HABITAT DES SLOVÈNES
c'est dans ce coin que s'amorce la frontière politique entre Autriche et Hongrie, De là les Slovènes s'étendent vers rOuest, campés sur les contreforts, les Windische Blihel dont le nom est significatif, sur le Posruck et sur les « Alpes » qui barrent au Nord la bande basse de la Drave. Le faîte de partage entre cette rivière et la Mur semble respecté par les deux groupes allemand et slovène comme limite de leur domaine, de sorte que la zone mixte s'amincit singulièrement, sauf le pédoncule qui relie Marbourg au bloc germanique. Plus à l'ouest, la transition est non moins brusque ; des piliers \kogeln)^ le revers méridional des Tauern, le haut socle du Dobrac, les crêtes d'entre Gail et Drave ont arrêté l'expansion slovène ; mais par les échancrures, tantôt les Slaves, tantôt les Allemands se sont insinués; par celle de la Glan, les Allemands ont gagné Klagenfurt; par le fossé du lac d'Ossiach, par Villach, et au-delà du Gail, leurs colonies ont maîtrisé les avenues de l'Adriatique, ïarvis et Pontafel, Les Slovènes ont poussé au Nord de la Drave, qu'ils ne franchissent guère que vers Yôlkermarkt, et du Gail, dont ils enserrent encore le cours, au-dessous de Saint-Hermagor '. Leur aire propre, c'est le terroir large de 200 kilomètres environ oîi le calcaire s'épanouit, avec ses vallées inachevées où les eaux se terrent et reparaissent alternativement, oii se creusent des grottes; sol inquiet que les tremblements de terre bouleversent; sol criblé de trous en forme d'entonnoir, les doiines; à peine protégé encore par quelques forêts. Les Slovènes se cantonnent surtout sur les ressauts et le plateau de calcaire triasique limité par deux dépressions, l'une à l'ouest, dessinée par l'Unz, le lac de Zirknitz et la percée de la Kulpa; l'autre à l'est, par la ligne de la Gurck (orientée NW-SE.) et au delà des Monts des Uskoks, par la ligne de la Kulpa, tracée dans le même sens parallèle au
1. Bidormann, p. 376. Klun, Die Slovenen. {Xxisïànd, 1872, p. 257, 28i.) Les frontières linguistiques sont tracées sur les cartes suivantes, de conception pangeruianiste, mais en somme exactes (d'après le recensement de 1900). l'. Samassa, Deutsche uiid Windische in Suduslerreich (IJeutsche Erde, II, rJO:i, carte 4 à 1/1.2j0.u00; M. Wulte, ^prachenluirle von Kdrnten à 1/200.000 (U. Erde V, 1906, carte o), R. Tlaundlcr, Hprachenkarte von Steiermark (même échelle, ibid., VI, l'JtJT, carte 3). M. Wutte, Sprachenkarle von Kiain (même échelle, ibid., VllI, 1909, cau^te 1).
84 LAUTRICHE ALPESTRE. LES SLOVENES
plissement; le centre de ce plateau est défoncé par une série de cuvettes encastrées on polje, comme celles de Reifnitz ou de Gottschee. Entre ces creux, les arêtes calcaires se dressent à 1.100 mètres, en surplombant de 600 mètres environ au-dessus des bas-fonds. Les Slovènes ne débordent guère le palier calcaire du trias; ils s'avancent pourtant au sud-ouest sur la terrasse calcaire crétacée, gradin qui descend sur le champ d'effondrement adriatique; c'est déjà le pays de Goriz et le littoral où joue l'influence de la mer.
Dans les limites ainsi circonscrites combien vivent de Slovènes ?
Un recensement ethnographique a été tenté par Czœrnig dans sa Vôlkertafel : les 1.172.000 Slovènes (y compris ceux de Tricste, d'Istrie, de Hongrie et du Frioul depuis perdus) sont partagés par lui en Wendes de Basse-Styrie et en Slovènes propres. Les premiers se divisent en un certain nombre de groupes distingués plutôt d'après leur situation géographique que d'après leur dialecte : Gorcani, Savnicari, Krainci, 8 en tout. En Carniole, Czœrnig sépare les Gorenci (montagnards) de laHaute-Carniole, les Dolenci de la Basse, et les Garniolais proprement dits du Centre ^
Les Slovènes des trois provinces alpestres, — Styrie, Carinthie, Carniole, — forment un agrégat de 983.000 individus. Avec les congénères du Littoral au nombre de 266.000, la Slovénie compte un peu plus de 1 .2.o0.000 âmes. Elle semble, des provinces ethniques, la moins vivace, puisqu'elle n'a gagné, en vingt ans (1891-1910), que 76.000 unités, alors que toutes les autres nationalités cisleithanes se sont développées plus intensément. Pendant les deux dernières décades, le taux de l'accroissement a été fort inégal : 1,37 p. 100 de 1891 à 1900 ; 5,04 entre les deux derniers recensements, indice de meilleur augure, mais dont les Slovènes alpestres ne sauraient se prévaloir. Les Styriens, dans la dernière décade, n'ont gagné qu'un effectif dérisoire de 153, exactement de 409.531 à 409684; en Carinthie, le Slovène accuse un déchet