LES PARTIS CROATES
croates. En une nuit ces emblèmes furent arrachés, insultés, avec de tels désordres qu'il fallut décréter une sorte d'état de siège. Mais finalement les autorités reculèrent, et les écussons qui avaient blessé la fierté patriotique des Croales disparurent. Tous les Slaves de la monarchie acclamèrent les héroïques frères Croates.
On compta les mater par un gouvernement à poigne ; le comte Khuen-Hedei'vary, un slavonien, se fit le ministre des rancunes et des peurs magyares. La manière forte réussit à merveille : la Diète fut peuplée de créatures soumises.
Sous cette compression de vingt années (1883 1903), si le peuple croate s'est raidi dans sa haine du Magyar et parfois cabré, ses politiciens ont donné le spectacle de leurs flottements, de leurs voltes, de leurs abdications'. Les plus conséquents avec eux-mêmes ont été les magyarons, à qui leur obédience procurait fonctions, aubaines et faveurs gouvernementales; ils s'intitulaient parti national ou unioniste. Un autre groupe hésitait à brusquer une rupture avec la Hongrie : en octobre 1905, des Croates de Croatie, Dalmatie, Istrie, se réunirent en un congrès à Fiume, pour otfrir à la Hongrie une collaboration loyale et naïve au prix d'un remaniement libéral du pacte constitutionnel et d'une moins illusoire autonomie"^; la /?e.sohition de Fiume valut à ses adhérents l'appellation de résolutionnistes. Les intransigeants invoquaient le droit pur, le droit histoi-ique de la Grande Croatie, sans contamination d'autres éléments slaves, surtout serbes : ce pan- ^ croalisme s'oppose au vieil illyrisme ou à la conception plus large et plus éclectique de l'unité yougoslave. Celle-ci défraie le programme du parti populaire des paysans.
1. Sur l'État intérieur de la Croatie, de 190o à 1906, on consultera les reportages du M. Honé Henry dans son volume Des Monts de Bohême au golfe Pevsique (l'aris. Pion, 2" partie). Ces notes au jour le jour laissent deviner la suite des faits dans leur déconcertante mobilité, Cf. G. de Montbel, 3» partie.