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LA DOMINATION AUTRICHIENNE

Magyars qui combattaient pour leur foi protestante ou la dignité de leur patrie furent sanguinairement réprimés par les labancz, les soldats allemands qui travaillaient, selon le vœu de l'archevêque Kolonics, à rendre la Hongrie d'abord mendiante, puis catholique, puis allemande. C'est ainsi que la Diète fut contrainte à subir l'archiduc Joseph comme roi héréditaire et à renoncer à la prérogative de l'élection monarchique. L'investissement et l'isolement des Magyars fut resserré par l'amenée d'un peuple serbe entre Drave et Save et par la création des Confins militaires. Vint un moment toutefois oi\ ces remuants magnats semblèrent pris de lassitude : sous Marie-Thérèse, ils se laissèrent attirer à la cour, pourvoir de charges lucratives, et marier de la main de la souveraine à des héritières autrichiennes. On a fort joliment décrit cette transformation. « Il est curieux de voir, dans les châteaux de Hongrie, les galeries de portraits de famille. Aussi haut que l'on remonte, ce ne sont d'abord que de graves figures

orientales A partir de Marie-Thérèse, tout change, et

la physionomie et l'expression des personnages. Le contraste est frappant dans le portrait du magnat qui le premier épousa une Allemande. Le Hongrois, seul, occupe un coin de la toile... Sa moustache noire pend à la turque et de grands cheveux tombent en boucles sur son cou. H y a du barbare dans cet homme-là. Sa femme, assise, en robe de cour, est au milieu du tableau. Elle règne et elle domine. Près de son fauteuil se tiennent les enfants, qui ont déjà les yeux bleus et les lèvres autrichiennes. Les enfants sont à elle, à elle seule. Hs sont poudrés comme elle, lui ressemblent, l'entourent et lui parlent. Ils parlent rallemand, bien entendu'. »

Des raisons plus nobles expliquent ces conversions. L'appel qu'en une heure de détresse Marie-Thérèse avait lancé aux Hongrois, non seulement avait ému leur esprit chevaleresque, mais éveillé leur ambition pour leur pays : la Hongrie était comme le pivot de ce complexe territorial

\. .\tlila lie Gcrando, De l'esprit public en llonr/rie depuis la Révolution /runi-uise. Paris, 1848, p. 17.

que formait la monarchie des Habsbourg; un réservoir de forces vives en un moment où la Maison d'Autriche était évincée de la dignité im[»ériale, où ses pays héréditaires et la Bohême étaient en péril; mais pour prix de son loyalisme et rançon de ses sacrifices, la Hongrie prétendait le respect de son statut parlementaire et de son individualité.

Elle fut loin de compte avec Joseph II. Maiie-Thér^se, avec dinfinis ménagements, avait dans un programme d'instruction [ratio educationis) recommandé létude de Tallcmand aux « sept nations principales » du royaume de Hongrie, surtout «pour son insigne utilité». Jusqu'alors le latin avait servi de langue officielle et scolaire. Joseph II, novateur peut-èlre libéral dnns sos lendîinces. mais absolu dans ses procédés, voulut substituer à cette «bmgue moiMe » un idiome viv;int. qui fût le v('diicule de la pensée moderne, en même temps qu'un instrument et un symbole d unité pour l'Empire : l'allemand'; il remarquait^ avec raison que le magyar ne pouvait affecter- le rôle de truchement commun entie les nations de la Hongrie. A vraidiie, I idiome magyar était discrédité : les classes instruites le dédaignaient, ayant adopté l'allemand et le français. S'il se releva et se régénéra, ce fui moins pour servir la cause nationale, que pour répandre en Hongrie les œuvres et la pensée de l'occident ; et c'est ainsi que s'essayèrent à des imitations et traductions de jeunes gaides nobles de la cour de l'Impératrice Heine et que naquit une école française, dont le plus illustre écrivain fut Georges Bessenyei ; même les sujets de l'histoire de Hongrie, les deux tragédies de Ladislas Hunyadi (l'î72) et de Buda, dont le héros est le frère d'Attila, furent traités dans la manière, selon les rythmes et les règles classiques.

Plus encore que la germanisation tout administrative et politique, les velléités centralisatrices de Joseph II lui' aliénèrent l'aristocratie, sinon la nation hongroise; et ces

1. Le décret du 18 mai 1784 fixait aux fonctionnaires des administrations centrales un délai de six mois, à ceux des comitats et villes, un délai de dix-huit mois pour se rendre maîtres de l'allemand; à partir de 1787, les débats des délégations de comitats devaient avoir lieu en cette langue. L'obligation lut imposée aux instituteurs, aux ecclésiastiiiues. Uôs mesures analogues lurent pratiquées en Galicie et d autres provinces.

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