‹ Les races et les nationalités en Autriche-HongrieChapitre 81 sur 375 · MÉLANGES ETHNIQUES · texte numérisé non relu

MÉLANGES ETHNIQUES

de 8.283 confesseurs de cet idiome; en Carniole, terre d'éleclion, c'est à 13.67G que le renfort se chilïre sur un bloc de 490.000 individus. La zone adriatique est plus hospitalière — nous le verrons — à cette nationalité.

Tous ces Slovènes sont-ils de bon aloi ?

La statistique masque aisément quelques anomalies qu'il faut relever, ne fi^it-ce que pour la mettre en défaut et pour révéler toute la complexité des conditions ethnographiques. Ainsi en Styrie, dans la vallée de la Drave ' (Draufeld), dans les arrondissements judiciaires de Friedau et Rohitsch, les noms de famille serbes et croates sont fréquents : ces derniers sont soit des vieux Croates, soit des Croates slovénisés ; les immigrations datent du xvi" siècle.

En Carniole vivent des Uskoks, au pied de la petite chaîne montagneuse de ce nom, aux confins du pays croate. Ces Uskoks sont originairement des Serbes, mais qui ayant renoncé à la foi grecque orthodoxe pour le culte catholique grec, voire même romain, ont pris la langue et les mœurs des Croates. Ceux qui sont restés fidèles à leur communion et dont quelques-uns habitent en Carniole (le gros étant demeuré dans le district de Stichelburg en Croatie) représentent l'élément serbe authentique: on les trouve dans les environs de Mottling, Tchernembl (oii Le Monnier marque une colonie allemande) ; dans le village de Bojanci (teinté sur la carte de Le Monnier au sud-est de Gottschee) s'est maintenue une petite communauté de catholiques grecs qui ne sont pas de race slovène. Ce sont des groupes insignifiants par le nombre (dans le gerichtsbezirk de Tchernembl, 227 Grecs orientaux, dans celui de IMottling voisin 379 Grecs unis); mais ce ne sont point des faits insignifiants au regard de l'ethnographie, car ils expliquent un phénomène curieux: cette transformation ou transsubstantiation ethnique qui s'opère avec le changement de religion, pbénomène usuel dans l'Orient où la confession religieuse se confond avec la nationalité.

La statistique officielle, qui s'en tient au signe tout exlé-

\. i5iilrriiiaiiii (l'oi.scli. Dculsilion I.aiido.'^-uiul Volk.sk. II. p. 371-U).

86 l'aUTRICHE ALPESTBE. — LES SLOVÈNES

rieur de la langue, commet une erreur ethnographique, quand elle enregistre comme Slovène la population sudorientale de la Carniole qui louche aux confins croates. Déjà les Slovènes ont senti et dénoncé la différence généalogique, en désignant sous le nom de Garniolais blancs les riverains de la Kulpa, de Moitling à Osiunic. Ces Beli Krajnci sont des Croates purs : dans le district de Tchermembl seul, on les évaluait à28.000 (1880). ^ Leur costume et leurs moeurs les rapprochent de leurs congénères de la. Croatie. Le dénombrement ignore, comme les intéressés eux-mêmes sans doute, ces particularités pour lesquelles il semble que la prescription soit acquise.

Il eût été possible d'encadrer les Slovènes dans une province politique ou historique. Mais celte conception eût favorisé le fédéralisme et mis en échec la suprématie allemande. Aussi les Slovènes sont répartis entre trois kron- Idnder .'Styrle, Garinthie, Carniole, sans parler de ceux du Littoral (de l'Istrie, de Goriz etTriestei et de la Hongrie. 11 faut que l'ethnographie s'adapte ici à ces circonscriptions administratives, parce que la lutte des nationalités s'y enferme elle-même ; c'est dans les limites d'un kronlandque se dispute l'hégémonie ou que se mesurent les droits historiques des groupes de population.

La Slyrie est partagée inégalement entre Allemands et Slovènes. Les premiers gardent la prépondérance, 983.000 contre 410.000 Slovènes ■.

Ici les chiffres ofliciels sont des plus encourageants pour l'allemand: de 1891 à 1900 l'élément germanique a progressé de 6,42 p. 100, le Slovène de 2.26 ; de 1901 à 1910, la ditTérence s'accentue, 8,97 contre 0,04. Mais constatalion consolante : les Slovènes passent pour être plus proli-

1. La population en 1910 est de 24,000 individu.s, dont 23.000 confessent le Slovène ; quant au.v Croates, on en dénombre 41.

2. Zemmrich, {Deutsche und Slovenen. Globus, 1895, vol. 69 avec carte, p. 8-11.) àupan, (l'eterm. Mitth. 1896, Litteraturbericht, n" 128), estime que Zemmrich a exagéré le nombre des Allemands en Carniole, où la slovénisalion a lait de grands progrès: les blovènes anciennement germanisés reviennent à leur nationalité originelle.

R. l'iaundler, Die natiunalen VerhâLtnisse in Steiermark am Ausgang desVJ.Jahvhuntlerts (otat. Monatsschr. 1906, p. 401 suiv.),i')e deutsch-slovenische Spraohgrenze in Steiermark (D. Erde VI, 1909, p. 42-8).

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