‹ Les races de l'EuropeChapitre 7 sur 36 · TAILLES · texte numérisé non relu

TAILLES

CLASSES (entre parenthèses d'après la nomenclature italienne)

Totalité de sujets

sujets de

20 ans

seoleiieit

Taille normale en mm.

(ou la plus fréquente)

Taille moyenne. .

Taille médiane. . .

les appelés, encore celle des inscrits seulement pour raison de leur âge (20 ans) à l'exclusion des ajournés (capilista) qui sont ègés de 21 ans et plus. Aussi pour cette période voit-on deux colonnes dans le tableau : une pour tous les conscrits, comme dans les périodes précédentes et Tautre pour les conscrits de 20 ans seulement. Ce tableau a un intérêt non seulement pour l'anthropologie italienne, démontrant l'augmentation progressive de la taille d'une période à l'autre et donnant la mesure de cette augmentation (5 à 9 millimètres en un quart de siècle, suivant qu'il s'agit de la taille moyenne médiane ou normale), mais il offre encore un intérêt général parce qu'il indique les différences entre les diverses méthodes d'estimer la taille. Ainsi, à deux exceptions près, la taille normale (c'est-à-dire la plus fréquente) est supérieure à la moyenne (la différence est de 2 à 8 millimètres) et à la médiane (la différence est de 3 à 5 millimètres). D'autre part on voit qu'en séparant les individus âgés de 20 ans des ajournés, plus âgés mais souvent plus petits de taille, on obtient pour les premiers la série identique de celle des seconds comme moyenne mais plus élevée comme médiane et surtout comme normale. Il est vrai que cette constatation n'est faite que pour une seule période et mérite confirmation. Quoi qu'il en soit, la taille moyenne des Italiens peut être estimée d'après les chiffres de Rossi pour la période actuelle (1894-98), à environ 1647 millimètres (1632+15) chiffre un peu supérieur à celui que j'ai mentionné d'après Livi (1645 mm.) et à ^eine inférieur à la taille moyenne des Français (en 1895) : 1648 millimètres (voy. p. 11). Mais si la moyenne est presque égale à celle que l'on trouve en France la distribution par régions est plus variée et les écarts sont plus considérables. Si Ton considère les six grandes divisions historiques (compartimenti) de l'Italie on voit que la taille des « incorporés » y varie de 1619 millimètres (Sardaigne) à 1666 millimètres (Vénétie); la taille des

(( appelés » de 1874-78 (sans augmentation) de 1589 millimètres (Basilicate) à 1653 millimètres (Vénétie), et celle des appelés de 1894-98 de 1589 millimètres (Basilicate) à 1663 millimètres (Vénétie). On voit par ces chiffres que le coin Nord-Est de l'Italie est une région de tailles relativement élevées, tandis que dans le Sud-Ouest, ainsi qu'en Sardaigne se trouvent des foyers de tailles excessivement petites, les plus basses que l'on connaisse comme moyennes des régions un peu étendues de l'Europe (sauf pour les Lapons, les Samoyèdeset les Vbgouls).

La succession des régions par ordre décroissant de la taille est d'ailleurs presque la même, que l'on considère les incorporés ou les appelés sauf deux ou trois exceptions.

Si Ton considère les appelés seuls, la succession pour la période de 1894-98 est la même que pour 1879-83 ( voy. p. 7), sauf une exception : les N'arches (Marche) y précédent l'Ombrie.

Sur la carte la répartition par grandes régions se présente ainsi qu'il suit (1) :

D'une façon générale la taille diminue graduellement et presque régulièrement du Nord au Sud; de plus, dans la haute Italie elle diminue de l'Est à l'Ouest ; et daijs le reste de la péninsule elle diminue plus vite (en allant vers le Sud) sur la côte adriatique que sur la côte de la Méditerranée Occidentale.

