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LE PROCÈS D AGRAM

que la Bosnie-Herzégovine au royaume de Serbie. Les ouailles de l'Eglise grecque orientale étaient travaillées, surexcitées par des journaux, brochures, images, qui glorifiaient la patrie serbe et le roi Pierre P'Karageorgevitch ; les Croates catholiques étaient terrorisés par les conspirateurs. Une cinquantaine de ces derniers furent traduits devant le tribunal d'Agram et la pendaison fut requise contre eux.

Ce n'étaient que des comparses. Le véritable accusé fut le Royaume de Serbie, ou le panserbisme^ dont des agents provocateurs et des publicistes trop informés dénoncèrent les maléfices, attestations décisives à l'appui de la politique anti-serbe qui devenait la devise de la diplomatie austro-hongroise.

Cette scandaleuse action judiciaire préluda dignement à la suspension de la vie civique en Croatie : les libertés constitutionnelles furent remplacées par « l'état d'exception »; un simple commissaire régit le royaume dont la Diète fut dissoute".

C'est seulement au début de 1914 que les relations normales ont été rétablies. Les victoires serbes, qui ont exalté les aspirations yougo-slaves, ont humanisé les Magyars ; il importe de rompre l'union des Serbes et des Croates, en promettant à ces derniers de légitimes satisfactions : un règlement linguistique pour le réseau ferré ; une interprétation plus conciliante du pacte de 1868.

Heureusement que dans cette crise l'idée nationale, loin de s'atrophier, s'élabore et se tonifie. Tout d'abord les Croates ont chez eux le nombre : sur les 2.600.000 habitants du royaume, ils sont 1.638.000; à ce chiffre il convient d'opposer ou d'ajouter 643.000 Serbes. S'il est vrai — d'une vérité tout officielle — que le Magyar ait depuis dix ans gagné du terrain, se soit multiplié de 16 à 17 p. 100 grâce à l'immigration de prolétaires, tandis que l'accroissement des indigènes est plus que médiocre (10 p. 100 pour les Croates, 5 à 6 pour les Serbes), l'équilibre est loin d'être compromis; et l'immigration de congénères slaves,

1. Le foyer du mouvement était le club .sud-slave (SlovonsUi jug) de Belgrade. (Seton Watson, p. 193, 235 et suiv.)

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