‹ Les races humaines (volume 2)Chapitre 14 sur 29 · FAMILLE MONGOLE · texte numérisé non relu

FAMILLE MONGOLE

C'est surtout dans la famille mongole que se manifestent nettement les traits de la race jaune. La tète est plus grosse, le visage plus plat, le nez plus écrasé, les yeux moins ouverts, que dans les autres familles. La poitrine est large, le cou très-court, les épaules voûtées, les membres forts et trapus, les jambes courtes et ar- *|uées en dehors, le teint d'un jaune brunâtre. Les peuples de la famille mongole qui sont essentiellement nomades, sont soumis aux empires russe et chinois.

On distingue dans cette famille trois peuples principaux : les Kalmouks, les Morgols proprement dits et les Bouriat s.

RAGE JAtJNE.

Kalmoukt. — Dans son Voyage dont la pnviiteei du Coiimm, M. Vereschaguine a décrit les Kalmonks nomades, qo'il rencontra sur la ligne qui sépare le Caucase et le pays des Gosaqaes du Don. Dans ces steppes désolées et monotones sontdes villages ambolants. Les maisons qui composent ces villages sont fonnées de tentes déchirées (fîg. lLE).£lIescontiennent, dans un désordre incroyable, des valises, des coffres, des lazzos, des selles, des haillona entassés. L'àtre atteste seol qu'il y a 1& un foyer. Beaucoup d'entianis, garçons et fillettes jusqu'à l'&ge de dix ans, vont & peu près tout nus pendant les chaleurs de 1 été. En hiver, .par des fr^ds de trente degrés et par de terribles chasse-neige, ils demeurent des jonn entiers bloitis dans leurs tentes, sous des monceaux de Ji^pes.

I.* costume d'un Ralmouk se compose d'une chemise , d'un brchmeie. d'un large pantalon, de bottes en maroquin rouge, et d'an bonnet carré, en drap, orné d'une large bordure fourrée en peau de mouton, le plus souvent avec un immense gland au sommet. Le riche met, en outre, une vaste robe de chambre, très-large et très-longue. La femme ne porte point, comme l'homme, de ceinture sur sa chemise : ses cheveux s'échappent de dessous son bonnet en plusieurs tresses, entrelacées de rubans de différentes couleurs.

On retrouvera dans les figures lie et 117 les trûts des Kal' moucks.'

Chez ces tribus nomades, l'adresse, la ruse, la flriponnerie rt le

RAMEAU MONGOLIQUE. S<i3

vol bont le Tond de l'industrie. La femme nourrit l'eafant sans que le père s'en occupe jamais; et il croit et grandit, pour ainsi dire, à l'abandon.

La nourriture des Kalmouks est des plus simples. Une bouillie de farine délayée dans l'eau et cuite avec des morceaux de

cheval forme le fond de la cuisine. Ils aiment le Liiê et en consomment de grandes quantités; mais ils l'assai^ionnent de manière à en pervertir l'urome. Us sont d'ailleurs des ivrognes fieOës, et sous ce rapport les femmes et les enfants ne le codent point aux hommes. Ils passent des journées entières à jouer avec des cartes crasseuses et dépareillées (tig. 118).

. s» RAGE JAUNB.

Lm Kalmouks sont ezcelleotB cavaUen. Us éUrait et montent des nbameaox , cfu'ils Tendent an marché de' TUUs.

Xongols propnmciil ilils.— LesiMongols proprement dits, ou Mongols orientaux, errent dans les steppes de la Mongolie. Hs st divisent en un grand nombre de tribus, dont les plus importantes od! reçu le nom de Khalkhas.

La Mongolie peut se diviser en deux zones, que séparent antaat les destinées politiques que la nature et les productions do sol.

La zone du sud, contrée aride, n'est habitée que sur la frontière de Chine par dé nombreuses peuplades d'origine mongole, directement tributaires de l'empire chinois. La zone du nord, entièrement habitée par les tribus khalkhas, est fertile.

Les Khalkhas sont divisés en deux castes: les prêtres bouddhistes et les hommes noirs, qui laissent croître leurs cheveux. Parmi ces derniers, il y a une aristocratie dont les membres Tivent en pasteurs comme les autres, mais parmi lesquels on choisît les chers des tribus, qui sont nommés à l'élection.

Les Khalkhas pourraient armer au moins cinquante mille cavaliers; mais leurs armes sont détestables: ce sont de mauvais sabres chinois à deux tranchants, en scie ou en spirale. Des piques

courtes, des flèches, des fusils à mèche, à culasses de formes bizarres, des boucliers garnis de lames de cuir, et des cottes de mailles en fil de fer sont leurs armes défensives.

La vie d'un nomade khalkha est pleine de quiétude. Monté sur un cheval toujours sellé, (|ui passe la nuit attaché à un poteau à l'entrée de sa tente, il commence par taire la revue de ses troupeaux, et court à la piste des bètes i|ui se sont écartées; ensuite il se rend dans quelque campement, pour aller s'entretenir avec les pasteurs qui le composent. .\u retour, il s'accroupit dans sa

tente pour le reste de lajournéi?, dormant, buvant du thé au lait ou au beurre, fumant su pipe ; tandis que ses femmes puisent de l'eau , traient les vaches, vont ramasser de quoi se cliaulfer, préparent le fromage, la laine et les peaux d'animaux pour les vêtements et les chaussures.

Hospitaliers et sobres, les Khallihas ont les vertus primitives de la race jaune; mais ils n'ont ni commerce, ni industrie, lis produisent seulement des étofTes de feutre, quelques ouvrages de broderie, des peaux et des cuirs mal tannés. Ils échangent des matières premières avec les marchands russes et chinois, qui les

fi4ft RAGE lAUNE.

volent le plus cpi'ils peuvent. Lenra payements s'efTectaent an moyen de thé en briques , dont cinq briqnes équivalent à nne once d'argent de €hîne. Ce thé est préparé avec les feuilles les plus grossières et les petites branches de la plante.

L'existence calme et contemplative des KhaUcbas n'est inter^ rompue que par de rares événements : un pèlerinage, des funérailles suivies de longs festins, la réception de quelques voyageurs, un mariage, qui n'est, comme cher, les anciens patriarches, qu'un marché où la fille est vendue par son père an pins offrant, et qui donne lieu à des réjouissances de huit jours, aecompagnées de débauches de viande , de tabac et d*ean-de-vio de riz. '

Bouriates. — Mlle Lise Christiani, dans son voyage dans la Sibérif orientale, reçut les chefs de quelques tribus bourial(es«. qm )i|i U^. moignërent le désir de recevoir sa visite. Elle reneontca le. l^pnjs^ main, sur les bords de la Selinça, une escorte 4'hfmnear qiM.U^ envoyaient les Bouriates, et qui se composait de -t^ins ix^ts Cf^h liers, ayant de belles robes de satin da.difiiérentes omil0iin,,4B| bonnets pointus garnis de fourrures, des ft09.St des .flèchefiei bïmdoulière , montés sur des chevaux rjchemeqt caparaçwiptP. (f]g. 119). C'est ainsi que la voyageuse fit connaissance aveccrtte tribu.

Lorsque Mlle Christiani leur fit visite, on célébrait chez les Bouriates les obsèques d'un de leurs principaux chefs. Les voyageurs assistèrent au service et aux cérémonies funèbres dans un temple mongol, ensuite aux jeux, qui eurent lieu suivant Tantique coutume : tir de Tare, lutte, courses à pied et à cheval. Après quoi vint un festin où Ton servit du mouton rôti, du fromage, des gâteaux , et même d'excellent vin de Champagne.

Les Bouriates sont à peu près au nombre de trente-cinq mille hommes dans les monts situés au nord de Baïkal. Leurs troupeaux font leur richesse. Leur religion est le c/wwîanûw^, espèce dldolAtrie très-répandue parmi les peuples de la Sibérie. Leur dien suprême habite le soleil ; il a sous ses ordres une foule de divinités inférieures. Chez ces peuples barbares, la fenune, passe poor un être immonde et privé d'àme.

FAHILLE TONGOL'SE.

La famille tongoiue se compose de deux peuples : les Tongouses «u nord et les Mandclioux au sud-est.

Tongsuses. — LesTongouses, qui s'étendent en Sibérie depuis la mer d'Okhotsk jusqu'à l'Iénisséi et l'océan Arctique, sont nomades et vivent de leur chasse et de leur pèche. Leur patrie est la Daourie, au nord de la Chine. Ceux qui vivent sous la domination de la Russie sont divisés, d'après les animaux domestiques qui font

leur principale ressource, en Tongouses à chiens^ Tongouses à ch%^ vaux et Tongouses à rennes.

Les Tongouses nomades de la Daourîe ont été décrits, à la fin du siècle dernier, par le naturaliste russe Pallas, qui trouva sur les bords de la Lena cet animal antédiluvien, ce corps de mammouth recouvert de ses chairs et de ses poils, dont la découverte fit tant de bruit en Europe.

Mandchoxix, — En ce qui concerne ce peuple, nous nous contenterons de représenter son type (figure 120,\

FAMILLE YAKpLTE.

Le visage des Yakoutes est encore plus plat et plus larçe que celui des Mongols. Ils ont peu de barbe ; leur chevelure, noire et longue, pend naturellement autour de la tète; une houppe plus allongée la surmonte; ils en forment une tresse, lîour y attacher leur arc et le tenir à sec lors(iu*ils sont obligés, dans leurs voyages ou à la chasse, de traverser à la nage une rivière profonde.

Nous emprunterons quelques renseignements sur le pays des Yakoules et sur ses habitants au curieux voyage d'Ouvarouski, reproduit dans //' Tour du Mo}ulc.

Le pays des Yakoutes présente deux aspects dilTèrents. A l'est et au sud de Yakoutsk , il est couvert de hautes monta.irurs rocheuses; à l'ouest et au nord, c'est une i)laine où croissent des arbres épais et toulïus. On y rencontre une innombrable (|uantitt' de cours d'eau, dont Télcndue et la profondeur sont consideraiiles. (iCpendant les habitants ne construisent (jue des barques faites de lilanches, ou des canaux de bois ou d'écorce qui ne peuvent tenir que deux ou trois ijersonnes.

Le renne est l'animal qui sert essentiellement aux transports chez les Yakoutes.

L'intensité du froid est très-grande dans ce pays, plus grande peut-être rjue dans toute autre contrée de la Sibérie.

La ])0})ulation yakoute ne s'élève qu'à deux cent mille âmes.

Les Yakoutes lig. 121 et 122; sont de moyenne stature, mais robustes. Leur visaire lîst un peu plat, leur nez de grosseur proportionnée; les yeux sont bruns ou noirs; leurs cheveux noirs, lisses

et épais. Rs n'ont jamais de barbe. Leur teint n'est ni blanc ni noir, et change trois ou quatre fois par an : au printemps, par l'effet de l'air; en été, par celui du soleil; en hiver, par l'action du froid et de la flamme du feu. Ne faisant jamais la guerre, par suite de leur caractère paciliijue, ils seraient de mauvais soldats; mais ils sont agiles, vifs, intelligents et all'ahles. Sous leur tenle, ils offrent tout ce qu'il y a de |>n)visions au voyageur qui demande l'hospitalité. Qu'il y resle une semaine ou un mois, ils le rassasient toujours lui et son cheval. Ils aiment Itcaucouplevin et le tabac, lis supportent la faim et la soif avec une singulière patience. Ce

n'est rien pour un Yakoute que de travailler trois ou quatre jours sans manger.

liais laissons iiarler Uuvarouski, l'auteur de la description des mœurs des Yakoutes.

