CHAPITRE II
Les populations africaines que nous rangeons dans la race brune ressemblent, par les formes du corps, aus populations de la race blanciie, mais leur peau est d'une couleur plus foncée, intermédiaire entre celle du nègre et celle du blanc. Les peuples composant ce rameau n"ont Jamais atteint un degré appréciable de civilisation. On manque d'ailleurs complètement de notions positives sur l'origine ou les migrations de ces peuples. Les diveraes langues qu'ils parlent nous sont même en partie inconnues.
Nous distinguerons dans le rameau éthiopien deux grandes lamilles : les Familles abyssinienne et feUam.
; ABVSSIXIENN
La partie de l'Afrique orientale (jui porte le nom d'Abyssinie réunit plusieurs peuplades qui parlent différentes langues. Ces peuplades sont rangées par beaucoup dethnologistesdans la race blanche; cependant leur teint, toujours plus foncé (jue celui des blancs, est plus clair que celui des nègres. Leurs cheveux, ordinairement crépus, leurs lèvres généralementépaisses, leur nez moins aplati que celui des nègres, sont autant de caractères qui leur assignent une place intermédiaire entre les deux races blanche et noire. Ces peuples résultent sans doute d'un mélange d'habitants noirs, originaires du pays, avec des Orientaux qui les avaient conquis.
Nous citerons parmi les principaux peuples appartenant à celte famille : les Abyssiniens, les Barabras, les Tibbous et les Gallas.
A l'exception des Abyssiniens, ces peuples sont encore peu connus.
Abyisiniens. — Les Abyssiniens sont rangés par la plupart àes auteurs dans la race blanche et dans la famille sémitique. 11 y a
lieu de croire, en effet, que l'Abyssinie fut plusieurs fois conquise, et peut être civilisée, par les peuples de l'Asie occidentale. Mais la couleur de leur peau, beaucoup plus foncée que celle des
Araraéens, prouve que les conquérants se sont mêlés avec les vaiaeus, et que àe ce mélange est sortie la race ahyssinienne acluclle. D'après le docteur lUippel, il y aurait deux types principaux chez les Abyssiniens. Le type le plus répandu se rapprocherait de celui des Arabes, le second oflrirail plus de rapport avec les Nègres. Les Abyssiniens qui appartiennent au premier groupe ont de belles formes. Par les traits, comme par l'expression de la physionomie, ils ressemblent aux Arabes Bédouins. Un visage ovale, un nez eflilé, d'un contour pur, une bouche bien proportionnée, avec des lèvres peu épaisses; des yeux viTs, des dents bien rangées, des cheveux un peu frisés ou lisses et une taille moyenne, tels sont les caractères distinctifs de ce groupe, auquel appartiennent la plupart des habitants des hautes montagnes de Samen et des plaines qui entourent le lac Tzana. Les Fala-ilias ou Juifs, les Garnatils, peuple idolâtre, et les Agoivs appartiennent à ce même groupe.
Le deuxième type se distingue principalement par un nez qui est moins effilé et mente un peu aplati dans toute sa longueur, par des lèvres épaisses, des yeux longs et peu animés, des cheveux très-crépus, presque laineux et tellement épais qu'ils se tiennent droits sur la léte. Une partie des habitants de la côte d'Abyssinie, de la province d'ilamasenet d'autres cantons voisins de la frontière nord de l'Abyssinie, appartient, à ce deuxième type. I Le baron Larrey, comparant l'Abyssinien au nègre, a trouvé
que le premier a les yeux plus grands, d'un regard plus agréable I et dont l'angle interne est un peu plus incliné. Chez l'Abyssinien
t les pommettes et les arcades zygomatiques sont plus saillantes que
k chez le -Nègrj; les joues l'ormeni- avec les angles de la mâchoire et
^^ de la bouche un triangle plus régulier; les lèvres sont épaisses,
^p san.s être renversées comme chez les Nègres ; les dents sont belles.
k bien plantées et moins avancées, les arcades alvéolaires sont
moins étendues. Le teint des Abyssins n'est pas aussi noir que I celui des .Vègres de l'intérieur de l'.VfrJque. Le baron Larrey
j, ajoute (|ue les derniers traits qu'il a décrits se rencontrent, avec
k quelques nuances presque insensibles, chez les vrais Égyptiens
d'autrefois, et qu'on les retrouve dans les tètes des statues d'Egypte et surtout dans celle des sphinx.
