‹ Les races humaines (volume 2)Chapitre 25 sur 29 · CHAPITRE PREMIER · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER

Um\\J MERIDIONAL

Les peuples du rameau méridional de la race rouge se rapproclient de ceux de la race jaune. Leur teint, souvent jaune ou olivâtre, n'est jamais aussi rouge que celui des Indiens du nord. Leur tête est ordinairement moins allongée, leur nez moins ]irot'ralnent; leurs yeux sont fréquemment obliques.

Nous diviserons le rameau méridional de la race rouge en Iroi familles : les familles andienne, pampécnne et guaranirrme.

: ANDIENNK-

La familk aiidieiiue contient différents peuples : 1° les Indirus Quichuas^ 2° les Jndiens Amis, 3' les Aramaniens.

Les peuples appartenant à cette famille ont pour caractère commun un teint brun olivâtre, une taille petite, un front peu élevé et fuyant, des yeux horizontaux, non bridés à l'angle extérieur. Ils habitent les parties occidentales de la Bolivie, du Pérou et de l'État de Quito. \u seizième siècle, ces jiays furent entièrement soumis par les Espagnols, qui convertirent les habitants au christianisme.

Nous signalerons, dans cette famille, les Quichuas ou anciens liicas, les Aymaras, les Aiacamas et les Changos.

Quichuas ou Incas. — Les Quichuas étaient le peuple principal de l'ancien empire des Incas, et ils forment encore près de la moitié de la population indienne libre de l'Amérique méri-

dionale. Les Incas étaient, au quinzième siècle, la race dominante parmi les nation? du Pérou. Ils parlaient une langue particulière : le quichu.

Les anciens Incas, ceux qui vivaient avant l'invasion espagnole, possédaient une certaine civilisation. Us avaient exactement calculé la durée de l'année solaire-, ils avaient fait d'assez grands progrès dans l'art de la sculpture; ils gardaient le souvenir de leur histoire, au moyen de signes symboliques ; ils jouissaient d'un gouvernement bien organisé et d'un code de bonnes lois. On comptait parmi eux des orateurs, des poètes et des musiciens'.

Leur langue, imagée et douce à l'oreille, dénotait une longue culture. Leur religion était empreinte, au plus haut degré, du caractère spiritualiste. Ils reconnaissaient un Uieu, arbitre suprême, créateur de toutes choses. Ce dieu, c'était le soleil, et ils lui élevaient des temples superbes. Leur religion et leurs mœurs respiraient une grande douceur. Les farouches conquérants espagnols rencontrèrent ce peuple inoffensif et doux, et ils n'eurent point de cesse qu'ils n'eussent anéanti par le fer et par le feu ces hommes simples et tranquilles qui valaient mieux que leurs cruels envahisseurs»

UACE ROUGE.

Les ûgures 243 el 244 représentent des types d'Incas tirés i l'arbre généalogique de la descendance imiJêriale des Incas, qui a été publiée en 1863 dans le Tour du monde.

D'après le naturaliste Alcide dOrbigny, qui a parraitemenl décril celte race, la couleur des peuples quichuas, ou incas, n'est pas cuivrée, mais est un mélange de brun et d'olivâtre; leur taille moyenne n'est que de l^j^Q; celle des femmes est plus petite encore. Leurs épaules sont larges, carrées, la poitrine excessivement volumineuse, très-bomhée et très-longue. Leurs mains et leurs pieds sont petits. Le crâne et les traits de ces peuples, fort bien caractérisés, constituent un type tout à fait distinct, qui ne se rapprocbe «(uc des peuples mexicains. La tète est oblongue

d'avant en arrière, un peu comprimée latéralement. Le front est légèrement bombé, court, fuyant un peu en arrière. Néanmoins le crâne est souvent volumineux, et annonce un assez grand développement du cerveau. La face est généralement large; le nez est toujours saillant, assez long, fortement aquilin, comme recourbé à son extrémité sur la lèvre supérieure, et percé de narines larges et très-ouvertes. La bouclie est plutôt grande que moyenne, et saillante sans que les lèvres soient grosses. Les dents sont toujours belles et persistantes dans la vieillesse. Le menton est assez court, sans être fuyant, quelquefois même il est assez saillant. Les yeux, de dimensions moyennes et même souvent petits, toujours horizontaux, ne sont jamais bridés ni

relevés à leur angle extérieur. Les sourcils sont très-arqués, étroits, peu fournis. Les cheveux, toujours d'un beau noir, sont gros, épais, longs, très-lisses, très-droits et descendant très-bas sur les côtés du front. La barbe se réduit à quelques poils droits et rares, poussant fort tard, couvrant la lèvre supérieure, les côtés de la moustache et la partie culminante du menton. La physionomie de ces hommes est uniforme, sérieuse, réfléchie et même triste ; on dirait qu'ils veulent cacher leurs pensées sous l'aspect uniforme et concentré de leurs traits. Rarement on voit chez les femmes une jolie figure.

On a retrouvé sur un vase ancien la peinture d'un Inca, qui est tout semblable à ceux d'aujourd'hui, et qui prouve que depuis ([uatre ou cinq siècles les traits de ces peuples n'ont éprouvé aucune altération sensible.

La race des Ay inaras ressemble beaucoup, par les caractères physiques, à celle des Quichuas, dont elle se distingue d'ailleurs complètement par le langage.

Les Aymaras formaient une nation nombreuse, répandue sur une grande étendue de pays, et qui paraît avoir été très-anciennement civilisée. On peut les considérer comme les descendants de celte race antique qui, dans des temps fort reculés, habitait les hautes plaines couvertes par les singuliers monuments de Tiagnanaco, la plus ancienne cité de l'Amérique méridionale et ([ui peuplait les bords du lac de Titicaca.

Los Aymaras ressemblent aux Quicluias par le trait le plus remar- (juable de leur organisation, c'est-à-dire par la longueur et la largeur de la poitrine qui, en permettant aux poumons de prendre un grand développement, rend ces races particulièrement propres à vivre sur les hautes montagnes. Pour la forme de la tète, les facultés intellectuelles, les mœurs, les coutumes et l'industrie, les Aymaras ressemblent aux Quichuas. Mais l'architecture de leurs monuments et de leurs tombeaux s'écartait beaucoup de celle des Incas.

Deux nations inférieures en nombre à celles dont nous venons de parler sont celle des Atacamas, qui occupent le versant occidental des Andes Péruviennes, et celle des Changos, qui occupent le versant de l'océan Pacifique. Les uns et les autres ressemblent aux Incas par leurs caractères physiques ; mais la couleur de la peau des Changos est un peu plus foncée de ton et d'un bistre noirâtre.

RACE ROUOE.

Aniit. — Les Indiens Anlis comprennent plusieurs peuples savoir : les Yuracarèt, les Mocclènes, les Tacanas, les Maropat et les ApolUiai. Ces peuples habitent les Andes de la UoHvie. Leur leinl est plus clair que celui des Incas ; leurs formes sont moins nussives. et lears traits plus etTéminés.

Le Yoyagt de [océan Pacifique à l'océan Atlantique à traoen rAmèrique du Sud, qu'a publié H. l'aul Marcoy dans le Tour du monde, est accompagné de plusieurs dessins représentant des Indiens Antis, ainsi que quelques peuplades <|ui se rattachent k ce groupe. Nous reproduisons ici quelques-uns de ces dessins.

Voici d'abord (fig. 244 et 245) deux types de tètes d'indiens Antis.

Nous empruntons au voyage de M. Paul Marcoy les détails qui suivent sur les indigènes antis.