« Lu pays îles Yakoiiks, ilit ce voyati'iir, est tcllomciil ùloii'lii, qiiiî [a teiiqKTatiirc est loin d'CIrc la niftiic |iiirtout; U Ûl^kiiiinsk, par exemple, le lilé niussil trùs-bicii, parce que lu ^fliu blaiiclje j arrive plus taid; ;i Dji^ansk, au contraire, la lerre ne dégèle qu'à deux eiiiiKins de proroiideiir ; U neige y tombe dès le mois d'août.

« Les Yakoutes sont tous baptisés selon le rile russe, à rexccption de deux ou trois cents peut-être; ils pratiquent les commandements de TÊglise; ils se confessent annuellement, mais peu d^entre eux reçoivent la commu* nion, parce qu'ils n'ont pas coutume de jeûner. Ils ne sortent pas le matin avant d'avoir prié Dieu, et^ne se couchent pas le soir sans avoir fait leurs dévotions. Lorsque la fortune leur est favorable, ils louent le Seigneur; quand il leur arrive du malheur, ils pensent que c'est une punition que Dieu leur inflige en punition de leurs péchés, et sans se laisser abattre, ils attendent patiemment un meilleur sort. Malgré ces louables sentiments, ils conservent encore quelques croyances superstitieuses, et notamment la cou* tunic de se prosterner devant le diable; lorsque surviennent les longue* maladies et les épizooties, ils font faire des conjurations par leurs chamans ot olTrent en sacrifice une pièce de bétail d'un i)elage particulier.

ce Les Yakoutes sont très-intelligents. II leur suffit de s'entretenir une heure ou deux avec quelqu'un pour connaître ses sentiments, son caractère, son esprit. Ils comprennent suns difficulté le sens d'un discours élevé, et devinent, dès le commencement, ce qui va suivre. Il y a peu de Russes, même des plus artificieux, qui soient capables de tromper un Yakoutedes bois.

« Ils honorent leurs vieillards, suivent leurs conseils et professent que c'est une injustice ou un péché de les offenser et de les irriter. Quand an père a plusieurs entants, il les marie successivement, leur bâtit une maison à coté de la sienne et partage avec eux ce qu'il possède en bétail et en biens. Même séparés de leurs parents, les enfants ne leur désobéissent en rien. Quand un père n'a qu'un fils, il le ^'-arde avec lui et ne s''en sépare que dans le cas où il perd sa femme et se remarie avec une autre qui lui donne des entants,

ft L«' Yaknulfî e<lini<' sa richesse en pm|)ortion du bétail qu'il p<>ssî-ilo; rainj'lumiion il<» ^^^ tmiijMîaux c^^t sa pn'niière pensée, son premier dé^r: c«' rre^l ijii'a|iiv-y avuir réussi (jiflj sonp; h amasser de l'argent etiraulros

(^ Tuus le^ |uMi|iles sont snji'ts à la cnjère; elle n'est pas étrangèn; aux Vakoules, niai-^ ils ouhlirnl facilement les griefs (ju'ils ont contre quelqu'un. pnurvu que erlni-ei n-eonnaisse ses torts et s'avoue coupable.

<- Les Yak<»utes ont d'aulrrs délaiits, qu'il ne faut pas attribuer h de* dispo<^ilinns inné«'s: <ju<'lqiies-nns d'enln? eux vivent de bétail volé; il est vrai qiu' ee n«' sont que di-s inalln'urenx: (pjand ils ont pris, sur la chair d'une br-te voIi'm', »l«M|iioi nian^^T dfux ou trois fois, ils abandonnant le reste : eela numtre (pu» leur -eul moliile est la faim, «lont ils ont soulTerî pendant dos inoi-^ et des années. l)(î plus, (piand on découvn» le voleur, le^ princes kinas, du russe hniaz, le font frapper de verges, selon l'ancienne coutunic, au milieu de l'assemblée. Clelui (pii a subi une telle punitiiin en conserve la tlétrissure jus(ju'à sa mort ; il ne peut plus être témoin, et ses paroles ne sont d'aucune valeur dans les réunions où délibère le peuph*: on ne le choisit ni piMir prince, ni pour sttmyna du russe s/arc/iinu, ancien . (À's usa^^es prouvent que le vol n'est jias devenu une profession chez le»» Yakoutes: le voleur est non-seuleincnt puni, mais il ne recouvre jamais le nom d'honnête homme.

■ Il suffit qu'un Yakoute veuille devenir raaiire dans quelque art pour ■ qu'il j parvienne; il est tout b la fois orfèvre, chaudronnier, maréchal, 1 eliariiealier; il sait démonter un fusil, sculpter des os, et avec un peu

rexercice îl est capable U'imiler tuut objet d'art qu'il a examina. Il eï;t h ign-ltur qu'ils n'aient pas de nuitres pour les initier li des arts plus éleb, car ils aéraient en état d'exécuter des travaux extraonlinaires.

rie fasil. Ni le fru!

Ils chasseront un renard ou un litvr» deux jours (?ntii.-rs ^ana avu .'i la faligue ou h l'épuiaenienl de leur cheval.

• Ils ont beaucoup de goût el d'nplilude pour le commerce, cl x liien Tairo valoir la rorme et la couleur Je la moindre peau de n xibrline. <)u'il3 en tirent un prix élev^.

I Les crosses de Tasil qu'ils fabriiguenl , les peignes qu'ils (aillent et toment, sont des ouvniges aciievéa. On doit iiussi remarquer que leurs

mires d« peau de bœuf ne se curronipraient jamais, quami elles resteraient X ans pleines il'alinients liquides.

• Parmi les reiiiines yakoutes, il y en a beaucoup qui ont de jolis visage§ ; elles sont plus propres que les hommes; comme tout leur sexe, elles aiment les parures et les beaux atours. La nature ne les a pas dépourvues rie charmes. On ne doil pas les compter au nombre des [emioes mauvaises, immora'es cl légères, Elles honorent k Tégal da Dieu le ptre , la mère et les parents dgës de leur mari. Elles no se laissent jamais voir télé et pied» nus. Elles ne passent pas devant le côté droit de la cheminée et n'apjMjllml jamais par leurs noms yakoules les parents de leur mari. La Temmc ijui n^ répond pas à ce portrait est regardée eonime une bètc sauvage, et sun mari passe pour fort mal loti. ■

La figure 123 représente un village de Yukoutes.

Les Yakoutes professent le chamanisme , reiigion idolâtre professée par les Finnois, les Samoytdes, les Ostiakcs, les Bouriales, les Téléoutes, les Tongouses et les insulaires de l'océan Pacilique. Les chamanistes adorent un être suprême, créateur du monde, mais indifférent aux actions humaines. Au-dessous de lui sont des dieux mâles et femelles : les uns bons et qui président au gouvernement du monde et au sort du genre liuraain ; les autres oiauvaii, et dont le plus grund [Chaïtan ou Satan) est réputé pres<iue aus^i puissant que l'Être suprême. On rend également des liommagc» religieux aux ancêtres, aux héros et aux prêtres, appelés cAama.j. qui emploient dans leur culte une foule de sortilèges. •j|

La Sgure 124 représente des chamans ou prêtres yidrantes,

FAMILLE TDRQUE.

Les peuples appartenant à la famille turque, ou tartare, comme on l'appelle quelquefois, réussirent à fonder, dès les temps les plus anciens, un vaste empire, qui embrassait une partie de l'Asie centrale, depuis la Chine jusqu'à la mer Caspienne. Maïs, attaqués et vaincus par les Mongols, les Turcs furent soumis, entralDés ou refoulés vers le sud-ouest, c'est-à-dire au midi de l'Europe. Là ils devinrent conquérants à leur tour, et parvim^nt 4 soumettre, après l'avoir dévastée, une partie de l'Europe méridïonale.

Les peuples turcs avaient originairement des chereQZ rooi, les yeux d'un gris verdàtre et le type de la figore mongoU^e. Mais ces caractères ont disparu. Les Turcs qui habitent aiqourd'hui au nord-est du Caucase participent seuls des caracttoei des Mongols. Ceux qui sont établis au sud-ouest préuntent les

formes propres à la race blanche, avec des cheveux et des yeux noirs. Le mélange avec les Mongols pour les premiers, avec les Perses et les Araméens pour les seconds, explique ces modifications. C'est parmi les Turcs que se trouvent les peuples qui ont le plus de ferveur pour Tislamisme, et qui manifestent la plus grande intolérance à Tégard des autres cultes.

La famille turque comprend un assez grand nombre de peuples. Nous considérerons seulement ici les Turcomans^ les KirghU, les Nogais et les Osmanlis.

Turcomans. — Les Turcomans errent dans les steppes du Turkestan, de la Perse et de l'Afghanistan. Ils vont jusque dans TAnatolie à Touest. Celles de ces peuplades qui errent dans cette dernière contrée ont les formes et les caractères physiques de la race blanche; celles du Turkestan annoncent, par leur physionomie, un mélange de sang mongol.

Le Turcoman est d'une taille au-dessus de la moyenne. Sans avoir les muscles bien développés, il a de la force et jouit généralement d'une constitution robuste. Il a la peau blanche. Sa physionomie est ronde; les pommettes sont saillantes; le front est large, la boîte osseuse .développée forme à son sommet comme une crête. Son œil bridé, fendu en amande, et pour ainsi dire sans paupières, est petit, vif et intelligent. Le nez est généralement petit et retroussé. Le bas de la ligure est un peu fuyant et les lèvres grosses. La moustache est peu fournie et la barbe clair- semée. Les oreilles sont très- détachées et grandes.

Le costume de Turcoman (lig. 125) se compose d'un large pantalon tombant sur le pied et serrant aux hanches, dune chemise sans col et ouverte sur le côté droit jusqu'à la ceinture. Elle tombe par-dessus le pantalon jusqu'à moitié cuisse. Par-dessus, une grande robe ouverte par devant et croisant légèrement sur la poitrine est serrée à la taille par une ceinture de coton ou de laine. Les manches sont très-longues et très-larges. Sur la tcte, une petite calotte remplace les cheveux et est recouverte d'une sorte de coiffure appelée talbac, ayant la forme d'un cône dont on enfoncerait un peu le sommet, et faite en peau de mouton. La chaussure est une sorte de babouche ou simplement une semelle de cuir de chameau ou de cheval fixée sous le pied au moyen d'une corde en laine.

Flg, 131. 1

que chez les hommes. Leurs pommettes sont plus saiUaoUs,

L teint est très-btanc. Leurs cbeveus sont géoéralement épais, mais T très-courts ; aussi sont-elles obligées d'allonger leurs tresses

au moyen lie ganses en poil de chéiTe et de cordons, auxijuels sont [ attachées des verroteries et des perles d'argent.

Nous ne décrirons pas leur costume, dont on aura unoi d'après les figures 1^6 et 137. Kemarquons seulement i tête est coilïée d'une toque ronde, par-dessus laquelle on i

voile de soie ou do cotonnade tomlxint par derrière. Le toi maintenu par une sorte de turlian, de la largeur de trois d sur lequel sont cousues de petites plaques en argent. Un desd du voile est ramené sous le menton de droite à gauche, cil

RAMEAU MONtiOLIQUE. 261 ^H

se flier au moyen d'une chuînette d'argent, terminée par un cro- ^H

chet sur le côté gauche de la tête. ^H

Les hijoux, colliers, bracelets, plaques, cliaïnettes sont si miil- ^H

tipliês dans la toilette des femmes turcomancs, que quand une ^^Ê

douzaine d'entre elles vont ensemble clierclier de leau. elles font un cliquetis assez semblable à un bruit de sonnettes.

Les hommes ne portent aucun ornement.

La Ggure 128 représente des musiciens turcomans.

