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CHAPITRE VII

Les Saxons et les Angles. - Formation de langlo-saxon; monuments des dialectes saxon et angle. - L'angle a subi l'inHuence d;noisë - Le bas latin et le latin rustique; formation du français. - Le serment de Stras bourg, etc. - La Chanson de /îo/and. Le français porté en Tng etrre pa; ÏÏn?r™T'r' les Angevius (Plantagenets)! L vocabubi e françai pénètre et désorganise, eu l'enrichissant, l'anglo-saxon (xn«-xv s) - Périodes du vieux et du moyen anglais. - Il y a deux langues en anglais. - Les deu.x stades du français : formation populaire; formation savante. -Lamentations des romanistes. - Les doublets. - Emprunts du français al Italien, a 1 espagnol, à l'allemand et à l'anglais. - Suffixes grecs.- Vitalité de la dérivation dans la langue française, de la juxtaposition danslalangue anglaise. — Conclusion. °

Nous touchons à la fin de cette revue philosophique des langues. Après avoir rattaché la parole humaine au cri animal, nous avons constaté la coexistence d'idiomes monosyllabiques, agglutinants et flexionnels, et nous avons accepté comme probable la succession de trois périodes correspondant à ces trois stades du langage ; nous avons considéré la flexion comme la fusion de syllabes agglutinées. Mais nous n'avons été guidé par aucune idée systématique, par aucun préjugé; c'est avec une parfaite indifférence que nous avons adopté l'ordre qui nous a semblé le plus vraisemblable. Nous ne sommes pas de ceux qui se lamentent sur la perte de l'instrumental sanscrit, du digamma éolique, ou des deux cas du vieux français. Nous ne croyons pas du tout à la décadence du langage; nous voyons, dans les mille altérations et substitutions phonétiques, des adaptations de la parole au tempérament des peuples et à la complexité croissante des besoins intellectuels.

Nous aimons beaucoup les idiomes synthétiques qui marquent par des désinences variées les relations des mots entre eux; mais nous goûtons plus encore les langues simplifiées où le mot devient un serviteur plus obéissant de la pensée, où des prépositions et des auxiliaires suppléent, avec plus de souplesse et d'exactitude,

les formes, atrophiées, usées, évanouies, des déclinaisons et des conjugaisons.

Parmi les langues européennes parvenues à l'état analytique plus ou moins rigoureux, nous en choisirons deux, celles qui ont pour nous le plus d'intérêt, l'une germanique, l'autre latine, extrêmement différentes et pourtant inséparables, l'anglais et le français.

Vers le milieu du v'^ siècle, les peuples de langue bas-allemande formaient à la fois l'avant-garde au midi et, au nord, l'arrièregarde du corps germanique. Les Visigots à demi civilisés d'Ataulf et d'Euric apprenaient le latin et oubliaient leur propre idiome à Toulouse, à Narbonne, bientôt au delà des Pyrénées; mais les Scandinaves, les Saxons, les Frisons et les Hollandais, serrés à l'est par les Langobards, les Ruges, les Hérules, au sud par les Mamans, séparés par la masse des Francs du Rhin, de la Meuse et de l'Escaut, étaient les uns rejelés dans la vaste péninsule du Nord, ou dans le Jutlandetles îles danoises, les autres entre l'Elbe et le Weser, et vers les bouches de l'Ems, de l'Eyder, d u Rhin et de la Meuse. Tous, ils couraient la mer, cherchant fortune, pillant çà et là, touchant sans cesse les rivages anglais. En 448, une bande de ces vaillants flibustiers. Saxons et Jutes, s'établit, sur la côte de Kent, dans l'île de Thanet; leurs chefs, Hengist et Horsa, d'abord engagés au service d'un prince des Bretons, VVortigern, pour combattre des envahisseurs calédoniens, ne tardèrent pas à prendre pied dans le pays ; Horsa fut tué ; mais des renforts saxons et jutes, chassant, pied à pied, les anciens habitants jusqu'à la Severn et aux montagnes galloises, occupèrent en moins d'un siècle tout le sud de la Grande-Bretagne et le bassin de la Tamise. Enfin, vers 558-60, les Angles, qui habitaient le sud-est du Slesvig, vinrent s'établir en grand nombre sur les rives de l'Humber et dans les régions limitrophes des Cambriens et des Écossais. Dès 586, l'élément celtique était complètement expulsé, et les petits rois de l'Heptarchie se disputaient avec acharnement la suzeraineté ; ceux du "Wessex avaient fini, au ix° siècle, par réunir toutes les provinces sous leur sceptre, lorsque l'invasion germanique, après un temps d'arrêt, redoubla d'intensité. D'autres hommes du Nord, ceux qui, venus de Frise, de Danemark, de Norvège, s'abattaient sur l'empire carolingien et s'emparaient de la Normandie, fondèrent dans le pays des Angles un royaume de Northumbrie. Puis, malgré les victoires d'Alfred le Grand et d'Athelstan (871-941), des rois danois, Swenon et Knut, se rendirent maîtres de l'Angle-' terre; une révolte heureuse, 1035, rétablit bien pour quelque'

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trente ans l'autonomie saxonne; mais les Danois ne renoncèrent pas sitôt à leurs prétentions; et l'on sait que, dans le temps même où Guillaume le Conquérant débarquait à Pevensey (iOG6), Harold, le dernier roi national, était occupé dans le nord à détruire aine armée danoise et norvégienne.