A ce tableau très net mais aussi trop général il faudrait ajouter un autre présentant plus dé détails. Or M. Livi en donne deux; l'un représente la répartition des tailles moyennes des incorporés par « provincii )) correspondant à nos départements (Livi II, Atlas, pi. XII), l'autre la répartition des appelés par (( circondarii » correspondant à nos arrondissements (Livi (885), pi. III) (2).

C'est cette seconde carte qui m'a servi de base pour construire la mienne (voy. la carte) comme je l'ai déjà dit plus haut. En examinant ma carte on peut constater : 1° la confirmation de ce qui a été déjà dit à propos de la taille en allant du Nord au Sud. La ligne tirée de l'île d'Elbe à Ancone sert ici de limite conventionnelle entre les tailles grandes et moyennes au Nord, et les tailles petites et très petites au Sud.

Mais dans chacune de ces deux parties il y a des régions spéciales à considérer.

Dans le Nord il y a deux centres de grandes tailles : à l'Est, la

(1) Ce qui suit est le résumé de l'examen comparatif des cartes dans le texte de Livi (II, p. 8) et deRossi(p. 5i7), qui deviennent identiques (sauf deux provinces: Marches et Campagne), si l'on ajoute 1 centimètre aux chiffres de Rossi.

(2y II en donne en outre la répartition des grandes et des petites tailles 4)ar « circondarii » et par (( mondamenti » (cantons).

province d'Udine avec deux distr. adjacents (1), ayant la taille la plus élevée de toutes les provinces du royaume (1673) ; et à l'Ouest, sur la côte Méditerranéenne, la province de Lucques (1669 millimètres) avec un circondario (arrondissement) adjacent, celui de Castelnuovo-di- Garfagniano de la province de Massa, qui offre le maximum de la taille (1673 millimètres) de tous les arrondissements de l'Italie. Quoique ces trois régions soient toutes dans la limite de mes « tailles moyennes )) (1665-1674) la stature de leurs habitants se rapproche cependant tellement de la catégorie des « grandes tailles » que je n'ai pas hésité, vu surtout que presque partout en Italie il faut augmenter la taille des conscrits de plus d'un centimètre (les chiffres précédents sont donnés sans augmentation pour Lucques et Udine comme provenant des incor pores (2), et avec augmentation de 1 centimètre pour Castelnuovo comme provenant des appelés), que je n*hésite pas de les forcer un peu et de teindre de la couleur plus foncée, correspondant à la taille de 1676 millimètres, les trois régions territoriales en question, ce qui fait mieux ressortir ces centres de taille relativement élevée de Tltalie.

Si au lieu de représenter par teintes différentes les tailles de 25 millimètres à 25 millimètres comme je le fais, on reportait les teintes de 10 millimètres à 10 millimètres on verrait comment graduellement, en ondes harmonieuses, la taille diminue partant du centre d'Oudine, en se répendant dans la Vénétie (l^* onde : Trévise 1665 millimètres, Belluno 1667, Vicence 1671; 2« onde : Venise 1661 millimètres, Padoue 1664, Rovigo 1652 et Vérone 1663) ; et puis, en Emilie (3* onde), où la taille se maintient partout entre 1650 et 1658 millimètres, sauf trois îlots isolés, notamment Tarrond. de Borgo-San-ï)onnino (prov. de Parme) 1644 millimètres à l'ouest, et ceux de Vergato (prov. de Bologne) 1645 millimètres et de Pavullo (prov. de Modène) 1645 millimètres, au Sud.

Cette troisième onde se répand dans la Lombardie orientale pour se briser en§n contre les îlots des (( petites tailles » de la vallée de Po (3).

(1) La région Vénôtienne est la seule pour laquelle M. Livi n'a pu donner, pour la taille des appelés, aussi bien que pour celle des incorporés, que les chiffres moyens par « province » et pas par « circondarii » par suite de la façon spéciale d'opérer des bureaux de recrutement.

(2) En faisant l'augmentation de 1 centimètre pour les appelés on a le chiffre suivant : Oudine, 1667 millimètres; Lucques, 1670 millimètres.