La figure 1 S9 représente un campement de Turcomans nomades.

M. de Blocqueville, qui a publié, en 1866, dans le Tour du Monde.

la relation curieuse intitulée Quatorze mois de caplivUé chez Us Turcomans^ décrit ainsi les mœurs de ces peuples :

« Les Turcomans ont près de leur lente un mouton ou une chèvre qu'ils engraissent et qu'ils tuent dans les grandes circonstances. La viande est désossée, coupée par morceaux et salée; une partie est desséchée et prend un goClt faisandé dont les Turcomans sont très-friands; Tautre portion, coupée en morceaux plus petits et placée dans la panse de ranimai, est destinée de temps à autre à faire le bouillon. On réunit tous les os et débrift et on les fait cuire dans une ou plusieurs marmites, de façon à pouvoir donner, le jour d'un grand i*epas, du bouillon à tous les voisins et amis. Les intestins sont le partage des enfants, qui les font griller sur les charbons et passent des journées entières à traîner et à sucer ces J)oyaux h peine lavés.

«c .... Les femmes sont traitées avec plus d'égards par les Turcomans que par les autres musulmans. Toutefois elles travaillent beaucoup; chaque jour elles ont à moudre le blé destiné h nourrir la famille. De plus, elles filent la soie, la laine, le coton ; elles tissent, cousent, foulent les feutres, montent et démontent la tente, vont chercher Tcau, lavent quelquefois, teignent Ic^ laines ou la soie et font les tapis. Elles installent dehors, dans la b(.'ll(! saison, un métier Irès-prinjitif composé de quatre piquets solidement fixés dans le sol, et, an moyen de deux grosses traverses sur lesquelles elles disposent la trame, elles commencent le tissage qui est serré avec un instrument en fer formé de cinq ou six lames disposées on peigne. Ces tapis, généralcmient de trois mètres de long sur un mètre et demi de large, sont bien f.iits et sulides. Cii.Kjue tribu ou lamille a son dessin particulier qui se tran^^niet il*' uh'mo en fillo et ainsi de suite. 11 faut vraiment que ces Tnr- (•oman»"< soient ciuistituôes viiiourou^ionifnl p<iur résister à tout ce travail. ]KMiil:uit If-jut'l iwn'luis elles allailonl leui"s enfants et ne ni.inf^'ciit que ilu paiij sec ou une sorte d(î Ijouillie peu substantielle. C'est surtout le Irav-iil do Ui meule qui les fatigue, et leur alfaildit la i»oiti'ine.

- Daus leurs rares moments de loisir, elles ont toujours \m paquet de laine, de pull de cliami^au ou de bourre de soie qu'elles lîlent en causant ou vu se pnunonant chez les voisines; mais elles ne restent jamais sar:s rien faire, eoiimie les femmes de certains pays musulmans.

« L'homme a aussi •■ion ^aMirc de travail déterminé : il s'occupe du laboura^'-e, de I;i culture, rentre la moisson. soi^Mie les animaux dome^lii|UCs, va de temps en tem])S à la maraude pour rapporter du butin. 11 fait la cordi* en laine à la main, taille (;t coud tout ce qui se rapporte au harnacbenieiit et à la couverture des chcfvaux ou chanKSiux, es'^aye d'un peu do commerce, et. dans ses moments de loisir, se l'abriqu*' une coilTure ou des chaussures, joue de lidoutarc 'deux cordes;, chante, boit du thé et fumé.

« On remarque chez ces peuplades une grande envie de s'instruire et île lire les quelques livres que le hasard fait tomber entre leurs mains.

« Généralenn»nt les enfants ne travaillent guère avant leur dixième ou douzième année. Jusqu'à cet âge, leurs parents les forcent à apprendre à lire et à écrire; ceux qui ont besoin de se faire aider par leurs enfants pen-

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164 RAGE JADNB.

« Les moUahs tnrcoouiu Tt»t ptBier qnalqoH inniV» dut n* lA

d'étodier dans les meUlmme éctdeB.

• Tontes ces peuplades sont ntusultunes et de la secte sunnile. on le sait, la différence extérieure entre eux el les Persans de la schiite, qui reconnaissent Ali pour seul successeur de Mahomet, conaï dans la manière de prier et de faire les ^Mutions.

■ Pendant la prière, ils tiennent les deux bras croisés devant tir du poignet seulement, au lieu de les tenir mr le cMé comme les Pi sans.

< Quoiqu'ils obsenrent ssseï régulièicnient les préceptes de leur n il y a chez eux moins de bnatisme ou d'ostentation diïrole que d autres contrées d'Orient que j'ai étA fa mCme de visiter. Par exemple, ib d déd^gnent pas de ftimer et de manger avec les Juifs.

« .... Chacun d'eux aime sa tribu et se dévoue au besoin pour la communauté. Leurs manières décentes et empreintes d'une ccrtùni^ gniriti nv peuTent èb« comparées à celles des peuples voisias, même dos BoubLarieni et des Khivalens, chez lesquels la corruption des moiurs e^t arrivée k ud triste degré.

< J'ai rarement tu de querelles et de scandales chez les Turcomanx. Quelquefois j'ù assisté k des diecns^ns IrËs-vives et très-animées, nuit jamais je n'ai entendu d'injures grossières ni de mauvais mots comme dau les antres pays. Ils sont aussi moins <iur!! Tis-à-vis de leurs femmes iiw tes Persans et ont plus de considération et de respect pour elles.

■ Lorsqu'il y a des étrangers dans la tente, les Temmes passent seulemul on coin de leur Toile sur le bas de leur menton et parlent en baissant la TOii, mais cela n'empêche pas qu'elles ne soient saluées et raspedée« par les visiteurs, avec lesquels elles causent sans qu'on y trouve aacun maL

• Une femme peut aller d'une tribu dan^ une autre, ]iarcoiirir un chentb long el isolé, sans jamais avoir fa craindre la moindre insult« du quisflK ce soit.

• Le Turcoman en visite a une manière de se présenter qui ne fsh jamais. 11 lËve la portiëre de la tente et se baisse en entiïnt, a'anHa«t« redresse de toute sa bauteur ; aprfis une pause de quelques secont laquelle il tient ses regards fixés sur la voûte de la lente, pour donner aux femmes le temps de se cacher le menton, il [ salut sans faire aucun geste. Les échanges de civilités et les infor réciproques de la santé des parents, des amis et de la tribu t maître de la tente prie le visiteur de venir prendre place sur le tafâseît cAté de lui. Aussitôt la lemme présente la serviette, du pain, pats )• pib et l'eau, ou du lait aigre, ou des fruits. L'étranger, par i' prend que quelques bouchées de ce qu'on lui offre. •

Kirghis. — Les Kirghis (fig. 130) sont un peupla i habitent les pays situés sur les limites des empires russe et d|l* nois. Ils errent dans de vastes plaines, depuis le lac BaQialJât^ qu'aux confins des steppes de la Sibérie.

Us voyagent armés et toujours prêts & la guerre oa à la ehUH.

jonime les animaux féroces peuvent attaquer les hommes isolés, Is voyagent presqiie toigours à cheval et par troupes.

Du reste le Kirgliis ne quitte guère son cheval. C'est à cheval pie l'on traite toutes les afiaires et que l'on écliange les marchanlises. U y a dans une ville où résident les Kîrghis fixes, à Shou- 'aïalian, un marché où acheteurs et marchands trafiquent sans {uitter leurs montures (iig. I3l).

La taille des Kirgliis est Tort nu-dessous de la moyenne. Us sont lids de visage. La partie supiTieuri? liu nez «'tant très-alTaissée, 'espace compris entre les deiis yeux est tout plat et parfaitement e niveau avec le reste de la liice. Les yeux sont allongés, trèsouverts, le front est très-saillant à sa partie inférieure et fuyant ers )a partie supérieure. Leurs joues, larges et boufties, ressemlent à deux morceaux de chair crue qu'on leur aurait collés

sur les côtés du visage. Leur barbe est rare, leur corps est peu musculeux et leur teint bruni.

Les Kirghis ressemblent aux Uzbecks, peuple que nous passons ici sous silence; mais ces derniers, vivant dans un climat tempéré, sont grands et bien faits, tandis que les Kirghis, sous l'influence d'un climat rigoureux, sont petits et rabougris.

Un certain degré de civilisation existe chez ces peuplades, malgré leurs habitudes nomades. Dans les contrées qu'ils fréquentent, ils ont établi des relais de chevaux, ressource indispensable à leur genre de vie.

Nouais. — Les Nogaïs, qui composaient autrefois une nation puissante, au l)ord de la mer Noire, sont maintenant disséminés au milieu d'autres peuples. Un grand nombre forment encore des hordes nomades, qui errent dans les steppes, entre les rives du Volga et les montagnes du Caucase, b'autres, devenus sédentaires, sont cultivateurs ou artisans. Tels sont ceux de la Crimée et ceux d'Astrakan.

M. Vereschaguine rencontra des Nogaïs dans les steppes du Caucase. C'est, dit le voyageur russe, une peuplade pacifique, assez laborieuse, et s'attachant au sol plus facilement que les Ralmouks, avec lesquels elle a beaucoup de ressemblance pour U manière de vivre, les mœurs t*t les coutumes. L'auteur n'eut l)as le loisir de visiter leurs colonies ou leurs camps noma<le>. mais il i)rit des cnxjuis d'individus, dont nous mettons queliues spécimens sous les yeux du lecteur (lîg. 132, 133, 134;.

Osmanlis. — Le i)euplo le plus important de la famille turqur est actuellement celui des Osmanlis.

Les Osmanlis ont été les fondateurs de l'empire turc et les c-.m- ([uérants de Constanlinople.

La tendance à la vie nomade est très prononcée chez ce peuple. Il a dégénéré dès qu'il a adopté une résidence fixe, et cest peut-étn^ à cette cause qu'il faut attribuer la décadence de la race tun[ue «[ui habite aujourd'hui l'Europe et l'Asie Mineure.

La résidence des Turcs Osmanlis, ainsi que leur civilisation, datent de répo(iue de l'hégire de Mahomet, au septième siècle après Jésus-Christ.

Ces peuples ont, sous le rapport physique, des formes qui les rapprochent de la race caucasique. C'est pour cela qu'on les a

ongfâinps rangés danslaraceblanclieoucaucusique;inais1a plujartdesanthropologistes modernes les placent dans la race jaune.

La télé a chez les Turcs Osmanlis à |ieu prés la forme s|H que. Le front est élevé et élorgi ; le nez est droit, sans dûpressioil à sa racine, sans épatement à son extrémité.

Les lèles des Turcs ne ressemblent pas aux télés européeuJiËS. Elles s'en distinguent surtout par le relèvement assez bmsque de

la région occipilale. Toutes les parties ont néanmoins de lu proporlions. L'iniluence mongole s'y fait sentir, mais d'u uière peu sensible, si l'on s'en rapporte à la seule expressîol traits du visage.

Les Turcs sont, en général, des hommes grands, bien faits, nt- '' bustes, d'une physionomie rude, mais souvent noble, au teint lé-

BAMBAU MONGOLIQUE.

icnt biisané, aux cheveux bruns du noirs. Leur maintien est , et leur gravité naturelle est encore augmentée par iarades habits, par la barbe, les moustaches et l'imposante :e du turban. Étant Oe tous les peuples venus de l'Asie cenles plus récemment entrés en Europe, ils conservent encore,

t dans les provinces asiatiques, les mœurs, les usages et les ces qui les distinguaient il y a trois siècles. me il y a trois siècles, les Turcs, ainsi que les Urientaux êral, ont une nourriture frugale et surtout végétale. Ils se t de vin. Les exercices corporels, tels que réquitatiou et le aent des armes, entretiennent leur vigueur. Leur liospita-

lité est grave et cérémonieuse. Ils parlent peu, donnent beaucoup à la dévotion, du moins à ses signes extérieurs; ils vivent dans des maisons tranquilles et simples, entourées de jardins. Le Turc ne connaît pas la vie fiévreuse de nos citées européennes. Mollement couché sur des coussins, il fume son tabac de S}Tie, boit, à petites gorgées, son café d'Arabie, et demande à la fumée de quel(]ues grains d'opium de le transporter dans le pays des rêves.