La langue anglo-saxonne, si l'on omet quelques variétés dialec- •tales, s'était constituée en quatre siècles (500-900), assez fortement pour réduire à peu de chose l'immixtion du vocabulaire •danois, d'ailleurs presque identique au sien; quant au celtique, •elle n'en avait gardé que de faibles vestiges, des noms de lieu, par •exemple, une cinquantaine de mots tels que bearu « colline » {berfa, ■barpa), cloût « pièce de toile », kylène « fournaise », cj'ook « croc » ; gwiked « guichet « ; dan « tribu » ; dayrnore « épée » {cleadlieamhmoré), etc. Cette disparition du celte surprend au premier abord; il avait survécu, en effet, à quatre siècles de domination romaine, et il s'effaçait devant un idiome aussi peu cultivé que lui-même. Pourquoi? parce que l'invasion saxonne a été la substitution d'une race à une autre; les débris des Bretons orientaux, ou Logriens, avaient émigré en Armorique, ou s'étaient réfugiés à l'ouest dans la terre des Cambriens, Galles et Cumberland.

L'occupation romaine avait été intermittente et superficielle. Les légions, en quittant l'île, 412, avaient emporté le latin. Le sol •anglais a bien pu garder des ruines de cités et des traces de voies romaines; mais dans l'anglo-saxon primitif on ne trouverait pas plus de trois mots d'origine latine : co/n, Lincoln {Lindi colonia); caestre, castra; et straet, straia. Il faut rapportera l'établissement du christianisme (vu" siècle) l'introduction d'un certain nombre de termes transmis par l'anglo-saxon à l'anglais moderne : ancor {anachorel), aposiol, postal; ùiscop {bishop), aelmœsse (aumône), calic, candel, clusior et claustre (cloître), discipul, deofol (diabolus), ■deacon (diacre), en^e/, mynster, pistai {epistola), predicyan, profost, {proposilus), purpur, sanct, ymn, culufre {colwnba), castell, dauther {dactor), gigant, meregreot [margariia), pund, plant, ylp {vulpes), yncia (uncia). Les lettres latines étaient d'ailleurs peu cultivées au temps de l'IIeptarchie. On voit Bède engager l'archevêque Egbert (732-769) à faire traduire le Pater et le Credo par le plus instruit des clercs ou laïques de son diocèse. Sous Alfred, pas un prêtre ne comprenait la messe. L'invasion normande releva le niveau des études classiques. Le latin devint la langue du droit, •de la théologie, des actes publics; et après la Renaissance il fut quelque temps de bon air de parler grec et latin en anglais. Mais n'anticipons pas; nous avons à dire quelques mots de l'anglo-

saxon lui-même, de cette langue qui a été et demeure la base et le fond de l'anglais.

Elle est, son nom l'indique, la fusion de deux groupes de ces dialectes bas-allemands, dont la phonétique a fait l'objet du dernier chapitre. 11 faut répéter que ces idiomes, loin d'être dérivés de l'allemand, sont les frères aînés du plus ancien haut-allemand, que s'ils ont la môme grammaire, les mêmes éléments lexiques, ils ne les tiennent pas de lui, et que, pour la substitution des consonnes, l'anglais le plus moderne s'est maintenu généralement à l'étage gotique et Scandinave.

Parmi les dialectes saxons, celui du Wessex (Winchester), parlé sous Egbert et même sous Alfred, a, tout naturellement, pris le pas sur les autres, à mesure que le royaume de Wessex englobait tous les Etats de l'Heptarchie. C'est à lui qu'on rapporte les plus importants monuments littéraires que nous possédions : les poèmes de Beowulf {Chant du voyageur, Bataille de Pinnesburg), la Paraphrase de Caedmon, Andréas, et Elène, le Recueil ou Codex Exoniensls, le Cronicon saxonicum, les versions anglo-saxonnes de l'historien Rosius par le roi Alfred, et de V Histoire ecclésiastique de Bède, les Lois anglo-saxonnes, le Gospel, version de l'Evangile, et les Homélies d'Aelfric.

