (2).

En supposant, que les sujets de 20 ans et demi à 24 ans et demi n'augmentent pas par convention de la p. 4, et sachant qu'ils forment un peu plus du tiers du contingent, on arrive à ce résultat que pour avoir la taille des adultes, il faut augmenter de 1 centimètre la taille moyenne de tous les conscrits.

En admettant que ce calcul puisse s'appliquer à toute la Suisse, où la taille moyenne ne varie pas beaucoup de canton à canton, et se maintient au voisinage des chiffres que je viens de citer pour Grisons, j'ajouterai 1 centimètre, aux tailles moyennes, par canton et par district, que me fournissent les résultats proportionnels de la visite

(1) M. Frœlich donne les chiffres 1626 et 1645 millimètres, mais c'est parce qu'il additionne les moyennes des Tessinois et des Grisons, et divise la somme par deux, tandis que je multiplie chacune des moyennes par le nombre des sujets mesurés, puis je divise la somme de ces produits par la somme des sujets mesurés.

(2) D'après Lorenz {895), la différence serait plus grande : 3 centimètres, mais il ne faut pas oublier que cet observateur n'a opéfé que sur 30 individus seulement et parmi ceux-là, il s'est trouvé par hasard un sujet exceptionnel qui a grandi de 10 centimètres en deux ans. Si l'on exclut ce sujet, la différence tombe h 2 centimètres. D'ailleurs, 20 sujets sur 30 n'ont augmenté en moyenne que de 1 centimètre.

J. DBNIRBR. — LES RAGES DE l' EUROPE. — LA TAILLE EN EUROPE 39

sanitaire des recrues 1884-91, réunis dans le tableau 9, page 32 des RÉSULTATS [(livraison 96 (891)],

J'ajouterai à ces derniers, quelques renseignaments que j'ai pu trouver chez Bedot («995-99) etPiTTARD (906), sur les cantons de Vaud; chez LoRENZ (895), sur le canton des Grisons; chez Frœlich (893), sur les Suisses italiens des Grisons et de Tessin; et chez DuMONT (867-68), sur les cantons de Vaud et de Fribourg. Le travail de Chalumeau (896), basé sur l'étude du nombre de « grands » (au-dessus de 1 m. 70) et de «petits» (au-dessous de 1 m. 56) par district pour toute la Suisse, m'avaient fourni également de très utiles points de comparaison et me servira pour contrôler les combinaisons déduites des moyennes.

La taille moyenne des conscrits suisses, en général, est de 1633 millimètres, pour la période 1878-79, et leur taille la plus fréquente est de 1650 millimètres (nombre de mesurés : 31.700). Elle est de 1635 millimètres pour la période de 1865-68, ainsi que pour celle de 1890-91. On peut donc accepter en augmentant d'une unité ces données (voyez plus haut) le chiffre de 1.645 millimètres, comme taille moyenne des Suisses en général, ce qui les place sur la même ligne que les Italiens.

Si Ton fait la distinction d'après les langues parlées, on voit (toujours en augmentant d'un centimètre le chiffre» des conscrits) d'après le recrutement de 1878-79, étudié plus spécialement par Kummer (voyez Résultats), que les 31.707 sujets des communes de langue allemande, ont la taille moyenne de 1639 millimètres, tandis que les 9.456 sujets des communes de langue française, ont la taille moyenne de 1656 millimètres.

Les 364 sujets des communes de langue romanche se rapprochent de ces derniers ; ils ont la taille de 1.653 millimètres (1), tandis que les 1.532 sujets de langue italienne occupent une place intermédiaire entre les Allemands et les Français, avec une taille moyenne de 1645 millimètres (2). La seriation confirme ce résultat.

(1) D'après le recrutement de 1884-91, la population purement romanche et catholique du Vorder-Rhein (Haut-Rhin), a la taille de 1637 millimètres, tandis que celle de Maloja, formée de Suisses romanches, italiens et allemands, en majorité protestants, a la taille moyenne de 1679 millimètres (et même de 1.681 millimètres, d'après Frœlich}. Les districts mixtes allemand-romanches du reste du canton donnent les chiffres [variant de |1635 à 1673 millimètres, et presque toujours plus hauts dans les districts protestants, que dans les districts mixtes protestants-catholiques.