Dans son Yoyage en Abijssinie fait en 1B63 et publié en 1865, M. Guillaume Lejean a donné divers renseignements sur cette partie de l'Afrique et sur ses habitants. L'expédition glorieuse cpie
l'Angleterre a dirigée en 1866, contre le roi d'Alijssinie, a permis de vérilier l'exaclilude de ces renseignements du voyageur rran;ais.
L'armée du potentat abyssin, le négus Tliéodoros, était com- 1 osée, au moment de lexpédition dirigée contre lui par les An-
glais, d'environ 40000 hommes. L'inranlerie est armée d'une lance, dun bouclier et d'un sabre long el recourbé. Elle attaque à l'arme blanche avec impétuosilé. La cavalerie légère est excellente. Dans la charge, les cavaliers laissent flotter la bride, combattent des deux mains et font exécuter à leurs chevaux des tours de force prodigieux, avec le seul secours des jambes et des genoux
f'ig. 'JHI. DQvriei «bjulli jlaillïul^-
lls ont chacun un sabre et deux lances. A quinze mètres ces lances atteignent toujours le but, et leurs coups sont mortels. Ils s'en servent comme d'un javelot, et le javelot a deux mètres de long. Chaque cavalier a un serviteur qui doit s'élancer le sabre à la main, au milieu des ennemis, pour y reprendre l'arme de son maître, et la lui rapporter. Cette cavalerie attacfue un carré avec
furie; elle fait bondir les chevaux par-dessus les fantassins, i-t
les fait marcher à reculons, pour enfoncer les lignes ennemies.
Les tirailleurs sont des montagnards da Tigre. Ils ont une liravoure froide et impassible ; leur tir est très-juste.
Les ligures S18 et 3ig représentent des soldats abyssins tirailleurs et fusiliers.
Théodoros habitait rarement son palais. Sa vraie capitale était son camp, qu'il transportait sans cesse d'un bout â l'autre de l'empire. Il maintenait une discipline sévère dans sa maison et son état-major. Il y faisait souvent pleuvoir des bastonnades.
En Abysslnie, les deux cinr[uièmes de la population sont aux gages de la classe aisée. Il n'y a peut-être pas de pays au monde où la domesticité soit plus répandue. Un propriétaire abyssin aj uni un revenu érjuivalent à ; ooù francs de rente n'a pas moins de huit serviteurs. M. Guillaume Lejean, dans sou voyage, avait dix-sept domestiques, et sou compagnon de voyage, un Anglais, en avait soixante-dix. .Nous représentons (lig. 220) le costume d'un ouvrier abyssin.
Exception rare en Afrique, les Abyssiniens sont chrétiens. L'Église d'Abyssinie a pour chef VAbouna, dont le pouvoir théocratique est presque sans bornes. Le roi d'Abyssinie et le pontife se haïssent, se craignent et s'observent. L'avantage est à celui des dsux qui a le plus de courage et de forces.
Les moines et les prêtres sont communs en iVbyssinîe. La figure 221 représente le costume de ces religieux.
Les .Vbyssins prennent tous ies mois une décoction de kousso comme médecine curative contre le ténia (ver solitaire). En edet, par suite des circonstances locales, les viandes dont on fait usage dans ce pays sont infestées de cysticerques qui, ingérés dans l'estomac avec ces viandes, provoquent la naissance, au sein des organes, de cet bote incommode dont il faut se débarrasser de temps en temps. Ce remède contre le ténia a été récemment importé en Europe,
Barabras, — Les Barabras sont les peuples de !a Nubie. Ils habitent la partiedela valh'e comprise entre la frontière sud de l'Egypte et le Seunaar, c'est-à-dire la Xubie. Ils se rendent souvent en Egypte. Ils y arriventde la vallée du Ml pour chercher du travail.