Les dialectes angles sont représentés par deux manuscrits (A et G) du Cronicon saxonicum que l'on croit originaires de Mercie (Lincoln), et par le Durham-book, rédigé en northumbrien sous Knut le Grand. C'est dans ce dernier texte que l'on retrouve le plus de traces de l'influence danoise, des mots comme afledd « procréé » (Scandinave afta » engendrer »), agede « luxure » (scand. agaeii), beggse « amer » (scand. beiskr), bradda (scand. blaedï), bule « taureau » (scand. boli), blunt « sot » (scand. blunda, dormir), bulaxt « hache (scand. bolôxi, cf. pelekhus), kide (chevreau). On attribue au Scandinave les suffixes ou désinences legge, sunnd, agg, egg, eunde (part, présent), inn et enn (3*= pers. plur.). Le caractère des dialectes angles, c'est l'assourdissement et l'uniformité du vocalisme. Au contraire le west-saxon, type de la famille, possède un mécanisme vocal plein de raffinement et de complication, plus varié que celui du gotique môme. 11 a conservé dans les verbes quelques vestiges de redoublement, et distingue le passé du présent par une apophonie {ablaut) plus ou moins constante, dont les verbes dits irréguliers en anglais moderne nous offrent de si nombreux exemples : I do, 1 did, donc; bear, bare ou bore, born; begin, began, begun. Ce procédé de modification interne est, pour une langue presque réduite à l'état monosyllabique, une source de richesse infinie; un simple

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changemenl de voyelle fait du môme mot de trois ou quatre lettres, un verbe, un prétérit, un participe, un nom, un adjectif, un adverbe. Ce qui a le plus souflert, en saxon, c'est la déclinaison, déjà toute bouleversée, comme celle de l'allemand, et qui tend à disparaître. Les prépositions remplacent les cas. Mais rien ne distingue encore l'anglais futur des langues germaniques.

Il est douteux que l'anglo-saxon, livré à lui-même, eût produit la langue si délicate et si riche que nous connaissons; il lui aurait bien donné la force et la poésie dont elle déborde ; mais où auraitelle pris cette netteté de structure et cette variété de nuances qui en font par excellence une langue analytique? Qui l'aurait délivrée de sa grammaire, de ses flexions compliquées? C'est l'infusion du sang et de l'esprit français qui ont fait l'anglais ce qu'il est, et l'ont si complètement dégagé des ambages germaniques.

Le français, précisément, naissait plein de sève et d'avenir, en un temps oîi le parler teuton végétait sur le continent, et où l'élément anglo-saxon, idiome et race, languissait dans un triste désarroi, dans une véritable stagnation politique et intellectuelle. Les chefs visigots, burgondes, saliens et sicambres, plus heureux que Hengist et que l'Angle Idda, avaient trouvé en Gaule une population beaucoup trop nombreuse pour être anéantie ou du moins absorbée par ses conquérants demi-sauvages, et encore assez cultivée pour dégrossir quelque peu ces grands enfants violents et rusés. Malgré leur dédain sincère pour les vaincus, malgré ce contentement d'eux-mêmes qui s'étale si naïvement dans le préambule de la Loi salique, les Clolaire (Clotachar « l'illustre »), les Hilpéric (puissant protecteur), les Dagobert, Fclat du Jour, entourés d'ailleurs d'évêques astucieux, durent apprendre le latin et faire rédiger leurs actes dans la langue de ceux qui savaient écrire. Partout en Gaule, depuis cinq siècles, sauf en Armorique et en pays basque, on parlait le latin, soit officiel et administratif, dans les villes, soit vulgaire, dans les campagnes et dans le voisinage des garnisons. Le franc n'était parlé qu'à la cour d'Austrasie, dans quelques districts du Hainaut, et le long du Rhin, là seulement où les envahisseurs formaient des groupes suffisamment compacts. L'avènement des Carolingiens, Franco-Belges fortement romanisés, ne changea rien à des habitudes séculaires; si Charlemagne eut l'idée excellente de faire recueillir les vieux chants de ses ancêtres, il ne paraît pas avoir songé un seul moment à établir, en un lieu quelconque, une école germanique. C'est en latin qu'on s'entretenait, qu'on écrivait autour de lui; seulement un millier de mois allemands, le plus souvent latinisés,