(2) Frœlich a trouvé le chiffre un peu inférieur (1641 mm ) pour les 1037 Suisses italiens du Tessin et des Grisons ; ces derniers, au nombre de 80 seulement, donnent la taille moyenne de 1651 millimètres, tandis que les 9.571 Tessinois mesurent 1640 millimètres, en moyenne»

jÛ ASSOCIATION FRANÇAISE POUR l' AVANCEMENT DES SCIENCES

On peut donc dire que les Suisses français et romanches sont d'une taille moyenne, et les Suisses allemands et italiens de petite taille. Ce premier groupement se précise si Ton considère la distribution par canton. D'après les statistiques globales, embrassant la période 1884-1891, le canton de Genève offre la taille moyenne la plus élevée ( L674 millimètres) de la Confédération et le canton d'Appenzel (Rhodes Intérieur) la taille la plus basse (1607 millimètres). D'ailleurs, lecanton d'Appenzel (les deux Rhodes réunis) est le seul qui présente la taille très petite (1609 millimètres) ; tout le reste de la Suisse, sauf les cantons de Genève, de Vaud, de Neufçhatel,de Soleure, d'Unterwalden et des Grisons, où l'on rencontre la taille moyenne (1650-1675 millimètres), tombe dans les limites de ce que j'appelle les « petites tailles » (1625-1649 millimètres).

Cette distribution dérange cependant la distribution en bloc suivant les langues ; et cela est tout naturel, puisque dans plusieurs cantons une partie est habitée par» les francophons et l'autre par les germanophons, etc. Pour cette raison, ainsi que pour pouvoir aller plus loin dans l'analyse d'une population de montagnards qui souvent diffère d'une vallée à l'autre, j'ai construit la carte de tailles moyennes par district. Je l'ai reporté sur ma carte générale en la réduisant à réchelle, presque sans simplifications.

L'analyse de cette carte et sa comparaison avec celle de Chalumeau {^96) conduit aux résultats suivants. Sauf quelques îlots, les m tailles moyennes » forment trois groupes distincts : dans le Sud-Est, l'Ouest et dans le Centre du pays.

l^' le premier groupe est formé du canton des Grisons sauf quelques districts. Toute la région où se parle ou se parlait encore vers 1880 la langue Romanche (1) se trouve dans cette zone, sauf le district do Vorderrhein où la taille est petite (1637 millimètres) et le nombre do grands (au-dessus de 1 m. 70 millimètres) n'est que de 18 p. c. ; cepetîdant la langue romanche domine dans ce district presque il l'exclusion de toute autre. C'est une anomalie qu'il faudra expliquer. Dans le district de Maloja la taille est la plus élevée de toute la Suisse (1679 millimètres, nombre de grands 37 p. c), mais cette élévation ne doit pas être attribuée exclusivement aux Romanches car les Suisses italiens de ce district, mesurés par Frœlich, ont une taille encore plus élevée, 1680 millimètres, tandis que leurs frères de race des autres districts du même canton sont plutôt de taille très petite (voy. plus bas). En somme, sauf dans le district du Vorderrhein, les romanches sont de taille moyenne et parfois même grande (dans le

(1) Voyez Berghaus, Physikalischer Atlas (Ethnographie), carte n" 67.

J. DENIKER. — LES RACES DE l'bUROPB. — LA TAILLE EN EUROPE 41

district de Maloja) en quoi ils ressemblent aux Romanches du Tyrol ou Ladins (voy. plus bas, p. 97).

2<* Le deuxième groupe de « tailles moyennes » est constitué par la zone de langue française, sauf les districts de Sarine(l), de Broie et de Veveyse, et les districts de la rive gauche du Rhône dans la partie française du canton de Valais. Autrement dit, ce groupe s'étend sur la totalité des cantons suivants : Genève (où la taille moy. est de 1674 millimètres et le nombre de grands atteint 33 à 35 p. c), Vaud, et Neufchatel ; puis sur le Jura Bernois et sur les districts dé Gruyère (1653 millimètres) et de Glane dans le canton de Fribourg.