(3} Ces îlots sont les suivants : !• le circondario de Salo (1644 mm.) près du lac de Garde, adjacent à la zone de petites tailles du Tyrol italianisant; 2» les circondarii de Chiari (province de Brescia) 1641 millimètres, de Crema (province de Crémone) 1643 millimètres, Treviglio (province de Bergame) 1643 millimètres, de Lodi (province de Milan), 1644 millimètres et de Pavie (province de Pavie), 1642 millimètres, qui forment un groupe compact au point de rencontre de cinq

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Mais le flot contourne ces îlots pour pénétrer dans le Piémont qui, lui, est peuplé de <( petites tailles » dans sa plus grande partie (1636 à 1649 millimètres) et se rattache à la région de petites statures de la Savoie, des Hautes-Alpes et du Nord des Basses-Alpes. On y trouve même un circondario (Aoste) de très petite taille (1623 millimètres) et qui, chose à noter, est peuplé en majorité par les « Valdesi » parlant français et probablement apparenté aux populations de nos départements limitfopheâ.

^ Quant au second centre de dispersion des tailles relativement élevées, celui de Lucques-Gastelnuovo, il est facile à se convaincre, qu'il en part une zone de tailles moyennes le long de la Méditerranée, dans deux directions : au Nord jusqu'à la frontière de la France où cette zone se soude à une zone similaire qui longe toute notre côte Méditerranéenne et se prolonge même en Espagne; au Sud, jusqu'à la vallée du Tibre. .Dans cette dernière direction la zone littorale s'amincit considérablement, et si encore les provinces de Pise (1656 millimètres) et de Libourne, avec Tîle d'Elbe (1957 millimètres) y appartiennent en entier, dans les provinces plus au Sud, ce ne sont que les cantons littoraux qui peuvent être comptés parmi les (( tailles moyennes ». En effet la prov. de Grossato et les arrondissements littoraux de la prov. de Latium offrent en bloc une population de taille assez basses, quoique encore rapprochée de la « taille moyenne » (Grosseto 1644 millimètres, Civita-Vechia 1646 millimètres, Rome 1647 millimètres) ; mais si Ton y considère la taille par cantons (mandamenti) on voit d'assez grandes différences entre les cantons de la côte et ceux de Tintérieur. Je n'ai pas, il est vrai, de chiffres pour la moyenne de la taille par cantons, mais l'excellent ouvrage de Livi (1, et Atlas) fournit les données sur le nombre de « grandes tailles » (au-dessus de 1 m. 70) et de (( petites tailles » (au-dessous de 1 m. 60) pour chaque canton ce qui permet de les classer dans telle ou telle de mes catégories de taillés. Ainsi dans la province de Grosseto, les cinq cantons • maritimes comptent 17,5 pour cent de hautes tailles et 14 pour cent Se petites, tandis que la proportion est presque exactement renversée dans les cantons de l'intérieur où lesjchiffres correspondants sont : 15,4 et 18,4. Dans l'arrondissement deCivlta-Vecchia, la chose est moins évidente ; il y a là mélange de deux populations ; les deux cantons du Nord (Corneto et Tolfo) ont en moyenne 14,8 p. c. de grands et 18,1 p, c. de petits, tandis que le canton du Sud (Givita-Vecchia) offre une pro-

provinoes différentes; enfin, 3" de l'îlot formé par le circondario de Bobbio (province de Pavie) 1644 millimètres, qui se rattache plutôt à la partie du massif des petites tailles du Piémont entamé par la vague des « tailles moyennes » venue de la Lombardie.

portion renversée : 20,9 et 14,3 p. c. Mais dans Tarrondissement de Rome, le tableau reparaît; les cantons littoraux (Rome et Albano) offrent la poprortion de (( grands » (21,9 et 28,2) beaucoup plus forte que celle des autres cantons, situés dans les terres (de 8,5 à 20) et une proportion de petits beaucoup plus faible (13,2) que dans l'ensemble des cantons terriens (18 en moyenne). Dans l'arrondissement suivant, celui de Velletri, il n'y a presque plus de différence dans la proportion de hautes et de petites tailles entre les cantons de la côte et ceux de l'intérieur.

