‹ Les races et les nationalités en Autriche-HongrieChapitre 214 sur 375 · LA DOMINATION VÉNITIENNE · texte numérisé non relu

LA DOMINATION VÉNITIENNE

furent fréquentes, et le slavisme — on le verra — fut un instrument de revanche.

Les sujets mal résignés de la Sérénissime République trouvèrent d-^s patr-ons : d'abord les rois de Hongrie, qui ne voulaient pas euimurer leurs destinées dans une steppe ceinturée de montagnes horriliques, et qui cherchaient à se donner de l'air par une issue maritime ; en 1358, Venise dut céder la Dalmatie à Louis P'' le Grand, l'Angevin, qui acquit pour le royaume de Saint-Etienne des droits et des prétentions encore vivaces aujourd'hui, et dont Fiume n'est qu'une faible compensation'. Les Habsbourg aussi subirent l'attraction de la mer et eurent la bonne fortune que ïrieste se donnât à eux, plutôt que de s'humilier sous la griffe du lion de Saint-Marc (1382). Mais, après ces échecs, l'emprise vénitienne étreignit plus énergiquement lesannexesillyriennes : car l'avancée victorieuse des Osmanli, le désastre du Champ des Merles débilitaient et les Hongrois et les Bosniaques qui avaient fait main basse sur la Dalmatie. Raguse échappa seule à la sujétion vénitienne en invoquant la protection de la Hongrie et surtout de la Turquie : elle pratiqua fructueusement, entre autres commerces, la traite des blancs et des blanches, articles qu'elle tirait de Bosnie pour les revendre aux Vénitiens, Siciliens et Catalans.

La domination vénitienne apporta plus de bienfaits que de maux: elle enrichit et viviOa ces petits havres qui n'auraient point prospéré sur un terroir indigent, exigu, et toujours à la merci des corsaires croates. Et les Illyiiens témoignèrent leur reconnaissance par un loyalisme qui jusqu'à la chute du régime vénitien, sous les coups de Bonaparte, ne défaillit pas. Venise a enraciné, ennobli parsa civilisation et ses monuments Titaliani té sur la façade orientale de l'Adriatique.

1. l.a loi de 1868, art. XXX, déclare ([ue la Hongrie et la Croatie-Slavonie-Dalraatie l'oruient un Ktat (•oniiiiuii et indivisible, La revendication s'est nianil'estiJe par intervalles (UudoU' liavass. Der Wiedeninschli/ss Dalmatiens an dus ungarische Reich. Lin^'. Revue, IX Jahrg., J88'.t, p. 7()'.(-18). Tout récemment encore au début de la ^1° session du Rcichsrat (juillet lUll), les députés dalmates des partis de droite ont déposé une déclaration poi'tant (|uc si leur province est de l'ait « un pays de la Couronne », elle est de ilruil portion int(''granle du loyauiue de Croatie.

286 l' AUTRICHE ADRIATIQUE ET BALKANIQUE

Mais ritalianité ne dessinait sur cette façade qu'un mince feston. L'arrière pays, où l'éiément illyrien s'était fondu, était dévolu auxS]aves,CroatesetSerbes qui avaient importé leur cadre ancestral de la zupa, tout en empruntant quelques innovations aux institutions soit romanes, soit byzantines. Les principautés slaves se débattirent avec un vague instinct d'unité, mais sans symptôme de conscience nationale, contre des forces mieux organisées : l'inquiète et envahissante Hongrie, qui étouffe dans son enclos continental, dans l'air lourd de ses pusztas, toujours en quête de nouveaux espaces, soumet à sa mouvance le royaume croate, le banat bosniaque et elle aspire à descendre vers la mer. De l'autre côté, c'est, dès le XIV*' siècle, les randonnées des Osmanli, qui bousculent Bulgares etSerbes. En vain le czar Douschan s'était épuisé à créer une grande Serbie ; en vain iln prince bosniaque, Tvrtko l"', essaie de réaliser cette conception dans un royaume uni de Bosnie et Serbie. Mais tous ces échafaudages politiques, sans consistance, sedisloquent après le désastre du Champ des Merles (1389); et l'humiliation de la chrétienté à Nicopoli (1390) livre la Serbie et la Bosnie en proie à l'islam, que des dervichesviennent prêcher avec succès.

La chute de Belgrade en 1521, la défaite de Mohacs en 1526, l'avancée de Soliman jusque sous Vienne et sa suzeraineté sur la Hongrie, l'indifférence de l'Occident consomment l'incorporation de l'arrière-pays adriatique à l'Empire ottoman. Tout ce qui put s'enfuir, de la raïa affolée, gagna le territoire vénitien ou impérial.

Heureuse aubaine pour le littoral et l'Istrie, que la malaria avait dépeuplés : les Vénitiens qui avaient entrepris un essai de colonisation italienne, bientôt ruiné, accueillirent avec joie les réfugiés ; c'étaient surtout des bergers plus ou moins maraudeurs, des vlach, serbes ou roumains slavisés : ces vlach noirs ou Morlaques furent transplantés sur le Velebit, au bord du bras de mer dont ils furent les éponymes ; il vint des Albanais, des Grecs, des Chypriotes ^ On les aggloméra tant bien que mal dans les

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