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LA SLOVAQUIE HONGROISE

Les Slovaques V

Les Carpathes, depuis le champ déprimé du bassin de Vienne jusqu'à la faille jalonnée par les villes d'Epelies, Kaschau, Miskolcz, se décomposent en deux zones. La première extérieure, s'inclinant sur la terrasse que baigne la Vistule, se profile en un faisceau de plis, 011 le grès des séries crétacée ou éocène se bombe en croupes assez molles, tandis que les roches jurassiques surgissent en falaises dentelées ; la Babiagura et la Popadia s'élancent à plus de 1.700 mètres, comme les deux piliers de cette muraille, que trouent, en des gorges étroites, le Dunajec, le Poprad et d'autres affluents de la Haute Vistule. Cette contrée s'ouvre sur la Galicie : aussi est-elle sur les deux versants habitée par des populations mélangées de Polonais et de Slovaques.

Ces derniers occupent plus exclusivement la zone intérieure des Carpathes, les massifs de schiste cristallin et de granit qui se développent en arc évasé et regardent la Hongrie, massifs qui sont des tronçons désarticulés, des ruines de la chaîne : Petites Carpathes aux fourrés épais, qui des portes de Thebcn s'allongent sur SO kilomètres vers le nord; monts d'Inowoc. aux forêts dé hêtres, entre

coiiipto plus de 200.000 Juifs, prt^s du quart de sa population. Mr'iuo proportion à Nagy-Varad.

Ajoutons toutefois que les Juil's ne sont pas seuls incriminés. Sehulthciss accuse aussi l'Eglise catholique de servir la propagande magyare ; et quant aux changements de noms, il cite des renégats, tels que Hunfalvy, qui a préféré cette forme magyare à l'appcllatif peu flatteur de Hundsdorfer ; iMunkacsy ([ui porte en allemand le nom aimable de Lieb, etc. Enfin la conversion au magyarismc est une inassenpsijchose, un pliénoméne de la ])sychologie des foules, ce (jui prouve bien que les Juifs seuls n'y sont pas entraînés. Sur les tentatives d'agitation pangermaniste dans la Baczka, voir Recouly, chap. xv.

1. Lubor Niederle a dressé une carte ethnographique des Slovaques de Hongrie (Prague l'JOii). Voir aussi Czambel. La langue slovaque et sa place dans la^ famille des langues slaves (en Slovaque, Saint-Martin l'JUU). Cette indication ligure par mégarde dans la bibliographie de l'ouvrage de Niederle (p. 22'->), sous la rubri((ue Russia.. Le livre de Granibel est tendancieux : il allribue l'idiome sl()va(iue au sud slave, pour mieux accus(!r la scission d'avec les T(dir'([ucs.

Waag et Nyitra ; plus à l'est, le bloc de la Weterne Hole que souligne au nord le fossé horizontal de la Waag; et enfin, la petite ou basse Tatra, le Vjepor, etc. ; région sauvage, toui-menlée, dont les larges fûts de trachyte racontent les bouleversements, mais région très découpée par un réseau fluvial, oîi rayonnent les couloirs de communication du Danube à l'Oder et à la Vistule; les grandes vallées méridiennes débouchent sur la voie du Danube entre Presbourg et Pest.

C'est là ce qu'on est convenu d'appeler la Haute-Hongrie, qui est devenue la patrie des Slovaques.

Ceux-ci forment vers l'Orient la queue de cette bande de peuples slaves dont les Tchèques sont lavant-garde en Europe. Refoulés dans les Garpathes, ils se sont à peu près détachés de leurs congénères de Bohême et de Moravie dont ils avaient, il est vrai, adopté la langue ecclésiasiique et littéraire, à l'époque hussite, mais dont ils n'ont guère, depuis la dissolution de l'Empire morave, partagé la fortune. Eux-mêmes se sont dissociés, se nichant par petits paquets dans les vallées. Aussi n'olfrent-ils pas cet air de famille qui atteste la parenté originelle : le type, a t-on pu dire, varie de village à village ^ Un trait assez général, c'est la nuance claire des cheveux. Le Slovaque se reconnaît à son visage glabre, et chez les vieux à la chevelure tombant souvent jusque sur les épaules et copieusement graissée. De même l'architecture des maisons se modifie du plat pays à la montagne : Ihabitation est carrée d'ordinaire, percée sur le dehors de fenêtres avares, la pièce principale contient le poêle avec le banc de réunion. Les gens riches se construisent de petits chalets alpestres. Souvent la maison abrite plusieurs générations, suivant le régime de la zadruga. Les circonstances physiques ont individualisé les tribus slovhques, à la recherches de terres à pâture pour leurs troupeaux. La plus respectable ou la plus authentique, — car elle a conservé le plus intégralement l'idiome et les usages vieux slaves, — est celle des Hornyaks ou Montagnards,

1. Pechany, 0. U. M., Ungarn \\ p. 400 et Das slovakische Volh in Oberungavn. (Abrégé Bullet. Soc. Hongroise de Geogr., XXVIII, 1900, p. 1-16.)

dans les massifs que percent les jeunes eaux de la Waag et de la Nyitra\ Ce sont, autant qu'on le conjecture d'après la toponymie et les trouvailles des âges du bronze et du fer, sinon des autochtones, du moins les plus anciens colons des Carpalhes centrales. Leur parler se rapproche du tchèque primitif; leur habillement, braies étroites, pourpoint bhmc, klobt/k, (chapeau slave), etc., est de façon archaïque.

Les autres tribus sont moins pures et de moins longue possession d'état. Celles du petit pays de Zips, qu'ébrèchent les coupures de la Waag, du Poprad, du Hernad, sont croisées de Saxons et de Ruthènes : les Saxons, surtout mineurs, très nombreux depuis le moyen âge, ont été jusqu'en ce siècle slovaquisés avec une évidente complaisance" ; les Ruthènes. d'ailleurs survenus assez tard, au xiv* siècle, se sont fondus avec les gens de la Magura, qui tiennent d'eux une complexion physique plus faible ; on les appelle Tchopak, d'après une particularité dialectale : ils prononcent tcho [co] au lieu de tso [co].

C'est encore un amalgame de Ruthènes, Polonais et Slovaques que les Sotaks, aux cheveux d'un blond pâle, établis dans le bassin du Bodrog. Ceux-là disent so au lieu de tso^. Tous ces parentages se constatent encore : ainsi les Slovaques limitrophes de la Galicie ont gardé un vocabulaire polonais, et la configuration de leurs finages.

Les Slovaques ont déployé d'ailleurs une puissance d'assimilation d'autant plus remarquable qu'ils se sont incorporé des groupes d'une civilisation plus haute, des Allemands, des Tchèques Hussites, réfugiés politiques, et l'amalgame des aventuriers prospecteurs qui ont, dès le xiii'' siècle, éventré les roches de la Tatra'. Non seulement ils se sont renforcés, mais ils ont essaimé à leur tour, leur territoire étant trop ingrat pour les nourrir; on les appela, depuis la retraite des Turcs, pour combler les

1. Comitats Lipto, Arva, Turocz, Trcncsen, partie septentrionale de Zolyom (.Solil) et Gômôr.

-2. Czoernig, III, p. 100.

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