étaient venus s'ajouter dans la langue courante à un très petit nombre de termes gaulois, et la prononciation tudesque avait aggravé encore, en exagérant l'accent tonique, l'altération infligée au latin par les gosiers celtes; le fait est qu'un travail insensible, contractant les mots, supprimant les désinences, avait, dès le vn'= siècle, tiré du latin une nouvelle langue, un français embryonnaire que tous parlaient, manants et comtes, prêtres et laïques, mais qu'on n'écrivait pas encore. En 660, un nommé Mummolin fut élu évêque « parce qu'il excellait dans la langue romane » ; en 750, Adhalard, abbé de Corbie, était disert en « roman », brillant en « tudesque », élégant en « latin »; ainsi les trois langues sont fort distinctes. « Cet Adhalard, dit encore son biographe, prêchait en langue vulgaire avec une abondance pleine de douceur. » En 768, l'année même où Charlemagne montait sur le trône, on disait manatces T^onv minas, helmo pour galea, solament Tpour singularitei', macioni pour caementarii. L'Église s'était hâtée de consacrer ce patois , dont les conciles recommandaient vivement l'usage (813, 842, 851). On prêchait partout en français; quelle meilleure preuve que la foule ne comprenait plus ni le latin, ni l'allemand! Au reste, il en est une autre, plus explicite : le texte des Serments de Strasbourg (842), conservé par Nithard (84H).

Le fils aîné de Louis le Débonnaire, Lothaire, investi du titre impérial, se trouvant fort à l'étroit dans son long royaume, qui comprenait l'Italie, la Provence, l'Alsace, la Lorraine [roxj. de Ludher] et les provinces du Rhin rive gauche — tous territoires qui n'appartenaient en rien à l'Allemagne — , Lothaire donc aurait voulu s'élargir aux dépens de ses frères, Charles, roi des Francs, et Louis, roi des Germains. Ceux-ci, réunis à Strasbourg, firent alliance devant leurs troupes, et Louis prononça les paroles suivantes : « Pro deo amur, et pro Christian poblo et nostro commun salvament (pour l'amour de Dieu, et pour sauvement commun du peuple chrétien et le nôtre), dist di en avant, inquant Deus savir et podir me dunat, si salvarai cist meon fradre Karlo (de ce jour en avant, en tant que Dieu me donne savoir et pouvoir, ainsi sauvegarderais-je mon frère Charles), etc., et ab Ludher nul plaid num- ■quam prindrai qui, meon vol, cist meon fradre Karle in damna sit (et avec Lothaire nul accord oncques prendrai, qui, de mon vouloir, porte dommage à ce mon frère Charles). »

Tel est le morceau et le titre le plus ancien que nous possédions ■non seulement du français, mais de toute la famille romane; si fruste à la fois, et si précieux pourtant, qu'on passerait des heures à 'l'analyser mot par mot; j'y noterai seulement la présence du futur

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roman, saloarai, prindrai, l'une des créations de nos langues {J'ai à sauver, fai à prendre), et d'une forme propre au français, meon vol « vouloir », dont on citerait plus de trois cents exemples (uio/, vol, dol, reccl,recid, recueil, accord, pli, a/front), abréviations heureuses de l'indicatif ou de l'infinitif, et qui auraient pu nous épargner bien des ion et bien des menl.

Quoi qu'il en soit, le français arriva très vite à la culture littéraire. Sans nous arrêter à la naïve complainte de Sainle Eulalie (ix" siècle), aux courts poèmes de la Passion et de Saint Léger {x" siècle) et au trop long Saint Alexis (xi«), monuments précieux surtout pour les spécialistes, nous nous trouvons en présence, dès le xie siècle, de la Chanson de Roland (4000 vers), la plus ancienne à coup sûr et presque la meilleure des épopées nationales modernes. La tradition veut qu'elle ait été chantée — sous une forme que nous ne possédons plus — à la bataille d'Hastings. Mais ce qui est certain, c'est que le plus ancien texte d\i Roland {manascvil d'Oxford) a été rédigé en Angleterre dans la première moitié du xii" siècle, que tous les détails de mœurs, les descriptions d'armes et de vêtements nous reportent à la fin du siècle précédent, et qu'il faut attribuer le poème à quelque Français-Normand compagnon de Guillaume le Conquérant. Cette origine est curieuse à plus d'un titre, et nous y reviendrons. Mais tout d'abord la Chanson de Roland appelle d'autres remarques intéressantes; elle s'inscrit en faux contre le préjugé qui refuse aux Français « la tête épique » ; elle apprend aux historiens que Charlemagne, si vainement réclamé par les gens d'outre-Rhin, dont il a été le plus constant et le plus cruel ennemi, a fondé non la patrie allemande, mais la patrie française, presque abolie après lui par la féodalité; elle révèle aux critiques comment les épopées populaires se forment, avant l'histoire ou à côté, autour d'événements et de personnages réels transfigurés par l'éloignement. L'événement central ici, c'est la lutte du monde chrétien contre l'islamisme, qui ne s'est pas terminée à Poitiers, qui s'est prolongée jusqu'au ix<= siècle, en France et sur les Pyrénées; les personnages, ce sont une nation, la France, et un homme, le grand Karl, Vemperor à la barbe florie {ki ad barba florit), qui essaya de constituer l'Occident civilisé, soit en face des barbares attardés à l'est, soit en face des Sarrasins débordant du midi, et qui, arrêtant l'un et l'autre déluge, contraignit la Germanie à l'équilibre et l'Islam à la retraite. Ces souvenirs n'étaient pas anciens, trois siècles à peine séparaient le trouvère de 1096 du grand Carolingien; mais tout un ordre de choses avait croulé, un abîme s'était creusé entre la conception unitaire de

