‹ Les races et les nationalités en Autriche-HongrieChapitre 92 sur 375 · DIFFUSION DE L ELEMENT ROMAN · texte numérisé non relu

DIFFUSION DE L ELEMENT ROMAN

des textes qu'ils accusent les Allemands d'avoir interprétés inexactement. Cii. Schneller s'appuie sur un passage de Procope (I, 15), pour démontrer que les Sissii et les Souabes habitaient au-dessus des Vénètes. Or Sissii et Souabes campaient au-dessus du littoral oriental de l'Adriatique (Sissii-Sissek) à l'époque oii Procope les mentionnait ; la Souabe d'alors est l'arrière-pays de l'istrie et de la Dalmatie. S'il est vrai aussi qu'à cette même date, les Francs étaient nombreux en Vénétie, ils n'y résidaient qu'à titre de garnisaires, ils n'en composaient pas la population : même Narsès les chassa des points qu'ils occupaient; mais il restait les indigènes, ceux qu'on appelait les Romains. Il est cei'tain que la Haute-Italie et la contrée alpestre furent, par suite de ces guerres, ruinées et désolées. Mais l'élément latin ne périt pas au point que les vides dussent être comblés, comme on l'a prétendu, par les Lombards. La distinction subsiste entre les deux nationalités : quand l'exarque grec appela le roi des Francs Childebert au secours pour la délivrance de l'Italie, c'est contre les Lombards et en faveur des Romains, Romani j^ro quitus auxiiia vestra poscimus, et ces Romains sont les propriétaires du sol et des industries. Les Lombards étaient absorbés par les nécessités militaires, et abandonnaient la culture des terres aux indigènes qui leur servaient sans doute une rente du tiers du produit. En temps de paix, ils se concentraient dans les villes et places fortes ou camps. Et si le pays dont ils étaient les maîtres s'appela Lombardie, cela n'a pas plus de valeur ethnographique que l'appellation de France étendue à un territoire peuplé de Gallo- Romains. Et, en fait, les Lombards se romanisèrent euxmêmes rapidement, si bien que le procès-verbal du plaid, tenu en 845 à la Cour ducale de Trente, confond Lombards et Italiens en les distinguant des Allemands [tam Teiitisci quam et Langobardi) \ Enfin, Dante déclare que pour les Français, dire Lombards est la môme chose que dire Italiens.

1. IbicL, p. 18o. Cf. note 4 : Dans la vie de S. Henri II, sont appelés Theulonici les soldats de l'Euip. Henri II. Langobardi ceux d".\rduin (rivré(\

Quant au Trenlin il fut de tout temps italien : les trouvailles préhistoriques témoignent d'une communauté de civilisation avec le bassin du Pô. L'œuvre de la conquête romaine, commencée un siècle avant Jésus-Christ, s'affermit et s'étendit si vite, qu'avant le règne de Claude. Trente reçut le droit de cité et que le Trentin fut annexé à la dixième région italique et non à la Rhélie '.

Bozen, au moyen âge, était dotée d'institutions commerciales tout italiennes : les négociants de Vérone, de Riva, de Trente y jouissaient de privilèges. La ville de Trente pratique la même vie et le môme statut que les cités de la haute et do la moyenne Italie, statut tout imprégné de l'esprit romain, à peine contaminé par le droit lombard. Les Allemands prétendent qu'au xv" siècle des Vénitiens et Lombards se répandirent dans le Trentin et contribuèrent à l'italianiser, qu'il y eut un afflux de mendiants, de contumaces en délicatesse avec la Seigneurie de Venise ; puis que lescapitalistess'abattirentsur lepays, outre les médecins et avocats ; que le clergé italien , en é touffant la Réforme, étouffa du même coup les germes tudesques. Les Italiens répliquent qu'au xv*" siècle s'accusa, grâce aux agissements des comtes du Tirol, la prépotence allemande; queLimmigTation du sud fut faible et réduite aux districts vassaux de la Seigneurie de Saint-Marc ; qu'au surplus le flot se porta de préférence de la montagne en plaine, sur Brescia, Milan, Vicence, Udine, et que les gorges du Trentin exerçaient peu d'attrait sur les gens du riche bassin du Pô.

Les Allemands au contraire sont les nouveaux venus. Ils apparurent dans le Trentin au xuf siècle : c'étaient surtout des mineurs des Alpes allemandes et de Bohême qu'attiraient les gîtes argentifères du Val Feisina. Mais les

1. Cesare Battisti. // Trentino. Saggio di Geografia fisica e di Ant/iropogeografîa (Trente 1898. p. 210).

Cesare Battisti n"a pas seulement combattu par la plume, mais aussi les armes à la main, pour fitalianité du Trentin; il est mort en héros, et en martyr. Il a exposé ses idées sur le sort de sa patrie, dans le Recueil de ses discours tant au Parlement de Vienne qu'à la Diète dlnnsbrucket dans divers articles parus en Italie, depuis la guerre. {Al Parlamenlo ai^slriaco e al Popolo italiano, discorsi del Dottor Cesare Battisti, deputato di Trenlo al Parlamenlo di Vienna. Milan Fralelli Trêves. La préface est datée de mars 191o).

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