LES RUTHÈNES
leur langue. Les localités créées ou colonisées par eux se reconnaissent à l'accolade orosz (Oroszvar, Oroszfaja, etc.) ; et dans les districts saxons à celle de reiiss (Reussdôrfel, Reussmarkt, etc.). Le sort des Ruthènes en Hongrie n'a guère été plus enviable que celui de leurs frères galiciens : ils sont tombés en servage, sous la coupe des intendants des grands domaines, qu'ils ont péniblement défrichés. Ils furent exploités aussi par leur clergé, de sorte que le village dut nourrir parfois une demi-douzaine d'ecclésiastiques. La loi émancipatrice de 1848 aggrava leurs charges en substituant l'impôt en argent à l'impôt en nature et en réduisant les droits de pacage sous bois. Aussi le Ruthène mène une vie misérable : sa maison est bâtie en poutres non équarries dont les interstices sont bouchés avec de la mousse et cimentés avec de la boue ; le toit de chaume, ou, dans la montagne, de planches, descend très bas ' ; le poêle n'a souvent pas de cheminée et le logis s'emplit de fumée et de suie ; telle est la baraque des Houtzoules et Roykes perchés sur les hauts versants, tandis qu'en aval les Blyachs et Lemakes (Lemki) sont mieux gîtes. Le développement physique de ce peuple souffre de sa pauvreté; le Ruthène est petit, chétif, avec une tête anguleuse, des joues rouges, des cheveux blonds, à l'exception du Houtzoule au teint olivâtre et à la figure ronde".
Ceux des Ruthènes qui confinent aux Slovaques semblent faire la transition entre les Tchécho-Slaves elles Petits Russiens; ils ont gardé de nombreuses traces du vieux slave, et, par quelques particularités de prononciation, se confondent presque avec les Slovaques : il y a parmi eux aussi des Tchopaks et des Sotaks. Ils sont plus vigoureux et plus cultivés que ceux de la région orientale, descendants de Lithuaniens et Podoliens, de complexion moins robuste, peut-être parce que les nombreux jeûnes, prescrits par l'Eglise grecque, contribuent à les débi-
1. Le Recensement général (Statistique hongroise, vol. XXXXII), comporte une statistique des a maçonneries et toitures des maisons dhabitation ».
•2. A. Jlodinica, ij. V. xM., l'nrjarn V, p. 401 suiv.