De plus, ce groupe se prolonge, sans interruption, au-delà de la limite linguistique du français : au Nord, dans le district de Laufen (canton de Berne), à TEst dans la partie Sud du canton de Soleure (1663 millimètres, proportion des grands, 25 p. c.) et dans le district d'Erlach (canton où la taille moyenne est de 1657 millimètres et le nombre de grands 26 p. c). Le groupe en entier se soude intimement au massif des tailles élevées de TEst de la France.

Les îlots des tailles moyennes que l'on trouve au voisinage de cette zone (district de Bôle- Ville, 1671 millimètres et de Berne 1651) peuvent s'expliquer par le voisinage des grandes villes ; mais la même explication ne peut s'appliquer à l'îlot qui couvre le district de Visp ou Viege dans le Valais où la taille moyenne est de 1652 millimètres et le nombre de grands, 23 p. c. Il est à remarquer que c'est précisément dans cette même région [(voy. Deniker (899)], p. 35) que dominent les hyperbrachycéphales (ind. ceph. 84,9 et 86,6 sur les affluents de gauche du Rhône; et dans la vallée même du fleuve : 84,9 sur la rive droite et 86 sur la rive gauche). Le district italien de Domodossola auquel touche cet îlot offre également une taille élevée. Si sa moyenne n'est que de 1 m. 45, le nombre de « grands » y égale celui de Viege (21 à 23 p. c.) et le fait figurer sur ma carte en bleu. La brachycephalie est toutefois moins prononcée qu'à Viege (Le. 84-85).

3<* Un troisième groupe comprenant les « tailles moyennes » est formé du canton d'Unterwalden, des districts de Lucerne et de Hochdorf (canton de Lucerne), et de la moitié Sud-Ouest du canton de Schiwtz (distr. Schwitz, Kussnacht et Gerson) ; il entoure complètement le lac des quatre cantons et se trouve au centre géographique de la

(1) Toutefois la taille moyenne de Sarine (1648 mm.) se rapproche beaucoup de la limite des « tailles moyennes » (1650 mm.) et la proportion de grands y est de 23 p. c, comme dans le district voisin, celui de Glane, où la taille moyenne est de 1651 millimètres.

42 ASSOaATION FRANÇAISE POUR L* AVANCEMENT DES SOBNCBS

Suisse. Ce fut aussi, comme on le saitje centre du mouvement de l'indépendance et le noyau de la Confédération Helvétique elle même. La taille y varie depuis 1651 millimètres (district de Lucerne) jusqu'à 1667 millimètres (Unterwalden-le-Bas ou Nidwalden) se maintenant toujours dans les limites des (( moyennes tailles )); le nombre des grands y varie de 10 (district de Gerson)à33 p. c. (Unterwalden-le Bas).

En dehors de ces trois groupes compacts il faut noter les îlots de « moyennes tailles » dans le Nord du pays : district de Rheinfelden (Argovie),de Schaffhouse (canton de Shafhausen), de Stekborn (Turgovie), de Winterthour et de Zurich, où la haute taille relative peut s'expliquer, soit par la présence des grandes villes (Zurich, Winterthour, Shafhausen), soit par un élément réellement grand dans toute la population qui se rattacherait peut-être à celui qu'on remarque en Alsace et dans tous les districts de la rive droite du Rhin en Bade, ainsi que sur les rives non suisses, du lac de Constance. Par suite d'une erreur ces districts sont marqués en violet sur la carte.

En dehors des groupes et des îlots énumérés plus haut, le reste de la Suisse est occupé par des populations de petite taille au milieu desquelles on remarque, de ci de là, quelques îlots de très petites tailles (de 1600 à 1625) notamment dans l'Est, le canton d'Appenzel (1609 millimètres) avec les districts adjacents de Neu-Togenbourg (1621 millimètres) et Gaster (1623 millimètres) appartenant au canton de Saint- Gallen, et la partie Nord-Est (district d'Einsiedeln et de March) du canton de Schwitz (1621 millimètres), dont le reste, au contraire, a une population de haute stature relative (1657 millimètres) (1).

