CHAPITRE XVI BOSNIE-HERZÉGOVINE
L'annexion de la Bosnie et de l'Herzégovine à l'Autriche- Hongrie est la conclusion, non point d'un procès historique, non point de revendications archivales de la Couronne de Saint Etienne — l'argument n'a de valeur que dans les manuels scolaires de la monarchie — mais de cette fatale poussée vers l'Orient, qui ne date pas, quoiqu'on pense, de Sadowa. Du jouroii l'Autriche a été menacée dans ses œuvres vives par le péril turc, elle a obéi à l'instinct de conservation, en se donnant du champ vers la péninsule balkanique, en se créant des zones de couverture, des confins militaires, pour contenir et refouler l'ennemi. Cette nécessité stratégique a pris le caractère d'une croisade, parce qu'elle s'est compliquée d'une mission libératrice à l'égard des populations chrétiennes.
La politique autrichienne a été servie par les circonstances : Ton rappelle sans remonter plus haut qu'en 1875 la raïa grec-orthodoxe se rebella contre l'administration turque, et réclama pour les chrétiens des concessions agraires, la liberté religieuse, une autonomie avec égalité pour toutes les confessions. Celte insurrection fut le prélude de la guerre d'Orient (1876-7) que la Russie avait méditée : il semble bien que pour prix de leur concours la Serbie et le Monténégro espéraient, l'une la Bosnie, l'autre l'Herzégovine'. Elles se trouvèrent frustrées par
1. Sur les agissements du Monténégro et l'attitude des divers groupes de la population à la veille de loccupation, lire les intéressants souvenirs de Joseph Koetschet. Aus Bosniens letztev Tur/,enzeit, verolïentlicht durch G. Grass (z,ur Kunde der Balkaiilialbinsel, liorausgegeben von Cari Patsch, Heft 2. Vienne, Leipzig, Hartleben, 1905).