Je me crois donc autorisé, d'après l'examen de ces chiffres à teindre sor ma carte en couleur bleue représentant les « tailles moyennes » les cantons littoraux de la province de Grosseto et de l'arrondissement de Rome, ainsi que l'un des cantons littoraux de l'arrondissement de Givita-Vecchia, laissant en rouge (petites tailles) tout le reste des deux provinces, Grosseto et Latium.

La région des tailles élevées se propage aussi de Lucques et de Pise dans les arrondissements adjacents des provinces de Florence et de Sienne, ainsi que dans la province d'Arezzo (1651 millimètres), tandis que l'arrondissement méridional de Sienne (Montepreliano, 1642 millimètres) se rattache au bloc des « petites tailles » de l'Italie centrale. L'arrondissement le plus oriental du départ, de Florence (Rocca San Casciano, 1644 millimètres) forme, avec l'arrondissement de Forli, du départem. du même nom (1648 ?), un îlot de petites tailles qui sépare les dolichocéphales de taille moyenne du littoral méditerranéen et de la Toscane des brachycephales de taille moyenne du littoral Adriatique. Ces derniers peuplent la partie maritime des provinces de Forli, de Pesaro etd'Ancona (1).

Passons maintenante la région de basses tailles, au Sud de la ligne fictive Ancona-Elbe.

Au lieu de suivre seulement le versant oriental des Appenins comme on l'observe dans la région précédente, la zone de basses tailles s'étale sur toute la péninsule et il n'y a même pas de partie tant soit peu notable d'un seul circondario occupée par les hautes tailles.

Sur ce fond unique se dessine cependant une zone assez nette de « très petites tailles » qui commence par l'arrondissement de Teramo (1621 millimètres) dans la province de même nom et se continue presque sans interruption d'abord sur le versant oriental des Appenins puis, couvrent ces montagnes et l'étroite bande littorale en entier, jusqu'à

(1) Par leurs tailles moyennes les provinces de Pesaro (1643 mm.) et d'Ancona (1644 mm.) rentrent dans les petites tailles, mais les cantons maritimes y accusent une telle proportion de grandes tailles (de 17 à 23 p. c.) que je me vois obligé de reporter ces cantons dans la zone des tailles moyennes.

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l'extrémité ou la pointe de la « botte ». La petitesse de la taille atteint son point culminant dans Tarrond. de Melû (1599 millimètres) dans la Basilicate.

Cette zone envoie des prolongements sur la côte Adriatique qui couvrent l'arrond. de S. Severo (prov. de Foggia, 1620 millimètres) et celui de Bari. On remarquera que ces deux arrondissements sont aussi montagneux, le premier se terminant par le promontoire de Gargano, le second formant la partie la plus élevée des collines de la Fouille. Le fait que l'on trouve, au Sud comme au Nord de la ligne conventionnelle, les tailles les plus basses dans les régions montagneuses a 'conduit M. Livi à une étude spéciale sur la taille par canton en rapport avec l'altitude du chef lieu du canton (I. c. 1, p. 39). Il s'en suit que, sauf quelques exceptions dans le Piémont et la Sardaigne, la taille va en diminuant tandis que l'altitude augmente, et cela pour toute Tltalie. Il y a donc là une influence du milieu, quoique la race joue toujours un rôle prépondérant.

