VIEUX TCHÈQUES ET JEUNES TCHÈQUES
de congres pour la Gisleithanie, dont les pouvoirs étaient d'ailleurs très restreints. C'était trop beau.
Le parti allemand d'Autriche, soutenu par l'opinion de la Grande Allemagne, appuyé aussi par les Magyars, se remua si fort que l'Empereur se troubla; après les entrevues d'Ischl, deSalzbourg-, dcGaslein, pendant l'été 1871, avec son puissant voisin, après les accordailles entre Bismarck et Andrassy, le ministère Hohenwart fut congédié (nov. 1871) et M. de Beust remplacé par un homme d'État hongrois. Le cabinet Auersperg reprit la politique allemande et réactionnaire : la Diète de Bohême fut dissoute ; le droit d'élection fut modifié, eii ce sens que les Diètes cessèrent de nommer les députés au Reichsrat qui seraient désormais élus, non par le suffrage populaire, mais par des curies; la fraction allemande redevint maîtresse delà Bohème.
Ce qui fut plus désastreux peut-être, c'est que les vieux champions de l'idée slave déposèrent les armes, ou plutôt les tournèrent contre des rivaux dont les aspirations les effrayaient plus que le germanisme le plus entreprenant; en effet, les chefs du parti tchèque, Palacky, Rieger, travaillaient à l'indépendance nationale bien plus qu'à la i liberté politique : ils avaient à ménager l'aristocratie foncière qui ne voyait dans l'indépendance qu'un moyen de garantir ses privilèges féodaux. Mais au sein même du peuple tchèque les tendances démocratiques avaient germé; elles trouvèrent des porte-voix à la Diète'.
Les Jeunes Tchèques, parmi lesquels se distinguèrent Trojaii, Gregr, etc., au nombre d'une trentaine, loin de subir avec passivité, comme leurs aînés, le régime allemand et centralisateur, reprirent la lutte, confondant en un seul idéal leur patrie slave et la liberté. C'est contre eux que les Vieux Tchèques tendirent leurs efforts, pour les écraser, selon le mot de Rieger; et le pays légal de
1 . Sur cette lutte des vieu v Tclièques et des jeunes Tchèques et en général sur les épisodes de la politique en Holiénie durant celte période, nous renvoyons au volume bien inl'ornn', (iuoi(iue peut-être un peu partial, de M. Jean Bourlier. (Les Tchèques et la Bokème contemporaine, Al(;an. 1897). La clironique dc< (■vc'iii'MH'iit-; ilf l'i's dniiirifs îiiini'cs y est relatée presque au jour Ir jour.
Bohême, attaché aux traditions conservatrices, évinça les révolulionnaires de la Diète : les élections de 1874 les^ réduisirent à une poignée de sept.
Mais comme les Cinq de ]a Chambre française, les Sept relevèrent leur cause. Ils furent secondés par les circonstances : l'agitation des Serbes, des Bulgares, prélude de la guerre dOrient, l'inlervenlion de la Russie, le traité de Berlin même apparurent à la conscience slave comme autant d'encouragements et de consécrations; la conclusion de la Triple Alliance, triomphe des Allemands et des Magyars, satisfaction aux Polonais, isola les Tchèques, mais les stimula du même coup ; enfin l'avènement du ministère TaafTe, qui succédait au cabinet Auersperg, fut le signal de leur rentrée dans la vie publique de la monarchie.
Le comte TaafFe, avant tout stratégiste parlementaire,»manœuvra contre les libéraux allemands : il constitua le gros de ses troupes avec tous les ennemis de ces derniers, ennemis politiques ou ethniques ; il sollicita les Tchèques Jeunes et Vieux. Les Vieux, qui n'avaient [pas siégé au Reischrat depuis 1861, ne se firent point prier; les Jeunes, qui n'avaient jamais goûté Tabstention ni la protestation muette, y accoururent comme sur un champ de ^ bataille.
 cette date (1880) se dégagent de la question de Bohème plusieurs termes dont les uns ont été résolus depuis, dont les autres sont encore en litige, mais à la veille de sortir du domaine des contingences.
Ils furent formulés d'abord dans le Mémorandum de décembre 1879, que le club des députés « bohèmes et moraves de nation slave » présenta au souverain et au Ministre-Président.
Après l'antienne rituelle sur l'égalité des langues, sur l'obligation pour les fonctionnaires de posséder les deux idiomes, était posée une question nouvelle : celle de l'utraquisme de l'Université de Prague, qui devait offrir, selon le mot de son fondateur Charles IV, une table richement servie de science pour tous les fils de la Bohème. L'on réclamait donc l'institution d'enseignements en langue