Un autre îlot important se trouve dans le canton de Berne, à TOuest de la rivière Aar au-dessus de la ville de Berne et du lac de Thun (districts de : Seffîgen, Schw^arzenburg, Bas-Simmenthal et Frutigen),. dont la taille moyenne respective est de 1622, 1610, 1617 et 1604 millimètres. A noter aussi q uelques districts de très petites tailles dans la Suisse italienne : Bernina dans les Grisons (1618 millimètres), Blessio et Bellinzona dans le Tessin. Le reste du pays forme une nappe assez uniforme

(i\ On manque complètement de renseignements sur la forme céphalique des habitants de cette zone de petites tailles. J'ai pu durant mon séjour de deux étés consécutifs (1904-1906), dans le canton d'Appenzel et dans le district de Gaster faire la constatation, sans prendre des mesures, que la majorité de la population est brachycéphale. Une fois surtout le fait m'a frappé : c'était pendant une procession religieuse, au village de Rieden, district de Gaster. J'y ai pu examiner ô mon aise, placé en face de l'angle que faisait l'enclos de l'église et du cimetière, tous les hommes, plus d'une centaine, qui défilaient successivement, un à un, tête nue, d'abord me faisant face, puis en contournant l'angle de l'enclos, me présentant leur profil. Tous m'ont paru très brachycéphales.

J. DENIKER. — LES RACES DE L^BtJRORR. — LA TAILLE BN EUROPE 48

de petites tailles comprenant : i^ le district romanche de Vorderrhein ; 2<> la Suisse italienne, sauf quelques districts où l'on trouve la haute taille (partie italienne de Maloja) ou la taille moyenne: 1653milli mètres dans le district de Mendrisio, tout à fait au Sud du canton de Tessin et qui se rattache au massif des hautes statures de la Lombar die (voy. plus haut, p. 29), et 1658 millimètres dans le district de Leventina du môme canton (où la population a donné à Frœlich la iinWa moyenne de 1642 millimètres seulement, mais sur un nombre trop faible de sujets : 52) ; 3» de la partie française du canton de Valais dont la population se rattacha à celle, « très petite » \1623 millimètres), du circondario d'Aosta (Italie) où se trouvent les « Valdesi » ou Vaudois (p. 30); et enfin 4° de la Suisse allemande, sauf quelques districts mon lionnes plus haut parmi les k( moyennes » et les « très petites tailles >s. La Suisse allemande est peuplée de « petites tailles » sur un v^^sle espace ininterrompu depuis les bords du Rhin, entre Rheinfeldon et Dielsdorf, jusqu'à Brigue dans le Valais, du Nord au Sud; et d'Erlorh au pays des Romanches, de TOuest à TEst, sans compter les vastes champs de « petites tailles » à Schaffhouse et le Nord des Grisons au milieu desquels se trouve le noyau de très petites tailles (Appen^el, Einsiedeln).

Alsace-Lorraine

Je ne me servirai que pour la comparaison, des anciennes données de nos statistiques militaires sur les départements de la Moselle, de la Meurthe, du Haut et du Bas-Rhin [voy. Bertillon (885)] (1), ain.si que de la courte note de Schwalbe (897) relative à quelques centaines de mensurations, car ces renseignements, utiles jadis, ont été dépassés de beaucoup par l'intéressant travail de Brandt, entrepris sur l'insli gation du professeur Schwalbe et ayant pour base les mesures de 105.561 conscrits de 20 ans, dont 24.361 de la Lorraine et le reste de la Haute (39.281) et de la Basse-Alsace (41.919), d'après les listes d^ recrutement de 1872-1894. Les descendants des Allemands immigr<^tî, fort peu nombreux d'ailleurs, ne figurent que sur les listes de 1891 i^i. Dans le résumé de ce travail, qui suit, j'ajoute 1 centimètre à toutes \rs, mesures citées, puisqu'elles proviennent de tous les conscrits, à l'exclu-

(1) On trouvera le résumé de celles de ces données qui concernent l'Alsace dans l'article d'HERvÉ {901),

sion seulement des impropres au service, les bossus, les estropiés,- etc. (1). Cette correction faite, voici le tableau général de la stature dans le « Reichsland » :