Le fait que dans le Nord de l'Italie la taille diminue surtout dans les arrondissements situés sur le versant oriental des Appenins, tandis que dans le Sud elle diminue sur les deux versants, est resté sans mention dans l'ouvrage de Livi. Cependant, associé avec cet autre fait que les arrondissements de petites tailles fournissent presque toujours des brachycephales dans le Nord de l'Italie, mérite d'arrêter notre attention. Il est fort probable qu'on est là en présence de la race Occidentale dans le Piémont et sur le versant Nord et Est des Appenins, tandis que le versant Sud et Ouest de cette chaîne est occupé par la race Atlanto-Méditerranéenne (taille moyenne mésocéphalie) répandue sur le littoral ligure et se prolongeant en Toscane, etc. D'autre part la race Adriatique (grande et brachycephale), si nettement représentée dans le Vénétien, vient s'éteindre aux pieds des Appenins : elle n^occupe qu'une lisière de la côte Adriatique et disparaît entièrement passé Ancone. Enfin le Sud de l'Italie, surtout la Basilicate et la Calabre, pays fort accidentés de montagnes, abritent à toutes les altitudes la même race Ibero-Insulaire (petite et dolichocéphale), qu'on rencontre dans l'Espagne et dans les Iles de la Méditerranée, auxquelles je passe maintenant. Mais avant, deux mots des colonies de peuples qui continuent encore, en Italie, à parler leur langue originaire.

Les (( Vaudois » francophones de Pinerolo (Piémont) sont plus petits (12 p. c. de grands contre 18,6 p. c. de petits) que les italophones de ce même circondario (18,6 p. c. de grands contre 15,9 de petits), dont la taille est cependant petite.

Les germanophones des sept communes (prov. de Vicence, mandement d'Ariago) sont de haute stature et se distinguent par ce cârac-

tère des Vénétiens qui les entourent qui sont cependant d'une taille élevée. La proportion de « grands » chez eux (41,1 p. c.) n*est égalée dans toute l'Italie que par le canton de Torcento (41,3) dans le Vénétien, tandis que la proportion de « petits » (4,9) ne descend aussi bas que dans un seul canton, celui Ampezzo (4,3), également en Vénétie.

Livi ne donne pas de renseignements spéciaux sur la taille des habitants germanophones des treize communes (dans le mandement de Grezzano, province de Vérone).

Les ^laves, encore assez nombreux dans les Abruzzes (surtout dans le circondario de Larino) ne paraissetit guère différer par leur taille, comme par les autres caractères d'ailleurs (voy. Deniker (899), p. 30 et Livi, II, p. 163) de leurs voisins les Italiens de cette province et cependant ils ont pour ancêtres des Dalmatiens, très grands.

Les colonies grecques de Fouille, dans les arrondissements de Lecce et de Gallipoli, n'ont pas été étudiées séparément pour la stature par Livi. Cependant elles ne restent peut être pas étrangères à l'élévation de la taille dans ces arrondissements.

Quant aux Albanais (de la subdivision des Tosques), si nombreux dans la terre d'Otrante (circondarii de Lecce et de Taranto), dans la Basilicate (cir. Melfi, Potenza et Lagonegro) et en Calabres (dans tous les cantons sauf un), leur taille égale celle des populations avoisinantes dans les deux premières provinces et est un peu plus élevée dans la troisième (voy. Livi II, p. 174). Les Albanais de Sicile, dit Livi (1. c. p. 175) sont plus grands que les Siciliens de Corleone (1619) et plus petits que les Palermitains (1648 millimètres) ; leur taille serait donc approximativement de 1634 millimètres.

Pour les Italiens de la Suisse et de l'Autriche avec les Frioulans (voy. p. 37 et 97).

Iles de la Méditerranée Occidentale

(Baléares, Corse, Sardaigne, Sicile,)

Les Iles Méditerranéennes, sauf les Baléares, abritent une population de petite taille, et peuvent être classées ainsi qu'il suit : Corse (taille moyenne 1643 millimètres), Sicile (1635 mm.), Sardaigne (1619 millimètres). Par contre, la petite île de Pantelleria, située presque à égale distance de Sicile et de la Tunisie, abrite une population de taille assez élevée .

