LA LANGUE ELEMENT STATISTIQUE
religion, les consultations de trois hommes éminents et particulièrement intéressés en cette controverse, A Ficker, ancien président de la Commission centrale de statistique de l'Empire, Keleli, conseiller ministériel hongrois, Glatter, ancien directeur de l'Office statistique de la ville de Vienne. Ces trois auteurs s'accordèrent sur la difficulté de définir la nationalité, complexe oii se mêlent les caractères physiques, les coutumes, le sentiment d'un passé et d'un sort communs, l'idiome; c'est pourquoi ce dernier ne s'impose pas comme le signe unique et décisif ^
Le Congrès de Pest de 1876, qui reçut le dépôt des Mémoires, ne les discuta pas, pour ne pas rouvrir un débat scabreux en terre hongroise.
Par bonheur, un ingénieux statisticien, Richard Bochk, avait proposé un facteur statistique que Ion adopta pour le recensement de 1880 ■.
C'était la langue populaire — appellation vague et uii peu bien démocratique en Autriche ; l'on préféra celle à'umgangssprache, langue usuelle ou courante : on crut tenir un instrument de précision ^
On le préférait à la langue maternelle, que les recensements de l'Empire allemand enregistrent, et qui n'effarouche pas en Hongrie \ La langue maternelle peut, objectait-on, n'être plus pratiquée à l'époque du recensement, être même oubliée par l'individu transplanté hors de son milieu natal ; et cette langue se laisse malaisément déterminer dans les ménages bilingues' ; elle n'est pas d'ailleurs l'expression de la nationalité.
1. Plusieurs niL-moires sur ce sujet furent publiés, (jue Gumplovicz (Das Rechi, p. 257 et suiv.) analyse et commente. Les études de Keleti, Glatter, etc., ont été présentées au Congrès de Pest (le 9«; qui eut lieu en 1876. {Ibid., p. 264 )
2. Die slatislische Bedeuluiirj der Volkssprache als Keiinzeichen dev Sationalitûl (Beilin, 1866).
3. Gumplovicz, Das Hecht, p. 257, 264. H. Mayrhofer von Giûnbùhel, Die Volkszàhlung in Oesterreich vom Standpunkte des geltenden Gesetzes^ ihrer Durchfuhrung und Reform. (3» éd., Graz, 1900, p. 105 suiv.).
4. En Hongrie, comme il sera dit plus bas, ce n'est pas la « langue courante », mais la « langue maternelle » qui sert d'indice.
.'j. Mayrliol'er prétend même (p. 107) que chez les classes élevées en .\utriche les enl'ants ne parlent souyent d'autre langue que le fran(;ais. La langue maternelle a cependant été reconnue comme langue de l'ensei-
Alehuaoh. i
i8 RECENSEMENTS ETHMuUES ET LINGUISTIQUES EN AUTRICHE
Vumgançssprache satisfait et rassure les bureaucrates autrichiens, parce qu'elle n'implique aucune signification historique ou ethnique. Question très simple : quelle langue parlez-vous communément? « La réponse, affirme M. von Inama Sternegg, est en général aussi facile à donner qu'à contrôler '. » Il importe peu de savoir en quelle langue l'individu pense ; l'agent recenseur note celle dont il se sert, et cela suffit. Ce dénombrement linguistique, selon Rauchberg-, est une opération administrative : le gouvernement autrichien ne prétend pas tenter une revue des groupes ethniques.
Ce sont là des échappatoires. Reste l'argument le plus plausible : , Yu/ngangssprache jouit de la possession d'Etat; quatre recensements, depuis 1880, lui ont conféré son statut et sonéminente dignité. C'est sur elle seule que nous serons réduits à tabler ; un terme nouveau débouterait toute possibilité de comparaison.
Mais voici une constatation paradoxale : Yumgangssprache tout d'abord n'entre pas dans la hiérarchie des langues politiques ou administratives de l'Autriche; mais elle se confond nécessairement avec une de ces langues.
Le statut fondamental de la monarchie cisleitlmne du 21 décembre 1867, reprenant dans son article XIX la formule pleine de sous-entendus et de malentendus des Constitutions antérieures, porte que « chaque groupe ethnique a un droit inviolable à maintenir et cultiver sa nationalité et sa langue. L'Etat reconnaît à toutes les langues en usage dans les pays de la monarchie [landesubliche Sprachen) un droit égal à être employées dans les écoles, l'administration et les divers actes de la vie publique. Dans les pays habités par des populations appar-
gnemcnt; un règlement de l'examen de maturité, pour l'année scolaire l8oU-18ol, prescrivait que les épreuves écrites porteraient sur la Mutteroder L'nterrickfsspraclie, et sur une autre langue du pays (Fischel, Spra^ chenrecht, p. 96, n" 206).
i. Die nâchste Volkszahlung (Stat. Monatsschr. N..F. b Jaiirg., 1900, p. 4ob).
2. Die Bevôl/cerung Oeslerreic/is auf Grund der Ergebnisse der Volkszahlunrj voin 31 Dec. 1890 (Viennr, 189b, p. 14).