Krebs, Islrien, p
POLITIQUE BALKANIQUE DE l'aUTRICHE 287
villes OÙ il fut pénible de les embourgeoiser. Beaucoup s'égrenèrent à travers le karst où ils saccagèrent les forêts et pillèrent les paysans illyriens : la tradition de ces méfaits n'est pas encore éteinte.
Le brigandage ne s'exerça pas que contre la population indigène : il s'ennoblit et se sanctifia quelque peu dans une façon de croisade et de révolte contre le Turc. Dans cette œuvre pie se distinguèrent les Uskoks, qui à la longue s'assagirent et se fixèrent dans quelques coins carniolais et istriotes. Dans un des districts les plus ingrats les Tchitches tracèrent leur canton.
Ces épisodes marquent un progrès de la slavisation dans la lisière romane, progrès favorisé par Venise, pour attirer la main-d'œuvre ou hospitaliser des chrétiens exilés : Ton ne se soucie pas du mélange des races ou des langues.
Venise soutint ce rôle de champion de la chrétienté, tandis que la Maison d'Autriche était absorbée par la guerre de Trente Ans, puis par les complications européennes. Mais après la terrible alerte du siège de V^ienne en 1683, les Habsbourg comprirent que le salut contre le péril Turc exigeait l'ofTensive et la conquête. Depuis la fin du xvii° siècle se poursuit la politique balkanique de l'Autriche, dont le programme comporte l'occupation de la Serbie, de la Bosnie avec l'Herzégovine, l'extension maritime.
L'action autrichienne militaire et diplomatique fut contrariée moins par les intrigues vénitiennes, négligeables, que par l'intervention parallèle et rivale de la Bussie. Si l'effort de l'Autriche fut le plus souvent trahi par la fortune des armes, au moins tint-il en haleine et en espoir les populations chrétiennes, de plus en plus impatientes du joug infidèle : l'Autriche se prépara une clientèle parmi les catholiques, tandis que la Bussie travailla les frères ortboduxes.
La propagande religieuse qui, grâce à l'annexion de la Dalmatie en 171)7, après la chute de la souveraineté vénitienne, eût élargi son champ en Bosnie et en Albanie, n'élail point un ferment d'émancipation ; loin de là. Ce
qui donna aux groupes ethniques la conscience de leur force et de leur droit, ce fut l'idée de nationalité, idée de frappe française, mais qui, entre l'Adriatique et le Balkan, prit une signification et une vertu toute particulière.
Pour Napoléon, la Dalmatie, qui lui était cédée par le traité de Presbourg, était une porte et même toute une ligne de portes ouvertes sur la péninsule des Balkans ^ Mais en dehors de cet intérêt militaire, il semble que sur la portée ethnographique de cette conquête, la politique française fut des plus incertaines. Le nouvel ordre de choses fut tout d'abord en apparence imprégné d'un esprit tout italien. Outre que la Dalmalie, suivant les destinées de Venise, fut agrégée au royaume d'Italie, l'administration civile n'eut d'autre programme que de continuer, en les modernisant, les traditions de Venise; le chef de cette administration fut un Vénitien, Vincent Dandolo, avec le titre de provéditeur, que portaient les représentants de la République de Saint-Marc; tout fut organisé à l'italienne'. Plus tard, en incorporant la Dalmatie aux Provinces illyriennes, Napoléon obéit à une autre conception: celle d'une « marche » slave, dont Marmont devait être le margrave ^ Aussi l'on attacha, paraît-il, quelque importance à l'élément slave: le Télégraphe officiel des Proviîices illyriennes dut avoir une édition slave (outi-e une italienne, une française et une allemande)'*; l'enseignement de cette langue figura dans le plan d'études du