LES ELEMENTS DE LA NATIONALITE XXIII
modèle et organise l'État qu'on a cru pouvoir appeler national [JSationalstaat], comme la France, l'Espagne, litalie ; plusieurs nationalités qui s'associent forment une fédération, comme la Suisse ; ou quand elles sont agglutinées comme en Autriche-Hongrie, et retenues ensemble par une même chaîne, il en résulte un État composite et de type indéfinissable \ Mais une nationalité n'est parfaite que quand elle s'est créé un Etat à son image et pour son usage ".
La nationalité est donc quelque chose de supérieur à ces divers éléments qu'on vient d'analyser, éléments qui se combinent en elle à des doses variables, mais dont l'ensemble, à supposer qu'il se rencontrât, serait impuissant à la consommer. Il y faut quelque chose de plus. Elle a sa racine et sa raison d'être, non dans la combinaison
sommera sou, unité morale, que grâce à une « centralisation énergique » qui donnera aux Français « quelque communauté de pensée ». L'Etat serait donc un générateur de la nationalité.
Argument dangereux : car il autorise de la part d'un État qui prétend être national, les contraintes à l'égard des éléments ethniques dissidents ou rél'ractaires. L'illustration de cette théorie est fournie par la tentative de germanisation des provinces polonaises de la Prusse; le prince de Bùlow, le plus qualifié, parmi les contemporains, des hommes d'Etat allemands, énonce la doctrine en ces termes : o Notre politique dans les Marches de l'Est est un devoir national du peuple allemand vis-à-vis de lui-même. » Et voici la thèse plus brutalement présentée : « La lutte pour la possession du sol, qui dans son essence, a pour but de répandre en quantité sufiisante des habita,nts allemands dans les provinces de l'Est, sera toujours l'alpha et l'oméga de notre politique nationale allemande dans l'Est Elle doit être soutenue par le culte en faveur de la eulturfi et de l'éducation allemandes. Certes, nous ne voulons pas enlever aux Polonais leur langue maternelle, mais il faut que nous tâchions de leur inculquer, par le moyen de la langue allemande, l'intelligence de la vie intellectuelle allemande... Les rigueurs sont inévitables: elles augmenteront ou s'adouciront, selon que les Polonais tendront ou relâcheront leur résistance >). [La politique allemande trad. Mam'ice Herbette, Paris, Lavauzelle 1914, p. 304-30'J). Expropriation territoriale, expropriation morale, tel est le devoir national de l'Etat prussien-allemand contre ses sujets slaves de « l'Est allemand » [sic).
1. On a défini l'Autriche un État fédéral, une fédération d'États, un Etat d'États, un royaume d'États. (V. Gumplovicz, La lutte des races, p. 20o. Cf. H. Rauchberg Osterreichische Burgevkunde, Vienne, 1911, p. 6f> suiv.).
2. Le régime politique et la forme du gouvernement sont indépendants de la nationalité. On peut très bien concevoir que les nationalités allemande et italienne, après s'être formées sous l'égide de la monarchie, adoptent la forme républicaine ou démocratique : il n'y aura rien de clian^é' dans l'essence de l'une et l'autre nationalité.