DliUX LAISGUICS ANALYTIQUES -iy»-

Gharlemagne et l'émicttement féodal; et du fond de ce nouveau chaos, si lentement, si péniblement ramené à l'unité par Tambition persévérante, égoïste, des roitelets de l'Ile-de-France, les hommes et les événements du viii'' siècle apparaissaient grandis et comme dorés d'une gloire fabuleuse. On a cherché dans le Roland ub caractère germanique ; on ne l'y trouve nulle part, si ce n'est dans la rudesse obtuse des mœurs et des pensées; mais partout une France qui n'est plus est invoquée par une France qui n'est pas encore. Partout, cent fois, revient ce nom, accompagné d'une épi- Ihète homérique : France la doulce. Aix-la-Chapelle même est Ais en France; les généraux sont des pairs de France; les soldatssont des Françan. Roland, frappant Marsile, s'écrie : « Que dulce- France par nuz ne seit hunie/ » et, pleurant sur les morts : « TeiTe de- France, moult êtes doux pays/ » Olivier, couché à terre, expirant,, joint les mains et prie pour Charles, pour douce France. L'empereur s'évanouit sur le corps de Roland, s'arrache la barbe et revenant à lui : « En France, les étrangers demanderont où est le comte capitaine, je leur dirai qu'il est mort en Espagne! » Et cent mille Français pleurent avec lui. La langue, sobre et forte, ne dépare point ce tableau grandiose :

Ce Sarrazin semble moult hérétique :

Plutôt mourir que de ne pas l'occire!

Oacques n'aimai les couards ni la couardise... Sempre ferrai de Durandal grans colps!

Sanglans en iert li brans entresque à l'or.

« Sanglant en sera le glaive jusqu'à l'or de la garde! » Quelle différence entre ce style simple et les délayages insipides où les « jongleurs » des xni'', xiv% xv'' siècles noyèrent la vieille Chanson,. pour changer l'assonance en rime et le décasyllabe en traînant alexandrin! Mais ce qui importe, c'est le retentissement européen de cette épopée, germe d'épopées moindres, innombrables, éclosesau xii'^ siècle; traduite et imitée dans toutes les langues, allemand, islandais, hollandais, espagnol, italien, elle porta au loin le renom, du français dans toutes les cours et tous les pays; elle eut enfin l'honneur d'inspirer le délicieux Orlando de l'Arioste. Par elle, le français fut au moyen âge la langue universelle, écrite par le voyageur Marco Polo, par Brunetto Latini, le maître de Dante, « parce que le français est le parler le plus délitable et le pluscommun ». Enfin le français fut pendant près de trois siècles la langue officielle de l'Angleterre; et notre langue compte parnii ses textes les plus anciens les lois publiées en 1069 par Guillaume P'". En voici le début : Cessount les lejs et les cusliimes que le rei Wil-

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lams greniat à tut le puple de Englelerre après le conquesl de la terre.

Maintenant, pourquoi le Roland a-t-il été composé dans l'ouest de la France? Parce que le premier auteur voulait louer les ancêtres de seigneurs angevins et normands, Geoffroi Grisegonelle et Richard sans Peur, Pourquoi Roland, Hruodlandus, h peine mentionné par l'historien Éginhard, est-il devenu le héros du poème et le neveu de l'empereur? Parce qu'il était préfet des marches de Bretagne, et que son souvenir s'était conservé dans le pays du poète inconnu. Ce poète, ou son continuateur, a suivi en Angleterre les bandes du Conquérant, et il a écrit en français pour ses compagnons d'armes ; car on ne parlait que français dans les États continentaux de Guillaume, à ce point que le dialecte normand fut, avec le bour"-uignon, le picard et le parler de l'Ile-de-France, l'un des principaux éléments de la langue française.

L'origine Scandinave du glorieux bâtard ne fut pas étrangère à ses vues ambitieuses sur l'Angleterre, tant de fois pillée et conquise par les fameux rois de mer ou wikings, émules de ses ancêtres; mais il ignorait parfaitement la langue du Nord, que ses sujets n'avaient jamais apprise. Lorsque Roi, le fondateur du duché de Normandie, vint, au commencement du siècle, rendre hommage au roi Charles le Simple, il eut à peine prononcé les premiers mots du serment : By Got, « au nom de Dieu », que toute cette cour carolingienne, pourtant germanique aussi d'origine, ne put s'empêcher de rire. On ne le comprenait pas. Il en fut de même à Rouen et à Falaise, et tout fut dit pour le Scandinave.