Telle est la vie du Turc des hautes classes. Le peuple et louvrier n'ont jioint de ces raffinements de l'existence. Cependant les hommes des classes inférieures sont moins malheureux en Turquie et chez les Orientaux, en général, que chez les nations européennes. L'hospitalité orientale n'est pas un vain mot. Jamais un riche musulman ne chasse de son logis un malheureux qui Timplore. D'ailleurs il faut si peu de chose pour la nourriture de ces hommes sobres et robustes, la terre fournit si aisément en Orient des productions végétales alimentaires, que les pauvres gens ne sont jamais embarrassés du vivre ni du couvert. Les carmNPUérails sont des auberges publiques où on loge gratis les voyagenn et les artisans; et chez les propriétaires des campagnes, Tboq^ lité pour le passant malheureux est vraiment patriarcale.

La polygamie est moins répandue en Turquie et en Orientqa*0D ne se l'imaaine. La femme tuniue étant un objet de grand luxe, c'cst-à-din* ayant le droit de ne rien l'aire et de beaucoup dépenser, les musulmans très-riches peuvent seuls se permettre Tentretien de i)lus d'une éiiouse. Ouehjuefois même les parents stipulent, dans le contrat de mariage, la renonciation formelle de l'épou au droit (|u'ont les mahomélans de posséder ({uatre femmes.

Outre leur épouse légitime, les riciies et les grands réunissent des esclaves géorgiennes et circassiennes dans ces appartements isolés, interdits à toute curiosité jjar la jalousie orientale, et qui s'ai)pellent /jare///.s- et non sérai's. Ce n'est que dans Tintérieurde ces a])partements isolés que les musulmanes, soit épouses, soit concubines, laissent voir leur visage et leurs l)ras. Au dehors. elles sont toujours enveloppées de triples voiles, qui dérobent leurs traits aux yeux les jilus pénétrants.

Mahomet a permis aux femmes de ne pas se rendre aux prières l>ul)li([iies dans les mosquées. Ce n'est donc que dans l'intérieur de leur harem que les femmes musulmanes se réunissent entre elles et se donnent des fêtes ou des divertissements.

On 8e fail dans toute l'Europe une fausse idée de la condition des femmes turques. Beaucoup de femmes européenne^! seraient heureuses d'échanger leur sort et leur liberté contre le prétendu

esclavage de ta femme turque, [lien entendu qu'il ne s'agit ici que de la condition matérielle, et non de la situation morale, [^a dame turque est vouée à un désœuvrement général et ali-

i74 RAGE JAUNI. .

flola. Une jeune fille qui, à l'Age de quatone «m. joint à qadqne r aptitude pour les travaux d'aigaille le pririMge de la lactura,

passe pour une personne instruite. Si elle sait écrire, et ai elle I connaît les deux premières règles de l'aritlundtiqne, c'est une aa-

^ - vaote. La femme des classes moyennes ne se livre pas au com-

merce ; elle est toqjours oisive. La femme pauvre cltc^mùiue ne ^ travaille que rarement et à ses heures.

A quelque classe qu'elle appartienne, la femme turque est donc

vouée au far nimte. Pour corobatbre l'ennui, lu femme rictie fuit,

refait des visites, on se rend & des invitations. Dnns les harems

f opulents, chaque dame turque regolt dans son appartement. On

^'- cause, on chante, on se dietraîUpar des récits (fig 13&;. On fali

venir des musiciens, on assiste & des iiantomimes, à des <ïans»,

^ • on fait des promenades dans les jardins. Des tiains en commun,

'"" des balancements de hamac, des fumeries au nurguilhé, de petit,'

repas fins, charment agréablement les heures. ^ Une soirée dans un harem [la Kaim) est un événement asseï

L: ' rare, car les réunions de nuit ne boni [las dans les Iiiiltitudv>

.;- musulmanes. Aucun homme n'assiste à ces réunions. \ mesure que

^- les invitées arrivent, la maltressedu logis les engage & s'asseoir.

^. les fait placer succesùvement et cAte à côte, sur un divan, Ie5

jaiiÂes croisées (fig. 136] ou un genou levé. On apporte le café tt |, le tchiboue au bouquin d'ambre. On sert, sur un pint d'argeal

ciselé, des gelées de fruits divisées par petites portions. Cliacune des invitées, après quelques cérémonies, iiorle â sa bouclie l'unique cuiller qui est dans le plat, et qui sert à tout le monde. Ctiicune coite ses lèvres au grand verre d'eau, ([ui suit le plat de confitures.

La soirée continue par une conversation générale et joyeuse. Les lilles de la mailresse do la maison, ou ses suivantes, s'asseyent bien en vue de l'assistance, et chanifiit, en s'accompagtiant da sautour, de la mandoline, de petites timbales et de tamboortde basque. Bientôt d'autres jeunes tilles se livrent & une sorte de pantomime dansée. Après la musique et les danses on fait des parties de cartes ou de jacquet, et enfin la soirée se termine par un souper (lig. 136}.

Les plaisirs du dehors ont d'autres attraits. Les dames tnrqnes de la classe moyenne courent les bazars ou échangent entre elles des visites.

Les visites sont de trois sortes : les visites demandées ou an-

JIAMEAU MONGOLIQL'E. 275

noncées, les visites par surprise, les visites par aventure. Ces dernières sont les plus curieuses. Plusieurs dames se réunissent en {içroupes, et s'en vont, par les quartiers et les faubourgs de la ville, rendre et demander visite à des personnes qu'elles n'ont jamais vues :l;g. 137).

Les promenades, à Oonstanlinople, sont de vériluliles parties de campagne. Les dimanches et les vendredis on sort de la ville avec toutes sortes de provisions de houclie. Sur quelrpies-unes des promenades publiques, les sultans ont fait élever pour l'usage des dames, des terrasses sui>cr|iosées en gradins, qui dominent

des pièces d'eau, formant un espaça aplani. Les acrabites et lai

prestidigitateurs, les mnaiciens et les danseurs ambulants vîen- ^' nent donner des représentations aar ces terrasses. On voit là

; ■ d'admirables groupes de femmes aux blancs yoichmacs, rjni cnca*

dreat en haut et en bas la figure et ne laissent à découvert que le L. nez. De longs et amples pardessus, de mille nuances, envelop-

f peut le reste du corps.

Si le Turc est indolent, il est loin d'être farouclie, et boaucouin I-; "Ik de traits de son caractère indiquent un grand fonds de douceur.

.;.' Gomme les Indiens, comme les anciens %yptiens, les Turcs et le)

; Orientaux en général répugnent & tuer les animaux. Clii<?ns^ ti

i' chats abondent, grouillent dans les rues des grandes villes, sansipie

^ . jamais aucune mesure soitprise pour b' opposer à la multiplicatioQ

^ et au vagabondage de ces animaux. AConstantinople. des groupes

'y - de pigeons voltigent dans l'air, et prélèvent sur les barques char-

i^; gées de froment un tribut qu'on ne leur dispute pas. Los liordi

V ■ du canal de Gonstanlinople sont peuples d'animaux aquatiques,

et leurs nids sont respectés même par les enfants, qui dans nos contrées sont de si cruels destructeurs de couvées. ' ^. Cette bienveillance s'étend même aux arbres. S'il est vrai qu'en

:',' Chine une loi ordonne i tout propriélaire qui arrache un arbre

d'en planter un autre à sa place, dans un autre lieu, il est vrai également qu'en Turquie la coutume interdit & un propriétaire cupide de priver la ville ou la campagne d'ombrages utiles el salutaires. I.es riches se font un honneur d'embellir les promenades publiques de fontaines et de lieux de repos, iadispensablet en raison de la fréquence d'ablutions et de prières qu'exige U religion mahométane.

Ceux qui ne voient dans la nation turque que grossièreté, igno* rance ou férocité, ont été trompés par l'orgueil qui est iatii|V« n' musulman , et qui est rendu plus choquant encore par sei 1»blindes de silence et quelquefois de rudesse; mais au Hoiid to caractère musulman n'a rien d'otfensif. Les Turcs ne sont qm et qu'ils peuvent être avec leurs institutions déplorables et 1 vicieuse loi.

Cette loi, on le sait, c'est le despotisme, qui s'exerce depuis sultan jusqu'au dernier fonctionnaire, sans qu'aucune garaid d'équité, de propriété soit laissée à l'individu. Le sultan (pi ichah, c'est-à-dire grand seigneur) nomme et révoque à son ( tous les dignitaires et fonctionnaires; il est maître de leur forlu

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et de leur vie. Mais l'anarchie règne dans les pouvoirs, de sorte que raulorîté du sultan n'est pas toujours obéie. Un pacha attaque et détruit l'armée que l'on envoie pour le chasser de son gouvernement; un autre expédie à Constantinople la tête du général qui est venu pour le combattre et le chasser.

Les ])achas sont les cliefs de province. On les distingue par le nombre de drapeaux ou de ([ueues. Ils réunissent le pouvoir rai-

buy diins ui

lîtaire et le pouvoir administratif, et par un abus encore plus ^rand, ils sont chargés de recouvrer rim]iôt. Us seraient de véritables sultans dans leur province, si la loi ne laissait aux kadts et lux vaibx le pouvoir judiciaire.

IjC pacha à trois queues a, comme le sultan, le droit de punir le mort tous les agents qu'il emploie, et même tons les indi- ,-idus qui menaceraient la sûreté publique. Il entretient des roupes, et marche à leur létf; lorsqu'il est requis par le sultan.

Un pacha a sous ses ordres plusieurs beys, ou sous-gouverneurs. Nous représentons ici (lîg. 138) l'entrée d'un bey dans une des villes de sa province.

On peut (lire ([ue l'organisation intérieure de la Turquie est une tyrannie militaire. La nation turque continue d'administrer sa con(|u6te comme un pays pris d'assaut; elle vit à la façon d'une armée qui camperait au milieu d'un État vaincu. Toutes les personnes et les clioses sont la propriété du sultan. Des chrétiens, des juifs, des Arméniens ne sont que les esclaves du vainqueur ottoman. Le sultan leur permet de vivre, mais ils doivent acheter cette permission en payant un tribut, doot la ([uiltance porte ces mots : Rachat de la tête.

Ce même principe s'applique aux terres. Les Turcs n'ont aucun droit de propriété; ils ne sont que les usufruitiers de leurs biens. Quand ils meurent sans enfant mâle, le sultan est leur héritier Les fils ne peuvent réclamer qu'un dixième de la succession par ternelle ; encore des employés du fisc sont-ils chargés d'évaluer arbitrairement ce dixième. Les fonctionnaires de TËtat ne jouissent pas même de ce droit incomplet : à leur mort, tout ce qu'ils possèdent est censé appartenir au sultan.

11 ne faut plus s'étonner si, avec de pareilles lois, personne tt*ose entreprendre des constructions dispendieuses et solides. Au lieu de bâtir, on ramasse des bijoux et des richesses qu'il soit facile d'emporter ou de cacher.

Le sultan, comme embarrassé d'un si extravagant pouvoir.se décharfjje dos soins du gouvernement sur le grand vizir.