L'Antis est de taille moyenne et bien proportionnée. Ses formes sont arrondies. Il se peint les joues et le tour des yeux avec du rouge emprunté au rocou. Le noir de genipa sert à colorer certaines parties de leur corps exposées & l'air. Leur vêtement se compose d'un sac tissé par les femmes, ainsi que la gibedère, en

RAMBAU MERIDIONAL. 473

forme de cabas, que les hommes portent en sautoir, et dans laquelle ils mettent leurs objets de toilette, à savoir : un peigne fabriqué avec les épines du palmier chouta, du rocou en pâte, une moitié de pomme de genipa, un frt^^ment de miroir enchâssé dans du bois, un peloton de fll, un morceau de cire, une pince à épUer, formée de deux valves de moule, une tabatière empruntée au test d'un escargot et renfermant du tabac récolté vert et moulu trés-Qn, un appareil à priser, fabriqué avec deux bouts de roseau ou deux humérus de singe, soudés avec de la cire noire et figurant un angle aigu; quelquefois un couteau, des ciseaux, des liameçons et des aiguilles de fabrique européenne.

Les deux sexes portent la chevelure en queue de cheval, et coupée carrément à la hauteur de l'œil. Le seul bijou qu'ils portent est une pièce d'argent monnayé aplatie entre deux pierres, qu'ils percent et suspendent à la cloison de leurs narines. Ils ont. comme parure, des colliers de verroteries, des graines de cédrel et de styrax, des peaux d'oiseaux de couleur brillante, des becs de toucan, des ongles de tapir et jusqu'à des gousses de vanille suspendues à un ûl.

Les maisons des Antis sont presque toujours b&ties au bord des cours d'eau, isolées et à demi cachées par un rideau de végétation. Elles sont basses et malpropres. Une odeur de béte

(lèches barbelées ou à trident. D'autres flèches à pointe de palmier ou à lance de bambou sont employées par le chasseur contre les oiseaux et les quadrupèdes,

l'arfois les Antis empoisonnent, à l'aide du menispeimum coccuttis (coque du Levant), l'eau des criques ou des baies- Le pois-

RAMEAU MÉRIDIONAL. 47r,

sou, enivré momentanément, se débat d'abord, puis monte le

ventre en l'air, et vient flotter à la surface de l'eau, où on le prend à la main (%. 248).

Les poteries des Antis sont grossièrement fabriquées, peintes

i76 HACE ROUGE.

et veroissées. Ces Indiens vivent par familles, en couples isolés, el n'ont pour lois que leur bon plaisir. Ils ne se choisissent de chefs qu'en temps de guerre et pour marcher à l'ennemi. Les femmes, nubiles à douze ans, se marient avec celui qui les recherche, el qui a fait préalablement un cadeau aux parents. Elles préparent la nourriture do leur maître et mari, tissent ses vêtements, surveillent et récoltent les produits des plantations de riz, de manioc, de maïs, etc. Elles jiortent son bagage en voyage, le suivent à la guerre, el ramassent les flèches qu'il a lancées. Elles l'accompagnent à. la chasse et à la pèche, rament dans sa pirogue, el rapportent au logis le butin fait sur l'ennemi et le produit de la chasse ou de la pèche. Itlalgré ce rude labeur et cet esclavage continuel, la femme prend gaiement son existence,

La figure 249 représente une famille d'Indiens Antis préparant un repas au seuil d'une forêt. Un grand vase de terre sert â faire cuire le poisson pëchê au plus prochain cours d'eau,

A la morl d'un Antis, ses parents et ses amis se réunissent dan» sa demeure, prennent par la tète et par les pieds le cadavre enveloppé dans un sac el le .jettent à la rivière, puis ils dévastant le logis. Ils brisent l'arc, les flèches el les poteries du défuDl, éparpillent les cendres de son foyer, saccagent sa plantatioil, coupent à ras de terre les arbres qu'il a plantés, et finalement mettent le fini à sa hutte. Désormais l'endroit est réputé impur. r,hat;un s'en écarte en [lassiint. La végétation reprend bientôt ses droits, et le mort est définitivement effacé du souvenir des vivants.

L«s Antis, qui traitent si mal leurs morts, professent le menu dédain pour les vieillards. C'est pour eux qu'est l'aliment rebuté, le haillon sali, la place dédaignée au foyer.

Leur religion est un pèle-mële de théogonies, dans lequel mt reconnaît cependant la notion de l'existence d'un Dieu suprême, l'idée des deux principes du bien et du mal, enfin la rémauén' tioQ ou le châtiment au sortir de cette vie.

Les mœurs de ces peuplades sont, comme on le voit, un assez singulier mélange. Le bon plaisir est la loi dominante et comme la sagesse de cette nation, qui vit en liberté au sein de la nature.

L'idiome des Indiens Antis est doux et facile Ils le parlent avec une extrême volubilité, d'un ton sourd et voilé, mais toujours égal.

Araucanieru. -^Ces peuples s'étendent sur le versant occidental des Andes, depuis le 30* degré de latitude sud jusqu'à l'extré-

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mité de la [Terre de Feu. Ils occupent aussi les vallées supérieures et les plaines situées à l'est des Cordillères.

Les Araucanieiis composent deux nations : les Arawankws projirement dits,|'guerriers indomptables, dont l'Iiéroïsme est célébré

UACE ROUGE.

dans l'histoire de la coin|uéte du Pérou pnr les Espagnols, et les Pécherais, rjui habitent la parlie la plus australe des moatsgni» amiiricaines.

Ces deux peuples présentent, d'après A. d'Orbigny, une grande similitude au point de vue des caractères physiques : têtu forte à proportion du corps, visîige arrondi, pommettes saillantes, bouche large, lèvres épaisses, nez court et épaté, narines larjres. front étroit et fuyant, yeux horizontaux, barbe rare.

La figure 250 rcprésenk-, d'après Toiivrage de Prilchard. un de ces Indiens d'Araucanie, qui peuvent être considérés comme les phis policés des Indiens libres de l'Amérique méridionale.

Les Araucaniens ne mènent pas, en elfel, l'existence nomade des peuplades indiennes. Défendus par d'épaisses forêts contre les attaques et l'invasion des Américains, ils bâtissent avec le bois et le fer de véritables maisons, et leurs mœurs dénotent une civilisalion nidimenlaire.

Un avoué de Périgueux qui a réussi à se faire nommer roi de cetlc peuplade, et (|ui chassé par les Péruviens est venu raconter son odyssée en Europe, puis est reparti pour reconriuérir son tmne cfiancelant. a rendu célèbre en France la peuplade araucanienne. Orélle, premier du nom, a, dit-on, retrouvé aujourd'hui sa haute position chez les Indiens d'Araucanie. Xotis lui souhaitons un règne tranquille.

Les Pécherais habitent toutes les côtes de la Terre de Feu et des

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deux rives du détroit de Magellan. Leur genre de vie et les glaces i|ui couvrent tout l'intérieur du pays montucux qu'ils habitent les forcent à se tenir exclusivement sur les rivages de la mer.

Les Péclierais sont de couleur olivâtre ou basanée. Us sont bien liàtis, mais leurs formes sont massives. Leur démarche chancelante tient à la courliure de leurs jambes, déterminée par la manière dont ils s'asseyent à terre à la fui;on des Orientaux- Leur sourire doux et naïf dénote un caractère oldigeanL

Essentiellement nomades, ils ne se réunissent pas en société. Ils vont en petit nombre, par groupes de deux ou trois familles.

