Sur la composition do la Diète de Bohème,, Denis, p
LUTTE CONTRF. LA GERMANISATION 20i
favoriser l'élément teuton' si bien que Reîchcnberg avec l'.).000 habitants avait 3 députés, et Prague avec 150.000 n'en avait que 10 ; les Polonais, guidés'par Smolka, marchèrent d'accord avec les Tchèques. Aux interpellations^ sur la prééminence de l'allemand comme langue de l'enseignement, Schmerling répliqua que peu à peu les idiomes indigènes entreraient en scène, mais que le principal souci de l'État était le progrès de la science et de la véritable civilisation. On juge si cette déclaration élait de nature à calmer les passions nationalistes. Rieger y répondit ainsi : « Combien de fois avons-nous dû entendre de nos oreilles que la langue allemande seule est pour nous la langue de la civilisation, de la science et que la science ne peut être cultivée qu'en allemand. Voilà le danger qui nous menace. Nous voulons que notre langue aussi s'affirme à l'école et dans l'administration, dans la vie publique, dans les débats de la Diète; car cela est nécessaire à son plein développement; nous voulons que les circonstances ne rendent pa*s impossible aux hommes de science de cultiver la science dans la langue de notre patrie. Nous ne voulons pas qu'il soit permis aux seuls paysans ou aux bonnes d'enfants de parler notre langue. » Toute cette législature se passa en attaques ou enescar-mouches entre Allemands et non Allemands. Ecœurés' par l'insolence de la majorité allemande, les Tchèques prirent en juin 1863 le parti de faire grève ou, comme leurs adversaires s'amusèrent à le répéter, de bouder dans leur coin [schmollivinkelpolitik). Sciimerling eut les mains libres : il organisa en Bohème, Silésie, Moravie trois catégories de gymnases : allemands, mixtes [paritâtisch], tchèques ; mais dans ces derniers la langue de l'enseignement des classes supérieures était l'allemand ; il fallait donc que les enfants fussent instruits dans cette langue dès les basses classes".
1. Le conllit s'était décliaîné à laDièto de Bohème, où le parti allemand, qui s'accolait iiabilcmont l'épitlieHe : libéral, défendait contre la conception (lu droit liistorique la doctrine unitaire et centraliste. A quoi Hiefjer répliqua un jour : « W'w werden uns dagegen wchren, dass man uns Avie Jranzôsische Départements behanilolt » (Kollmer, I, p. oij).
2. Guniplovicz, p. 15j. Fiscliel. Sprac/œnrecht, n» 256, p. 133.
Pendant cinq ans (1861-65) Schmerling poursuivit sa tentative qui n'était que la continualion de celles de Joseph II et de Bach ; il succomba.
Il s'était évertué à fortifier le germanisme — ce qui lui avait aliéné tous les peuples non allemands — et le libéralisme, ce qui avait indisposé contre lui la Cour, l'Eglise et les féodaux.
11 n'avait pas affaibli les Tchèques dont la lutte fouettait le sang : cette période mililante provoqua une floraison littéraire, scientifique, esthétique, dont la Bohême slave s'enorgueillit et s'arma.
Le successeur de Schmerling, Belcredi, un Morave qui '^ suspendit la Constitution de février, penchait pour le fédéralisme ; il obtint de l'Empereur la sanction de la loi de 1863, volée par la diète de Bohème, sur l'enseignement. Cette loi accordait l'égalité aux deux idiomes ; dans les écoles publiques, un seul devait servira l'enseignement, et l'autre, dans les écoles primaires supérieures, n'était traité que comme matière accessoire et facultative. Dans les gymnases et les écoles réaies t<*-hèques, l'allemand était obligatoire; mais en revanche le tchèque le devenait aussi dans les établissements allemands. La création était prescrite en pays mixte soit d'institutions à part, soit de divisions pour que chaque langue eût son domaine'. Les Allemands se lécrièrent contre cette loi de la langue forcée (sprachenzwangsf/esetz), contre celte contrainte à leurs cnf;ints d'apprendre un dialecte inférieur et inutile ; ce qu'ils redoutaient, c'était la formation d'une « intelligence », d'une élite intellectuelle tchèque, capable d'évincer leurs fils des fonctions et des affaires. D'autres réformes étaient préméditées, qui rendaient auxnationalités l'espoir et la vie, quand survint la guerre avec la Prusse.^
Le désastre profila aux seuls Magyars. Les Tchèques, dont l'empereurFrançois-Joseph avait en 186Dexaltélerêve-^ en déclarant son intention de coiffer la couronne de Saint Wenceslas ', sentirent le slavisme humilié, non seulement