Le grand vizir est le lieutenant du sultan. 11 commande en personne les armées, dispose des finances et nomme à tous les emplois civils et militaires.

Mais si la puissance du grand vizir est sans bornes, sa responsabilité et les (lan^^ers qu'il court sont aussi grands. C'est à lui qu'on s'en j)rend des malheurs de IKtat et des calamités publiques. Le glaive est toujours susj)endu sur sa tête. Entouré «le pièges, exposé à tous les traits de la haine et de Tenvie, il paye (le sa vie le nialheurd'avoir déplu, soit au peuple, soit aux fonctionnaires d'un ran^ élevé.

Le ^rand vizir s entoure, pour gouverner, d'un conseil dtlat [jlivnn rjiii se compose iW la réunion des principaux ministres. Li» rtùss'Cil'tniti est le granil eliancelier de l'empire, et le chef de la corporation des liOiija. ou ;^ens de plume. Cette corporation, qui a

et aux commentaires du Coran, faits par d'anciens docteurs. Les membres de ce corps portent le titre d'ulémas ou d'effendis. Us réunissent le pouvoir judiciaire au pouvoir religieux; ils sont à la fois les interprètes de la religion et les juges de toutes les affaires civiles et criminelles.

Le mufti est le chef suprême de Vuléma. Il est chef de l'Église. Il représente le vicaire du sultan, comme calife ou successeur de Mahomet. Le sultan ne peut émettre aucune loi, faire aucune déclaration de guerre, établir aucun impôt, sans avoir ol)tenu un feifa, ou décision conforme du mufti.

Lo mufli présente tous les ans au sultan les candidats pour les hautes magistratures judiciaires : ces candidats sont pris dans le corps des ulénius. La place de mufli serait un excellent contre-poids à Tautorilé du sultan si ce dernier n'avait la faculté de déposer le mufti, de l'exiler, et même d'ordonner sa mort.

Cette organisation politique et judiciaire parait assez logique, et il semble ([u'elle devrait assurer quelque garantie aux sujets du Grand Seigneur. Malheureusement; le défaut de probité empêche la niurciie régulière de ces institutions administratives. La vénalité des fonctionnaires, leur avidité et leur corruption sont telles que toutes les places, et même le moindre service, ne s'obtiennent qu'avec des présents. Les emplois s*achètent; on achète les sentences des juges, ainsi ([ue les dépositions des témoins. Le f;m\ ItMnoii^na.^^e ne tleuril dans aucun pays d'une manière aussi délionlei* (|ue dans l'empire turc, et il est ici d'autant plus lerri])le dans ses consé(juencos, (jue le jugement du kadi est sans ajjpel.

La justice se rend on Tanjuie comme elle se rendait, il y a trois siècles, dans la tribu nomade des Usmaniis. Après quelques dépositions contradictoires et (jnelques serments prêtés de part et d'autre, sans aucune formalité préalable d'instruction, sans avocat, le li'.uli, ou le simple naïb, prononce sa sentence, appuyée sur ({uelques versets du Coran. La pénalité de ce juge ignorant et expédilif se réduit à faire payer au riche une amende, à inlli^'er la jjastonnade aux gens du commun, ou à faire pendre, sur l'heure, un criminel.

Il y a cependant en Tiinjuie une sorte de représentation populaire. Les lia])itants de Constantinople nomment des ayams, véritables délégués du peuple, dont l'emploi est de veiller à la sûreté et à la fortune des particuliers, au bon ordre de la ville, de s'op-

RAMEAU IIONGOLIQUE. 283

oser aux exactions des paclias, aux evcès des gens de guerre, u à l'injuste répartition de l'impôt Celte fonction est exercùe grauitemeot par les hommes les plus estimés du jieuple. Les uyams

■,e chargent de rédiger les i-édiimations au pacha, i|uand il y a des notifs de plainte, et si le puclia les mécoiilente, ils apportent eurs réclamations jusqu'au sultun.

'j'^'>}w^m^^^i^9^wi^m

i84 RAGE JAUNE.

Il y a dans tous les arts et métiers de la .Torqtde des espèCMda maîtrises, ou corporaUoDS, qui se chargent de veiller au droltade la communauté et de l'individu. La corporation défend lei intéréti de tous ses membres, et le dernier des artisans est prutt^-go par elle en JusUce. Il va sans dire que c'est avec de l'argent quttia corporation fait valoir ses droits auprès des juges.

On se tromperait beaucoup en s'imaginant que ta religion m»sulmane domine en Turquie. Dans la Turquie d'Europe il y as peine un quart de la population qui suive la lot de Mahomet. U reste se compose de nations chrétiennes, suiKtivisees dans lean principaux rites. Les Grecs, les Serbes, les Valaques, les .Uoattnégrins suivent le rite grec oriental. Les Arméniens forment iiiif %lise nombreuse, et d'autant plus puis»anl« rtueile est enïironnée d'une réputation d'austérité et de probité. D'autres sociétés religieuses, tellfô que les jacobites, nommés fo;>(es en Ëg:v-pt«,le; nestoriens, les maronites, tirent quelque force de TuDion 'lui iv'rHK dans le sein de chacune d'elles : les Dnises, par exeoitiie, tnvent de front le mahoméUsme. Les juifs sont plus nombreux dus la Turquie d'Europe que dans aucun autre pays.

Toutes ces associations, à l'exception des Maronites et des Dnises, étaient autrefois privées de l'exerdce libre de leur culte. SMmises & des marques d'ignominie, livrées sans défense à l'nqiistice. Mais, au commencement de notre siècle, un édit du sultan a déclare tous ses sujets, quelle que fût leur religion, égaux devant la loi.

La religion de Mahomet, qui régne en Turquie et dans la fis grande partie de l'Orient, date de Tan 610 de notre ère. Seipincipaux préceptes sont la purificaliolt, la prière et lejeûtu. Le jllp a lieu dans le mois de Ramazan, mois qui est le carême dera^plmans et pendant lequel on doit s'abstenir, durant le joor, 4ÉMt aliment. Il est suivi de la fête de lieyram, pendant laqndt|ptifit permis aux lidclcs de se dédommager des abstinences préoéiMill. Une aumônt Ugali est instituée par la religion. Elle confiai donner tous les ans aux pauvres le quarantième de ses biens nuriHliers. Une autre rè^le religieuse, c'est le pèlerinage de la Xeoque, que tout musulman est obligé de faire au moins une fois eo sa vie.

La prière a lieu cinq fois par jour. Le vendredi est le jour de fête des mahométans, comme le dimanche est celui des chrétteas et le samedi celui des juifs.

Lo mnhométîsnie a conservé des anciens Arabes la pratique de I circoncision. Il interdit toute boisson enivrante, mais il permet d'épouser quatre Temmes. et autorise le musulman à Taire de ses

femmes esclaves autant de concubines. L'islamisme enlève d'ail- [eurs â t'Iiomme pres(|ue toute liberté, en lui persuadant que tout ! qui lui arrive, le bien comme le mai, est déterminé d'avance.

C'est la doctrine du fatalisme qui enchaîne Tinitiative individuelle et interdit tout progrès.

La religion musulmane n'a pas été exempte, plus que les autres, des schismes qui ont amené des gueiTes de religion, terribles dans leurs effets.

Les préceptes de l'islamisme, qui ont leur bon côté au point de vue religieux, ont de fâcheuses conséquences au point de vue de la constitution piiysique de l'iiomme. (^est ainsi que rinterdidion de boire du vin a donné naissance à l'usage secret des boissons alcooliques et à l'usage pul)lic de l'opium.

liien (jue la civilisation littéraire des Turcs soit encore dans son enfance, il y a cependant chez eux une instruction publique. Des collèges sont attaciiés aux mosquées de Constantinople, de Brousse, d'Andririople. De toutes les parties de remjiire musulman, on envoie, dans ces collèges, des jeunes gens qui y reroivent un certain degré d'instruction. Après leurs études, dans les- (juelles les commentaires du Coran jouent le plus grand rùle, et après divers examens cpii ont établi leur capacité, on donne aux élèves le titre de mudir ou professeurs. C'est à cette classe de lettrés ({ue reviennent plus tard tous les emplois administratifs et judiciaires.

Seulement, en Tunfuie, les lumières restent concentrées î^ur un certain nombre d'indi\idus; aucune voie n'existe pour la ri»r»» communication des idées ou des coiinaissanrrs. Les mu>:i!in.ins doivent à la \èritè aux ht>ilins\ ou uens dt» plume un tiv>--i'ini«i nonil)re d'ouvrages très-t^slimès pai* eux, relatifs aux l.uîiiiU'S arabe et persane, à la i)liiloso[iiiie. à la morale, à riiisl<»ire ir.ihométan(\ à la geu.i:ra|»liie (h* leurs j>rovin(:es : mais *-i e-'s ■:■„vra.m'S oui (|U('l<|nt> \aleur. ils n»? se répandent J.jni.-iis «.iii^li masse de la nation. Les iin;>rinieries sont 'irè>-rai-es t-îi '!':ir'|:;:«'; l'art du eopisle \ lleurit encore, tel <|;ril existait en ï-jui»'.'- ;u moven à.ie. l/elal d»'s lel!res en Turiuie nous montra «■.• ; :• serait devenue la (:i\ iiisalion moderne en Luropo sans 1,- >fcours de l'imprimerie.

Avec ce déCaut général de connaissances littéraires et scientiii- ([ues, on doit s'att«Midre à trouver la Turquie bien arriérée sous le rajjport des arts, de l'industrie et de l'agriculture. Kn etlet. l'agriculture est très-languissante dans toute l'étendue de l'em- |nre ottoman. L'industr'ie manufacturière existe dans f]iielques villes, t-lles t[ur fonslanlinople, Salonique, Andrinople et Dous-

RAMEAU MON^SOLir.TX. £î^-

liouck. Les {«iDdpuzx ja-Dâmt^ 6e^ iiii»ri7ijt«' soc: ùe^ 'Jiiîîs, ù^ laroqoins, quelques soim^. au iL, ù^ tm»** luLiirLe?. Lr rititlerce s'alimente p«rindj»iùt;ineii: :.tr I ri^inrLfc-jDL j*^ Eàitirtcrf rutes, telles que laÎDes. ko*** rn::-!:*. tl^t^. ;ij*a:^. TDf^rjrf létaux, surtout le cui^Te. LktIi:*. le* i'Llit*. Le* Itl::* se::* "r-u-îssent également de sraac* tr.jile* i tri:t:'r»i.iJ:'L.

Les musulmans sont hziîile* iTCun-t: :L:r?.Li3 îr -l.* ::i:rrmuriers et comme t-nr-Lr*. Lr-:r* :"."TU-e-' -i ■;: ^r -.: -r. . : .re, ainsi que leurs ;/eln:-re*. e.Llei: .-5 zjr.fLrr :r:'L.: - ir industrie eurofièenne.

Les Grecs, qui sc»d: ri; rr^Li iiziirr ei Tur~- . rir::. 7: ms les arts el tous 2e* iDr;>r* «-es: t.lt:^! .e* '.j:-.* lt >r •ouvent les meilleur* marîL* ir ."•r:^;.:r ::;:z:.ll Lt-* \:r:.riens sont les meilleur* cj^Qnier îl:* ir - -.-n: ::r v-::. 7.^ '^ i-îjent dans l'intérieur ce i Asie e: i::"-* - l'.ir: :'.* ::.: . ir". : rlagasins el des corresionôaL:*. L- :.-:•;;::. ::■-: r?. -.iTr.a'.: es arts mécaniques. s*:«nt en m^mr :e:riT* :»srj:"Jrr*. ::urr-:sîurs et hommes daiîalres »:es î.-j.i-i* e: ::utre* jrânc- ^-er*::!iges. Les juifs se jjresenUn: rn T'jr:^:e ïOJ* dr* couleur^ :.:en us défavoraliles iju en E-jroT»e : !:'j: conimene esî i-on ; ov.r IX, s'il donne un Lènéùce.

