‹ Les races et les nationalités en Autriche-HongrieChapitre 31 sur 375 · MÉTHODES ET RÉSULTATS GÉNÉRAUX · texte numérisé non relu

MÉTHODES ET RÉSULTATS GÉNÉRAUX

Plus qu'aucune autre, l'Autriche est intéressée au dénombrement des nationalités : le gouvernement a besoin de mesurer les forces numériques de ces groupes, pièces de ce jeu d'écbecs qu'on appelle la politique autrichienne ; les nationalités aussi ont besoin de se compter.

C'est assez tard que l'Etat songea à cette entreprise, après 1840 '. Elle fut confiée au chef du département statistique, le baron Charles de Czœrnig-, qui eut tout à créer, les essais individuels étant jusqu'alors rares et imparfaits, Tethnographie ne possédant encore ni méthode ni technique. Czœrnig imprima à son œuvre une orientation tout ethnique : il détermina soigneusement les limites des groupes (par exemple, pour la première fois entre Polonais et Ruthènes, entre Polonais et Slovaques de Silésie) ; il traça des frontières à travers l'inextricable complication des zones mixtes; il signala les métis, tercerons et quarterons, peut-on dire, de la nationalité; dans le fouillis sud-slave, il démêla les Slovènes croatisés ou

1. 11 faut rappeler copcndanl que Marie-Thérèse et Joseph II ordonnèrent lies dénombrements, Seelen/consif/tiatioiien, Seelenkonscripliouen, en 1753, et de 1770 à i780. Mais ces opérations qui portèrent sur les confessions, les professions, etc., négligèrent complètement la langue et la nationalité (A. Gùrtler, Die VolkszdldioKjen Maria Theresias und Josef 11 1703-1790 Innsbruck, Wagner, 1909).

2. V. la biographie et la liste des travaux de Czonrnig dans la SlaL Monalsschrif'l, 1889, p. o4o.

serbisés, les Croates slovénisés, les Valaques croatisés, les Croates italianisés, les Italiens croatisés, tous ces croisements de dialectes, de costumes et de mœurs'. Sa carte fut assez avancée en 1848, année fatidique, pour paraître comme l'illustration de la question des nationalités"'.

Czœniign'a pas voulu que son image fût un tableau do la distribution des langues : les gens qui parlent allemand dans les villes de Bohême, déclarait-il, ne sont pas des Allemands^. Mais malgré lui, inconsciemment, il s'attacha plus au symbole linguistique. En effet, la nationalité est un facteur statistique des plus hasardeux et vagues. Il eut fallu préalablement tirer au clair ce concept et dénoncer le signe qui tût matière à recensement. Aussi, devant cette difficulté, les opérations de 18o7 et 18G9 se gardèrent de tout relevé de ce genre : par cette omission il semblait que l'Etat autrichien non seulement ne consacrât pas, mais effaçât en quelque sorte les nationalités*.

Toutefois dans un agrégat polyglotte, comme la monarchie des Habsbourg, c'eût été un défi à la l'aison d'Etat et à la raison tout court, d'escamoter « ces individualités historico-politiques » que les constitutions avaient solennellement reconnues.

Mais la statistique en pourrait-elle saisir l'essence, la traduire en chiffres? Les spécialistes s'étaient inquiétés du problème. Le Congrès international de statistique de Saint-Pétersbourg, en 1873, sollicita, pour éclairer sa

1. Cette constatation a reçu sa conlirmation philologi(iue : Hugo Schuchardt, Slairo-Deutsches und Slawo-Italienisches (Graz, ISSii), a accumulé les exemples des fusions et métissages linguistiques.

2. lille fut présentée à IWcadi'mie des Sciences Morfilës de Paris par le comte de Beaumont, ambassadeur à Vienne (Czœrnig,, Elhnographie (1er œslerreichischen Monarchie mit einer elhnor/raphischen Karle in 4 Bldtlern, l" vol.. Vienne, 1857, p. vu). Le 2° et le 3° volume, consacrés à la Hongrie, avaient paru en 18o5. C'est le 1" vol. qui contient la VôUcerlaf'el (d'après le recensement de 1831).

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