La taille moyenne en Alsace-Lorraine est de 1666 millimètres. En Lorraine et dans la Basse-Alsace elle est de 1670 millimètres; dans la Haute-Alsace de 1660 millimètres. Ce dernier chiffre est identique à celui trouvé par Schwalbe (897) sur 335 sujets et par Pfitzner (901) sur plus de 500 cadavres d*hommes, pour la plupart natifs de la Basse- Alsace et surtout de Strasbourg (287 cadavres de femmes lui ont donné une moyenne de 1553 millimètres). Le recrutement de 1858 à 1867 [Ely (874)] donne pour le département de la Moselle la taille moyenne de 1665 millimètres. Les chiffres correspondants pour le département de la Meurthe étant de 1661 millimètres, on peut dire que la Lorraine d*avant l'annexion abritait une population presque de même taille (1663 millimètres) qu'aujourd'hui (1668 millimètres). Notons que Colli- GNON (883) donne la taille de 1696 millimètres comme moyenne d'une faible série de 50 Lorrains. Le département du Bas-Rhin présentait avant l'annexion la taille moyenne de 1661 millimètres, inférieure à celle qu'offre aujourd'hui la Basse-Alsace; pour le Haut-Rhin, le chiffre correspondant est de 1659 millimètres, presque le même qu'aujourd'hui. En reportant sur ma carte, où TAlsace-Lorraine figure à une échelle quinze fois environ moindre que celle des cartes de Brandt. les indications de cette dernière j'ai dû simplifier les contours des cantons, mais rhomogénité relative de la population est si grande qu^elle m'a permis de marquer, en les grossissant un peu, toutes les particularités de la grande carte de Brandt.

En jetant un coup d'œil sur ma carte, on s'aperçoit que l'Alsace- Lorraine est un pays de hautes tailles (de 1675 à 1699 millimètres). En effet, ce n'est que le long de la frontière Ouest de ce pays que Ton constate un chapelet de cantons (du Nord au Sud) : Gorze, Château- Salins, Schirmeck (avec Saales), Sainte-Marie-aux-Mines (Markirch) avec Pontraye (Schnierlach) où la taille descend à 1 m. 67 et à 1 m. 66

et le cercle (kreis) de Thann avec la partie Ouest du cercle de Guebvillier où elle s'abaisse à 1 m. 65 et même, dans le canton de Thann,

à 1 m. 64 (minimum pour tout le « Pays de l'Empire »).

(1) Ammon (99) a tort de dire (p. 78) que les chiffres de Brandt ne sont pas comparables aux siens, car cet auteur dit expressément dans son travail (p. 3) que les sujets mesurés comprennent entre autres : « les exemptés par défaut de taille et classés en conséquence dans la o landsturm » (réserve de la territoriale) et les individus classés dans « Tersatzreserve » (réserve de recrutement) pour cause de légères infirmités ou pour le défaut de taille) .

J. DENIKER. — LES RACES DE l'EUROPE, — LA TAILLE EN EUROPE 45

Ce chapelet de régions à tailles relativement peu élevées, rentre néanmoins dans la catégorie des « tailles moyennes » et se soude au bloc compact de ces mêmes tailles qui s'étend en France depuis la vallée du Rhône jusqu'aux Ardennes.

Dans la masse uniforme des tailles de 1 m. 67 à 1 m. 69 qui couvre tout le reste de l'Alsace- Lorraine, on distingue cependant trois îlots de très hautes tailles (1 m. 70). L'un d*eux se trouve tout à fait au Sud; c'est le canton de Ferrette (Pfirt) dans la Haute-Alsace. Les deux autres sont placés, au contraire, tout à fait au Nord; ce sont les cantons de Boulay (Bolchen) et de Rohrbach, en Lorraine. Partant de ces trois points, les tailles s'abaissent régulièrement dans toutes les directions. Au centre du pays, au voisinage de Strasbourg, malgré la présence d'une grande ville, la taille est relativement faible (1680 millimètres) (1).

La répartition des (( grandes » et « petites taillles » confirme les résultats que je viens de résumer.

En somme, la taille très élevée des Alsaciens-Lorrains est un fait positif. De plus, ils sont entourés de trois côtés par les populations de « moyennes tailles » : Territoire de Belfort, département des Vosges et celui de Meurthe-et-Moselle, du côté de la France; districts de Porentruy, de Delemont et le canton de Bôle du côté de la Suisse ; enfin, districts voisins du Rhin du côté du Grand-Duché de Bade.