Ce peuple est bien distinct des Arabes et de toutes les nations voisines. Il habite sur les bords du iNil, et partout où il trouve un sol propice, il plante des dattiers, établit des puits pour les irrigations, et sème diverses plantes légumineuses.
RAMEAU ÉTHIOPIEN. kU
lllumenbach fVit vivement frappé àe La ressemblance des Barabras avec les images et peintures que l'on trouve sur les divers monuments de l'ancienne Egypte. Les Barabras ont, comme les
%yptiens, la peau d'un noir rougeâtre, mais d'une teinte beau coup plus foncée. Un visage ovale un peu allongé, un nez aquilin et d'une très-belle forme, légèrement arrondi vers le bout, des lèvres grosses sans être proéminentes, un menton fuyant.
une barbe ciair-semée, des yeux animés, des cheveux très-frisés sans être jamais crépus, un corps parfaitemeni proportionné, et en général de taille moyenne, une peau de la couleur du bronze, tels sont les traits caractéristiques des Barabras purs.
On partage les fiarabras en trois groupes, parlant chacun un dialecte particulier : les Noubas, ou lfubie»s, les Kenoits et les Dongoulalis, qui tous habitent la vallée du Nil.
Les ffoubas, ou Nubiens, d'après Burckliardt, se distinguent des Nègres par plusieurs points, en particulier par la douceur de leur peau, qui est très-unie, très-souple, tandis que chez le véritable Nègre la paume de la main est rude et aussi dure que du bois. Leur nez est moins aplati, leurs lèvres moins épaisses, leurs pommettes moins saillantes que chez les Nègres. D'après Critchard, les Barabras paraîtraient être sortis du Kordofan.
La ligure 222 représente un .\ubien.
MM. Henri Cammar et André Lefèvre, dans leur Voyage en Egypte, décrivent aussi les Nubiens, dont ils traversèrent le pays en 1860.
• Nous sommes eQ Nubie : on ne ^wrle plus arabe. Les Nubiens, généralement inoffensife, ont cependant une allure guerrière : te poignard qu'une courroie altacho à leur bras, leur arc eu bois de fer et un bouclier en peau de crocodile sont les marques et les gardiens de leur liberté; le gouvernement n'a rien d'eux que par la Torce.
" Vigoureux cultivateurs, ils disputent au Heure, h mesure iju'jI décrall, le limon fertile qui suFCt ;i quatre moissons,
" Ne croyez [las qu'on laboure ; on se contente de semer le grain par pincées dans des trous peu profonds, et lanaturo fait le reste.
On conçoit qu'un climat si favorisé n'impose pas aus Nubiens la gène des vêlements. La plupart n'ont sur eux que leurs armes et leur peau noire. Les femmes ont des costumes d'une coupe assez bizarre; elles se teignent les lèvres et tressent leurs cheveux en mille petites nattes qu'elles ne refont pas tous les jours. Des Égjptiennes les trouveraient indécentes de laisser voir le bas de leur ligure. Bien plus, les filles, jusqu'au mariage, ne portent pour tout voile qu'une étroite ceinture. L.e3 villages, assez rapprochés, ne se composent gu^re que de quinze ou vingt huiles en terre, couverte'' d'un toit plat en branches de palmier ; devant les cabanes, à Doicé par esemple, sont rangées de grandes amphores où se garde lu blé.
• On trouve en Nubie des ruines de tous les temps et tous les dieux antiques ' .
Les habitants de la Nubie orientale ne sont que des peuplades errantes qui voyagent dans le pays compris entre le Nil et la mer
l. Lt Tout du momie, IHiiJ, 1" semesue, p. }09.
Rouge. Les habitants de la portion septentrionale de ce pays portent le nom d'Ababdehs.
Les Bicharyehs s'étendent jusqu'aux frontières de rAbyssinie; les Hadharebs sont encore plus au sud et vont jusqu'à Souakin, sur la mer Rouge. Les Souakins appartiennent à cette même race.
