‹ Les races et les nationalités en Autriche-HongrieChapitre 167 sur 375 · ANARCHIE EN BOHÈME · texte numérisé non relu

ANARCHIE EN BOHÈME

appui chez les Allemands, d'autant que les pangermanistes d'Allemagne mettaient une sourdine à leur animosité contre la dynastie des Habsbourg^ et que la politique extérieure de la monarchie l'inféodait à l'Allemagne. Cette tactique ne réussit pas au cabinet Bienerth, qui à la fin de l'année de 1910 démissionna.

Il avait travaillé cependant à un nouveau Compromis-entre les deux nationalités de Bohême, toujours sur le vieux canevas : délimitation de circonscriptions nationales, scission de la Diète en curies nationales. C'est la minorité-^ allemande qui, cette fois, revendiquait ses droits, s'offrant d'ailleurs à reconnaître l'unité et l'indivisibilité nominale du Royaume de Bohème. On ne se prêta des deux parts à aucune concession ferme-.

Cela n'empêcha point Bienerth de reconstituer un troisième cabinet sous sa présidence, cabinet panaché, où figura un fonctionnaire tchèque (janvier 1911), en même temps que le comte Thun fut investi du gouvernement de la Bohême ; c'était pour les Tchèques une garantie.

Mais les oreilles sont si accoutumées en Autriche au grondement des passions nationales que, s'il se taisait, il manquerait quelque chose à la marche de l'Etat. Obstruction de virtuoses, chutes de ministères qui se succèdent brusquement comme des films de cinématographe, ne détournent pas l'attention des problèmes plus irritants de la politique extérieure, poursuivie avec le plus aristocratique dédain des visées ou ambitions slaves. Le gouvernement se persuade et persuade aux groupes slaves qu'ils ont besoin de l'Autriche : et c'est pourquoi môme les Tchèques hostiles à la Triple Alliance votèrent au cours de 1912 la loi militaire qui renforçait l'armée.

En même temps, ils se résignèrent à l'idée d'un condominium avec les Allemands sur la base de la délimitation do zones ethniques et du pai'lagc proportionnel du budget

1. Rtiunion des AUdeutsche et des Allemands de Bolièine à Tolsclien en 190'J. B. Auorbacli. Le pangennanisine, son oi'f/anisalion, son action. (Rev. l'olit. cl Parlera. T. LXXVllI, octobre 191:3, p. il).

2. Sur le détail de la politi(iue iinguistiriue en Bohème, voir Rudolf Slawit.schek. Die Frage des Sprachençjebrauches bei den aulon'omen riehôrden in liuhmen. (Ztschr. fiir Volkswirtsclialt, etc. Vol. XIX, l'.Ho, p. 804 suiv.)

dans le Royaume de Saint Wénceslas, nominalement un et indivisible. Nul aliandon de doctrine dans cetle altitude, mais la plate nécessité de ramener les Allemands à la Diète que leur abstention pamlysait, et de restaurer les finances provinciales menacées de la hideuse banqueroute. La condition du pays est devenue si précaire qu'en-*^ juillet 1913 le gouvernement a dû dissoudre la Diète, et confier à une Commission ladministration du Royaume mis sous tutelle ou plutôt sous conseil judiciaire. Même si l'on négocie un niodtis vivendi qui ménage Tamourpropre des uns et des autres, la question de principe demeure entière, c'est-à-dire des plus ambiguës. En tra- * vaillant à la restauration du royaume de Saint Wenceslas, les Tchèques se prévalent du droit historique. En proposant la scission administrative et politique des territoires allemands et slaves, les Allemands invoquent le droit des nalionalités. N'y a-t-il pas antinomie entre ces deux droits?

Et si jamais se réalise l'idéal des patriotes tchèques, sera-ce une solution? Cet Etat mi-partie, au sein duquel s'atfronteront deux peuples de foi'ces égales, n'est-il pas condamné à la guerre civile? Et les Tchèques sont-ils si assurés de la victoire? Les Allemands sont appuyés à la Grande Allemagne, réservoir oii ils puisent énergie et concours. Les Tchèques sont livrés à eux seuls, jalousés par les Polonais, indilTérents aux Slaves du Sud. La Russie serait pour eux une protectrice aussi éloignée que redoutable. Que serait donc, dans une Europe oii s'épanouiraient de grandes communautés ethniques, le sort de ce petit monde isolé? Mais tous ces doutes n'ébranlent pas la foi des Tchèques en leur avenir.

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