INVASIONS SLAVES
une prospérité qu'ils n'ont plus guère connue depuis celle ère heureuse ; les mines attiraient spéculateurs el mercanli; les routes Iracées depuis la côte jusqu'aux confins de la Pannonie desservaient le trafic. Tout ce monde illyrien fui comme le prolongement de l'Italie ; le latin, langue de l'administration, de l'armée, du commerce, se diffusa : l'albanais actuel môme en garde des traces.
Aussi ne s'intégra-l-il pas, ni pour la satisfaction de ses intérêts matériels, ni par son éducation intellectuelle, dans l'Empire byzantin, môme quand il y fut politiquement annexé. Les Byzantins furent trop faibles pour défendre ces provinces occidentales contre les Huns et les Avars. Aquilée,Salone, les métropoles furent ruinées ^ Mais ces Mongols passèrent comme des bourrasques.
Le monde illyrien futplus profondément atteint etaltéré par l'infillration des Slaves. C'est un épisode décisif et qui a régi, qui régit encore les destinées de l'Autriche adriatique et balkanique.
De Moldavie, de Bessarabie où elles cantonnent à l'avènement de Justinien, les hordes slaves franchissent le limes ilalicus orientalis^ ancien front de défense contre les Thraces, et en S48 apparaissent à Dyrrachium, tandis que d'autres bandes se sont acheminées par les vallées alpestres. Les empereurs byzantins, harcelés par les Perses, puis parles califes, et absorbés par la sauvegarde de Constantinople, sans cesse en péril, n'arrêtent ni les Wendes qui débouchent du Nord, ni les Hrvati ou Croates, qui, des planina bosniaques, descendent au bord du golfe de Quarnero, et se multiplient avec une étonnante rapidité. Ils se croisent avec les lllyriens des hauts plateaux dont jls partagent les mœurs pastorales, chez qui s'est ébauché un latin rustique, peut-être père du roumain. Ils contaminent les lllyriens et les grecs romanisés du littoral, oii la langue s'est déformée en ce parler vieux dalmate, supplanté plus tard par le vénitien.
Mais aussitôt le slavisme et le germanisme s'affrontèrent sur celle marche oi^i déjà tant de races s'étaient méta-
d. On sait que les habitants de Salonc su lérugièrcnt dans le palais do Diocléticn, noyau de la ville de Spalalo.
284 l'aUTRIGHE ADRlATlgUR ET BALKANIQUE
morphisées. Les ambitions franques dispiitèrentaux Byzantins celte zone où l'Autriche pousse aujourd liui son Drang nach Osten. Les cités, tout imprégnées de civilisation romaine, invoquèrent le patronage des Césars de Byzance ; mais l'Eglise catholique, plus forte par la conversion des Croates et ennemie des Grecs hétérodoxes, fit le jeu des Césars germaniques. L'Istrie tomba sous la suzeraineté des dncs de Bavière, de Carinlhie, des comtes de Goriz. La Dalmatie, la Bosnie s'encadrèrent en un royaume croate, vassal en nom de l'Empire grec, mais sous l'obédience spirituelle de Rome. Et les Croates pratiquèrent la piraterie contre les vieilles et riches cités illyriennes.
C'est alors que tout ce qui conservait la culture et l'àme latine jeta « un cri de douleur » vers Venise, l'héritière d'Aquilée et, plus éminemment, l'héritière de Rome.
On prêterait à tort aux hommes d'atTaires vénitiens le haut dessein d une re>tauration désintéressée de l'idée romaine : leur impérialisme fut plus mercantile. Ils profitèrent, en gens avisés, des dissensions et de la faiblesse des deux Empires d'Occident et d'Orient. Ils jouèrent de linflùence religieuse et des avantages économiques : en lan 1000, le doge, Pietro Orselo II, par une démonstration navale énergique, terrorisa les populations maritimes de ristrieetde laUalmatie Dès le milieu du xif siècle, afin d'évincer de l'Adiiatique Hongrois et Normands, Venise procède contre les îles et la terre ferme. Non sans lutte. Car la plupart des cités étaient en partie slavisées, intermédiaires entre le monde roman et le monde .slave ' : c'était le rôle de Traù, Spalato, Raguse, Cattaro. Antivari. Le slavisme se maintenait avec d'autant plus de facilité que l'Eglise ne le combattait pas. Ce n'est qu'au prix d'exécutions mililaires, de négociations d'argent, que Venise parvint à éliminer ses rivaux, à établir son monopole commercial, la suprématie de son patriarcat". Les révoltes
1. Mattco Giulio BartoU Das Dahnatische (Si-liiiften der Balkankommission. Linguistische Abteilung, ienne, Hôlder, Uu6. 1. Einleitung uncl Etanugraphie lUyriens, colonne 1j1 § 116, colonne 18.), § li4).
2. Ileinrich Kretschmayr, Istrien und Dalmatien, das ostadriatische Reich der Repablik Venedig (Dahnatien, p. M'i-oi). Charles IJichl. Une république patricienne, Venise (l^aris, Flammarien 191u, p. i63-7).