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L ÉGLISE DE ROME GAGNE LES CROATES

à peu près abandonnée par les Byzantins ; là les Slaves entrèrent en contact avec le monde roman du littoral. Il prit corps en Slavonie et Syrmie, contrée mitoyenne, ouverte dans toutes les directions, exposée aux invasions contraires; en dépit de cette situation périlleuse, la nationalité croate ne fut ni refoulée ni étouffée.

Le territoire ne fut pas, comme il y semblait voué, un champ clos entre Byzance et les puissances temporelles et spirituelles de l'Occident. Byzance fut devancée et dès la première heure déboutée.

Les Croates à peine fixés ^ étaient guettés par les missionnaires catholiques, dépêchés d'Aquilée et de Spalato. Rome eut donc l'entrée de jeu. Avec une naturelle prudence, à l'heure du grand schisme, elle ne travailla pas à latiniser ses ouailles, gagnées par Méthode et Cyrille à la liturgie et à la prédication slaves, mais pour peu de temps; le latin évinça de nouveau la langue populaire ou nationale, que légitima un moment dans l'Eglise le pape Innocent IV en 1248. Mais l'emprise romaine fut la plus forte et les Croates restèrent des fils obstinément fidèles de l'Eglise catholique et apostolique : c'est un légat du pape Grégoire VII qui posa la couronne sur la tête de leur roi Zvônimir (1076), lequel paya tribut pour cet octroi. La lutte contre le musulman a, comme chez les Espagnols, enraciné chez les Croates la foi, que la Réforme n'a pu entamer, tandis qu'elle induisait en perdition les Slovènes voisins. L'Eglise grecque schismalique a renoncé à la

1. L'on s"est deuiandé si le clan communautaire, la zadruga, est une institution originelle chez les Yougo-Slaves. 11 semble bien que ce statut familial remonte très haut, peut-être avant l'arrivée des Slaves dans les régions danubiennes et balkaniques. Mais que l'institution soit spéciliquement slave, cela est douteux. Nous renvoyons à l'étude aussi substantielle que critique de Arthur Mayer Die b'duerlicke llausliommunion {zadruga) in den Kônigreichen Kroatien und Slavonien (Uiss. inaug. Ueidelberg, -i'JIO, p. 1;58 suiv.. avec bibliographie copieuse). L'originalité de la zadruga avait été signalée par les autorités françaises lors de 1 occupation des provinces illyriennes (Ivan Strohal. Die Jlauskommunioneii [zadrugus) bei den Siidslaven Wissenschaitliche Miltcil. aus Bosnien und der llercegovina XII, 1912, •p. 407-89.)

La zadruga ne s'est guère maintenue dans la Croatie civile. Klle subsiste dans la zone des anciens Confins. On en compte aujourd hui — d'après les recensements de 18'.)0 et ISy.i — une soixantaine de mille avec 4;](i. 000 personnes. La plupart des communautés (85 p. li^O; ne dépassent pas 10 membres ; on en relève cependant U81 encore avec 21 à- 30.

propagande : c'est au wif siècle seulement, après Timmigration de nombreuses familles orthodoxes, qu'elle reçut un établissement en Syrmie, le patriarcat de Karlovci. Byzance ne fut pas plus heureuse dans ses visées politiques : les peuplades barbares qui rôdaient le long du Bas Danube barraient le chemin de la Croatie. Mais celle-ci était menacée d'autre part : les Francs d'abord, puis les Magyars qui subissaient l'attirance du midi, ne dissimulèrent pas leurs velléités de conquêtes. Pour préserver son indépendance menacée par Venise, plus gravement encore par les discordes civiles et l'anarchie que provoquaient la rivalité des bans ou zupans indigènes, le peuple croate n'eut d'autre recours que d'offrir le trône, après l'extinction de sa dynastie nationale, au roi de Hongrie, Koloman (1102). Fut-ce une annexion que ce pacte de Krizovci, ou bien une simple union personnelle ? La question est aujourd'hui encore passionnément discutée V Les Croates gardaient leur statut, leurs franchises : le roi régnait par l'intermédiaire du ban, son lieutenant, dont la résidence fut Zagreb (Agram) et qui fut appelé ban de Slavonie ; ce personnage, souvent le prince héritier de la Couronne de Saint-Etienne, bien qu'assisté d'une Diète, jouissait despré-

1. La nature des premiers rapports de la Croatie avec le royaume de Saint Etienne est encore sujette à polémique. Les Magyars soutiennent que la Croatie n"acCepta la suzeraineté que pour éviter une occupation armée. V. Pesty, Die Entstehung Croaliens (L'ng. Revue, II, 1882, p. 1-37, 1:^8-86.) Fr. Racki a repris le débat (Ivroatischo Revue, publiée par Ivan von Bojnicic, 1" fasc. Agram, 1882, p. 6a-101). Ilunl'alvy est venu à la rescousse, [bie staatiiche Selbst'dndigkeit Croaliens Ung. Revue, 1885, IV, p. 153). Pesty [Aspirationen der Croaten Ung. Revue, V, 1886, p. 55); Pliveric. proi'esseur à l'Université d'Agram, Das rechtliche Verlidltniss Croaliens zu Ungarn. Agram, 1885.

l'our donner une idée de laniinosité que suscite cette question historique, l'esty va jusqu'à réclamer la réincorporation pure et simple à la Hongrie descomitats de Syrmie, Verôcze, Pozsega, qui constituent la Slavonie ; deFiume et d'une bande du littoral, et ne veut pour la Croatie qu'une autonomie provinciale, à l'égal des autres comitats : la Diète croate lui paraît inutile, vu l'unité de la législation pour le royaume de Saint Etienne (Ung. Revue II, p. 183).

Voir l'exposé sur « la nature juridique » du traité par M. Horn Le Compromis de 1868 entre la Hongrie et la Croatie (Thèse Fac. Droit Paris, l'JOT, chap. IV,) avec bibliographie.) L'auteur conclut pour la simple union personnelle.

On trouvera un substantiel résumé de l'histoire de la Croatie dans l'ouvrage de R. W. Seton-Watson (Scotus Viator) Die siidslacische Fraye im Hahshiirger lieiche (Edition allemande de Berlin 1913).

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