480 RACE R0T:GE

vivant de chasse et de pèche, changeant de séjour dès qu'ils ont épuisé les animaux et les coquillages des côtes. Habitant ont terre morcelée en une multitude d'iles, ils sont devenus navigtleurs, et parcourent incessamment toutes les plages de la Terre de Feu et des contrées situées à l'est du détroit. Armés de simples coquilles ou de haches en silex, ils se font avec l'êcorce des arbrej des barques de douze à quinze pieds de long sur Irois de iarge. Leurs huttes (fig. 251) sont recouvertes d'argile ou de peau de plioque. L'n beau matin, ils tes abandonnent, et toute la famille monte en nacelle avec ses nombreux chiens. Les femmes rament: les hommes se tiennent prêts à percer d'un dard armé d'une pierre aiguë à son extrémité le poisson qu'ils aperçoivent. Ils arrivent ainsi à une autre ile. Aussitôt les femmes mettent leur pirogue en sûreté, et vont à la pêche aux coquillages, tandis que les hommes chassent avec la fronde ou l'arc. Après une courte station, nouveau départ.

Ces pauvres gens sont donc sans cesse exposés aux dangers de lu mer et aux înlcrapéries des saisons, et pourtant ils sont, pour ainsi dire, sans vêtements. K peine si les épaules de l'homme ' sont couvertes d'un morceau de peau de phoque, tandis quel» femme n'a pour se couvrir qu'un petit tal)]ier de la même peu. i

.Malgré cette rude existence les l'êclierais ont de la coquetterie, ils se chargent Je cou, les bras, les janiJ*es, de colifichets ou de coquilles. Ils se peignent le corps, et plus souvent la tigure, de divers dessins blancs, noirs et rouges. Les hommes s'ornent quelquefois la tète d'un bouquet de plumes. Tous portent des espèces de bottines faites de peau de phoque.

Comme tous les peuples tliasseurs, les Pécherais ont entre eui de fréquentes querelles, et même de petites guerres, qui durent peu, mais qui se renouvellent souvent.

Des coquillages cuits ou crus, des poissons, des oiseaux, des phoques dont ils mangent la graisse crue, telle est leur nourriture, 'piils partagent avec les chiens, leurs compagnons lidêles. Pendant l'époque la plus rigoureuse de l'hiver, ils ne passent pas le temps sous terre, comme les habitants du pôle nord, mais poursuivent leurs travaux en plein air, en se garantissant le mieux qu'ils peuvent du froid qui règne sur ce rivage, en dépit de son nom trompeur de Tvrre de Feu. Cette Terre de Feu^ en raison de son voisinage du pôle austral, est pendant la plus grande partie de l'année une terre de glace.

Les femmes sont soumises aux plus rudes travaux. EUes rament, elles pèchent, elles construisent les cabanes, elles plongent dans la mer, même par les froids les plus intenses, pour aller chercher les coquillages attachés aux rochers.

Le langage des Pécherais se rapproche, quant aux sons, ce celui des Patagons et des Puelches, et de celui des Araucaniens quant aux formes. Leurs armes, leur religion, les peintures de leur visage sont aussi celles des trois nations voisines.

FAMILLE PAMPEENNE.

Les peuples assez nombreux de l'Amérique méridionale qui forment cette famille ont la taille souvent élevée, le front bombé non fuyant, les yeux horizontaux, quelquefois bridés à Tangle extérieur. Ces peuples habitent les immenses plaines ou pampas situées au pied du revers oriental des Andes. Ils élèvent une grande quantité de chevaux. Aussi les hommes sont-ils presque toujours à cheval, comme ceux qui errent dans les steppes de l'Asie.

Les peuples compris dans cette famille sont : les Patagons proprement dits ; — les Pudchcs ou tribu des pampas au sud de la rivière de la Plata; — les Charmas^ sur l'Uruguay; — les Tobas^ les Lenguas et les Machicuys^ qui possèdent la plus grande partie du Chaco; — les Mixos et Chiquitos; — les Mataguayos^ qui sont de la même région; — enfin les fameux Abipoues, les centaures du x\ou veau-Monde. Nous ne parlerons que de quelques-unes de ces tribus.

Patagons, — Nous réunissons sous ce nom, outre les Patagons proprement dits, plusieurs autres tribus nomades qui leur ressemblent, et qui se trouvent les unes au sud, les autres au nord de la rivière de la Plata. Les tribus du sud de la Plata sont celles ([ui errent dans les pampas étendues depuis ce cours d'eau jusqu'au détroit de Magellan ; les tribus du nord de la Plata qui, physiquement, ressemblent aux Patagons proprement dits, habitent cette portion du pays comprise entre la rivière du Paraguay et les derniers contre-forts de la Cordillère, et qui s'avance au nord jusqu'au 20* degré de latitude, comprenant toute la région des plaines intérieures de la province^de Chaco.

LesPaUgons sont les nomades du Nouveau-Monde. Ce sont des tribus équestres qui parcourent des plaines arides, et vivent soas des tentes de peau, ou dans les forêts, dans des huttes recouvertes d'écorce ou de chaume. Guerriers fiers et indomptables, ils méprisent l'agriculture el les arts de la civilisatioa, et ont toujours résisté aux armes des Espagnols.

Ces tribus sauvages ont le teint plus foncé que la plupart de celles qui habitent r.\mérique du Sud. Leur teint est d'iiD brun olivâtre. C'est chez les hommes qui les composent qu'où trouve la plus haute stature, les formes les plus athlétiques et les plus robustes. Les tribus ({ui présentent la taille la plus élevée sont celles qui habitent le plus au midi; la taille diminue chez les autres à mesure qu'on se rapproche de la province du Chaco.

Comme nous l'avons dit dans l'Introduction de cet ouvrage, on nvait autrefois beaucoup exagéré la taille des Patagons. M. ticide d'Orbigny, qui vécut pendant sept mois chez les PatagODS lie diverses tribus, en mesura un grand nombre. 11 aftirme qne le plus grand de tous n'avait que cimi pieds onze pouces, et que la taille moyenne n'est pas au-dessous de cinq [)ieds quatK pou et' s.

M. Victor de Hochas, dans son Journal d'un voyaye au détroU (te Ma'jeltan, a constaté éj,'alement que \a taille des Patagons n'a rien d'extraordinaire. Il leur trouva le teint lirun, les cheveui noirs, gros cl plais, la !)arl(e rare, la physionomie sérieuse. mile et fière chez les hommes, et chez les femmes douce et lionne; les traits réguliers, mais épais; les mains et les pieds des femmes petits.

Chez toutes les tribus dont il est question, le tronc est large el robuste, les membres bien fournis, la compleiion vigoureuse, aussi bien chez les femmes que chez les hommes. Chez les Patagons proprement dits, la tète est grosse, la face large et aplatie, les pommettes saillantes.

Dans les nations du Chaco, dont il sera parlé plus loin, les yeui .■iont petits, horizontaux, quelquefois légèrement bridés à l'extérieur, le nez court, épaté, large, à narines ouvertes, la boucbe grande, les lèvres grosses et saillantes, le menton court, les sourcils arqués, la barbe rare, les cheveux noirs, longs et platSj la physionomie sombre, souvent féroce.

Les langues de ces nations, distinctes pour le fond, ont entre elles quelques analogies ; toutes sont dures, gutturales et difliciles à prononcer.

Lin voyageur, M- Guinard, passa trois ans en captivité chez les Patagons. Le sort l'avait livré aus mains de la tribu des Poyuches, qui errent sur la rive méridionale du Ilio Negio, dejiuîs le voisi-

nage de llle Paclieco. Nous empruntons à son rt'Cit les détails qui suivent.

Que ces Indiens nomades vivent dans le voisinage des llis])ano- Américains, ou dans les solitudes de la Patagonie, sous les premiers contre-forts boisés des cordillères, ou sur le sol nu et agreste de la pampa, ils ont le même genre de vie uniforme. Leurs occupations sont la chasse, la surveillance de leurs animaux domestiques, l'équitation, le maniement de la lance, des boules, de la fronde et du lasso.

