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CHAPITRE XJII LA CROATIE

La fortune a été plus clémente à la tribu des Croates, premiers compagnons des Serbes, mais très tôt, dès le vif siècle probablement, détachés d'eux *. Le hasard des migrations, en effet, les a conduits dans un des coins de l'Europe où il est impossible qu'un groupe humain

i . L'anthropologie ne distingue pas les Croates des Serbes. D'après A . Weisbach {Die Serbo-Kroaten Kroatiens und Slawoniens Mitt. Anthropol. Ces. Wien XXXV, 1905, p. 99-117), ces deux tribus ne forment qu'un seul groupe ethnique. Ces Serbo-Croates, d'après 3.190 mensurations sur des soldats, figurent parmi les Slaves les plus grands, avec une taille de l'»,69S, inférieure à celle des Bosniaques (1"',726) et des Dalmates (l-^.TOSj, mais plu élevée que celle des congénères d'Istrie (1»',668), des Slovènes (1»>,663 ) des Ruthènes (1"',640), des Polonais galiciens (l^jôSâ).

Le type brun domine plus accusé chez les Serbes que chez les Croates; cependant les blonds se rencontrent plus fréquemment (27,9 p. 100) que chez les Bosniaques (9 à 10 p. 100) et les Dalmates (7 à 8). La brachycéphalie est prononcée : indice cophalique 857, égal à celui des Bosniaques, et à peu de chose près, des Tchèques (854), plus forte que chez les Galiciens (Polonais et Ruthènes) et les Slovènes. René Gonnard (Entre Brave et Save, Paris, Larose et Tenin, 1911, p. 35) a remarqué chez les Croates « la physionomie accentuée des vieux pandours, le nez droit et mince, les yeux durs, bleu d'acier ou jaune cuivre, la moustache blonde tombante, le teint jaune et hàlé » ; chez les paysannes, «. les traits un peu masculins et mal dégrossis ». Dans les villes de Croatie, le Slave se reconnaît, au milieu des types allemands, magyars, juifs, par sa laideur.

Isidor Krsnjavi (O.U.U.Croalien und Slavonien p. 11) distingue o types Croates, parmi lesquels celui du pays ondulé et riant de Zagorje, blond, aux yeux clairs, plus souple que vigoureux, où l'élément masculin l'emporte en beauté sur le féminin ; celui d'entre Drave et Save, où les hommes sont très élancés et forts, les femmes très belles, terre d'élection des brigands et pandours ; le Croate de la Lika, bien découplé, très endu rant, surtout bûcheron.

La maison croate, en bois dans la vallée de la Save, en briques, au toit très incliné, dans la plaine, accède à la rue par un vestibule couvert menant à, une grande chambre, où se tient la famille: derrière cette pièce, la cuisine avec une cheminée souvent ornementée che? les riches; sur la façade nord, point de fenêtres. Sur le littoral, ou sur les hauteurs où sévit la bora, la maison est en pierre, avec un avant-mur qui sert de pare-neige. (Ferdo llefele ibid., p. 18.)

s'isole et s'étiole. Le milieu géographique, dont les Croates ont fait leur habitat, tire sa signification de sa complexité même : les Alpes y expirent au seuil de la steppe qui s'épanouit dans l'Alfôld hongrois, et les eaux de l'Adriatique en caressent les bords ; c'est le point de raccord entre le tronc continental et l'appendice balkanique.

Le noyau du peuple croate est aggloméré dans la presqu'île entre Drave et Save, passage entre l'Orient et rOccident ; ce triangle, dont le sommet est Belgrade, est rempli de sédiments tertiaires et d'alluvions propres aux labours et aux prairies et, dans les fonds humides, abrite des massifs forestiers ; la surface en est découpée en casiers par des arêtes montagneuses, derniers tronçons des Alpes styriennes : ce sont les contreforts dolomitiques d'Ivanscica, les Monts Kalnik que les coteaux de Bilo relient au pâté de Pozsega; celui-ci domine la dépression, marécageuse par endroits, de la Slavonie et de la Syrmie, d'oiî émerge le modeste, mais pittoresque massif du Vrnit ou Fruska Gora, aux versants enguirlandés de pampres, aux cimes boisées, semé de couvents. Entre Save et Kulpa se projettent les éperons des Alpes carniques, les monts des Uskoks, au pied desquels se creuse le bassin de Karlstadt.

La Kulpa marque la limite de la Croatie balkanique ou illyrienne, prolongement du karst, haute terrasse calcaire de 700 mètres d'altitude, dont les rebords sont dessinés par les deux murailles du Velebit et de la Kapela, hérissées de sapins ; d'une croupe à l'autre des falaises transversales, comme autant de verrous, ferment des enclos : c'est un pays au climat rude, au sol aride et raviné ; la frange littorale, plus riante et tiède, adoucit la sévérité du tableau.

A vrai dire aucune frontière que la nature ait imposée ne sépare les Croates hongrois de leurs frères dalmates et bosniaques : c'est une politique prudente et timorée qui maintient l'incohésion. Toutefois les deux régions qui composent la Croatie n'ont pas toujours partagé les mêmes destinées. L'Etat croate s'ébaucha en Dalmatie, province

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