‹ Les races et les nationalités en Autriche-HongrieChapitre 274 sur 375 · LES ALLEMANDS DU BANAT · texte numérisé non relu

LES ALLEMANDS DU BANAT

dut être aménagé d'abord '■ ; c'est au bout de dix ans que Charles Vi autorisa l'introduclion d'originaires du ^Yurtemberg, du Brisgau, de l'Alsace, de la Lorraine ^

Dans le Banat, quadrilatère dont le Maros, la Tisza, le Danube dans son cours horizontal dessinent les fossés au nord, à l'ouest et au midi, et que borne à l'orient la falaise transilvaine, les cultivateurs allemands ont vivifié, assaini un territoire que le régime turc avait assauvagi et empesté ; malgré des retours offensifs de l'Osmanli, le flot de l'immigration, que nourrissaient des soldats libérés après la guerre de Sept Ans, grossit au point que, en 1775 le Banat malgré les déplorables installations renfermait 318.000 âmes, 550.000 dix ans plus tard, 636.000 en 1805 : car les guerres de la Révolution et de l'Empire avaient poussé des fugitifs vers ces contrées indemnes et sûres. Les Allemands ne figuraient dans le premier de ces dénombrements que pour 40.000, chiffre peut-être trop bas ; mais ils ont été si prolifiques, et surtout ils ont été au début si soigneusement préservés de tout contact avec les « nationalistes », appellation des non-allemands, qu'aujourd'hui, dans les trois comitats de Ternes, Torontal et Krasso, leur nombre est monté à 388.000 ; dans la dernière décade 1889-90 le gain brut n'a pas, il est vrai, été moindre de 65.000 unités, soit environ 17 p. 100 ; mais pendant la même période, les Magyars se sont accrus de 24 p. 100 \ Mais les Allemands ontquelquemériteà progresser; ils gardent encore la majorité dans les villes de ïemesvar et Versecz, mais à Panc-

1. La première colonisation, sous l'impulsion du fold maréchal comte Mcrcy, comprit des gens de toutes provenances, jusqu'à des Italiens, qui devaient acclimater le mûrier et le riz, et des Espagnols de Biscaye.

2. Sur la colonisation lorraine et alsacienne, dont les vestiges sont encore vivants — au moins par les noms de familles — dans les communes de Cliarleville, Saint-iluhert, Seultour, Triibswctter, Gottiob, Ostern, M. le IJ' lleclit a publié, dans les Mém. de l'Acad. de Stanislas, d878, p. :2I'J-G8, une étude des plus documentées et dont l'intérêt est .relevé par des souvenirs personnels. Sur le recensement, les communes de Seultourn (sic) (peut-étnr une réminiscence de Solothurn-Soleure), et Szent-liubert se reconnaissent encore ; celle de Cliarleville est sans doute devenue Karolyligct (comitat de Torontal, arr. judiciaire de Zsombolya-iiatzfeld). Voir aussi R. Recouly, Le pays Mmjyar (\Wi, p. 18G-200).

3. Voir la carte de la distribution des Allemands dans le Banat (Deutsche Erde, 11, l'Jlo, carte 7).

sovaetà Lugos, les Serbes etlesRoumainslesontdépassés\ Plusieurs localités allemandes sont à peu près pures de tout élément étranger^; elles offrent alors une {)hysionomie coloniale qui les distingue :1a large rue. plantée d'arbres avec fossé d'écoulement des deux côtés, croisée par une seconde grande artère ; au carrefour ou sur « la place », s'élèvent l'église, l'école, le cabaret. Les points d'intersection des autres rues sont marqués par une fontaine ou une croix. Les maisons tournent le dos à la voie publique sur laquelle ne s'ouvrent que 2 ou 3 fenêtres aux volets verts, et que longent des clôtures en planches ou en briques. L'habitation, qui a pour centre la cour intérieure, a pour pièce principale la cuisine spacieuse, au fourneau énorme ; la stiibe^ la kainmer sont peu occupées. Le bûcher, l'écurie, létable sont séparés du logis. Quant au type des habitants, il est rustique, trapu, épais, avec le visage rasé : seul le juge porte moustache pendant la durée de son mandat; le costume masculin s'est rapproché de la mode hongroise. Les femmes restent plus hdèles à la tradition. Le peuple allemand du Banat aime l'instruction : il est fierd'avoir donné lejouràquelques hommes remarquables, dont Tillustre poète Lenau ". C'est dans le lieu natal de leur poète, à Csatad *, que les Allemands se rassemblent pour délibérer sur leurs intérêts et organiser la résistance aux entreprises magyares.

Page 1