Un pareil sort eût été réservé au français en Angleterre si Guillaume y était venu pour gouverner les Anglais; mais il n'avait conquis que pour « gaigner », pour s'emparer et disposer de tous les biens et de toutes les richesses. A ses compagnons d'aventure il distribua si bien le sol, les emplois et les honneurs, que le pays tout entier se trouva pris dans les mailles serrées d'un filet où chaque nœud représentait une baronnie, une seigneurie, un domaine normand. L'avènement des Plantagenets amena un nouvel afflux d'étrangers avides, ancêtres honorés des plus nobles familles. Dans chaque ville et dans chaque district rural, le propriétaire, le juge, le chef militaire ou civil et leur entourage constituaient des centres français.

Mais, en créant une caste dominante, la conquête, en somme, ranima l'anglo-saxon, dont la décadence était sensible au xi° siècle sous Edouard le Confesseur. La langue des vaincus résista éner-

giqiiemeiit à la langue imposée; toutes deux demeurèrent côte à côte, sans se mêler, durant près de deux siècles. Les seigneurs, les moines, les soldats venus du continent, furent obligés d'apprendre plus ou moins le saxon, pour parler à leurs vassaux, à leurs ouailles qui refusaient de lire les lois normandes. Bientôt, en 1205, la conquête de la Normandie par Philippe Auguste, en isolant la Grande-Bretagne de la France, vint arrêter, pour un temps, rimmigration et fonder la nationalité anglaise. Henri III, en 1248, dut publier en langue vulgaire les délibérations du Parlement. Dès 13S0, au témoignage de Chaucer, l'usage du français est restreint à la cour et aux actes publics. En 1363, Edouard III ordonne de plaider en anglais devant tous les tribunaux. Dès lors tout le monde parle anglais. Toutefois le roi Henri V (xv° s.) considère encore le français comme sa langue maternelle.

Le saxon d'ailleurs ne remportait qu'une victoire partagée. Vers la fln du xii" siècle, il acceptait déjà, et faisait siens quelques mots français. Dans les cinquante-huit mille vers consacrés par Layamon à sa. ParapJwase du roman de Brut, on relève quatre-vingt-dix emprunts romans. A la fin du xiii° siècle on en trouvera cent dans les cinq cents premiers vers de Robert de Gloucester ; la proportion s'est élevée de trois à cent. Ce n'est pas tout, l'organisme grammatical est attaqué. Les désinences casuelles commencent à flotter, à disparaître. Les voyelles finales, changées en e, ne se prononcent plus. L'assourdissement de la langue est surtout sensible dans VOrmidum, texte northumbrien du xm'= siècle. C'est dans ce temps qu'on passe du demi-saxon au vieil anglais, représenté par les Chroniques de Robert de Gloucester et Langtof et par un ancien Psautier; la conjugaison elle-même, quoique déjà pauvre comme en toute langue germanique, perd une partie de ses nuances. Le domaine de l'apophonie diminue; lufode ou lufede « j'aimais », et gelufod « aimé », se confondent en loved; et désormais les vieilles formes (qui en grand nombre ont persisté jusqu'à nous) vont être considérées comme des irrégularités et des exceptions. Les terminaisons plurielles des personnes tombent. Le verbe, dit régulier, n'a plus que trois personnes en tout, première, deuxième et troisième singulier de l'indicatif, et deux formes, l'infinitif et le passé. Quant au nom, il perd successivement ses pluriels par affaiblissement, tels que feet, teeih, men, pence, rnice; puis ses génitifs pluriels en ene; le génitif singulier en is, es, bientôt réduit à s, alterne avec les prépositions of et io. L'adjectif n'est pas encore indéclinable, et forme souvent son pluriel en e. Mais l'insignifiance de celte terminaison la supprimera

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vile. Les finales n'ont plus de raison d'être dans une langue qui rejette l'accent vers le commencement du mol; ce trait saillant de la prononciation anglaise se dessinait déjà sans doute, car il a été l'un des facteurs de la langue. N'est-ce pas, en effet, cette volubilité infinie de l'accent, jointe à un bizarre effort guttural, qui, escamotant le corps du mot au profit de sa tête, produit ces contractions violentes dont «une orthographe détestable porte encore la trace?

Cette période du vieil anglais a été, naturellement, une crise de désorganisation, de gestation féconde. Dans la suivante, celle du moyen anglais, le saxon a pris son parti; il a accepté ses acquisitions et ses pertes, abandonnant les lambeaux de grammaire qui n'ont plus de raison d'être, content de ranger sous la loi de son accentuation, de son gloussement singulier, le vocabulaire normand et latin. La Bible de Wycliffe (1324-1384), les Voyages de Maundeville (1300-1371), la satire de Langland [Visiori de Pierre Ploughman) et surtout les poésies de Chaucer (1328-1400) sont les principaux monuments du mojœn anglais. Chaucer est un des noms qu'il faut retenir; c'est le père de la poésie anglaise; ses Canterbury taies brilleront à jamais par le parfait naturel et la fraîcheur du style.

