I..\ LANGUE, SYMBOLE DE LA NATIONALITÉ XIX
nationalités se sont ressaisies et manifestées. Nombre de pariers, longtemps abandonnés au populaire et voués à disparaître devant des langues plus savantes et oilicielles, ont refleuri comme par enchantement et se sont parés d'un éclat nouveau, souvent emprunté : car c'est par une culture artificielle qu'ils se sont développés en langues littéraires'. Cet effort de la philologie a, par une espèce de paradoxe, annoncé la résurrection d'une nationalité : la grammaire, le lexique, les recherches d'histoire, la poésie, au lieu d'être l'expression suprême de l'âme d'un peuple, ont précédé et souvent provoqué l'éveil de cette âme. Ce fut l'œuvre de la lingua dantesca en Italie ; en une certaine mesure l'œuvre des écrits de Luther en Allemagne. Nous constaterons que chez les groupes nationaux de l'Autriche-Hongrie, les érudits et les poètes ont été les précurseurs et les évocateurs ^
Mais enfin, si chaque nationalité — si les plus petites même et les plus longlemps obscures, sont jalouses de se pourvoir d'une langue particulière, il n'en est pas moins vrai que des nations fort bien constituées et sûres de leur cohésion morale, de leur indivisibilité, se paitagent entre plusieurs idiomes : la Suisse en a été jusqu'à ces derniers temps l'exemple typique; et jusqu'à l'explosion du mouvement flamingant, qui se complique d'animosités religieuses, on pouvait nommer la Belgique ^ Mais la France même n'a-t-elle pas toujours vu dans l'Alsace, en dépit de son dialecte allemand, une partie intégrante d'elle-même ?
Si la langue était le ciment de la nationalité, la sécession des colonies anglaises et espagnoles d'Amérique, qui continuent à parler la même langue que leur mère patrie,
1. 11 y a lieu de se demander s'il faut saluer avec joie lavènement do ces langues littéraires neuves ; ne sont-ce pas des barrières nouvelles qui se dressent entre les familles humaines déjà si divisées ? Ni le couimerce, ni la science ne gagnent à cette multiplicité. Aussi ne faut-il pas s'étonner des tentatives répétijes pour créer une langue universelle ou pour restaurer le latin qui lut, pendant des siècles, le verbe commun des intelligences.
2. Aujourd hui le procès linguistique remue jus(iuau lointain passé. La toponymie est curieusement interrogée pour établir les titres des occupants successils sur un territoire.
3. L'épreuve de la grande guerre a réconforté chez les Flamands comme chez les Wallons le sentiment de la nationalité belge.