‹ Les races et les nationalités en Autriche-HongrieChapitre 132 sur 375 · ALLEMANDS TCHÈQUES · texte numérisé non relu

ALLEMANDS TCHÈQUES

Peut-être les chiffres sont-ils moins sujets à caution qu on ne le prétend. On accuse la làchelé des Allemands, qui, sous la pression administrative, renient leur origine et s'agrègent à la masse slave : mais cette apostasie même est un symptôme. Les statistiques scolaires révèlent que la clientèle des écoles allemandes de la ville diminue, que celle des écoles tchèques grossit. Les écoles populaires {Volhschulen. à l'exclusion des écoles pnbliques dites Biirgfrschiiien) étaient en 1880-81 au nombre de 17, dont 5 allemandes et 12 tchèques; en 1889 celles-ci sont au nombre de 27, les allemandes n'ont augmenté que de 3. En 1880-81, les écoles tchèques sont fréquentées par 6.600 élèves, en 1889 par 11.100 (gain de 4.500); les écoles allemandes, qui avaient un contingent de 2.400 enfants en 1880-81, n'en ont recruté pendant la même période que 500 nouveaux. Chose curieuse, tandis que les enfants allemands brillent par leur absence dans les établissements scolaires tchèques, si bien que sur 13.000 enfants des deux sexes recensés dans ces derniers, on ne relève que le misérable chiffre de 40 petits Allemands (1888-89), les petits Tchèques figurent en contingent assez respectable dans les écoles allemandes. Ils sont plus de 1.500 au milieu de 2.600 Allemands ; ils deviennent ainsi maîtres de la langue allemande. Cependant cette mixtion a ému le conseil communal de Prague qui à plusieurs reprises a émis le vœu que les écoles allemandes ne pussent recevoir d'élèves de langue slave^

Ailleurs que dans la capitale, les passions ne sont pas

1. Verwallurigsberichte der Kfjl. llauplsladl Prar/ (pour les années 1887-9, p. 127).

moins surexcitées, et les victoires des Tchèques n'ont pas apaisé les conflits. Ces victoires sont pourtant décisives. En voici deux épisodes^ : Pilsen était encore une ville allemande en 1830, en ce sens que sa population tchèque de 3 à 4.000 individus, sur 15.000 habitants, n'avait obtenu d'autre satisfaction nationale qu'un service religieux dans son idiome. Mais, par suite du développement de l'exploitation houillère, les faubourgs se remplirent d'ouvriers tchèques, si bien qu'en 1867 le conseil municipal était conquis en majorité; en 1878, les noms des rues furent apposés en tchèque : c'était la prise de possession manifeste. En 1880, 6.800 Allemands tenaient tête aux 31. 600 Tchèques qui les opprimaient et leur refusaient une nouvelle école, bien que les Allemands payassent plus de contributions que leurs adversaires. Les Allemands sont évincés de la Chambre de commerce et une ligue de consommateurs Tchèques s'est formée contre eux. Ils se défendent avec l'appui de l'Association scolaire, del'Association nationale allemande pour la Bohême occidentale, de sociétés musicales, ouviières, d'un théâtre allemand ^

Même phénomène à Budweis. Budweis est une oasis allemande, mais singulièrement menacée; elle comprend la ville et une vingtaine de villages. Il y a trente ans, tout était encore immaculé, c'est-à-dire teuton. La tare slave se diffusa sûrement et rapidement. Dans la ville même, les deux nationalités se font équilibre. Mais la banlieue est envahie par les Tchèques, qui se sont dans la dernière décade multipliés, alors que les forces des Allemands ont fléchi".

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