Le travail analytique se poursuit dans le nouvel anglais des Tudor et de la Renaissance, et en même temps l'affluence de termes latins introduits soit par une forte instruction, qui s'étend même aux femmes, aux princesses, soit par cette terrible manie théologique, qui a sévi en Angleterre au moins autant qu'en France ou en Allemagne — déplorable germe de ce biblisme niais, saugrenu, qui dépare les plus chai'mants livres de nos voisins — les romans de Bulwer, de Dickens, de Thackeray et de Currer Bell. A partir du xvi° siècle, la littérature anglaise prend un développement merveilleux, dont nous ne pouvons même pas donner une idée en cette rapide esquisse. C'est la langue, d'ailleurs, qui nous occupe. L'orthographe indécise, la présence de nombreux c muets finaux, l'emploi du th pour Vs paraissent seuls, au premier abord, établir une ligne de démarcation entre l'anglais de Surrey et Thomas More, de Spenser et de Shakespeare, et l'anglais de Bacon, de Millon, de Locke, de Pope et de Swift. Mais on s'aperçoit vile que les auteurs du siècle d'Élisabeth se distinguent par une allure libre, originale, par celle surabondance de sève et cet excès de vigueur qui ne vont pas sans enflure, mais qui seyent à la jeunesse. Leurs successeurs éprouvent plus nu moins ce besoin de correction, d'élégance compassée qui a jeté quelque monotonie

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dans notre propre littérature classique. Enfm, le xix" siècle paraît avoir rendu à l'anglais comme au français la liberté, la souplesse et la variété.

11 serait intéressant de rechei-cher dans quelles proportions se sont mêlés l'élément germanique et l'élément latin, quels sacrifices le saxon a dû faire au roman, quelles ressources l'anglais a tirées de ses nombreux emprunts. Ces calculs ont été faits. Sur cent soixante-neuf mots employés par le roi Alfred, Turner en a compté 230, plus d'un cinquième, qui sont sortis de l'usage. Le même Turner estime que le rapport du normand au saxon est comme de quatre à six. Et, en comptant tous les mots des dictionnaires de Webster et de Robertson, M. Thommerel a établi que sur un total de 43 366 mots, 29 833 viennent des langues classiques, 13 230 des langues teutoniques. Or, de ces 30 000 mots français ou latins, absolument démarqués d'ailleurs par la phonétique anglaise, plus du tiers ne font que doubler les 13 000 vocables saxons. De là une richesse infinie en synonymes, c'est-à-dire en expressions applicables aux variations les plus subtiles d'une même idée. La nomenclature germanique prédomine dans tout ce qui est relatif aux produits de la nature, minéraux, plantes, animaux vivants, à la structure du corps humain, à la température et aux phénomènes atmosphériques; de même pour les meubles, ustensiles, instruments quelconques. Tout ce qui marque les rapports des mots entre eux : articles, prépositions, conjonctions, est également saxon. La politique, le droit, les fonctions sociales, biens, dignités, la philosophie, l'art, la science, les métiers, la cuisine, empruntent leurs termes au français et au latin. La poésie se contente volontiers du fonds national, et c'est ce qui la rend si difficile à comprendre; il y a deux langues en anglais, et il faut les savoir toutes deux pour lire Shakespeare et Byron.

En résumé, l'anglais du xi" siècle a reçu d'une civiUsation alors plus avancée, et a continué de lui emprunter, l'expression des idées qu'il n'avait pas eu le temps d'acquérir. Le français nous présente un phénomène analogue; seulement c'est au fonds même où il avait puisé les éléments de sa forme populaire spontanée qu'il a demandé la plupart des ressources nouvelles exigées par le progrès des idées et des sciences. Après avoir épuisé le latin vulgaire, il s'est mis à utiliser, à calquer le latin classique. 11 reste, à ce point de vue, plus homogène que l'anglais; mais d'un procédé pareil il a tiré des avantages égaux. Ainsi ont fait les autres idiomes romans; ils n'ont cessé d'accroître leur vocabulaire aux dépens du latin, leur source commune, et des langues

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sœurs issues du lalin. Si les linguistes méticuleux n'ont pas reconnu dans l'espagnol ou l'italien cette formation dite savante qu'ils reprochent au français, c'est que ces langues, moins contractées, se sont modelées de plus près et, dès l'origine, sur le prototype latin. Ils se plaignent, ils s'étonnent que le gosier français n'ait pas traité le latin de Cicéron comme le gosier gallo-franc avait traité le latin rustique ; que les emprunts nouveaux n'aient point passé par la filière populaire, n'aient point subi cette déformation insensible qui a, je l'accorde bien volontiers, donné à notre langue sa physionomie originale. Je fais tout ce que je puis pour m'associer à ces regrets, mais il m'est difficile de préférer Villehardouin, Joinville, Beaumanoir à Froissart, à Commines, à Villon, bien plus encore, à Rabelais, Montaigne ou Ronsard, à La Fontaine, à Molière, à Voltaire, à Musset ou à Victor Hugo.