Ce n'est qu'au nord que les renseignements nous manquent tout à fait, pour le Palatinat et pour le Luxembourg. Toujours est-il que TAlsace-Lorraine semble être le noyau, duquel les tailles relativement élevées rayonnent dans toutes les directions, et il est fort probable que le Luxembourg et le Palatinat ont une population de taille moyenne (entre 1675 et 1699 millimètres). Je me suis même permis de marquer sur ma carte le premier de ces pays d'une teinte correspondant à cette taille.

(1) Il faut noter, que contrairement ô la prétendue loi d'Ammon-Lapouge, partout en Alsace-Lorraine la taille dans les villes est au-dessous ou tout au plus égale à celle que l'on constate dans les campagnes environnantes. D'ailleurs, en général, M. Brandt n'a pu découvrir en Alsace-Lorraine aucune influence de l'altitude, de la constitution géologique du sol, de la richesse, etc., sur la taille. En Lorraine, pays pauvre, la taille est plus élevée que dans la Basse- Alsace où règne l'abondance relative, etc. Tout au plus signale-t-il une influence très limitée des conditions sociales provoquées par l'amoncellement des fabriques (comme à Thann), et encore... :1e canton de Munster, aussi plein de fabriques que celui de Thann présente au contraire une taille élevée.

46 ASSOCIATION FRANÇÂISB POtlK l'aVANGBMBNT DBS SCUBMGSS

Belgique

En 1872, VANDSRKimanui avait publié des données sur la taille en Belgique, d'après les chilîpta dft l'Annuaire de Statistique, pour les contingents de 1842 à 1860. Or, d'affteHouzÉ (887-88), ces chiffres ne représentent pas le vrai état de chosas^ otr plusieurs provinces, les Flandres notamment, étant au début de celte époque ravagées par les épidémies, se trouvaient dans un état de misère tout à {ait exceptionnel. Des données plus récentes et plus détaillées ont été fourotes par Titeca, d'après les listes de recrutement pour la milice, d'abord de $8!ïïà 1882, puis de 1883 à 1885, comprenant ensemble plus de 80.000 ccMiWPite. Cette statistique comprend tous les conscrits de la milice, ayant 1^ taille de 1 m. 55 et au dessus, plus une fraction de ceux qui ont été quand même remis à l'autorité militaire. Cette dernière catégorie, comprenant des sujets de 1 m. 40 à 1 m. 54 et susceptibles de grandir vite, ne forme qu'une faible portion du contingent : 1,4 p. c. pour tout le royaume, avec variations suivant les provinces de 0,3 (Brabant) à 2,7 (Namur).

Cette portion représente moins du tiers du chiffre des exemptés pour défaut de taille et rejetés par les conseils de milice avant la remise du contingent : 4,6 p. c. pour le royaume, avec variations suivant les provinces, de 3 (Namur) à 6,4 p. c. (Limbourg).

J'emprunte ces derniers chiffres à HouzÉ (888), p. 16 qui les a calculés d'après V Annuaire de Statistique du royaume pour la période qui correspond à celle des levées des milices de M. Titeca. L'ensemble des individus ayant une taille inférieure à 1 m. 55 est de 6 p. c. pour tout le royaume et varie suivant les provinces, de 4,18 (Flandre Orientale) à 7,72 (Limbourg).

Comme les conscrits belges sont des jeunes gens de 19 ans et demi en moyenne, et comme le contingent comprend des sujets de 1 m. 40 à 1 m. 54 de taille, on serait tenté de majorer les moyennes données par Titeca, d'un centimètre. Mais le nombre de ces sujets de taille jexces sivement petite est tellement minime (pas même 2 centièmes) qu'il ne peut pas influencer sensiblement le résultat final et, quant à l'âge des sujets, le contingent est dans les mêmes conditions que celui de la Suisse puisqu'il comprend aussi les ajournés des trois années précédentes et âgés de 20 à 22 ans et demi.

En conséquence, j'utilise les chiffres de Titeca, tels quels, sans augmentation ou réduction.

