‹ Les races et les nationalités en Autriche-HongrieChapitre 175 sur 375 · REVENDICATIONS NATIONALES DES POLONAIS · texte numérisé non relu

REVENDICATIONS NATIONALES DES POLONAIS

occidentale en dédommageant la Russie avec le cercle du Tarnopol. Courte lueur d'espoir ! Les traités de Vienne rendirent à l'Autriche sa part de la Pologne; mais ce démembrement nouveau fut atténué par un témoignage officiel de contrition : la Russie assurait à ses Polonais un régime constitutionnel ; la Prusse et TAutriche promettaient aux leurs le respect de leur langue et de leurs droits.

En Galicie la Diète fut restaurée, assemblée de parade où siégeaient pompeusement, à de rares intervalles, les prélats, les magnats, les hobereaux non titrés, et le représentant de la bourgeoisie de Lvow. Mais dans ce foyer à peine rallumé, l'idée polonaise couvait. L'explosion de 1830, dans la Pologne russe, mouvement à la fois national et révolutionnaire, effara les autorités autrichiennes qui dès lors travaillèrent les paysans contre l'aristocratie foncière et provoquèrent contre le polonisme les revendications ruihènes. Cette politique aboutit à la jacquerie de 1846 et à l'occupation de Cracovie, république autonome depuis 18lo et asile des insurgés, également inquiétants pour les Puissances copartageantes.

La Révolution de mars 1848 mit en émoi Polonais et Ruthènes galiciens.

Les premiers se hâtèrent de rédiger leurs doléances qui furent expédiées à l'Empereur dans la semaine même où le monarque venait d'être si brutalement secoué. La pétition émanait des grands propriétaires et marquait quelque naïveté : elle rappelait que le soulèvement des paysans, deux ans auparavant, avait « creusé un abîme » enlre « les maîtres du sol et les sujets », comme si le gouvernement lui-même n'avait pas excilé ces dissensions et déchaîné les meutes paysannes; elle rappelait les vexations des fonctionnaires (allemands), « pénétrés d'animosité contre les enfants du pnys », les procès politiques, la Diète supendue depuis deux ans, le manque d écoles, cause de l'obscurantisme [obsturitât) du peuple des campagnes, etc. Elle réclamait, nprès la rupture du lien pali'iarcal . entre les seigneurs fonciers et leurs sujets, 1 abrogation des redevances et de la corvée, cadeau (jue les privilégiés octroyaient à leurs serfs ^ivelc/ir die

galizischen Grundherren ihren gegenwàrticjen Unterthanen zwn Gesckenkc machen wollen) ; l'institution d'écoles populaires, du jury: la garantie de la nationalité polonaise avec l'emploi de la langue, un gouvernement provincial séparé, etc/.

Une seconde adresse du 6 avril, encadrant les mêmes vœux fondamentaux, revendiqua fièrement, avec une courageuse franchise, l'idéal polonais : la restauration de la patrie une.

« Nous ne dissimulons pas que c'est là le but de nos désirs, et que pour atteindre ce but nous sacrifierons corps et biens... » La patente du 15 mars 1848, qui reconnaissait le droit des nationalités, était largement interprétée et bien au delà de sa portée réelle : « Dans la déclaration de V. M. nous discernons le dessein d'abroger les traités (de 181o) en ce qui regarde le partage de la Pologne ».

La Cour de Vienne ne rêvait pas de si généreuses aventures. Elle avait assez des complications intérieures. Elle ne retint, des suggestions de la szlachta^ que la plus propre à diminuer les nobles seigneurs, l'abolition du servage. Elle leur joua le tour d'octroyer cette réforme, comme spontanément (patente du 25 avril 1848), et avec la dédaigneuse promesse d'une indemnité en compensation de la corvée. Contre l'élite, le gouvernement s'appuyait sur les masses rurales.

il soutint aussi, contre l'ambitieux polonisme, la nationalité ruthène, et lorsqu'il s'agit de doter les provinces de Diètes, le gouverneur Stadion proposa la division de la Galicie en deux territoires, sous la juridiction de deux Diètes. Bach ne trouva pas ce morcellement assez rassurant encore, et la Diète de Galicie fut divisée en trois curies, siégeant à Cracovie, Lvow, Stanislavow % et représentées dans l'intersession par un comité permanent issu des trois curies. Cette triparti lion affaiblissait l'élément polonais.

J. Fischt'l, Materialien, p. 283 (18 mars 1848).

2. Georges Bienaimé. La Diète de Galicie (ïhèso Fac. Droit, Paris, 1909- 1910, p. 30).

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