- Les liabitations sont des tentes en cuir, que ces sauvages trans-

portent dans leurs migrations. Leur costume se compose d'une pièce d'étoffe quelcomiue, dans le milieu de laquelle ils pratiquent une ouverture pour passer la tète; une autre pièce de petite dimension leur serre la taille. Leur tète est entourée d'tip lambeau d'étoffe qui maintient leur chevelure séparée en avant, i et retombant à longs flots sur les épaules. Ils s'épilent avec soin tout le corps, sans même épargner les sourcils. Ils se peignenl la figure à l'aide de terres volcaniques que leur apportent I« Araucaniens. Les couleurs varient selon les goi'ils; celles t(Ui dominent sont le noir, le rouge, le bleu, le blanc. Les femme* sont habillées d'un fourreau, d'où sortent tètes, bras et jambn. Elles s'épilent le corps, les sourcils, et se peignent la ûgan

dont le bizarre et dur aspect est rehaussé d'une parure en perles grossières. Des boucles d'oreilles carrées et des br»- 'Celets acliÈvent leur toilette. Elles savent jeter la lance et la lasso aussi aisément que les hommes , et montent à cheval comme eus.

M. Guinard apprit ù manier les chevaux et les armes indiennes, car on le fit participer aux chasses au nandou et au guaoaco.

La plus grande occupation de ces Indiens est en effet la cbUK. Ils s'y livrent toute l'année. Les Chcn-tkbes , une des tribus polagones, n'ayant pas à leur disposition le secours des chevaux, chassent à pied.

A chaque retour de la chasse, les Patagons se livrent au jea et

à l'ivrognerie. Ils trichent au jeu et s'enivrent jusqu'à de\entP furieux et à se battre entre eux avec acharnement Ils observeni

par un deux fêles religieuses. A celte occasion, ils dansent et ao livrent à de fantasr[ues cavalcades.

Les l'atagons ont l'hubilude de percer les oreilles des enfanls. Ce iierccmcat est uno cérémonie analogue à celle du bapt^c.

L'enfant est couché sur un cheval qui a été renversé par le chef de la famille ou de la tribu, et on lui transperce soIenDellement le lobule de l'oreille (fig. S53).

Uisons d'ailleurs que l'existence d'un nouveau-né est soumise à l'appréciation du père et delà mère, qui décident de sa vie ou de sa mort. S'ils jugent à propos de s'en défaire, ils l'êlouffenl, et le portent à peu de distance, où il devient la pAture des chiens sauvages et des oiseaux de proie. Si le pauvre petit est jugé digne de vivre, sa mère l'allaite jusqu'à trois ans, et c'eslà quatre ans qu'on lui perce solennellement les oreilles,

Dans leurs cérémonies religieuses, les Patagons sacrifient à DIm un jeune cheval et un bœuf, donnés par les plus riches d'entre eux.. Après qu'on a renversé ces bètes sur le sol, la tête tournée du côté du levant, un Jiomme ouvre la poitrine de chatjue victime (lig. 254). Il en arrache le cœur et le suspend, encore palpitant, au bout d'une lance. La foule empressée et curieuse, l«s yeux fixés sur le sang qui coule d'une large incision, tire des augures qui, presque toujours, sont à son avantage; puis elle se retire dans son habitation, estimant que Dieu favorisera ses entreprises.

Chez ces peuples, le mariage est un traGc, un échange d'olûels et d'animaux divers contre une femme. Celle-ci est d'aillean chargée du travail, pendant que l'homme se repose, s'il n'est pas à la chasse ou occupé à la surveillance des animaux.

Le l'atagon qui meurt dans ses foyers est inhumé avec pompe. Son corps, revêtu de ses plus beaux ornements, est étendu sur un large linceul de cuir. A ses cotés on place ses armes. Os l'enveloppe ensuite dans ce cuir, et on le place sur le dos de soo cheval favori, auquel on casse la jambe gauche. Toutes les feot- ■ mes de la tribu se réunissent aux veuves du défunt et poussent des cris perçants. Les hommes, après s'être peint les mains et la figure en noir, escortent le corps jus(iu'au lieu de la sépulture. Là, on abat des chevaux et des moutons, qui serviront d'aliments au défunt pendant les moments de son passage dans l'autre vie (fig. 255).

Indiens Tobas, Lenguas et Machicuys. — C'est dans la famille pampéenne qu'il faut placer, avons-nous dit. les Indiens Tobas, Lenguas et Machicuys. M. le docteur Demersay a étudié ces tribus pendant son voyage au Paraguay.

On appelle Indiens du Grand^Chaco tes trois tribus tobas, lenguas et machicuys. Il ne sera pas sans intérêt, pour donner un exemple particulier des mœurs des Indiens sauvages de l'Améri'iuu du Sud , de citer ici les quelques pages dans lestiuelles M. Pemersay a rendu compte de son excursion chez les Indiens

du Grand-Charo, c'est-ù-dire cliez les Lenguas, les Tobas et les .Macliicuys.

• Aujourd'hui très peu nombreuse, dil le docteur Demersay, et presque L'ieinle, la nation lengua vit au nord du Pilcomayo, unie el mélangée aux limmages et aux Machicuys, à peu de dislance du QuarUl. Leurs ennemis

490 RACE nOUGE.

actuels aonl les Tobas, unis aux Pitiliga«,aMC.hiinip s cl aux Aguilo(S,Ca derniers constituent une borde noinbreoaft de l'autre côt^ du PilconuTo.

. C'est surtout avec les Machicuys que les restes de la nalion lettpa sont unis et confondus. En effet, ils disent ne plus former que douie ttmilles, et le caciqu* des Mascojs est eu rufuie temps le leur.

« Les Lenguas ont despoyrt, ou raédecnis, qui n'adminîsLrenl aux imlades que de l'eau el des fruits, ?t pratiquent des succions avec la boucbi Bur les plaies et les endroits douloureux. Ils untremfknt ccUo op^ntion ib Jongleries et de chants accompagnés avec des calebasses (pcronyo*) qu'Vi secouent aux oreilles du malade. Ces iwron^os, remplis do petites pierm, font un bruit assourdissant. Lee paye* sont en même temivs ^nrciera, pîédlsent les avènements et lisent dans l'avenir.

< OubIcTICS flammes (la coutume ii'eat pas générale] »e lalocoot d*u(i« roaiii&re indélébile h l'époque de lu puberté, qui toujours est nar^te par une fête. Celte Tète consiste dans une réunion de famills. oA kt iiomines s'enivrent avec de reau-dc-vie s'ils ont pu s>n procurer fu échange, ou avec la liqueur fermentie [ekicka] qu'ils tii-eiU des fruit* <k \'atgarobu.

t Le tatouage des femmes consiste on quatre raies bleues, étroll«ft éi (■rallMes, qui tombent du liaut du front lur le nor. qu'elles suivent JiMiaï l'exlréniité, sans continuer sur la lèvre supérieure, cl en anneaux irrijSliere, dessinés sur les ci'iLéâ du front jusqu'aux tempes exclusivciwial, ur les joues et le menton.

< Les deux sexes se percent les oreilles dès l'dj^e le plus U^udre, et y p>i* seBt un morceau de bois, dont ils augmentent sans cesse le diamiâs,<fc : I 11 t q 1 âp d q t tro ffre d ô mes dinn*-

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lance garnie do fer, et quelques-uns les bolat et le lazf. Ils sont excellents cavaliers, montent à poil, avec leur Temme et leurs enfants, plusieurs sur le ni^ine cheval, et ils montent a droite, les femmes comme les lionimes.