J. DENIKBR. — LES RACES DB L^BOIlOiS. ^ LA. TJJUJK ■§ BanOlK ^

Ceci dit, voyons ce qneiioas donnent ces chiffres. La taille moyenne des 35.416 conscrits belges, eq général, de la période de 1880-82, est de 1655 miHimètres. Pour la période de 1880-85, elle est de 1660 millimètres, soit de 1 centimètre environ plus élevée que celle de la France. En consultant les données par provinces, formulées par HouzÉ [SS8 pour la période de 1880-82, on constate d'abord le fait que la moitié nord du royaume, formée de quatre provinces flamandes, offre une taille moyenne plus élevée (1661 mm.) que la moitié sud, formée de quatre provinces wallonnes (1648 mm.). La province mixte de Brabant (2 arrondissements flamands : Louvain et Bruxelles, et 1 wallon. Nivelles) présente une taille de 1.660 millimètres (1) légèrement inférieure à celle des Flamands.

La proportion de « grands » (au dessus de 1 m. 70), calculée par moid'après le tableau de HouzÉ (887-88), est également plus forte (21,8 p. c.) dans la zone flamande que dans la zone wallonne (18,3 p. c); la moyenne générale du royaume étant de 19,6 p. c. Par contre ,elle s'abaisse à 16,4 p. c. dans la province mixte de Brabant, où cependant, si la théorie d'Ammon-Lapouge était vraie, la taille devrait être supérieure à la moyenne, à cause de la présence d'une ville aussi importante que Bruxelles.

Les Flamands seraient donc d'une « taille moyenne » tandis que les Wallons seraient de « petite taille » quoique voisine de la moyenne.

Mais l'écart n'est pas considérable, 13 millimètres, et la différence provient surtout de la taille très faible d'une seule province wallonne, celle de Hainaut (1640 mm.). L'écart entre la moyenne de cette dernière province et celle de la province de Lirobourg où la taille moyenne est au maximum, 1666 millimètres, atteint en effet 26 millimètres. HouzÉ explique cet abaissement de la taille par les causes sociales (grande quantité d'ouvriers de fabrique, de mineurs, etc.). Des trois autres provinces wallonnes, deux, Liège et Namur, offrent la taille moyenne identique, 1650 millimètres, et celle du Luxembourg, *a taille moyenne de 1653 millimètres. D'ailleurs en reportant sur ma carte les données d'après les provinces, on voit que toute la Belgique se trouve dans les limites des (( moyennes tailles », sauf la province de Hainaut qui rentre dans la catégorie des « petites tailles » et est colorée en conséquence en rouge pâle.

(t) C'est le chiffre indiqué dans le mémoire (p. 7) et sur la carte de HouzÉ (887-88)] mais ô la page 15 du môme mémoire, je trouve le chiffre 1657. Cette contradiction vient de ce que le premier chiffre est la moyenne de la période 1879-82, donnée par Titeca, période que Houzé n'a pas voulu considérer parce qu'elle ne contient pas de chiffres des provinces de Flandre Occidentale et de Hainaut pour l'année 1879.

JPW^-

La différence entre les deux zones, flamande et wallonne, ne se dessine donc pas sur ma carte car elle est bien légère. De même, elle ne traduit pas le fait que la taille diminue dans les deux zones, en allant de l'Est à l'Ouest (1).

Cette marche coïncide avec celle de l'accroissement de l'indice céphalique dans la zone Flamande et de sa diminution dans la zone wallonne [ voy. Deniker (899) ] p. 38.

En somme, au point de vue de la taille, la Belgique se rattache au grand bloc de « tailles moyennes » du Nord-Est de la France, mais l'indice céphalique et la pigmentation y différencient au moins trois races; le centre de l'une de ces races (Nordique) occupe la province de Limbourg et d'Anvers; la seconde (Adriatique) a son centre dans la province de Luxembourg; et la troisième (Occidentale) dans la province de Hainaut.

Pays-Bas

En Tabsence de tout travail d'ensemble (2) sur la taille en Hollande j'ai dû recourir aux sources mêmes, c'est-à-dire aux feuilles de recrU' tement. Par l'intermédiaire de mon ami, le D' H. ten Kate, j'entrais en relation avec le général van der Burcht van Lichtenberg, inspecteur général de la santé de Tarmée néerlandaise, qui a bien voulu m'envoyer en communication ses rapports au ministre de la guerre [892-895] qui ne sont pas mis dans le commerce [voy. Statistisch, etc., 891'895)]. Ces rapports contiennent, eatre autres, l'indication du nombre des conscrits incorporés pour chaque taille, de centimètre en centimètre ; j'ai donc pu calculer pour chaque province la taille moyenne des conscrits; de plus, d'après les notes manuscrites du général VAN DER Burcht van Lichtenberg (890-894), j'ai pu faire le pour- . centage des individus delà taille au-dessus de 1 m. 70 et de ceux qui ont été déclarés inaptes au service pour défaut de taille (au-dessous de 1 m. 55). J'ai fait ces calculs, longs et méticuleux, seulement pour deux