La taille moyenne des incorporés de la Sardaigne est de 1619 millimètres, comme je l'ai dit plus haut; celle des conscrits, majorée de 2 unités, est de 1611 ou 1613, suivant les années. Si l'on considère la

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répartition de la taille par arrondissements (cirôondarii), on est frappé d'une certaine uniformité ; sauf l'arrondissement de Tempia Paiisania dans le Nord, dont la moyenne est de 1645 millimètres, et qui contient pas mal d'immigrés, dans tout le reste de Tile la population est de très petite taillé, variant de 1605 à 1619 millimètres suivant les arrondissements. L'on y trouve même un arrondissement, celui de Lanusei, sur la côte Est, où la taille moyenne descend jusqu'à 1579 mm., chiffre le plus faible parmi ceux de toutes les unités territoriales de l'Europe (1).

A noter aussi, comme le fait Livi, que les arrondissements où la taille est la plus petite offrent également l'indice céphalique presque le plus bas et la pigmentation la plus foncée, ce qui indique que la race Iberoinsulaire s'y est peut-être conservée dans toute sa pureté. Les habitants de la ville d'Alghero, où l'on parle encore Catalan, ne diffèrent pas, au point de vue de la taille, des Sardes de la région avoisinante, tandis que leur indice céphalique, presque le plus élevé de toute l'île, les rapprocherait des Catalans d'Espagne (voy. Denirer(<999), p. 32). Par contre, les habitants de Carloforte ou San Pietro, petite île de la côte Sud-Ouest de Sardaigne, descendants des Ligures de l'île Tabarca en Tunisie, émigrés en 1737, se distinguent par une stature plus élevée (38,6 p. c. de grands, 14,3 p. c. de petits, mais d'après 14 observations seulement) ; ils sont aussi moins foncés et ont la tête plus arrondie que les Sardes.

En Sicile, la taille quoique plus élevée qu'en Sardaigne, est encore très petite dans toute l'île ; elle augmente un peu sur la côte Est et dans la partie occidentale de la côte Nord, où l'élévation est due surtout à la présence des grandes ville^. La taille est au maximum dans les arrondissements de Palerme (1648 millimètres) et de Trapani (1641 millimètres). L'un des arrondissements où la taille est au minimum, Piazza Armerina (1606 millimètres), se trouve dans la partie orientale de la côte Nord.

Pour les Albanais de la Sicile, voy. p. 33.

Pour la Corse, nous avons l'excellent travail du 'D' Jaubert (896), résumant tous les précédents et donnant la répartition de la taille par régions et cantons. La taille moyenne des Corses est de 1648 millimètres, d'après le tableau de recrutement [(Ely [80]], Par contre, le D' Jaubert trouve, après avoir mesuré 17726 appelés des classes 1873-89, une taille plus basse, 1633 millimètres. La différence est assez sensible, 14 millimètres. Le chiffre de Jaubert se rap-

(1) L'arrondissement du continent qui vient après est celui de Melfl (Basilicate); la taille moyeitne y est de 2 centimètres plus élevée que dans le Lanusei.

proche de la taille médiane (1626 millimètres) que donne J. Bbrtillon (885), Cette taille ne paraît pas s'accroître beaucoup avec l'ôge, car 116 réservistes de 26 ans, mesurés par Jaubert ont donné la moyenne de 1647 millimètres, supérieure d'un centimètre à celle (1637) que ces mômes individus avaient à 21 ans. De même, les 88 dispensés de la classe 1881, remesurés en 1891, ont donné à Jaubert, comme taille moyenne : au moment de la conscription 1627 millimètres, et 10 ans plus tard 1639; de 20 à 30 ans, leur taille s'est élevée de 12 millimètres seulement. Si je cite en détail ces chiffres, c'est parce qu'ils confirment pleinement ma règle, de n'ajouter qu'un centimètre à la taille des individus de 20 ans non sélectionnés.

