‹ Les races et les nationalités en Autriche-HongrieChapitre 369 sur 375 · GROUPES CONFESSIONNELS · texte numérisé non relu

GROUPES CONFESSIONNELS

Aucun des groupes ne possède la majorité. Leur part sur la population totale offre les variations suivantes :

Orthodoxes II 1 1

Catholiques

Musulmans 1

Serbes orthodoxes. .

Catholiques romains .

Musulmans

Le régime Austro-Hongrois.

Cette discrimination confessionnelle prend une singulière signification politique : car elle régit le système électoral. Dans les trois curies ou castes du zemaljski sabor (assemblée du pays), grands propriétaires et « intelligence', » représentants des villes et des campagnes, les mandats sont répartis par confessions : les orthodoxes détiennent 31 mandats, les catholiques 16, les musulmans 24, les juifs i ". A ces représentants du peuple déjà soigneusement triés s'ajoutent les 20 virilistes dont 16 dignitaires ecclésiastiques ; c'est presque un concile de théologiens, où figurent le reis ulema, des mufli, des métropolites, des évoques catholiques, des provinciaux franciscains, le rabbin séphardi. « C'est une œuvre très compliquée que la constitution bosniaque » écrit un commentateur autorise.'. Complication voulue, pour cul-

1. Dans 1' n intclliyonce » ne ligurent ,quùre que les fonctionnaires.

i. Au point de vue municipal, la majorité appartient au\ musulmans dans iC communes urhaines ; dans b aux catlioliiiues, dans une seule auv orthodoxes.

3. G. Steinbacli, Uie bosniscke Verfassiiiuj (Jalub. des oll'entlichen Rochts, IV, 1910, p. 4'Jd).

tiver les divisions sociales et les animosités religieuses de longue date enracinées.

Au lendemain de l'occupation, dès la seconde moitié du xv'' siècle, les Turcs s'etTorcèrent de couper la Bosnie et l'Herzégovine du monde, occidental, et de créer, avec un sens géographique et politique assez rare dans leur histoire, une marche musulmane, possédée, par conséquent défendue, non par des janissaires étrangers, mais par les indigènes que leurs intérêts temporels et spirituels attachaient au régime nouveau. Ces indigènes, Slaves, ils ne tentèrent pas de les dénationaliser en évinçant la langue du pays, en altérant les institutions sociales. La transformation fut surtout religieuse. Elle laissa indemnes les couches inférieures de la population; elle ne loucha guère que l'élite ; l'islam ici dut déroger à sa doctrine d'égalité, de fraternité des croyants : le prix de l'adhésion de l'aristocratie fut le maintien des kmètes ou serfs dans le christianisme ; c'était la garantie contre l'émancipation.

La Porte donna l'investiture des fiefs aux nobles ou propriétaires bosniaques, aux « capitans », à charge pour eux d'entretenir les gens d'armes sur les confins, moyennant quoi le seigneur foncier gouvernait son domaine à son gré. Les begs ou les pachas, les fonctionnaires turcs résidaient dans les villes. Cette organisation fortifia dans l'aristocratie terrienne un esprit d indépendance, dont la Porte eut à pàtir ; elle conserva aussi dans les classes rurales la tradition chrétienne et la haine contre l'infidèle, haine d'autant plus vivace qu'elle se tournait immédiatement contre le maître renégat d'hier et d'autant plus fanatique dans sa nouvelle foi.

L'islam se manifesta dans le décor ; la contrée se hérissa de minarets. Dès 15^9, s'éleva à Sarajevo lamosquéedu Beg. Ce fut uneéclosion, à l'ombre des mosquées, d'écoles élémentaires coraniques [intkteb], de séminaires [medressé) elles constructions laïques furent les bazars, les caravansérails, les bains, tout le cadre de la vie orientale, jusqu'aux ponts de style turc, encore reconnaissables aujourd'hui'.

1. Robert Michel, Fahrten in den Reichslanden (Vienne et Leipzig. Deutsch-oesterr. Verlag, 1912, chap. I'"').

LA POLITIQUE TURt^iUE 475

Le type de la maison urbaine se modifia par la division en deux compartiments dont l'un, le haremlik, affecté aux femmes. Les campagnes gardèrent leur physionomie primitive, que d'humbles mosquées ne suffirent pasàaltérer.

Les Turcs en effet ne persécutèrent pas les communautés chrétiennes : loin de contrarier d'abord, la mission des Franciscains, auxquels le Saint-Siège déléguait la Visitation et la direction des catholiques, ils la dotèrent de privilèges, au point d'exciter la jalousie des orthodoxes; les deux confessions s'exécraient bien plus l'unel'autre qu'elles n'exécraient l'Infidèle.

La débonnaireté ou Tindifférence des Turcs faillit leur être fatale. Lorsque, sous les adjurations de Sixte-Quint et de Clément VII, la chrétienté s'arma pour la croisade, les Bosniaques furent secoués d'un frisson de révolte, non seulement le peuple, mais les grands mêmes, et jusqu'aux musulmans, qui convoitaient les dépouilles des Turcs ; ils sollicitèrent la domination de la- Maison d'Autriche^ — vœu qui ne devait être exaucé qu'au bout de trois siècles.

La Maison d'Autriche combattit pour la croix, pendant une quinzaine d'années (1591-1606) avec mollesse ; la Réforme lui causait plus de souci que l'islam ; elle abandonna la Bosnie par la paix de Zsitvalorok.

L'ère de réaction musulmane qui s'ensuivit ne consolida pas le régime turc; elle autorisa tous les excès des begs, des agas, des janissaires locaux, impatients de l'administration régulière et centralisatrice que les vali prétendaient établir. Ce qui maintint dans le devoir ces tui'bulents vassaux, ce fut la vigoureuse offensive des Autrichiens qui les mena par deux l'ois en dix ans à Sarajevo (1.688-1679). Les Bosniaques luttèrent pour leurs biens et leur foi avec une énergie à laquelle leurs adversaires rendirent hommage-. Ils sauvèrent TEinpire ottoman.

Ce n'est point leur loyalisme turc (jui les leva pour la guerre sainte : c'e^l le ferme pi'0[)Os de conserver leur bienheureuse anarchie féodale. Partout dans l'Empiie

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