LES TSIGANES
fabriquaient des armes, art précieux en un temps où tous guerroyaient; si bien que les rois de Hongiie, Sigismond, Matliias Corvin, leur accordèrent le privilège de la libre circulation, et les prolégèrenl à une époque où, dans les autres pays d'Europe, ils étaient repoussés avec horreur. Ils ne payèrent pas de retour cette bienveillance, désolant les populations par leurs vols, se gardant de tout contact, indilTérents aux maux publics ^ Le gouvernement songea, lorsqu'il entreprit le peuplement de la Hongrie, à fixer les Tsiganes sur le sol qu'ils sillonnaient en nomades. Maiie- Thérèse, en 1761, voulut les convertir en cnllivaleurs, prescrivit qu'ils s'appelleraient Nouveaux Colons ou Nouveaux Magyars; que leurs enfants leur seraient enlevés pour être éduqués dans des familles chrétiennes; qu'ils ne pourraient s'épouser entre eux. Joseph 11 prohiba l'emploi de leur langue, les assujettit aux juridictions ordinaires et, en quelque sorte, au travail forcé; cet essai de civilisation échoua : les enfants, arrachés à leurs parents, s'enfuirent; les adultes se montrèrent incapables de toute besogne régulière. Toutefois, une statistique officielle de 1780 à 1783- enregistre en Hongrie 30 à 40.000 Tsiganes, la plupart ouvriers en métaux; très peu sont voués à la vie agi'icole ; très peu d'enfants fréquentent l'école, bien que, en 1780, 4.604 garçons, 3.784 filles aient été soustraits à leur famille naturelle. *
Au cours de ce siècle, les Tsiganes, grâce à une police sévère, se sont plies à un régime pour lequel ils ne paraissaient point créés. Une enquête approfondie, entreprise en 1893, — opération beaucoup plus large que le recensement périodique — jette un jour nouveau sur la condition de ce peuple ^
Le symptôme le plus éclatant de cette transmutation
1. On mentionne un unique épisode où des Tsigane.s défendirent un chàteaufort contre les Impériaux. Le récit de cet exploit, encore conservé, fait hurler d'attendrissement les Tsiganes qui l'entendent (ochwicker, p. 53.)