La taille moyenne varie peu d'une région à l'autre de l'île. Elle atteint son maximum (1636 millimètres) dans la 8® région de Jaubert, comprenant Ajaccio et les cantons avoisinants où certainement il y a le plus d'éléments étrangers. La Bologne (Galvi et côte Nord-Ouest) la suit de très près (1635,8). Le minimum de la taille (1626 millimètres) s'observe dans la 3* région, c'est-à-dire sur la côte Est (de Borgo à Prunelli). La différence est juste d'un centimètre "et tous les arrondissements et régions se trouvent dans la limite des petites tailles, ce qui explique l'uniformité de la teinte sur ma carte. Toutefois, il existe une région de l'île qui mérite d'être examinée à part et sur laquelle j'attirai Inattention encore en 1899, à propos de l'indice céphalique. Je veux parier du plateau de Niolo, que je dénommai alors «la véritable citadelle de la raœ corse », tout en regrettant d'avoir fort peu de renseignements au sujet de ses habitants.

Mon appel fut entendu, et des travaux spéciaux ont été faits dans cette région. M, Bloch (912) a signalé à nouveau, d'après Jaubert, l'existence des individus de type blond en Corse et la discussion qui a suivi sa communication à la Société d'anthropologie a provoqué le travail de M . Mahoudeau (906), comme ma phrase de 1899 a servi de point de départ, d'épigraphe, suivant l'expression de l'auteur même, au mémoire du D' Girard (905).

Voyons maintenant quelle est la taille du Niolins. Pour le canton de Galacuccia, qui coïncide presque exactement avec la région de Niolo, Jaubert donne la sériation des tailles de 295 sujets, d'après laquelle je trouve la taille moyenne de 1639 millimètres, la médiane de 1635 et la normale ou la plus fréquente de 1 m. 66 (1).

M. Girard trouve au contraire, sur 25 sujets mesurés, une taille

(1) Le contrefort ouest du plateau situé dans l'arrondissement d' Ajaccio correspond à peu près au canton de Evisa qui me donne, d'après les 279 sujets mesurés de la série Jaubert, la moyenne de 1637 millimètres, supérieure de 4 millimètres à la moyenne du canton voisin, celui de Soccia.

beaucoup plus élevée, 1662 millimètres (avec deux maxima de fréquence à 1 m. 63 et à 1 m. 68) et je calcule d'après ses chiffres la médiane = 1655 millimètres. Quant à M. Mahoudeau,- il ne donne pas de moyennes, mais seulement la séria tion de tailles prises sur 60 habitants de Niolo et sur 33 habitants des versants Ouest et Est de ce plateau. D'après mes calculs, les chiffres de cet auteur donnent le résultat suivant : Taille moyenne des 60 montagnards de Niolo, 1654 millimètres; leur taille médiane 1665 millimètres; taille moyenne des 33 habitants des contreforts du plateau, 1650 millimètres, et la médiane 1655 millimètres. Les 93 sujets réunis donnent la taille moyenne de 1653 millimètres et une médiane de 1665 millimètres. La taille moyenne de 154 habitants des autres régions de la Corse mesurés par Mahoudeau serait, calculée de la même façon, de 1630 millimètres (chiffre voisin de celui de Jaubert, 1636 millimètres). En joignant à ces 93 sujets les 25 mesurés par Girard, je trouve pour 118 sujets la taille moyenne 1660 millimètres, et la médiane 1660 millimètres également. Ce chiffre est de 2 centimètres supérieur à celui de Jaubert. Réuni à ce dernier il offre, d'après 413 sujets, une moyenne de 1646 millimètres, c'est-à-dire supérieure de 1 centimètre à celle des Corses d'Ajaccio où nous avons vu la taille la plus élevée de toutes les régions de Tile.

En excluant les 33 sujets des contreforts, on obtient une série de 380 sujets^ presque exclusivement des Niolais, qui donne la taille moyenne de 1646 millimètres, identique à la précédente.

En somme le chiffre de 1646 millimètres plus élevé que celui de Tarrondîssement où est situé Niolo (1632), ne permet pas de considérer, comme le veulent Mahoudeau et Girard ; la population de Niolo comme (( grande », tout au plus peut-on la considérer comme petite, mais se rapprochant des (( moyennes tailles ». D'ailleurs la proportion des (( grands » (au-dessus de 1 m. 70) varie suivant les séries : Mahoudeau donne 40 p. c, Girard 20 p. c. et Jaubert 13 p. c. seulement;

inversement le nombre des petits est respectivement de 15,16. et 23 p. c.(l).