Les Bicharyehs sont sauvages et inhospitaliers. On prétend qu'ils boivent le sang encore chaud d'animaux vivants. Ils sont, pour la plupart, nomades, et se nourrissent de la chair ou du lait de leurs troupeaux. Tous les voyageurs s'accordent à les représenter comme de beaux hommes, ayant des traits réguliers, des yeux grands et expressifs et une taille svelte et élégante. Leur teint est de couleur chocolat foncé. Leur coiffure est très-curieuse. Ceux qui ont les cheveux assez longs pour les faire descendre plus bas que l'oreille, les laissent pendre en mèches droites, terminées chacune par une boucle. Cette chevelune est imprégnée de graisse, et si bien embrouillée qu'il serait difilcile d*y faire pénétrer un peigne. Ils se garderaient d'ailleurs d'y toucher, et pour ne pas déranger leur coiffure, ils sont toujours munis d'un morceau de bois pointu, de la forme d'une grosse aiguille ; ils se servent de cette aiguille de bois pour se gratter la tète.
La coiffure des Souakins est tout aussi étrange. L'aiguille qui sert à se gratter la tète est l'accessoire obligé de la toilette du Souakin.
Les Ababdehs ont les cheveux crépus, longs de sept ou huit centimètres, les lèvres peu épaisses, le nez un peu gros et le teint pres((ue noir. Ils sont nomades et vivent à la manière des Bédouins.
Tibbous, — Les Tibbous, qui errent dans la partie orientale du Sahara, ont été considérés comme appartenant à la famille des peuples berbères ; mais ils ont le teint plus foncé et ne parlent pas la langue arabe. Leur nez est aquilin, leurs lèvres peu épaisses, leur ligure intelligente et leur taille svelte. Ils sont extrêmement agiles et se livrent au pillage des caravanes.
Gallas,-- Les ûallas sont des hommes étrangers à la civilisation, qui mènent pour la plupart une vie pastorale et nomade, et sont répandus dans les plaines qui s'étendent au sud de i'Abyssinie. Ils sont divisés en un grand nombre de tribus indéi>endantes, unies par
RACE BRL'NE.
l'origine et par le langage. Ils ont le teint Irès-beau, des clievi ordinairement crépus ou laineux, des traits épais et courts, i
FAMILLE FELLANE.
Les Fetlatu, nommés aussi FtUatas, Foulis, Pouls ou Peuhls, n'onl.
Fig. 13'i. Amadou, roi île Sésou ^Mgritia).
é\à coDDUS pendant longtemps que par quelques iwuplules qui
416 HACE BRUNE.
habitent la SénC'gambie et descendaient jusiju'au Soudan. Ils ont le leint fortement basané, tirant tantôt sur le rougeâtre, tantôt sur !a couleur de bronze, mais jamais véritablement noir. Leurs clieveuK sont assez longs, lisses et soyeux ; leur nez n'est pas éjtaté ; le tour de leur figure est ovale ; leur taille élevée et svelte ; les extrémités des membres fines et petites; la démarche légère et noble. Us professent généralement le culte de Mahomet. Nous rangeons dans la famille fellane les peuples qui habitent
irons de Sigou).
lu partie occidentale de l'Afrique, tels '|ue les habitanls de lu Mgritie et du Bambara.
La capitale de la Nigritie, Ségo ou Ségou, est une ville assez importante située sur le Niger. M. Mage, dans son Voyage au Soudiui, a donné le dessin de plusieurs types authentiques d'habitants di! Ségou. que nous re|)roduisons ici.
La figure 22:ï ;page ^l^) représente un habitanl de Ségou. La
figure S34 (page 41&1 le portrait du roi de Ségou. Les figures 225 226 (pages 416 et 417] ofTrent le type de jeunes filles fellanes des environs de Ségou.
11 est probable que beaucoup d'autres peuples de l'Afrique oc-
li. Jtuns Bile («llana j
cidentalu devront être rangés à côlé des Felluns. C'est ainsi que l'on doit en rapprocher le peuple de Madagascar, les Owas.
Tous ces peuples dillerent des Xègres, bien f[u'ils tiabilent sur les contins du pays propre à cette race. Queliiues auteurs les con- Tondent à tort avec les Nègres, dont ils diflërent par des caractères piiysiques bien tranchés.