Disons, en quelques mots — car les Littré, les Gaston Paris, les Brachet ont épuisé cette matière —, en quoi consistent la formation populaire et la formation savante.

Quatre lois fondamentales ont présidé à la naissance du français : 1° la persistance de l'accent tonique latin et l'altération de la voyelle accentuée; 2» la suppression de la voyelle brève avant l'accent, lorsqu'elle n'est pas initiale; 3° la chute de la consonne médiane; 4° la contraction ou la chute des désinence.-. A ces caractères se reconnaissent les mots de première formation, d'origine populaire : daritatem, clarté ; comilatum, comté ; simularc, sembler; videre, voir; audire, ouïr; magisirwn, maître; vicarim, viguier; advocatus, ayoué ; augustus, août; lepidutn, tiède; maleapluni, malade; mansio, maison ; regem, roi, etc.

Cette dérivation populaire constitue le fonds et la trame de la langue française; comme elle suffisait à l'état mental du peuple, enfermé dans l'étroit horizon du christianisme et de la féodalité, le peuple laissa, vers le xm'= siècle, tomber en désuétude un procédé dont il ne sentait plus le besoin. Mais bientôt, l'esprit s'éveillant, il fallut des mots nouveaux, soit pour traduire les auteurs anciens, soit pour rendre des pensées plus complexes, pour exprimer des notions moins sommaires.

Au xiv" siècle environ, commença une seconde formation, dite savante, parce qu'elle s'opéra dans la classe lettrée, et qui, sans avoir égard aux lois de la contraction interne et de l'altération phonétique , se contenta de calquer les mots latins. Nous lui devons les doublets si nombreux qui ont enrichi la langue. Quand on compare deux à deux des termes tels que inclinaison et inclination, poison et potion, avoué et avocat, esclandre et scandale,

DKUX LAÎSGUES ANALYTIQUES àOl

dimanche et dominique, chez et case, combler et cumuler ,>eic., on reconnaît immédiatement que de ces doubles formes issues du même mot latin, la première est de création populaire, l'autre d'invention savante. Ajoutez à ces deux sources principales du vocabulaire de nombreux termes empruntés au grec, à l'italien et à l'espagnol (xvi" et xvii" s.), à l'anglais et à l'allemand modernes (xviu" et xix" s.), toute la terminologie technique et scientifique, une classe intéressante de mots orientaux, enfin des suffixes grecs, mane, morphe, gone, graphie, logie, isme, isie, iser, dont nous avons fait quelque abus, et vous aurez une idée approximative de l'histoire de la langue française. De ce fonds composite nous continuons à tirer, par dérivation, par juxtaposition, des formes incessamment renouvelées. Car le français, non moins que l'anglais, est en pleine vie, comme l'a démontré Darmesteter, et ne cesse de s'éloigner — avec le respect qui convient — des grands modèles, un peu figés dans leur solennité.

De ces deux langues, l'anglais et le français, l'une et l'autre dégagées, dans une mesure suffisante, de tout embarras grammatical, l'une et l'autre arrivées au terme du cycle linguistique, laquelle emportera le prix? Ce n'est pas à nous de le décerner. L'anglais, justement fier de sa richesse et de son immense expansion, le français, qui s'honore de son origine antique, de sa longue culture, de sa clarté, de sa prononciation nette et ferme sans emphase, ont fourni tous deux une carrière qui ne redoute aucune comparaison; tous deux se sont exercés, dans tous les genres, à l'expression des idées et des sentiments les plus hauts, les plus profonds, comme les plus délicats et les plus artistes.

Il suffît; et, nous excusant vis-à-vis de langues fort intéressantes et fort belles que notre cadre étroit nous a contraint de négliger — la persan, l'italien, l'espagnol, — nous quittons à regret ce vaste domaine du langage, où nous avons trouvé partout la parole dans une exacte correspondance avec les besoins intellectuels et moraux des hommes. Partout l'évolution du langage a été parallèle, adéquate à l'évolution de l'humanité. Fils du cri animal, du grognement anthropoïde, il a élevé l'homme au-dessus de l'animalité; tout ensemble facteur et instrument de nos progrès, créateur de la conscience et de la science, il relie la nature à l'histoire, l'anthropologie physiologique à l'anthropologie morale.

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