Ils nonl pas île mors et se contcnicnt d'un morceau de bois : ils font des n^ncs nvec îles fils de raraguata.

( Leur couleur brun olIviUrc. plus foncée que celle des Tobas, des pommettes saillantes, leurs petits yeux, une face large, aplatie, leur nez ouvert

(.92 RAGE ROUUE.

un peu écrasé, leur large bouche, de grosses lèvres, ilonncnL h la ph)ii4nomie de ces sauvages uu aspect singulier, auquel ne contribue pas midiocremeiit une |iaire <l''oreilics tombant jusqu'il la base du cou, et chez quelques individus jusqu'aux clavicules. Les Leu^ uas, coiiiuiiï tous les lndi«iu. deviennuit hideux en vieillissant.

E Quelques semaines s'étaient écoulées depuis mon «xctirsîon sure point, el je rentrais il l'Assomption après un nouveau voyage dans l*inl*rieur du pays, lorsque j'appris que le Quarlel avait élô l'objet d'une agr*!slon tout h fait imprévue de la part des tribus du Chaco, et qu'à la »iiib d'un enïragement dans lequel deux Indiens avaient trouvé la mort, les mldats avaient pu reprendre le bétail dérobé, el faire des prisonniers, ainiitât diri^çés sur la capitale, et coiiliés à la garde de la Iroupe dans la casenu^ de cavalerie située près de l'arsenal et du port. L'occasion était on ni* pfol plus favorable pour continuer mes études elimograpbiques et lea coiupfcHer; d^s le lendemain j'accourais k la caserne.

' Je trouvai, en arrivant, une douzaine d'IndieDs chargés de fers el ani» <;-à et U au milieu d'une cour étroite. Couverts de sordides. muaitU européens, de ponchos en guenilles, ou drapés à l'antique, dans de tonvaisGs couvertures, lea prisonniers, parmi lesquels figuraient deux enbnb, l'un de huit ans, l'autre de quinze, paraissaient tristes et abattus. lia gu^ daionl un silence profond, dont j'eus quelque peine à les tirer.

I A côté des Lenguas que j'avais vus au Quartel, il 3- avait des Tobas il des Machicuys; mais quoique connu des premiers, ce fut en vain que nw interprète tes questionna sur le motif de leur agression.

c Les Tobaa [5g. 3&BJ sont d'une taille généralement élevée et bicNfaph J'en ai mesuré trois, et j'ai trouvé li",8i, 1"",77. et l",?!. Leur Sjàlh» musciihire est développé, et leurs membres, bien conformés, se tenniPMit. comme chez to'iles les nations du Chaco, par des mains et des pieds à lUn envie à des Européennes.

i Ils ont un front ordinaire, non fuyant; des yeux vifs, plus grands tiw ceux des Lenguas,^! surmontés de sourcils minces et peu fournis : IStù est noir. Ils ue s'arrachent pas les cils. Leur nez, régulier, allongé, eVrondit il son extrémité en s'élargissant un peu. La bouche, lé^^ërement wtovée aux anfïles, mieux proportionnée el moins largement fendue que odfc des Lenguas, est garnie de belles dents, qu'ils conservent dans un Age tWt avajicé. Ils n'ont pa.s non plus les pommelles saillantt:s et la face laBi large.

c Les Tobas paraissent avoir renonce à l'usage du barbote qu'ils* portaient encore au temps d'Azara : aucun d'eux n'avait de cicatrice à la lèvre inf*rieure. Leurs oreilles u'élaient pas percées. Ils laissent croître et floUer librement leurs cheveux sans les attacher. Quelques-uns ccpenaaot les coupent carrémenl sur le front : celle coutume existe même chez certaioes femmi;s.

t La couleur de la peau, moins foncée que celle des Lenguas, est d'un brun olive, sans rellets jaunâtres; au reste, j'avoue qu'il est trèa-diflicile d'exprimer ces nuances si variées de coloration.

« Rien ne pouvait distraire les hommes de leur tacilurnité; à toutes nos questions leur physionomie restait impassible, froide et sérieuse. Quelques

vojageurs accordent aux femmes encore jeunes un sounre gracieux une figure intéressante mais leurs traits se déforment do t>onne heure, et, comme les hommes, elles détiennent d une laidtur repoussante En m^iiie temps le sein d un tolump normal d abord l>ien placé sallongc

:iu point de leur permettre d'alluilcr lours L'uranls qu'elles portonl di-rriùri; II' Jus.

( La nation toba occupe, ou plus exactement parcoiiil une étendue considérable des plaines du Cbaco. Un la rencontre sur les bords du

i'ilconiajo. depuis son embouchure jusqu'au pied des premiers eonli»forts des Andes , où elle est en contact et souvent en guerre avec lu Qiiri guanos. <

« Généralement nouiades, ks Tobas sont pêcheurs et ubossoura, Phd amies ils ont des balas, des IIÈclies, dc« makanas et de longues lauee» irniées de pointes do Ter. I^ucli|ue»-unea de leurs tribus, plus séilenLùm, ajoutent les produits de l'i^^ri culture 6 ceux do h chasse ; elles cullJTml k mais, le manioc et les patates.

• Les enraiits des deux sexes vont nus ; les hommes et les Tvmmtt portent une pitce d'étulTe enroulée autour des reins, ou se tlrapont dau « uiantL'au Tait de la dépouille dus animaux Situvages. Lns rnmnies 0«l fmt ornements des colliers et des braeelcta de perles de verre ou de pelUswijulllages; et dans ccrlaines tribus, les honuncs s'entourent le c«rps^ ' lorijirs chapelets blancs, composés de peDls rra^ments de coquillts a en Torme de boutons, et enfilés de manîtrc k consonrer une ( forme.

ifachkitys. — M. Demersay ne pnrlage pas l'opiaioD M, d'Orbigny, que les Muchicuys ne seraient qu'une Tobas dont ils parleraient la langue. Selon ce voyageur, le gage ne serait pas le même chez ces deux tribus diflërences les sépareraient.

e trilwte

eur, k> Unut dl^n^S

I l'Ius sédentaires, agriculteurs, doués de mœurs moins I Marliic-uys, dit M. Demersay, se rapprochent des Lcng'uas par I ïions extraordinaires du lobule des oreilles, iiar leurs armes et la n» niiTc di> combattiY', .\zani dit qu'ils s'en éloignent par la (orme de kur barbole. lequel ressemblerait il celui des Cliarruas, jNous répéterons kt l'observation que nous avons faite précédemment ; aucun des Madiieuj> ijue nous avons vus no iiréseiitaîl la cicalrice de l'ouverture destinée à lewvoir ce sauva^-'e ornement qu'ils abandonnent, à l'exemple des Bolotados du Brésil, tandis que certaines peuplades de l'ancieu continent le oddservenl religieusement. C'est ainsi que les Berry, nation noire des borib du Saubat, affinent de la rive droite du Nil, se percent la lèvre inrérieerc pour y introduire un morceau de cristal de plus d'un pouce.

t La taille, les formes, les proportions des Machicuys sont celles de» Lenguas. Gomme eux, ils ont d<; petits yeux, la face large, une grande boucbe, le nez épaté, les narines ouvertes. Ils laii^sent fiolter leurs cheveai, dont les Iwucle-i épaisses couvrent en parlie leur visage, cl retombent sur leurs épaules.