RAMEAU SINIQUE. !89

hoires, forme écrasée de la racine nasale et ailes du nez , obliquité des yeux, chevelure rdide et abondante, d'un

]. Jc»n« Chinai).

nâtre tirant sur le roui, sourcils épais, barbe rare, teiût de froment, rouge jaunâtre (fig. 142 et l43). 3uples. forment la population principale de l'immense

tt. un rea-

■ a^BM

ints. Ils nM»

390 HAGE JADNB.

empira de la Ghioe et s'étendent encore ra (

établis dans l'Iodo-Ghine, dans les lies de la Sonde, dans les Ues

Philippines.

La Chine, depuis tpiatre mille ans, a été gonTern6e par vlngt-4)uit dynasties. L'empereur, dans le mécanisme goavtmemental de la Chine, n'est qu'on rouage apparent. Les conseillers gooTement sonverdnement. n y a là une organisaUoa administratire et une centralisation puissantes. L'autorité de l'empereur est assise sur un respect séculaire et patriarcal, qui sont d'un prestige sans bornes.

La vénération pour la vieillesse est une loi de l'Ëtat. On i contre souvent lûns les rues de l>ékin des vieillards i trop pauvres pour louer des chaises à port«urs, et qui. a des charrettes & bras, sont traînés par leurs petits-enfants. vivent sur leur passage les hommages de tous les Jeunes gew qui, à leur aspect, cessent respectueusement leurs jeui ou leuj travaux. Le gouvernement encourage ces sentiments en donnanl des robes jaunes aux vieilldrds d'un âge très-avancé C'est 14 I plus grande distinction qu'un particulier puisse obtenir, car 1 couleur jaune est réservée aux membres de la Tamillc iaipiria]

Le respect des ancêtres est également poussé trës-loia cbex 1 Glfinois. n y a une sorte de culte domestique pour les «rrièi parents.

Plusieurs religions sont professées en Chine. 1.^ religion de-' Bouddha, ïii répandue en Asie. estlapIuscommune;maislesclaa>es supérieures suivent la religion de Confucius. Du reste, uns Udirance excessive règne dans le Célesle-Empire, sous le rapport de la religion Les hommes des classes élevées affectent on dédun véritable pour les formes extérieures du culte, et le penple n'^ ajoute pas grande imporLance. Aussi voit-on plusieurs reli^oBS fort diirércntes être jirutiquées cote à côte, dans tout l'enipire.

Les bonzes sont les prêtres bouddhistes.

En Chine, la condition de la femme est servile. Oo considère la femme comme inférieure à l'homme. Sa naissance est souvent regardée comme un malheur. La jeune fille vit comme une recluse dans la maison paternelle; elle mange A l'dearl; on la regarde comme une servante, et elle en remplit les fonctions. Manier les aiguilles et préparer des aliments, ToiU tonte sa science. La femme est la propriété de son père, de son Mra, de son mari. On marie une Jeune fille sans la consulter, sans loi faire connaître son futur époux, et même sans lui en dire le ma.

RAMEAU SINIQUE.

Chez les riches Chinois, les femmes mariées sont confinées dans le gynécée. Quand le maître les autorise à se visiter entre elles, ou à aller voir leurs parents, elles sortent dans des cliaises her-

métiquement closes. Elles sont relOguées dans un corps de bâtiment réservé, où nul ne peut les voir.

11 en est autrement dans les classes pauvres. Les femmes 9or-

tenta visage découvert; mais elles payent cher cette liberté, c les femmes sont à peu près les bëtes de somme de leurs mai Elles vieillissent très-vite.

la poljgamie existe en Chine , mais elle n'est que tolérée. I grand personnage peut avoir yilusieurs femmes, mais il n'a qu'u éiiouse légitime, la première. Les veuves ne peuvent pas f marier. Les IJuncailles sont souvent conclues avant même l'ai;

RAMEAU SINIQUE. 293

lescence des futurs époux. Une fiancée qui perd son ûancé ne peut se remarier.

La cérémonie du mariage se fait à Pékin d'après le programma'

PIg. ill. Dmu d< Pck.n,

suivant. La mariée se rend en pompe au domicile de l'époux, '{ui la reçoit à la porte de sa maison. £lle est paroe de vêtements lirodés d'or et (l'ar;.'ent. ^es longues nattes noires sont couvertes de pierreries et de Heurs artilîcielles. .Sa ligure est fardéi-, ses

lèvres rouges, l'arc de ses sourcils est noirci, ses vêtements sont mondés de musc.

Ueaucoup de Chinoises ont le teint et tous les attraits des créoles, une main petite et bien faite, de jolies dents, des cheveux noirs superbes, une taille longue, mince et souple, des yeux relevés vers les tempes et dont l'expression est une grjlce piquante Itg. \kb et U6,). Ce qui leur nuit, c'est l'abus du fard et la mode des petits pieds.

Les dames tartares et chinoises qui composent la cour des impératrices, ainsi que les femmes des fonctionnaires qui résident

dans la capitale, ont leurs pii'ds iKilurcls, et souleitU'iiL chaussés du l)ro(lequiu de Ihi'àlre. avec L'ijuel ii est très-difliciie de miirclier. .Mais une (Iliiiioise de Ijoiiiic lamillo bourgeoise se croirait déshonorée et se marierait dlllicilt'inciil hi elle n'avait !e pied déformé. Voici comment on s'y prend pour la mettre en état de jilaire. .V six ans on comprime les pieds des petites lilles avec des bandelettes huilées; le pouce est reiiUé sous les quatre autres doigts, qui sont raiiallus eux-mêmes sons la plante du pied. Tous les mois on serre de plus en plus ces ligatures. Quand la jeune lille est adulte, son pied présenie à peu près la forme du poing

RAMEAU SINIQUE.

fermé (fig. 147). Aussi les femmes ainsi mutilées et chaussées ontelles grand*peine à marcher. Elles s'avancent en sautillant et étendant les bras en guise de balanciers.

Avoir les ongles des mains Irès-longs est un autre caractère conventionnel de beauté. De crainte de les casser, on y adapte des étuis en argent qui servent en môme temps de cure-oreilles.

Ce nombreux accessoires de toilette donnent un aspect particulier au costume des habitants du Célesle-Empire : éventails, parasols, pipes, tabatières, blagues à tabac, étuis à lunettes, bourses, tout cela est suspendu à la ceinture par des cordons de soie. L'usage de l'éventail est général dans les deux sexes et dans toutes les conditions.

Iig. 1 èT. Punis mulili'S.

Dans chaque pièce d'une maison chinoise on retrouve le harnj, qui sert à la fois de lit, de canapé et de siège, des nattes étendues sur le panjuet. et quel(|ues chaises, ou tabourets, sur lesquels on pose des coussins. L'intérieur des maisons est le refui^e impénétrable de la paresse. Le Oiiinois, accroupi sur ses nattes, Téventail déployé et la pipe allumée, se moque de l'Européen qui se donne la peine de se servir de ses jambes.

Pour connaître plus exactement la vie intérieure des Chinois, nous ferons quehjues emprunts à l'intéressant voyage de M. de Bourboulon, consul français en CJiine, voyage qui a été rédigé par M. Poussielgue et qui a paru dans le Tour du monde en 1864.

t Un palas chinois, dit M. Poussielgue, esl ainsi dislribué : plus Je la iiioilié du terrain est oci:up4e par des allées, dos cours, des jardins | on j' voit des rocailles, dos ponts rustiques, des viviers avec des gouramis el U^s poissons rouges, des volîâres peuplées de ptrons, de Taisans dorfts et de perdrix du P»4cbe4i, et Hulottt de noaobmuei jtma de poreelaine ou de tam euïte peinte et vanie eonteout de* txbrm eu miaietainv des Tigoes, dee jumioa, de* plentei grimptiile» et des fleurs de toat« e^toe. Ls chsmbre prindpele ia m-Ue-ehtlÉtée est euferte du cAtA du jardin ; ods doiMn eu treillis à jour bnçe taL,-sè|MntioB du saloo et de U efaambre à eoucber. te res-de^baussée ORppruui la salle à manger, la cuisine el qiivl- ' quefois une salle de bain. Quand il 7 ■ un i^la^ supérieur, appelé feou, il contient des dumSres et des magasins; la salle d'cnlrâe e~t invariabiemcnl ctAsacrte aux ancêtres et aui gtoies de la Taniille. Dans chaque pièce oti rrtrouve le kmg, qui sert k la fins de lit, de canapé et de sièges dans tiiul le OMd, et des nattes épaisses qui garnissent le plancher. Les meubles proprement dits sont en petit oomlffe i quelques chaises ou tabourets m bolÉ dur BOT lesquels on pose des cousins, une petite table en laque rouge, on briUe-parftim et des chandeliers ed hronze doré et (uiailld, des jardioitoes et des corb^es contenant des'fleurs, des tableaux sur papier de riz, et enfin la tablette inAritaUe contenant quehjue sentence morale ou une invocation aux ancfitres. 11 n'y a point de fcnèlres proprement dites ; des Onrertures carrées, percées sur le cAté >]u:iLid la pièce donne sur la cour ou BOT les jantins,' ménagées entre les ilr.jbles poutres qui soutiennent le ttrït lorsqu'on pourrait être tu de la T\n- ou des maisons voisines, laissent pénétrer un faitde jour k traVera les interstices d'un grillage composé de minces lames de bois entre-croisées qui fonuent une jalousie fixe (tlg. Iki et U9).

' C'est dans ces mystérieux appartements que les gens riches passent la moitié de leur existence, s'adonnant à une voluptueuse paresse ; il est presque impossible à un Européen d'y pénétrer: et autant les Chinois sont disposés à être communicatirs dans les affaires, dans les fêtes, dans les réceptions, autant ils sont réservés dans tout ce qui louche h leur vie intime.

■ La paresse physique est poussée h un haut point en Chine; il est considéré comme malséant de marcher, de se promener, de se servir de sls membres. Rien n'étonne plus les indigènes que le besoin de locomotion qui nous caractérise. Ils s'accroupissent sur leurs mollets, allument leur pipe, déploient leur éventail, et contemplent d'un œil goguenard les promeneurs européens qui vont et viennent d'un bout à l'autre de la rue, en marquant le pas avec une précision maihématique. Quand on fait à pied des visites officielles, il faut s'excuser de n'être venu ni à cheval ni en palanquin, car c'est marquer peu de considération pour le personnage qu'on va voir ainsi.

> Le palanquin surtout est d'un usage incessant. A Pékin, il y a de grands établissements pour la location des palanquins, où l'on en trouve de disponibles k toute heure. On paye environ une piastre par jour pour ceux qui sont porlés par six hommes; pour quatre hommes, c'est une demi-pianlrc; deux hommes, cent sapèques. L.a légalipu de France a

FTT'-

RAMEAU SINIQCE.

pour son service vingt -quatre porteurs revélua de tuniques bleues avec collets et bordures aux trois couleurs. Les palanquins sont ^néralcment ouverts par devant et par derrière; il y a une Tenêtre ou plulû' un carreau Sxe sur le cdlé, et une banquette transversale sur laquelle on s'assoit.