(1) Toutefois cette diminution n'est pas rigoureuse : dans la zone Flamande, les provinces se classent ainsi en allant de l'Est â l'Ouest : Limbourg (1666 mm.), Anvers (1660 mm.), Flandre Orientale (1656 mm.), Flandre Occidentale (1.663 mm.).

Il est ô noter que 52 hommes de la commune de Mendonc dans cette dernière province, Spécialement étudiés par HouzÉ (896-97)^ offrent une taille moyenne de 1 m. 70, avec l'indice céphalique de 80,9, un peu supérieur également à celui de la province en général (80,5).

(2) L'ouvrage de Mayet (902), si intéressant sous d'autres rappoits,ne contient qu'une seule mention sur la taille, relative à la province de Zélande.

J. DENIKER. — LES RACES DE l' EUROPE. — LA TAILLE EN EUROPE 49

dernières années 1893 et 1894, m'apercevant qu'il n'y avait pas grande différence entre ces deux années et les années 1890-92, pour lesquelles j'avais aussi des documents provenant des rapports du D^ Borgerhoff MuLDER (890-91) qui m'ont été obligeamment communiqués par le général van der Burcht van Lichtenberg. Les résultats de mes calculs sont consignés dans les deux tableaux ci-joints. Les chiffres qui y figurent, ayant été obtenus sur les conscrits incorporés, je ne leur ai fait subir aucune correction, suivant ma règle de conduite (p. 4). Voici maintenant ce qui ressort de l'examen attentif de ces deux tableaux.

La taille moyenne des Hollandais, d'après les mesures de 18.205 conscrits incorporés, est de 1675 millimètres, c'est-à dire qu'ils se trouvent parmi les « hautes tailles ».

Il y a une différence de 4 millimètres en moins entre la taille des conscrits de 1894 par rapport à celle des conscrits de 1893, mais il ne faudrait pas en conclure que la taille a. la .tendance à s'abaisser en Hollande. Au contraire, si Ton consulte V Annuaire statistique (894), on voit que le nombre d'individus grands (1 m. 70 et au-dessus) va en croissant régulièrement depuis 1870(25 p. c.) jusqu'à 1888 (35 p c), puis s'abaisse à 33,9 p. c. en 1889 et se relève ensuite à 35,3 p. c. en 1893, et à 35,1 p. c. en 1894. De même, le nombre des ajournés ou libérés pour.défaut de taille (au-dessous de 1 m. 55) diminue régulièrement de 9,32 p. c. (en 1870), à 3,62 (en 1892), pour s'élever légèrement en 1893 (4,1) et en 1894 (3,9).

En somme, la présence de plus d'un tiers de sujets dépassant 1 m. 70 indique, comme la moyenne, une population de grande taille. Quant à la distribution de la taille par province, elle présente les particularités suivantes. D'abord les différences extrêmes ne sont pas très considérables : de 1657 millimètres (dans le Nordbrabant) à 1691 millimètres (dans le Frise); l'amplitude de la variation est de 34 millimètres et ne permet guère de classer les provinces qu'en deux groupes : « tailles moyennes » dans le Sud (Zeelande, 1658 millimètres, Nordbrabant 1657 millimètres, Limbourg 1668 millimètres) et dans le coin Nord-Est du pays (Groningue 1673 mm., Drenthe 1666 mm., teint par erreur en bleu foncé sur la carte; grandes tailles dans le reste du pays, de 1676 mm. (Hollande-Sud) à 1691 mm. (Frise).

Si Ton considère la proportion des individus de très grande taille (1 m. 70 et au-dessus) on remarque presque la même distribution. Le tableau II montre que les provinces se classent à peu près de la même façon d*après ce caractère que d'après la taille moyenne : Nord brabant, Zeeland, Drenthe et Limbourg sont en tête de la liste, avec une proportion de 25 à 29,9 p. c. de très grandes tailles; par contré,

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