• l.e langage de ces nations est, comme celui de tous les Indiens du Cliaco, très-accentué et rempli de sons arrachés avec effort du nei et de la goi^e ; il présente des redoublements de consonnes d'une extrême difBculU de prononciation, ■

iloxos et Chiquitos. — Les provinces intérieures, et en quelque sorte centrales, de l'Amérique du Sud qui se trouvent au nord

du CItaco, ont été appelées par les Espagnols provinces des Sloxos et des Chiquitos, du nom des deux principales familles de peuples indiens qui vivent dans ces contrées

Uacliicuy.

Les Moxos habitent de vastes plaines sujettes à de fréquentes inondations et parcourues par dimmenses rivières, sur lesquelles ils sont fréquemment obligés de naviguer dans leurs bateaux. Ce sont les ichtliyopbages de la région fluviale de l'intérieur.

Le pays des Chiquitos est une suite de montagnes peu élevées, couvertes de forêts et entremêlées de nombreuses petites rivières. Ils sont cultivateurs et ont des demeures fixes.

Les ChiquUos vivent par clans, dont chacun a son petit village. Les hommes vont nus. Les femmes ont un vâtement flottant, qu'elles se plaisent à orner. D'un naturel lieureux et d'un caractère bienveillant, ces Indiens sont sociables, hospitaliers, disposés à la gaieté, passionnés pour la danse et pour la rausitpae. Ils se sont convertis ou christianisme d'une manière durable. Sous le rapport physique, ils ont la tète grosse, arrondie, presque toujours circulaire, la face ronde et pleine, les pommettes saillantes, le front bas et bombé, le nez court et légèrement épaté, les narines peu ouvertes, les yeux petits, horizontaux, pleins d'expression et de vivacité, les lèvres minces, les dents belles, la bouche médiocre, la barbe peu fournie, les cheveux longs, noirs et lisses. Dans l'extrême vieillesse ils ne blanchissent pas, mais ils Jaunissent.

Les Mosos ont des mœurs fort analogues a celles des Chiquitos. Leur teint est brun olivâtre peu foncé, leur taille moyenne. Leurs formes sont peu robustes, le nez est court, peu large, la bouche médiocre , les lèvres et les pommettes sont peu saillantes ; la face est ovale ou circulaire, la physionomie douce et un peu ; enjouée. Cette famille habite vers les conlins de la Bolivie, du Pérou et du ISrcsil.

Avant la conquête, ces peuples étaient établis au bord des rivières et des lacs. Ils étaient pécheurs, chasseurs, et surtout agriculteurs. La chasse était pour eux un délassement, la pêche une nécessité; l'agriculture leur procurait des provisions et des boissons. Leurs coutumes étaient pourtant barbares. Un Moxos immolait par superstition sa femme si elle avortait, et ses enfants s'ils étaient jumeaux. La mère se débarrassait de ses enfants s'iis l'ennuyaient. Le mariage pouvait être dissous à la volonté des parties, et la polygamie était fréquente. Ces Indiens étaient tous plus ou moins guerriers; mais les tradilions et les écrits ne nous ont conservé la mémoire que d'une seule nation, qui était anthropophage et mangeait ses prisonniers. Les conseils des missionnaires ont modilié les mœurs de cette nation, sans lui enlever toutes ses coutumes barbares.

Les Moxéens et les Chiqultéens ont de larges épaules, une poitrine fortement bombée, un corps des plus robustes.

Ces deux peuples comprennent chacun un certain nombre de peuplades, que nous ne croyons pas devoir signaler ici, car leurs mœurs à demi sauvages ressemblent à celles des tribus que nous venons de signaler. C'est pour les mêmes motifs que nous passerons sous silence les autres tribus qui se rangent dans la famille pampéenne, et dont nous avons cité les noms plus liaut.

FAMILLE GUAHANIENNE.

La ftimUle guaranienne s'étend sur un espace immense, depuis le Rio de la Piata jusqu'à la mer des Antilles.

Un teint jaunâtre, mélangé dun peu de rouge, une taille moyenne, des formes très-massives, un front peu bombé, non fuyant, des yeux obliques relevés à leur angle extérieur, un nez court et étroit, une bouche moyenne, des lèvres minces, des pommettes peu saillantes, une face circulaire pleine, des traits efféminés, et une ligure douce : tels sont les caractères principaux de cette famille.

D'Url)igny a établi deux divisions seulement dans cette famille : les Guaranis et les Botocudos.

Guaranis. — Toute la portion de TAmérique du Sud qui se trouve à Test de la rivière du Paraguay et d'une ligne tirée des sources de cette rivière à l'embouchure de l'Orénoque était habitée, à l'époque de la découverte de l'Amérique méridionale, par un grand nombre de tribus indigènes qui appartenaient à deux grandes familles. I/une était celle des Guaranis, répandue dans tout le Paraguay, et qui est alliée aux tribus sauvages du Brésil ; 1 autre comprend les races qui occupent les provinces plus septen trionales et s'avancent jusqu'au golfe du Mexique. Par les traits, par leurs couleurs, les Indiens appartenant à ces deux familles se ressemblent beaucoup, et d'Orbigny les rattache au même type physique, caractérisé par une couleur jaunâtre, une taille moyenne, un front non fuyant et des yeux souvent obliques, toujours relevés à l'angle extérieur.

Par l'aptitude toute particulière qu'elle a montrée pour entrer dans la voie des améliorations sociales, la nation guaranienne est une des plus intéressantes de l'Amérique du Sud. Les Guaranis nU^ ridionaiix, ou indigènes du Paraguay, renferment à la fois des tri*

(,98 UACE HOUGE.

lius soumises au régime des missions, dans les établisseinents que les jésuites ont formés au Paraguay, et d'autres qui errent encore en liberté dans les forêts de ce pays. Outre les Guaranis proprement dits, qui sont tous clirétîens et habitent trente-deui grandes bourgades situées sur les bords du l'arana, du Paraguay et (le l'Uruguay, il existe un certain nombre de tribus sauvages iiui appartiennent à la même race et qui restent cachées dans les profondeurs des bois. Ces tribus portent des noms tirés pour la plupart de ceux des rivières ou des montagnes dans le voisinage desquels elles habitent. Parmi les principales on cite les Topas, les Tobaliii'juas et les Caywjuas, les Gadignis, les Magacits, etc.

M. Demersay, qui a visité les établissements des jésuites au l'arnguay, a également parcouru les forêts habitées par les tribus sauvages dont nous parlons. L'auteur a publié dans tt Tour i/u rnondf, en 1B65, la relation de ses observations. Nous rapporterons ici les parties de son récit qui concernent les tribus sauvages du Paraguay.

• L'histoire des mce s américaines, dit M, Demersay, pourrait tenir ilaos ijuelques pages. Les uues ont accepté la de mi -servitude que leurapportaieat

les conquérants; les autres, plus rebelles, ont voulu lutter et ont été détruites ; celles qui lullenl eucore périronL Les races qui unt préféré la sajétimi à la mort, en mèl&nt djins une [arie proportion lear sang au aaog européen, n'ont clis]iai-u comme races '|ue pour entrer comme partie intégrante, et quelquefois dominante, dans les nationalilcs américaines, La >:rande famille des Guaranis offre à l'observation de l'ethnologue rexemple c plus frappant de cette fusion intime.

I Mais au milieu d'elle, à côté des hordes insoumises du Grand-(^hac<<, mi remarquables par leurs belles proportions, il existe encore une peuplade peu nombreuse, dont les rangs chaque jour s'éclaircisscnt, et qui, près de disparaître, a légué intactes à la génération actuelle, avec une complète indépendance, ses croyances, ses coutumes, el les glorieuses traditions de ses

• A l'époque de la découverte, les i'ayaguas, tel est le nom de celle nation vaillante, partagée en deux tribus, les Oadiyuès et les lUagachs, vivaient sur les rives el les iles nombreuses du Rio -Paraguay, vers les 21" et 25* de latitude. Ces résidences n'avaient rien de fixe. Maîtres du fleuve et jalouï de son empire, ils naviguaient depuis le lac de .\arayes, et taisaient de lointaines excursions sur le Parana jusqu'à Conieutcs et Sajila-Fé d'un cùlé, et jusqu'au SaltO'Clùco de l'autre.