■• La passion du jeu est l'un des fléaux de la Hiine; fléau qui eu a l'ugendré mille autres dans tous les rangs, tous les âges de la sociùté. Dans les rues de Pékin, on rencontre une foule de pi'lils tripots ambulanls : tanldt un jeu de dés placé dan^ un gobelet de cuivn' »iir un escnbrair.

tantôt une lolerie compost'e di croupier fait sauter ilans un ti de ces industriels, et l'ouvrier tible, vient y [lerdrc en i)ueli|i

I Liltoniiets contenant des numi-ros que le

be en fer-blanc. La foule se presse autour

qui passe, cédant il nni.^ Icnlalion irré>is-

lit'ures les pi-nlblus épargni:

vaiL Les euulies altadiés ii rannée française perdaient leurs a]i[)ointeinen[s du mois dés le lendemain de la [laye; quelques-uns, ayant enga^-é leurs habits aux croupiers, qui sont en niùme temps prCleurs sur gages, sechappaient au milieu des huées de la populace, et revenaient au cam;i j peine couverts d'un calci;on.

BACE JAUNE.

• Les combats de coqs el de cailles onl cncoro le privilâge d*ei passions aléatoires des Chinois, qui y risquent des enjeux considéraUav. Les gens nclies, les marchands sont aussi joueurs que la plèb«!; ils se rùunisseDl dans des maisons de Ih^, ofi ils passent jour el nuit â jouer aux cnrtes, sux dés, aux dominos el aus dames. Les earles, longues de quinze cenUmètres environ, sont très-étroites; elles sont assez semblables aux nùlres, avec des figures et des points niarqui^-s de différentes couleurs. Le jeu k plus usuel parait être une sorle de besigue. Les dames sont carrées

e[ les cases rondes ; les dominos plalï, avec di.-s marques rougea et b Ûii joue aussi ai>x dames avec des dés ; ce qui compose a trictrac. Les dés sont préférés par les joueui's de [iroression, comme étant le jeu de liasnrd par excellence. .\près ,v avoir perdu leur argent, ils jou«nt leurs tliamps, leur maison, leurs enranls, leurs flammes, et jusqu'il euxmêmes, quand ils n'ont plus r.t-n el que leur adversaire consent 11 accepter ce supri^me enjeu. Un marchand de Tien-lsin, qui avait & la main gauche deux doigts de moins, les avait perdus aux dés. Les femmes et les t

RAMEAU SINIQUE. 29U

*^/^^t au Tolant; c'est un de leurs exercices favoris, et ils y sont d'une

^^s« peu commune. Le volant se compose d'un morceau de cuir roulc't

*>Ovile surmonté de rondelles de métal pour le rendre plus lourd ; trois

-,, ftues plumes sont implantées dans des trous percés dans les rondelles.

^Hl Qvec la semelle du brodequin qu'on renvoie 'e volant ; il est Irès-rare

^ Us joueurs manquent leur coup.

^ Le jeu, qui paralyse le travail, est une des causes permanentes du

l^^pérîsme; il en est une autre plus désastreuse encore: la débauche.

^^ vernis de décence et de retenue dont s'enveloppe la société chinoise

^^^he la corruption la plus profonde. La moralité publique n'est qu'un

«^^sque jeté sur une perversité de mœurs qui dépasse tout ce qu'on a pu

^^ sur les anciens, tout ce qu'on sait des mœurs actuelles des Persans el

" «*« Indous.

« L'ivrognerie, telle qir'on l'entend en Europe, est le moindre de leur»

^''ices. Le vin de raisin a été défendu, il y a des siècle^, par des empereurs

^^ui firent arracher les plants de vigne. Cette inlerdiclion ayant cessé avec

^« dynastie mandchoue, on cultive le raisin pour la table, mais on ne fait

^sage que du vin de riz ou samchoïc. On en extrait, ainsi que du gros

Juillet ou sorgho, une eau-de-vie aussi forte que la nùtre et qui produit

mine ivresse terrible. L'abus qu'en flrenl nos soldats dans la campagne de

<^hiDe amena beaucoup de dyssenteries mortelles dans Tarniée.

«Les maisons de thé vendent des licjueurs alcooliques, mais ce sont surtout les restaurants cl les auberges qui en font un grand débit.

« Nous ne parlerons pas de la production du thé, ni de la vaste industrie qu'il alimente : c'est un sujet qui appartient en propre à la Chine méridionale; disons seulement que l'usage du thé n'est pas moins répandu dans le nord que dans le sud. Entroz-vous dans une maison, aussitôt on vous offre le thé : c'est le signe de riiospilalilé. On vous en sert à profusion: dès que votre tasse est vide, un serviteur muet la remplit, et ce n'est qu^après en avoir avalé une certaine quantité qu'il vous sera permis par votre hôte d'exposer l'objet qui vous amène. Los maisons de thé sont aussi multipliées que les cafés et les cabarets en France; Télégancc de l'auieublement et du service ainsi qu3 l'élévation des [»rix les distinguent entre elles ; le riche marchand et le désœuvré élégant, évitant de s'y rencontrer avic l'ouvrier aux mains noires el le rude campagnard, nt> se réunissent que dans les maisons consacrées |)ar le bon ton. Les maisons de thé se reconnaissent au laboratoire qui occupe le fond des salies it qui est garni de vastes bouilloires, de théières massives , de tours et d'éluves alimentant d'eau bouillante des chaudrons monstrueux aussi hauts cpf un honune. Une horloge singulière est placée au-dessus du laboratoire; elle se compose d'un gros bâton d'encens moulé |)ortant des marques à égale dislance, afm que le progns de la combustion de la mèche donne la mesure des heures. C'est ainsi que les Chinois peuvent se servir littéralement de l'expression : consumer le temps. Le matin et le soir, les salles sont pleines d'habitués qui, moyennant deux sapèqnes, prix d'entrée, viennent y parler d'affaires, y jouer, y fumer, y entendre de la nmsique, et assister aux farces des saltimbanques et aux tours de force des jongleurs et des athlètes. Ces deux sapëques donnent encore droit à une consommation de dix tasses de thé

BAGE JAUNE.

(lasses minuscules, il est vrai), que de nombreuï garçons porteni, en courant dans toutes les directions, sur des plateaux garnis de gdleaux et de fruits secs,

• Un jour, nous i*crit M. X,, officier au 101' de ligne, nous avons voulu iJlner à la chinoise dans un restaurant chinois; le prix convenu d'avance par l'entremise de nos cculies était de deux piastres par tête ■ ce qui eoDslilue une somme considérable, eu égard au bon maiché des denrées alimenlaires. Comme préparation au dîner, il nous a fallu franchir un dédale de ruelles peuplées de bouges où croupissent, en empoisonnant l'air do leurs exhalaisons, des milliers de mendiants en gucniUes \ lentrée du carrefour où s'élève le restaurant, il y a des tas d jmmondices composés de vieilles bottes de légumes, de charcuterie pourrie, de chien"» et de cbult morts, et dons tous les coins des ordures aussi désagréables ii l'odorat iju'^ la vue. Il faut avoir l'estomac solide pour avoir encore faim après avuir traversé cet étalage peu appétissant. A la porle de l'élablia sèment sont assis des buveurs de thé el des joueurs qui paraissent fort peu se soucier di: ce voisinage pestilenLiel. Nous avons le courage d'en faire autant, aprt'S avoir admiré les deux lanlernes monstrueuses qui décorent l'entrée et l'enseigne qui porte en grosses lettres : Aux tnit vertus par excellence. E%pérons que la probité sera une de ces trois vertus, et que le restaurateur nous en aura donné pour notre argent.

• Notre entrée dans la salle principale excite une certaine émotion ; quelque habitués que les Chinois soient k nous voir, notre vue excite encore chej; eux une curiosité mêlée d'effroi, surtout dans ce quartier OÙ les Européens M'aventurent ran-inenl. On nou^ a i^réparé deux tables carrées entr-iiicvi-^ r|i- |i;irir- -Ti Imi-, -iif irv,|ii(U i.ii :i 'jA:u-r. ywv ime gracieuse exception, des coussins rembourrés. Des garçons s'empressent autour de nous avec des théières en grès rouge et des tasses en métal blanc; il n'y a pas de cuillers, on jette de l'eau chaude sur une pincée de feuilles de thé placée dans chaque lasse, et nous sommes forcés d'aspirer l'infusion par un petit trou niénagé dans le couvercle de nos tasses. Après nous être acquittés de ces fonctions en vrais Chinois, nous demandons le premier service, qui se compose d'une foule de petits gâteaux à la graisse, sucrés, mais ij-Ès-mauvais, de fruits secs, et, comme hors-d'œuvre, d'une sorte de caviar ou de salaison où entrent des intestins, des foies, des rates de poisson : le tout confît au vinaigre; puis des crevettes de terre cuites à l'eau salée : ce sont tout bonnement de grosses sauterelles; ce mets, en usage dans Iflus les pays chauds, n'est réellement pas mauvais. Nous ne faisons pas grand honneur au premier service que remplace immédiatement le second. Les garçons placent sur la table des assiettes ou plulét des soucoupes, car elles en ont la forme et la dimension, et des plats ou piulOl des bols contenant du riz accommodé de différentes manières avec de la viande découpée en petits morceaux et dressée en pyramides. Des bâtonnets accompagnent ces plats succulents. Comment allons-nous faire ? 11 faut élre tout ce qu'il y a de plus Chinois pour pouvoir manger avec ces deux petits morceaux de bois, dont l'un, Tue, se tient entre le pouce et l'annulaire, tandis que l'autre, mobile, se manie avec l'index el le doigt du milieu. Les indigènes porteni la soucoup: à leurs lèvres el avalent leur riz en le pous-

BAMEAU SINIQUE. SO:

«dUVqc les bâtonnets : c'est ce que nous essayons en vain de faire, d'au- ^W^P^Us que nous rions tellement qu'il nous est impassible de nous livrer • ""B Qipérimentalion sérieuse. Nous ne poiik'ons cependant compromellri: notn digniu de ciriliséa en maugoant avec nos mains comme des sauvages ! Heureusement Tun de nous, plus avisé, a apporté un nécessaire de campairjie

Fig. no. Fumeuri

contenant une cuiller, une fourchette et un couteau. Chacun plonge successivement la cuiller dans le bol qui est devant lui, mais avec une certaine défiance qui paralyse la dégustation de ces mets de liante saveur. Enlin apparaissent des plats moins mystérieux et en quanUté sufDsanle pour rassasier cinquante personnes ; des poulets, des canards, du mouton, du porc, du lièvre rûti, des poissons et des légumps bouillis. On nous sert

en même temps du vin blanc de raisin et du vin de riz dans des tasses mi* croscopiques en porcelaine peinte; aucune de ces boissons, môme le thé, n'est sucrée; en revanche elles sont bouillantes! Le repas se termine par un potage, qui n'est autre chose qu'un gros ragoût nageant dans une sauce abondante.

« Plus rassasiés que satisfaits, nous aurions voulu quelques mets plus chinois : des nids d'hirondelles ou une fricassée de racines de ging-seng; mais il paraît qu'il faut commander ces mets recherchés plusieurs jours à l'avance et qu'ils se paient au poids de l'or. Nous allumons nos cigares en dégustant du tafia qui commence à être très-répandu dans les restaurants chinois, et nous regardons autour de nous. La fin de la journée s'avance; les salles, d'abord à peu près vides, se garnissent de nombreux consommateurs, qui, après nous avoir épiés à la dérobée, se livrent sans contrainte à leurs occupations habituelles. Les garçons chantent à haute voix le nom et le prix des consommations que répète à l'unisson un huissier placé près du comptoir où siéjL^e le maître de l'établissement. Des marchands jouent à pigeon -vole : l'un annonce les chiiïi^s de un à dix avec ses doigts; les autres doivent deviner dans ses yeux et lever en même temps que lui le même rwmbre de doigts; le perdant boit une tasse de vin de riz.

