‹ Les races et les nationalités en Autriche-HongrieChapitre 166 sur 375 · Fischcl Spvachenrecld n<" 417 et 418 p. 247 suiv · texte numérisé non relu

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leurs décisions dans celle des langues où les affaires auront élé engagées soit oralement soit par écrit; cette l;iQgue sera pratiquée à tous les degrés de juridiction ou d'instance et devra être employée dans les délibérations des tribunaux. Si les parties se servent de l'une et l'autre langue, les actes seront rédigés dans les deux, etc. Laseconde ordonnance obligeait les employés de toutes les administrations mentionnées à faire preuve, à partir du 1®' juillet 19U1, de la connaissance orale et écrite des deux langues du pays.

C'est à la suite de ces ordonnances que se déchaîna le fiiror tentoniriis au Parlement. Les Allemands pr-otes- x tèrent contre l'application d'une mesure si grave par simple voie administrative et réclamèrent l'intervention d'une loi. Mais outre cette chicane constitutionnelle, ils s'insurgèrent surtout contre l'humiliation qui les mettait de>niveau avec les Tchèques traités par eux de race inférieure, et qui les contraignait à s'assimiler un idiome barbare autantqu'inulile pour exercer des fonctions publiques dans les districts purement tudesques^ Les pangermanistes confisquèrent et exploitèrent le mouvement, provoquèrent des bagari-es à la Chambre et dans la rue : Badeni fut remercié (novembre 1897). Alors c'est à Prague qu'écla--*tèrent des émeutes. L'effervescence ne fut pas calmée par les ordonnances ling\iistiques du ministère Gautsch parues le 24 janvier 1898 ; ordonnances provisoires « sous réserve d'une réglementation législative «. Au lieu d'investir les deux idiomes concur-remment dans les services publics, on déclarait langue de l'administration et du service la « langue usuelle » [iimr/angsspi'ache) du district ou du ressort, d'après le témoignage du recensement; dans les districts mixtes, les deux langues seraient également valables. Quant aux fonctionnaires, on ne leur imposait la connaissance des langues que selon les besoins du service.

1. Quelques semaines après, deuï juristes érainents de l'Université allemande de l'rague rédigèrent un projet transactionnel qui énumérait les districts unilingues et bilingues, et proposait pour ces derniers des modalités très acceptables (Projet Plersche-Ulbrich du 26 juin 1897. Fischel, Materialwn, p. 173-181).

t>ROJET KOERBER (1900) 213

G'éfait implicitement la tripartition'.

Cette fois les Tchèques se rebiffèrent; et ie nouveau cabinet, présidé par un magnat de Bohême, le comte Thu*^!, disposa d'un portefeuille pour un jeune Tchèque, Kaizl.

Nouvelle levée des Allemands qui lancèrent leur pro-> gramnîe national de mai 1899. Et le ministère Clary abrogea les mesures de son prédécesseur, remettant en vigueur l'état antérieur aux ordonnances de Badeni, jusqu'à l'issue d'une loi en préparation et qu'on attend encore. Nouvelle explosion des Tchèques qui, par leur abstention, mirent le cabinet en déroute. M. de Kôiber, dontl'avènement coïncide avec le nouveau millésime lâQO, aborda franchement le problème. Dans l'exposé des motifs de son projet de loi" — car c'est par une loi qu'il prétendait fixer le statut des nationalités et des langues — il distinguait en cette matière le « principe personnel » et le principe territorial, le premier comportant l'usage bilingue dans tous les emplois et pour tous les fonctionnaires, puisque toute a (faire engagée dans une langue doit être suivie et liquidée en cette môme langue sur n'importe quel point du pays, système compliqué autant qu'onéreux; le second, pour lequel le Ministre se prononçait, divisait la Bohême en 3 régions linguistiques, dont une mixte, où seule le maniement des deux idiomes de service s'imposait'.

Les Tchèques répudièrent cette conception comme une négation de la parité des langues, qui étaient en quelque sorte cantonnées dans leurs domaines respectifs, sauf que l'allemand avait seul cours dans le service intérieur, les postes, les monopoles industriels de l'Etat, les rapports avec la police, la gendarmerie et l'armée etc''.

1. Kllc fut formellement établie, pour les circonscriptions financières, par une décision du ministre des Finances du 21 décembre 1898 (Kischei, Sprachenrecht, w 4i8, p. 262).

2. Fischel, Materialien. Projet du 8 mai 1900 et exposé des motifs, p. 186-

3. Au projet était annexé un plan de remaniement administratif que nous regrettons de n'avoir pas eu sous les yeux.

4. l'romomoria de la fraction tchèque du Pai'lement du 7 juin 1900 (p. 208-17).

Le projet gouvernemental ne vint pas en discussion jusqu'à la chute de Kôrber (fin de 1904) et les partis ^ nationaux, — l'on ne saurait dire : couchèrent — mais trépignèrent sur leurs positions.

L'introduction du suffrage universel, qui fonctionna pour la première fois le 14 mai 1908, allait-elle apporter^ une solution ?

Avec l'entrée en action des masses populaires, le conflit s'exaspéra ; les Tchèques ne se départirent pas de leur intransigeance : ils exigèrent dans la zone allemande l'installation d'écoles de leur nationalité, avec un personnel enseignant, et dans les tribunaux un personnel judiciaire tchèque, pour quelques poignées d'ouvriers qui cherchaient là du travail. Les Tchèques trouvèrent la complicité de fonctionnaires subalternes, qui de leur initiative introduisirent dans leur service la langue tchèque, et qu'il fallut menacer de peines disciplinaires*. Ils demandèrent môme l'admission de leur langue dans les écoles et tribunaux de Vienne. A Prague cependant étudiants et prolétaires des deux nationalités se battirent dans les rues le jour même où l'Empereur François-Joseph célébrait le jubilé du soixantième anniversaire de son règne : l'état de siège y fut proclamé.

Ni les ministères parlementaires ni les ministères d'affaires n'avaient la puissance de conjurer la fatalité d'autant qu'ils se neutralisaient par leur composition même : les portefeuilles se partageaient entre Allemands et non Allemands.

Ce qui compliquait la crise, c'est que le germanisme et^ le slavisme débordaient le cadre autrichien pour se régénérer et tremper au contact de la grande Allemagne et de la Russie.

C'est de ce côté que TUnion slave, formée au début de-*- 1909, avec les Tchèques, Slovènes et Vieux Ruthènes, chercha ses directions spirituelles et des subsides temporels, ce qui lui aliéna d'emblée les Polonais.

Le gouvernement présidé par Bienerth chercha son

1. Fischul, Sprachenrechl w 480, p. 319. Décision du gouverneur de Bohème, du 9 avril 1908.

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