LA BOUKOVINE, MARCHE MOLDAVE
aussi du Sud des bergers nomades appelés Valaques.
Ruthènes, Valaques, Koumanes furent asservis, au milieu du xiii^ siècle, par les Mongols ou Talars, jusqu'à la délivrance par le roi de Hongrie, Louis le Grand, un siècle après. Les Hongrois ne profilèrent pas de leur victoire : ils furent évincés par un voïvode valaque du bas Marmaros, Bogdan, qui se tailla un Elat entre Carpathes et Danube, la Moldavie, dénommée d'après la rivière Moldava (vers 1350).
Cet Etat eut la vie difficile : les avenues de la Moldava et du Sereth, qui descendent à travers de riches terroirs jusque vers les bouches du Danube et la Mer Noire, tentaient les ambitieux souverains de la Pologne et de la Hongrie, rêvant un empire maritime. Aussi fun et l'autre fomentaient les querelles intestines des voïvodes, et se piquaient d'émulation pour conquérir à l'Eglise Romaine ce pays qui, avec un peu plus de vigueur interne, serait devenu le boulevard de lEglise orthodoxe, à la fois contre le catholicisme et l'islam. Pour apaiser ses dangereux voisins. Lalzko, le fils de Bogdan, se convertit à leur foi, en 1370; cette condescendance n'assura ni lindépendance ni la dignité de ses successeurs : car en 1412, les rois de Pologne et de Hongrie élaborèrent un traité de partage éventuel de la Moldavie ; et en 1436, une triple va>salilé lliumiliait devant les deux Etats chrétiens et devant le Turc, auquel un tribut était dû.
Si Stefan le Gi'and (i4o7-lol)4) releva le prestige et la puissance de sa principaut(^ en brisant par deux fois le tlot turc qui vint battre les murs de Suczawa sa capitale, s'il ret-oniluisil rudement et alfronta chez eux-mêmes les Polonais dont ses succès avaient avivé la jalousie, ce ne fut qu'un intermède : la marche moldave ne cessa d'être disputée et toulée, de sorte que ses possesseurs, descendants des anciens vo'ivodes, hospodars, plianarioles, créatures du sultan, solliciièrent tour à tour et parfois simultauémtMit la protection du roi de Pologne, de 1 Empereur souverain de la Hongrie, ou du Tsar. La Boukovine et les pays du Bas Danube lurent à la lin du xviif sii'cle l'enjeu delà partie qui se jouait entre Autriche et Russie. Celle-ci
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avait occupé dès 1769 ces contrées, et Joseph II redoutait pour la Galicie nouvellement annexée, pour la Transilvanie toujours frémissante, ce contact dangereux : il s'avisa donc dès i773 de négocier avec la Porte la cession de ce coin d'une si haute valeur géographique. A mesure que les Russes, après le traité de Koulchouk-Kainardji, évacuèrent le pays, des détachements autrichiens s'y glissèrent, et aussitôt le territoire, pour lequel on exhuma le nom de Boukovine, fut organisé : il renfermait une population misérable de 60 à 70.000 habitants en majorité roumains, et les ailles ressemblaient à des bourgades rustiques. En dépit de l'exiguité, on résolut d'abord de ne pas intégrer la Boukovine à la Galicie et de lui laisser ou créer une personnalité.
Par raison stratégique encore et politique, l'Etat autrichien ne s'est pas dessaisi de celte possession au profit de la Hongrie qu'elle tient à revers, de même qu'elle maîtrise la tête des voies qui s'amorcent vers les bouches du Danube et la Mer Noire.
La Boukovine est par sa situation un rendez-vous des peuples. Outre les Ruthènes et les Roumains qui par leur nombre se disputent la suprématie, des Polonais, des Magyars s'y sont infiltrés ; enfin les Allemands, ici plus que dans les autres provinces orientales de la monarchie, font bonne figure.
Les Roumains.
Le peuplement est d'assez fraîche date : au moment de l'occupation, la contrée était presque vide; on n'y comptait que 60.000 à 70.000 âmes. Du jour au lendemain elle fut envahie par des Ruthènes de Galicie, désireux d'échapper à leurs seigneurs polonais, par des Roumains de Hongrie, de Transilvanie, de Petite Valachie, également opprimés dans ces pays et qui aspiraient à s'aménager là une petite patrie roumaine, sous la tutelle de l'Autriche, préférable à la tyrannie des magnats et des hospodars : ils éprou-
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vèrent, paraît-il, dès le début, une déception amère ; Tin- ^ corporation à la Galicie, qui rendait la prépondérance à l'élément ruthène, provoqua une émigration assez imposante '.
Cependant la nationalité roumaine s'est peu à peu consolidée en Boukovine. Elle y a trouvé des traditions et des vestiges enracinés dans le sol : c'est de la région du Marmaros qu'est sorti le premier Etat moldave ; c'est Radautz qui garde le tombeau du fondateur de cet Etat, Bogdan Dragosch ; c'est a Suceava (Suczawa) qu'avait, sous le règne du voïvode Alexandre le Bon, au xv" siècle, fleuri une école de droit et de théologie. Sans doute après la ruine de cet Etat, et sous la menace des irruptions cosaques et tatares, les Roumains avaient gagné la montagne, perché sur de hauts rochers des couvents, à la fois forteresses et dépôts de leurs monuments nationaux, mené l'existence rude et précaire des bergers. Depuis l'annexion, ils sont descendus sur les terrasses au sol fertile où quelques bojars se taillèrent de grands domaines.
La maison du paysan est en bois avec toit en bardeaux, plus rarement avec toit de chaume ; elle s'oriente le plus souvent au midi. L'aile gauche du vestibule est occupée par la pièce d'habitation servant de cuisine et de dortoir ; l'aile droite est réservée aux chambres d'apparat, avec penderie pour les vêlements de fête et bahut renfermant les objets précieux. La façade ouest donne sur une cour avec puits ; la façade opposée sur un jardinet. Derrière, les communs : granges, étables, etc. Les maisons se dispersent au hasard".
Il semble que le Roumain de Boukovine ait conservé quelques traits archaïques, qui ne se rencontrent plus guère que dans les coins perdus des Carpathes moldaves :
1. Quelques auteurs avancent le chillVo ilc 30.000 àmcs. (Slavici, D\e Rumànenin Ungurn, Sieôenbiirgen und der Bu/iowina,Di(i VClker, \ 1, p. 108). Cependant les Roumains reeurent à titre do satisfaction la garantie (|u"un fonctionnaire possédant la langue « valai[ue » serait adjoint à l'administration liàcale de Lcmbcrg. (I'"isclicl, ^prachenrecht, n" 04 B. Décret auliiiue du lii nov. 1706). L'administration autrii-luenne paraît avoir été embai'rassée pour la désignation de l'idiome: elle le qualilic valaquc, puis « moldave » {ibid. n" 164), et ultéi'ieurcment, langue « romane ».