« Cependant la salle se remplit d'odeurs nauséabondes, où domine la fumée de l'opium. C'est l'heure des fatales ivresses! Les fumeurs au teint jaune, aux yeux caves, se retirent mystérieusement dans les cabinets placi!'s au fond de la salle. On les voit s'étendre sur des lits garnis de nattes et d'un oreiller en crin dur. »

La ligure 149 représente un des petits cabinets (jui donnent asile aux fumeurs d'opium. Sur une table sont placés les ustensiles et en.uins servant îi pK^parer les pijK's iropinm et à allumer la substance narcoti(|ue.

L'agriculture est arrivée, en Chin(\ à un {W'j:v(' remar(piai)h» de l)erfection. Elle est la grande source de la richesse du pays; c'est son état avancé (|ui permet au Céleste-Lniiure de nourrir sur un espace relativement limité une poiiulation prodigicuisement nom hreuse. Aussi la profession d'agriculteur est-elle la plus iionorée. Écoutons à ce sujet M. Poussielgue :

.< On a vu, ilil rot «HTivaiii. le i>riii(0 hOiuj, i«"pMit «le l'empire, se rciiiirt» on L^raiulr [loinj)»;. v«'rs la fin do mar< 1S61. au temple de rAgri^-ullnre, situé à IVxlivmilê de la ville chinois" à IS'kiii, et là, aprè^ avoir otVert un sacrifiée au dieu protecteur do< hommes, ijui le^ encuura«:e au travail en leui* donnant tous les biens de la terre, diriger lui-même la eliarrue et tracer [du^ieurs sillons: une louhî de irrands (lersonnaires, Irs ministre^i. les maîtres de cérémonie, le^ ^-rands ofliciers de la couronne, vl enfin trois prim-es de la l'amille impériale, ainsi «prune «léputation de laboureurs, accompa.L'naient le n^présontant do rempereur. Aussitôt que le

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RAMEAU SINIQUB. 305

prince Kong eut terminé le labourage de la parcelle réservée qui était désignée par une étiquette jaune, et qu^on eut replacé dans leur fourreau les outils destinés au chef de rËlat, les trois princes de la famille impériale, puis les neuf premiers dignitaires de Tempire, conduisirent succèssÎTement la charrue jusqu'à ce que le champ fût labouré en son entier; derrière eux des mandarins inférieurs ensemencèrent les sillons ouverts, tandis que les laboureurs recouvraient avec des râteaux et des rouleaux les germes sacrés confiés à la terre. Pendant toute la cérémonie, des chœurs de musique et de symphonie ne cessèrent de se faire entendre.

« Cette intelligente protection, cet ennoblissement de Tagriculture ont «u d'immenses résultats. Aucun pays du monde n'est cultivé avec tant de soin et peut^tre avec plus de perfection que la Chine. 11 n'y a pas un pouce de terrain perdu.

« Dans le Pe-tclie-li, la propriété territoriale étant très-divisée, les exploi- Utions agricoles se font sur une petite échelle; mais l'intelligence avec l^uelle elles sont dirigées remédie aux graves inconvénients du morcclle- "ûenl. On rencontre peu de villages ; en revanche un grand nombre de Petites fermes et de métairies s'élèvent çà et là ombragées par quelques SWnds arbres. Les bâtiments tiennent peu de place, et les paysans sont si fe)nomes du sol, qu'ils établissent leurs meules et leurs gerbes sur les toits ^teurs maisons disposés en plate-forme (fig. 151).

•S*îls ménagent le terrain, ils ne se ménagent pas la peine; grâce à "abondance des bras et au bon marché de la main-d'œuvre, ils ont pu •dopter le mode de culture par ranjrécs alternatives, qui leur permet de ne Jamais laisser reposer la terre, et d'avoir des récoltes pendant tout l'été, ^sî, entre les rangées de sorgho [llolcus sorghum] qui s'élève jusqu'à dix ^ douze pieds de haut, ils sèment une céréale d'une taille plus faible, le P^Wt millet {Panicum Italicum), qui s'accommode de croître à l'ombre de ^^ gigantesque voisin. Quand le sorgho est moissonné, le millet exposé au *>leil mCirit à son tour; des fèves [Dolichos sinensis) sont plantées en rangées *^inilieu des champs de maïs, et elles ont donné leur récolte avant que ^Itii-^i^ qui est tardif, soit assez monté pour les étouffer; la terre retirée **w fossés d'écoulement ou d'irrigation est plantée de ricins ou de coton- Mera dont les larges panaches verts encadrent en guise de haies les champs de Céréales; enfin, quand le sol est trop aride ou qu'ils n'ont pu en enlever ^ pierres^ ils y sèment du pin à résine ou du cathsé, plante oléagineuse (pi s'*accommode des plus mauvais terrains.

• ï\ien de plus animé que le tableau que présentent les vastes plaines du Pe^he-li à Tépoque des moissons. Les efforts du laboureur ont produit leurs fruits; les récoltes de toute sorte viennent gonfler ses greniers; les bal-leurs, les vanneurs, les moissonneurs, accompagnés de troupes de femmes et d'enfants qui glanent, font retentir l'air de leurs chants joyeux, et, ^ demi nus sous un soleil ardent, la queue enroulée autour du crâne, ils trfl^illent avec ardeur depuis le point du jour jusqu'à la tombée de la nuit, 0C s*interrompant quelques minutes que pour manger des oignons et une pdgnée de riz, pour tirer quelques boudées de leurs pipos, et pour s'éventer «tec ardeur quand le soleil devient trop chaud, et que la sueur inonde leurs

membres robustes.

« Les eaux de cette province ne sont gaère moins exploitées que le sol.

c La pisciculture est pratiquée sur une grande échelle et de la manière la plus intelligente. Au commencement du printemps, un grand nombre de marchands de firai de poisson parcourent les campagnes pour vendre cette précieuse semence aux propriétaires d'étangs. Les œufs fécondés par la laitance sont transportés dans des tonnelets garnis de mousse humide. Il y a aussi des marchands d'alevin, habiles plongeurs qui vont prendre dans les trous des fleuves avec une poche à mailles très-serrées des petits poissons nouvellement nés; on élève cet alevin dans des étangs particuliers, d'où il est répandu, quand il est plus fort, dans les lacs et les grandes réserves. Les Chinois sont parvenus à conserver dans des bassins artificiels et à nourrir en domesticité les espèces les plus intéressantes et les plus productives de leurs fleuves. Dans les vastes étangs situés près du temple du Ciel k Pékin, on élève des dorades, une sorte de brème qui pèse jusqu'à vingt*cinq livres, des carpes et le fameux gouramî ou kia-yu, poisson domestique; matin et soir les gardiens apportent des herbes et du grain aux poissons qui s'en nourrissent avec avidité, et qui atteignent en peu de temps des proportions considérables grâce à cet engraissage forcé. Dans ces conditions, un étang rapporte plus à son propriétaire que les meilleures terres de labour.

c Les côtes de la mer à l'embouchure du Pei-ho sont garnies sur toute leur étendue de parcs pour prendre le poisson à marée basse. Ce sont des madragues consistant en plusieurs carrés de cotonnade bleue tendus en travers sur dès bouts de rotin qui sont fixés eut-mémes à de petits piquets se déployant comme les feuillets d'un paravent; on se sert aussi de la seine et d'un chalut qui se traîne à fond. On prend dans le golfe de Pe-tche-li des plies, des soles, des flétans-, des crapauds et des brèmes de mer, des dorades, des merlans, des germons, des morues et une foule d'autres poissons. On y rencontre des cétacés, cachalots et dauphins, plusieurs espèces de squales, parmi lesiiuelles le requin-tigre [Squalus tigrinus], dont la peau rayée et tachetée sert à divers usages industriels, et d'énormes tortues de mer.

« La pèche des rivières, qui nous est mieux connue, se fait de différentes manières fort ingénieuses : il y a la pèche avec des cormorans privés, k pèche au feu, au trident, à la nasse et à Téchiquier; on tend aussi des tramails pour barrer le cours d'eau à Tépoque des migrations des poissons voyageurs. Le Peï-ho, peuplé de nombreux pécheurs, présente Paspect le plus animé : de grandes barques contiennent des familles entières; les femmes sont occupées à raccommoder les filets , h fabriquer des nasses en osier, à vider et h saler les produits de la pèche, à transporter dans les étuis les poissons qu'on veut conserver vivants ; les petits enfants , le corps entouré d*une ceinture natatoire en vessies de porc, courent sur les bordages et grimpent comme des chats aux nuits et le long des cordages ; des hommes laissent tomber à Peau perpendiculairement leurs vastes échiquiers qu'ils relèvent sans peine par un mécanisme ingénieux en pesant de tout le poids de leur corps sur un montant en bois qui forme balance (fig. 152); d'autres visitent les filets dormants qui occupent tout le fond du fleuve et qui sont reconnaissables aux morceaux de bois flottant çà et là; enfin quelques-uns descendent le courant en harponnant les gros poissons avec un trident attaché h. leur poignet par une forte corde. Pour ne pas eff'aro^cher

petites tiges de roseaux non aplaties et cousues ensemble ; leurs jambes et leurs bras nus sont nerveux et bromes, leur figure est énergique et son expression calme annonce Thabitude du danger. Cependant, quoiqu'il arrive souvent que la proie harponnée plus vigoureux que le harponneur lui fasse perdre Téquilibre et le précipite dans Teau où il n'a d'autre ressource, s^il ne veut être entraîné dans ses profondeurs, que de couper la corde attachée à son poignet, on entend rarement parler d'accidents, car tous' sont excellents nageurs. La nuit, il se fait un bruit étrange sur les eaux qui sont illuminées par des torches de résine; les pécheurs parcourent en tout sens. le fleuve en exécutant des rouleoaents précipités sur des tambours de bois afin de chasser le poisson vers les endroits où sont tendus leurs filets. »

On vit en Chine avec une grande économie, par suite de Thabileté des agriculteurs et des artisans ou ouvriers des manufactures. Avec un ou deux kilogrammes d'herbe desséchée, qui coûte à peine vingt centimes le kilogramme, on peut faire cuire le repas d'une famille.

On fait peu usage de cheminées, sinon dans les provinces du nord; mais on s'habille chaudement quand la température Texige. Les maisons sont basses, de sorte qu'avec la houille qui existe dans le sol de plusieurs provinces, avec les élagages des arbres et les racines des arbrisseaux des montagnes, on a à bas prix tout le combustible nécessaire pour se chauffer ^

Les bois manquent presque entièrement en Chine, le pays ayant été entièrement défriché pour nourrir sa surabondante population. Les prairies sont également rares : ce qui revient à dire que les animaux de boucherie, la viande de bœuf et de mouton sont rares. On s'en passe, grâce aux innombrables cours d'eau, fleuves, rivières, lacs et canaux qui sillonnent la Chine, et qui fourmillent de poissons.

Ce n'est pas seulement dans les cours d'eau que Ton pêche. On prend du poisson dans les rizières, et même dans les flaques d'eau formées par les orages, tant la multiplication du poisson est rapide.

Il existe en Chine des espèces de poissons qui se multiplient d'une fa^on si prodigieuse, qu'elles produisent jusqu'à deux pontes en un mois. Aussi les poissons ne coùtent-ils pas plus de vingt centimes le kilogramme, et les plus chers, un franc. On pèche avec des filets de toutes dimensions, à la ligne de fond, à la loutre, au cormoran. C'est ainsi que l'on pourvoit à la nourriture animale habituelle de quatre cents millions d'habitants.

Le porc, le canard et la poule sont aussi une grande ressource. Le porc est si bien entré dans l'alimentation générale qu'il coûte plus cher que le bœuf, bien que celui-ci soit plus rare.

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