XXIV RACE ET NATIONALITÉ
de ces facteurs, mais dans la conscience et la volonté des hommes qui se groupent sous son égide, si ces hommes, quels que soient leur origine, leur langue, leur culte ont subi les mêmes destinées pendant une longue phase \ vivent la môme vie, pratiquent les mêmes institutions, respectent les mêmes traditions, aspirent au même idéal. La nationalité, a-t-on dit justement, « n'est pas autre chose qu'un sentiment analogue à celui de la religion et pouvant aussi dépendre du libre choix" ». Elle est, selon le mot de Renan, « un principe spirituel ». On lui appliquerait volontiers ce que Renouvier énonce de l'idée de l'État, « fruit de la réflexion et du vouloir. Elle soumet tous- les faits de diversité légitime entre les hommes, à plus forte raison les faits irrationnels et illégitimes, au principe de l'identité de la nature morale. Elle est donc moralement supérieure, tout comme l'association volontaire est préférable aux coopérations spontanées, une république d'agents libres à une ruche d'abeilles'^ ». Elle coïncide chez un peuple, comme chez l'individu, avec l'épanouissement de la culture humaine qui consacre la personnalité morale*.
Une nationalité est donc une œuvre de lente formation. Ce n'est point une construction d'une ordonnance rigoureuse, et bâtie tout d'une pièce. On la comparerait à ces cathédrales dont le plan s'est modifié au cours des âges, dont les parties sont édifiées en des styles disparates, mais que le temps a marquées d'une empreinte si uniforme, et ouatant de générations ont communié, que l'irrégularité des lignes s'est effacée aux yeux des fidèles et fondue dans une harmonie auguste, dans l'âme même du monument.
1. Otto Bauer (p. 211. 18) donne comme base à la nation la communauté des destinées (schicksalsgemeinschaft) .