ROMANS ET TUDESQUES A TRENTE
évêques de Trente, en lutte avec la Commune, appelèrent des gens d'armes allemands; aussi les citadins, par haine des Tudesques, maintinrent leur idiome et leurs coutumes avec d'autant plus de fermeté. Les Tudesques, renforcés cependant, réclamèrent des droits, et en 1491, la conslitulioil nouvelle leur accorda l'accès aux fonctions municipales, en proportion avec leur nombre : sur les huit citoyens chargés de contrôler les conseils, deux devaient être Allemands. Ces concessions furent arrachées au patriciat par l'évêque Ulric III et abrogées vingt-cinq ans plus tard'. En 1493, sous l'impression de cette victoire des Tudesques un moine dominicain écrivait : Sunt quasi duœ civitates, inferior et super ior, propier duas diversas gentes. In supe- 7'iore enim habitant Italici, sed in inferiore sunt Alanianni. Et ibi est divisio linguseetmorum... Non sunt multi anni elapsi qiiod Theutonici in illa civitate erani hospiies et paiici;nunc vero sunt cives et urbisrectores. L'es Allemands sont la classe dirigeante, mais la moins nombreuse. Montaigne, dans son Journal de voyage en 1580, signale Trente comme une ville « mi-paitie en ces deux langues et y a un quartier de ville et église qu'on nomme allemands et un prêcheur de leur langue ». En 1623, un voyageur, Andréas Schott, écrit : Utitur civitas hœc idioniate gernianico et italiano, utpote ex his nationibus conflata, quamquam longe sit major numerus Italoruni.
Reste l'argument anthropologique. Tappeiner prononce que dans le Tirol allemand l'élément rhétoroman prévaut sur le germain, tandis que le contraire se constate dans le Tirol italien: ici, en etîet, plus de dolichocéphales — caractère teuton — là plus de brachycéphales — indice rhétoroman. — Cette conclusion a été prise à partie par les savants italiens. Galanti, Cipolla, Moschen et d'autres démontrent que les Rhétiens ont été une mixture de Ligures et Celtes brachycéphales, d'Italiotes, Etrusques, Ombriens, Eugaméens, dolichocéphales ou mésocépliales ; les premiers établis dans le Tirol aujourd'hui allemand, les autres dans le Ticntin actuel, ce qui explique la différence de pro-
d. H. von N'uUflini. Die àlleslen Slaliden von TrieiU (.\i'chiv. lur ôstorr. Gosch., XXll, lOOfî, p. 83-269).
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portion signalée par Tappeiner'. L'archéologie préhistorique, l'étude des dialectes confirment-elles cette distinction toute cràniologique, très partielle et partiale ? Elles sont aussi obscures que l'anthropologie même. En tous cas, l'illustre professeur Mantegazza s'est fort spirituellement emparé de l'assertion de l'anthropologue allemand. « S'il est vrai, comme vous dites, que parmi les Tiroliens allemands l'élément rhétoroman est relativement beaucoup plus fort que le germain, au nom de l'ethnographie nous passerons les Alpes et revendiquerons ce rameau de notre race. Mais nous ne voulons pas plaisanter sur une question si sérieuse, ni employer la science à des fins politiques ». Les Italiens ont fondé l'anthropologie criminelle, les Allemands l'anthropologie politique — qui peut devenir criminelle.
Voici les constatations des Italiens'. Des mensurations prises par Toldt, et des confrontations de Moschen, il ressort que le Trentin est plus petit que le Tirolien d'origine tudcsque, plus grand toutefois que le Lombard, le Piémontais ; c'est pour la stature un échantillon de transition. Les plus hautes tailles se rencontrent vers l'Est (Folgaria, Pergine), sur les confins vénètes, rejoignant les congénères du Vicentin et de Bellune ; vers l'Ouest, les gens se rapetissent, comme leurs voisins de Brescia, rappelant par cette distinction la démarcation des dialectes vénète et lombard.
L'indice céphalique du Tirolien roman est très net: tète ronde, globuleuse, chez les 8/ 10 de la population ; ladolichocéphalie est une apparition rare. Figures allongées ou aplaties se voient en égale proportion.
C'est la complexion foncée qui prévaut; mais une comparaison d'ensemble chez les enfants des deux régions de la province ne décèle pas des disparates trop accusées entre Tudesques et Romans.