Louis Loger, Serbes, Croates et Bulgares, p. do
2.11 est vrai que les Serbes, par haine des Croates, lorini-rent Ir ^ros du parti inagyaron. En 18'Jd, lors du voyage do l'Eniperour-Roi à Zagreb, les deux factions en vinrent aux mains, aux cris do : Vive le roi de Croatie et vive le tsar des Serbes! (Loiseau. Revue des Deux Mondes, l»'- septembre 18'JC, p. 881.)
Aux yeux des Magyars, Starcevic comme M^"" Strossmayer^ étaient les instruments de la Russie. Ce dernier, par une démarche hasardeuse, a prêté le flanc au soupçon. En 1888, lors du millénaire de saint Wladimir à Kiew, il envoya une dépêche de sympathie, plaçant la communion de race au-dessus de celle de confession. Il fut apostrophé par l'Empereur-Roi en personne, pour avoir trahi sa foi et son Etat. Sans doute le sentiment intime et vrai des Yougoslaves s'exprime dans ce mot que prononça un jour l'évêque : « Plutôt Russes que Magyars ' ».
En dépit de la scission des partis, l'idée nationale manifestait sa vitalité : le sabor de 1871 déclarait la nullité de la naqoda, des émeutes militaires éclataient dans les Confins. Et les Hongrois, redoutant que l'Autriche n'exploitât contre eux les colères croates et slaves, se résignèrent à des concessions, c'est-à-dire à une modification du pacte dualiste, avec quelques satisfactions constitutionnelles secondaires, et une répartition douteuse des quotesparts budgétaires. Les Magyarons, en grosse majorité à la Diète, s'en contentèrent\ D'ailleursune ère de conciliation s'ouvrit. Le ban Mazuranic, un Croate, investi en 1873, tout imprégné d'idées occidentales — au point qu'il laïcisa des écoles — fonda l'Université de Zagreb '\ créa une/*' haute cour devant laquelle le ban et les ministres pourraient être traduits.
La popularité de Mazuranic, le renforcement du slavisme par l'occupation de la Bosnie-Herzégovine, alarmèrent^les Hongrois. Et, avec le successeur de Mazuranic, qui s'était démis en 1880, la magyarisation reprit son cours interrompu. Mais si les magyarons livraient le gouvernement, les masses populaires ne s'abandonnaient pas. En 1883, l'administration des finances de Zagreb s'avisa de rehausser d'inscriptions magyares les écussons de ses édifices, où ne figuraient jusqu'alors que des inscriptions
l.Dans une conversation avec M. de Laveleye (La péninsule des Balkans, (\, p. 8'J). \ . aussi Jehan de Witte, .4 travers l Autriche-Hongrie (correspondant, 10 et io mars 189tt).