‹ Les races et les nationalités en Autriche-HongrieChapitre 174 sur 375 · MOUVEMENT INTELLECTUEL · texte numérisé non relu

MOUVEMENT INTELLECTUEL

ne se déprend pas de cet idéal pour lequel elle lutle et succombe \

La politique de la Pologne — dont la Galicie suit les destinées agitées — a été forcément mêlée aux complications de l'Orient européen. Son âme est demeurée pendant des siècles toute latine : l'Université deCracoYie, instituée par Casimir le Grand, sur le modèle de Bologne, a pour première tâche la diffusion du droit romain'; puis elle se voue au triomphe de l'humanisme ; des humanistes étrangers viennent assister la phalange des indigènes, en conflit comme ailleurs avec les scolastiques : en 1489 est fondée la Sodalitas Vistulana litteraria ; en même temps que fleurit une littérature latine, de tournure toute chissique, l'architecture de la Renaissance italienne se transplante sous le ciel brumeux des régions carpatliiques, grâce à la femme de Sigismond I", une Sforza de Milan. -

C'est en latin aussi que se déchaînent les controverses constitutionnelles et religieuses du xvi" siècle ; rares sont les écrits polonaise Avec la prépondéi'ance des Jésuites, la Pologne devient une province de la littérature romane ; alors se répand le style dit macaronique, car l'idiome parlé se farcit de mots latins ; alors prévaut aussi l'esprit catholique et monarchiste, imprégné des conceptions de l'Occident.

Quand enfin la pensée en Pologne s'émancipe au xviii'' siècle, c'est sous l'empire de la philosophie française. Depuis la poésie jusqu'aux doctrines et polémiques de

1. Ce iia'aU('stcnt et l'appel d'un Valois et la conversion imposée à EUenne liatory, avant son élection. C'est ce prince qui favorisa la Compagnie de Jésus, et fonda pour elle l'Université de Vilna et de nombreux collèges.

2. Klle eut huit chaires de droit contre deux de médecine et une de philosophie. Après la mort de Casimif le Crand, l'L'nivcrsité subit une éclipse, cl le centre du mouvement inlcllectucl polonais se transporta à II niversité de i'rague. Un des premiers actes de la dynastie nouvelle des Jagellons fut de restaurer l'Univeisité nalionalç et de la doter des quatre facultés.

o. Les poèti'S polonais du .xvi» siècle, comme celui qu'on appela li'ur prince. Jan Koclianowski (Io03-lb84). etc., ont été des imitateurs, notamment di^ la Pléiade.

parti, tout puise à cette source \ C'est clans cet état d'anarchie ou d'impersonnalité intellectuelle que le territoire actuel de la Gaiicie échut à IWutriche ; c'est à cette heure tragique, dans les affres du déchirement, par un enfantement dans la douleur que naît la conscience nationale. Jusqu'alors la Pologne était comme la branche la plus lointaine qu'eut poussée et entretenue de sa sève le tronc européen ; désormais le rameau, quoique mutilé, puisera sa force vitale dans son propre terroir, fécondé de sang.

Les Polonais annexés à l'Autriche ne répudièrent ni leurs traditions ni leur idéal. L'Autriche n'eut pas Ihahileté tout d'abord de flatter au profit de sa propre grandeur dans l'Europe orientale leur rêve d'une restauration de la Pologne. Elle s'appliqua au contraire à conjurer cette éventualité; elle proscrivit la langue indigène de l'administration et des tribunaux, et pour les actes à double ou triple version (latine et polonaise), le texte allemand seul faisait foi et loi"; elle exclut des hauts emplois l'aristocratie dont la turbulence était proverbiale, et pour la contenir attisa contre elle la haine trop justifiée du paysan qu'elle espéra gagner en organisant à l'allemande, c'est-à-dire avec quelques principes en apparence plus libéraux, la juridiction seigaeuriale.

La szlachta, profoudément blessée bien qu'elle gardât ses pi'ivilèges, salua d'un cœur joyeux l'ébauche même mal venue du grand duché de Varsovie, noyau du futur royaume, auquel Napoléon annexa Cracovie et la Gaiicie

î. V. le chapitre très documenté de Szujski (Die VôUcer, IX) sur la littérature polonaise, p '2'2'2 et suiv. Voir aussi le chapitre consacré à la littérature par W. R. Morlill, lecteur de langues slaves à l' Université d'Oxford, dans son histoire de la Pologne (Poland, Londres, Fischer Unwin l'JOO, p. 2'.i4 suiv.).

Il semble pourtant aussi que plus récemment le paysan polonais de Galîcie prit conscience de sa nationalité, sous linlluence de congénères revenus d'Amérique (St. von Hupka, p. o74).

2. Joseph II entreprit de germaniser l'élément le plus actif et productif de la population, les Juils; chaque communauté dut instituer une école allemanile. et nul garçonnet n était admis à l'école talmudique sans un certilicat de l'école allemande; obligation de ce certilicat pour le mariage, état-civil rédigé eu allemand, etc. (.Patente du 7 mai ITsa. Fischel, Sprachenrecht, n» 77», p. 41).

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