II. — Les Slovènes
La colonisation Slovène.
L'histoire des Slovènes est en quelque sorte la contrepartie de celle des Allemands dans les Alpes orientales ^ Au milieu du vi*^ siècle, quand les Lombards eurent évacué la Pannonie et le Norique pour descendre en Italie, le vide fut rempli par une peuplade slave que chassaient devant eux les Avai's. Ces Slovènes ou Wendes poussèfent assez loin vers l'ouest, jusqu'aux souices de la Drave, jusqu'à rinn, la Steier, la Krems, l'Eidav, la ïraisen. La toponymie, à défaut d'autres documents, révèle encore leur marche : d'abord les localités qui portent l'accolade de windisc/i (Wiiidisch Malrei opposé à Dairisch ÎMatrei (Tirol), Windischgarsten opposé à Steiersgarsten (Haute- Autriche); les lieux tei-minés en itz, itsch (Feistriz, Lupitsch, etc) ; ces noms semblent souvent avoir oblitéré des appellations romanes ou celtes. On a cru que les Slaves évitaient les vallées larges aux horizons dégagés, et se cantonnaient sur les versants, les terrasses, les cônes de déjection : la toponymie donne tort à cette allégation-. C'est à la
Les théories iiU'cquellcs nous faisons allusion énianenL d'un ouvrage du Dr Anton iS(;liubert, Dus Deutschtunt iin Wirtsckaflshaushalte Oesterreichs 3 tomes (Ueichenborg\, 1005-07). >
1. Suiuan, die Slooenen (Die Vôlker, X). Allons Dopsch, Die altère Social-und Wivlschafïsvevfassung der Alpenslaven iWeiniar Bôlilau, 1909). Lubor Niederle, La race slave. Statisdque. Démographie. Anthropologie (Trad. Louis Léger, Paris, Aican l'Jl, chap. vi).
2. Kroncs, Die deutsche Besiedlung der ôstlichen Alpenldnder (Forsch. zur deut.sclien Landes-und Volliskunde, 111, p. 332). La toponymie prëslave celtique se découvre encore; le nom de Garantanic, d'après Mikiosich et Krones, est celte : sont romans les noms des localités à i-acine ou accolade vlach. wiUsch, localités nombreuses surtout dans le i'ustcrtal, où les chartes montrent ijue les servi et ancillœ portent encore des noms latins, tandis que les hommes libres ont des noms allemands. Vellach, dans le .Mnllthal; en ntyrie, Walc/ien, Walchesbach, W'alhesdorf, IVa/s^/or/' (Krones, note jO).
Slavisation de noms celto-romans par les Slovènes : Colapus — Kulpa; Arrabo — liaba: Anasus — Eiize; Lisara — Lieser.
Le Slovène a dénommé surtout le réseau des petites rivières ou torrents, les hauteurs, vallons, plaines : Feislritz — bystru rapide; liôrilz — gora, montagne ; Gains — kamcn, pierre (Kamieniec. Kamencat : Krems — kremen, caillou; Moder, Môdring, Modriach — modru, sale; des sommets : Grôs
longue qu'ils grimpèrent dans les couloirs de la montagne : le Semmering porte un nom slave. En bas, dans les bassins plats de i'Enns, de la Mur, de la Drave, ils pratiquèrent l'agriculture, l'élevage du gros bétail et du porc, mais en sédentaires et non en nomades'. Dans leur cheminement vers l'ouest, ils se heurtèrent aux Brtvarois qui s'avançaient en sens contraire : les champs de Toblacli furent témoins de bien des mêlées. Les Slovènes formèrent l'aile méridionale de Tempire slave de Samo; et, si cette création se fût atTermie, l'intrusion germanique eût été sans doute enrayée; même après la chute de Samo (662) les tribus de la Caranlanie (région qui embrassait une partie de laStyrie, de la Garinthie et la Carniole) s'organisèrent en communautés villageoises". Ce n'est pas des Bavarois, c'est de leurs anciens maîtres, les Avars, que vint le danger. Pour s'en délivrer, les Slovènes firent appel à leurs voisins de l'ouest (748). Ceux-ci firent payer cher leur appui. Le pays wende leur parut le champ d'une conquête à la fois temporelle et spirituelle ; dès 769, le duc bavarois Thassilo fonde le couvent d'Innichen, quartier général de missions plus ou moins pacifiques' : en môme temps que les moines, opèrent les soldats; en 772 les mécréants slaves sont défaits. Dès lors, le christianisme gagne du terrain, et plus encore quand, après la suppression du duché bavarois, en 778, la Carantanie est incorporée à l'empire de Charlemagne et administrée par des
senberg, Grôssing, Grôssniztberg — Jo gruscl, failloutis, grève; Semering — de smreka, sapin ou pin.
Th. von GricntiLTger {toc. cit., p. 520-34). revendique pour l'allemand la plupart des vocables — surtout les noms de cours deau — qu'on aurait trop complaisamment slavisés. La diffusion des Slovènes se trouverait donc restreinte.
Krebs, (p. 62), donne la liste des localités slaves.
Hackel (p. 35) admet que la toponymie slave du Mùhlviertcl émane de Slaves méridionaux, apparentés aux Slovènes. Sur sa carte figurent sous un signe spécial les localités slaves. Voir Otto Kammel. Die slawischen Ortsnamen im nordOstlichen Teiie yiederôslerreichs. Archiv. fiir slawische Philologie VII, ISSH, p. 255 suiv.
1. \ oir la controverse de Dopsch contre Peisker et Levée, § 4-6. La démonstration de Dopsch semble convaincante.
2. Sur les Zupans. simples chefs et juges de villages, voir Dopsch, § S*» .
3. Dopsch (p. 57 suiv.) prétend que les propriétaires slaves ne furent pas expropriés ; les Allemands n'auraient pris que les terres vacantes.