I On a proposé comme étymologie assez rationnelle du nom de ces Indiens les deux mots guaranis pat et aguaa, qui signifient « attaché ^ la rame ■, ce qui est tout à fait en rapport avec leui's habitudes. En-

suite, on a voulu voir dans Texpression Paraguay, appliquée comme dénomination à la rivière, avant de Tèlre à la province, une corruption de Payaguaj corruption assez légère, et qui nous paraît fort admissible.

« Quoi qu'il en soit de celte supposition dont nous ne discuterons pas ici la valeur, cette nation indomptable et rusée fut pendant deux siècles le plus redoutable adversaire des Espagnols. Les écrivains de la conquête, les ouvrages d'Azara, VEssai historique du doyen Funes, et de nombreuses pièces conservées dans les archives de TAssomption, contiennent le récit de leurs entreprises audacieuses.

« .... Quel était leur nombre dans la première moitié du sci/iènie siècle? 11 est impossible de le dire avec certitude; mais les anciennes relations, qui paraissent ne pas mériter sur ce point le reproche d'exagération qu'on leur a plus d'une fois et à juste titre adressé, ne Teslimcnt pas au delà de i)lusieurs milliers de combattants. Du temps d'Azara, la peuplade tout entière comptait à peine mille Ames; de nos jours, elle n'en a pas deux <ents.

« Leur taille est remarquable. Elle surpasse incontestablement celle de la plupart des nations du globe. Les mesures prises au hasard sur huit individus justifieraient l'application de cette épithèle aux Payaguas, car elles m'ont donné pour moyenne 1™,781.

«< Chez les lemmcs, les proportions ne sont pas moins avantageuses. Ainsi, quatre femmes de plus de vingt ans m'ont olFerl ; la première, l'",55; la seconde, l^.bô; la troisième, 1",60, et la quatrième, l'",62. Moyenne, 1«»,58.

•« On peut tirer plusieurs conséquences de cette double série de mesures. Kn comparant la taille moyenne des Payaguas à celle de riionune en î^'ênéral, que les physiologistes s'accordent à fixer vers l'",70, on voit que la difl'érence, tout ;i Favanlage des premiers, n'est pas inférieure à 0"'.121.

« Si l'on prend ensuite pour points de comparaison les mesures observées par des voyageurs exacts sur les peuples qui passent pour les plus frrands de l'univers, sur les Patagons par exemple, on trouve comme moyenne donnée par M. d'Orbigny, l'",73 : ainsi les Payajruas surpassent encore de 0»»,051 cette nation à laquelle on a, de tout teui|)s, attribué une stature fabuleuse.

• Le corps des Payaguas, toujours élancé, ne présente jamais d'obésité» excepté chez les fennnes. Les épaules sont larges, et les muscles de la ]>oitrine, des bras et de la partie postérieure du tronc olfrent un développement iii\ à l'exercice fréjuent de la rame, car ils vivent dans leurs pirogues. En revanche, celte prédominance de l'appareil musculaire dans les membres supérieurs fait paraître grêles et effilées les extrémités inférieures.

• La peau, lisse et douce au toucher, comme celle des indigènes du Nouveau-Continent, est d'une couleur brun olivâtre, et il serait assez difficile d'en définir la nuance plus rigoureusement. Elle parait un peu plus claire cpie celle des (îuaranis, dont elle n'offre pas les reflets jaunâtres ou mongoliiiues.

• Les Payaguas portent haute leur tSte volumineuse, couverte do ch^ veux abondants, longs, plais du légârement boudés. Ils les coupent sur le devant du front, ne les peignent jamais, et les laissent croître et retomber en désordre. Les jeunes guerriera seuls les rassemblent en partie sur Toccipul, où ils les retiennent attachés à l'aiiJe d'une petite corde rouge, ou d'une lanière découpi^e dans U peau d'un singe. Ainsi font les Gualos Je Cuyaba, qui, pour le dire en passant, se rapprochent plus de cette peuplade que des Guaranis , à cùli desquels ils ont ét£ placés dans une savante clasBiflcation.

I Les yeux petits et vifs, légèrement bridés, mais non relevés k Tangle externe, expriment la Qnesse et l'astuce. Le nez long, un peu arrondi, rappelle par ses lignes la conformation caucasique.

I Les pommettes sont à ficine saillantes; la lèvre inférieure dépasse U supérieure, ce qui donne k leur physionomie sérieuse et froide une eipresaion de ûerté dédaigneuse en rapport avec le caractère do ce peuple indompté.

• Los Payaguas a'épilent. A l'exemple des autres Indiens, ils s'arracl^nt les sonrcils et les cils afin de mieux voir.

• Dans la jeunesse, les femmes, sans Être sveltea, sont bien proporUonnAes. Mais elles engraissent de bonne heure; leurs traits se dëforment, et bientôt leur corps devient (rapu et ramassé. En revanche, les pieds et les mains conservent toujours une petitesse remarquable, quoiqu'elles marchent pieds nus, et qu'elles ne prennent aucun soin de leur personne. J'ai retrouvé cette conformation délicale, cette distinction si enviée des Européenaes, dans les nations du Cbaco, qui sont, avec les Payaguas, les plus belles de l'Amériqne.

< Elles Isisaeiil lloller leurs cheveux sur les épaules et ne les attachent

« Lorsqu'une jeune fdie sort de l'enfance, elle subit un tatouage. A l'aide d'une épine et du fruit du genijiayer, on lui trace une raie bleuâtre large d'un centimùlrc, laquelle commence h la racine des cheveux, traverse le front, et descend pcrpendiculaii'enient sur le nez jusqu'à la lèvre supérieure exclusivemenl. Au moment de son mariage, on prolonge cette bande sur la lèvre infOrieurc jusque sous le menton, ^a nuance varie du violet au bli;u ardoise, et ses traces sont indélébiles. Quelques femmes ajoutent à celle-ci d'autres lignes et des dessins tracés a«c .la teinte enflammée de l'urucu; mais celte mode, générale il y a un demi-siècle, et qu'Azara décrit en détail, devient de plus en plus rare.

u Les l'ayaguas (fig. 260] vont nus dans leurs tentes (toldos); mais, lorsqu'ils se rendent en ville, hommes et femmes portent une petite couverture ou mante de coton, qui les cntuure d partir du creux de l'esloniac jusqu'audessous du genou. Cette pièce d'étoffe, qu'ils croisent sur leur corps à la manière du chiripa des créoles, est un des rares produits de leur industrie. Les femmes sont chargées du soin de sa fabrication, pour laquelle elles emploient le seul secours des doigls, sans se servir de navette et de métier. D'autres se contentent d'endosser une chemisetlo sans col ni manches, assez semblable au lipoy des Guaranis. Toutefois l'usage des vêtements semble leur devenir h tous de jour en jour plus familier, et parmi ceux que j'ai

vus vaguer dans les rues de l'Assomption, aucun ne s'était contenté, cuiiiiuo

Kig. ïM luiliËïilidu paiagaayuiilrcfois, du se couvrir de jicinturcit liiruraiil da veslcs et îles culottes.

a OLjeI([ui!« anciennes coutumes ont encore disparu : telle est cellit quV valent )es hommes de porter soit le barbote', soit une petit« baguette d'argent analogue au Itmbtta des Guaranis sauvages ou Caya^uas. D'autres nesont reprises qu'à do rares intervalles, ou k certaines époques ; alors oa voit reparailrc, en ces jours solennels, les longues aigrettes de plumes Ijxiïes sur le souimeL de la lètaj les tatouages variée et de couleurs lrai>cbantes; les dessins bizarres dont ils ae couvraient le visage, les bras et la poitrine; les collit-rs de verroterie ou de coquillage; enfin les braceleti d'otlgles de copivaras, enroulés autour des poignets et des malléoles. Mai» la tradition de cette ornementation compliquée a été religieusement e»nscrvi^o par le paye ipa-j/'] ou médecin de la tribu , représenté ci-contre fidèlement (llg. 261).