La population des Baléares aurait la taille moyenne de 1678 milli-

(1) Dans mon travail sur l'indice céphaliqufe en Europe [899] p. 31, je donne l'indice céphalique de Niolo (73,3) d'après une moyenne insuflûsante de 6 sujets mesurés par Fallot ; Mahoudeau en a mesuré 60 et je calcule, d'après sa sériation, l'indice céphalique de 74,8; Jaubert en a mesuré 20 et a trouvé un indice céphalique un peu plus élevé (75,5), tandis que Gérard donne un indice encore plus élevé (76,1), d'après les mesures de 25 sujets. Avec les 5 sujets précédents, la moyenne de 115 serait de 75,2. Il y aurait donc là un îlot de population de taille presque moyenne et hyper-dolicocéphale et de plus du type « châtain clair » avec des yeux gris-bleuâtres (Jaubert 1. c. p. 87). Tous ces traits la distinguent des autres Corses, petits et dolicocéphales (i. c. moyen de 1129 sujets de Fallot, Jaubert, Mahoudeau et Collignon : 76,6) et très bruns.

J. DBNIKBR. — LES RACES DE l' EUROPE. — LA TAILLE EN EUROPE 37

mètres, d'après 23 sujets mesurés par Oloriz (896), et de 1626 millimètres d'après les 13 sujets que citent Aranzadi et Hoyos [894, Nachtrag); mais comme le chiffre de ces derniers doit être augmenté de 2 centimètres environ pour être comparable, la moyenne des deux observations pour 36 sujets ressort à 1667 millimètres. Apparentés aux Catalans au point de vue linguistique, ces insulaires ont presque la même taille que ces derniers (environ 1666 millimètres) et se distinguent nettement des habitants des trois grandes îles de la Méditerranée occidentale qui, d'ailleurs, sont aussi dolicocéphales. Ceci nous porte à croire que les insulaires des Baléares, surtout ceux de Majorque qui sont presque sous dolicocéphales (i. c. 77,9), appartiennent probablement à la race atlanto-méditerranéenne, tandis que ceux des trois grandes îles ont une forte dose de sang ibero-insulaire dans leurs veines.

Suisse

Les rapports du recrutement suisse contiennent les donùées sur la taille : 1** des hommes de la classe ayant 19 ans et demi; 2® des classes antérieures, âgés de 20 à 23 ans, c'est-à-dire ceux qu'or» appelle en France les ajournés.

De plus, ils fournissent les mesures de la taille de tous les conscrits, depuis les nains de 1 m. 16, et même moins, jusqu'aux géants de 1 m. 90 et plus. La taille moyenne du recrutement de chaque année, est donc inférieure à la taille moyenne de la population adulte de tout ce dont sont capables de grandir les jeunes gens de 19 ans et demi (formant les deux tiers des recrues), et les gens de 20 ans et demi à 23 ans et demi, pour atteindre la taille définitive. L'accroissement des individus de 19 ans et demi, peut être établi approximativement, en prenant la différence entre leur taille et celle des ajournés qui forment déjà un groupe sélectionné (1), et ont une taille moyenne à peu près identique à celle de la population adulte totale sinon supérieure (voy. p. 4). J'ai calculé cette différence pour la population italienne des deux cantons. Grisons et Tessin, d'après les chiffres du mémoire deFRŒLiCH,et je trouve ce qui suit pour le recrutement de l'année 1892.

(1) En effet, il ne comprend que les sujets dont la taille n'est que légèrement inférieure à la ^limite réglementaire : 1 m. 56 (Instruction^ 888) ; en sont exclus tous les sujets que l'on suppose ne pas pouvoir atteindre à 24 ans, la taille de 1 m. 54, limite légale pour le classement dans le service auxilliaire (musiciens, ouvriers, scribes, etc.).

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