LA PÉRIODE FRANÇAISE EN DALMATIE
lycée de Raguse*; dans les écoles primaires, on devait appiendre à lire et à écrire dans la langue du pays; en matière judiciaire, l'emploi des différentes langues indigènes est autorisé. Indirectement sans doute et sans préméditation, la domination française émut le sentiment de la nationalité slave — mais elle le provoqua contre elle, par un essai d'assimilation à outrance (conscr-iption, introduction du code civil, attitude à Tégard du clergé) ". C'est à ce sentiment que fit appel contre les tyrans français, en 1812, le vladika du Monténégro, dans sa proclamation aux « Slaves, aux glorieuses et illustres populations des Bouches de Cattaro, de Raguse et de la Dalmatie^».
L'Autriche, après avoir ramené dans son giron, en 18io, les pays adriatiques, montra peu de tendresse pour l'illyrisme, invention française. Elle ne tenta plus, à la manière de Joseph II, de supplanter par l'allemand, l'italien, instrument de culture et de négoce, si généralenient adopté que Joseph 11 lui-même en avait toléré l'usage sans res- ' triction pour les transactions du port de Trieste. D'ailleurs l'Autriche, puissance italienne par ses possessions dans la Péninsule, eût eu mauvaise grâce à proscrire un idiome de longue date en honneur à la cour impériale. Aussi l'imposa-t-elle pour la procédure civile, dans le Tirol méridional dès 1814, en Istrie et Dalmalie, dès juillet 1815, et pour toutes les atTaires, à la nouvelle Cour d'appel de Zara,
Cette mesure exclusive gêna fort les justiciables et surtout les commerçants slaves; il fallut en 1818 autoriser la production des livres rédigés en « illyrien » avec des caractères serbes ou latins*.
Mais voici que l'italien cessa de plaire; il sonnait, lui aussi, la révolution, et on voulut, en 1824, l'exproprier de
1. Le gûndral Bertrand, successeur de Marmont, visitant le Lycée Impérial en i8U, fut complimenté en vers latins, italiens et slaves (Haumanti.
2. La période française fut loin d'être pacifique : la Dalmatie subit les contre-coups du conilit européen; les Russes, les .Anglais, les .\utiiriiiens harcelèrent sans cesse les corps fiançais soit sur la terre ferme, soit dans les îles. Le parti « national » lut hostile au.î Fraudais.
ii. Pisani, p. 463.