I Les Payaguas vivent sur la rive gauche du Rio-Paraguay. qu'ils ne quittent jamais pour aller s'établir du cAté opposé, oii les Indiens du Chaco, avec lesquels ils sont toujours en guerre, ne manqueraient pas de les attaquer. Leur hutlc principale (tuldcria), élevée sur le bord du Heure, consiste en une grande case allongée, haute de trois à quatre mètres, faite de hnaibous placés sur des fourches et que l'on a recouverts de nattes do jonc non tressées. Des dépouilles de jaguars, de capivaras, étendues sur le aol, servent de lits; des armes, des ustensiles de p6cbc et de ménage sont accrochés aux perches qui soutiennent la fréie toiture de l'habitation, ou gisent péle-méle avec des vases de terre dans quelque coin.

• .... L'industrie trés-bomée des Payaguas constitue cependant l«ur Uiiiqu^ ressource ; car ils ne connaissent aucune culture, et ne récolliint ni maU, ni patates, ni tabac Ils sont pécheurs, passent leui' vie sur l'eau, et deviennent de bonne heure de très-habiles mariniers. Tantôt on les roil i l'arriére d'une pirogue s'abandonner au courant en suivant leur ligne; tantôt, debout sur une file, ils rament en cadence, et font glisser l'embarcation avec la lapidili; d'une lli'clio. Longues do quatre à cinq mèlres, et larges de deux pieds et demi à trois pieds, leurs pirogues sont creusée? dans le tronc d'un limbo, el se terminent aux deux extrémités en pointf allongée.

Leur pagaie, aeéré<! comme une lance, devient entre leurs mains une arme redoutable, à laquelle il faut ajouter l'arc, les (lèches el la macana. A la guerre il-, sont cruels, et ne font de quartier qu'aux femmes et auï enfants. Leur manière de combattre n'offif rien de particulier. Ils alla* quent les Indiens du Chaco eu fondant sur eux à l'improviste, et s'efforcent de les surprendre ; mais ils se gardent bien de s'éloigner des ri rières. car ils seraient facilement vaincus en rase campagne par ces Iribus si redoutables à cheval.

• Déjà on l'aura pressenti, cette nation vit dans un état de liberté absolue et de complète iudé|iendance vis-à-vis du gouvernement de la république paraguayenne, qui ne lui impose ni taxe ni corvée. Loin de là, il paye aux

I. Le bnrhoff esl un caorccau de bois léger, arrondi, de dimensions variables, qui se place, comme nous l'avons dit plus liaut, dans une ouverlure pratiquée i la livre inférieure. Les Botocudos, les Leaguas, etc., seiuUeal aussi renoncer & cet afTrcui «memenl, autrefois Irts-usilé chez les iribu» ssuvages de l'Amériiue.

l'ajiifîuas Ips STvices iju'il n'clanin d'eUT, soil lors(|ii'il lits cnvtiic pu cduirk'rs sur le fleuve, soit lorai|u'il s'en snrl nniiuie lin ^'llide■^ liaiis li--'

» .... Désireux do connaître el df [louvoir dessiner :i mon aise, au j; lie tout le luxe sauvage de sou accoutrement, celui qui était charge de ce r6le, j'obtins qu'il se rendrait, revêtu des attributs de sa haute diguil^, dans ma maison, cii conipaf^nîe de quelques autres Indipus. La {iruaiesM d'une certaine quanlilé du pri'cieux breuvage et la perspective (J'uiie sotn'c d'ivresse avaient eu promplenient raison de ses li&^Stalibiis.

> Au jour dit, le paye vînt me trouver. C'était un vieiUaril, un fyea courbé par les années, mai? dont la jilijsionomîe n'avait riflD de repoussant, malgré la dërormation des traits, toujours pR^cocc ot si remar-

■guable chez les indigènes. Ses cheveux, encore noirs, étaient retenus sons une résille bordée de verrolerie. Une aigrette surmontait la ri^dlc, el dct plumes da nandou tloLLaienl derrière sa léte; un collier de G<]quiIla)tL>s liivdlves entourait son cou, auquel pendait, comme tropbéc, un siRlet taî|]« dans l'os du bras d'un ennemi. Eulièrement nu sou» su chemif^tte sans cul ni manches, faile de deux peaux de jaguars, il portait autour des nialléolen des chapetols d'ongles de ea/iiuara . Enlin, il l«nsit daiis la main droite une courge allongée, et dans la gauche un long tube de buis dur tjiit: j'eu* quelque peine b reconnaître pour une pipe. • I.a scène s'ouvrit- Le sorcier donna la pipe k son compagnon diwg4 é

rallumer, et, l'ayant reprise, il aspira plusieurs bouflées qu'il lan^a bruyamment dans la calebasse par l'orifice dont elle était percée; puis, sans l'éloigner de ses lËvrcs, il se mit h crier tantât lentement, tanlAt vile, en faisant entendre al te rnali rement les syllabes ta, fa, et 10, lo, ta, avec des redoublements et des éclalt) de voix extraordinaires, inexprimables. En même temps, il se livrait a de violentes contorsions, à droite, à gauche, et exéculait des sauts en cadun:c, tantôt sur lui seul pied, tantôt sur les deux réunis.

• Ce manège ne dura pas longtemps, et sous prétexte de fatitrue il ne

tar<t;i |ias it s'arn^ter. 11 fallut mie rasade pour lu remettre debout, et son cliaiil uiontilone recommença aus^it^it.

• i'jiliu, mes dcssinn aclievi-s, je levai la srance, ù la sitisfaction ginéraU du mes IkMl-s, et je les congédiai, après avuir acheté au |i.iye sa pipe et son

^irnct.

I Kikite de buis dur et pesant, celte pipe est couverte de traits réguliers, gravés supcrficiellinienl avec mie a-^sc/ grande perfection. Longue du cinquante centimètres, elle est ornée de clous dorés, et percée d'un conduit t'va^u^ par un bout, et terminé par un bec 11 l'autre. On retrouve cet instrument chez d'antre» naliuns voisines, chez les Tobas et len Malacos

des liorih du l'ilconiayo. Il donne une idée do ««. (normes ctpiirns txiU avec la feuille roulée du palmier et le pHan, lesquels jouaient ini grxnt rôle au Brésil dans les cérémonies des Tupinamba£. et chez le« O^raibtt des Aitlilles. toutes les fois qu'il fallait décider dt la paix ou de la (ruen», évoquer les mânes des aiicftres, etc., et que les premiers navigateurs prirHit pour dos torches. »

Les Guaranis occidtulaux comprennent les tribus connues sous les noms de Guarayis, Chtriguanos et Cirionos. Les premiers avaient été convertis par les jésuites. Entre la province de Chûguitosel celle de Moxos, il y a encore quelques hordes de Guarayis sauvages.

Les Chirîguanos, qui n'ont jamais été convertis, sont des bar^ bares trés-reJou tables pour les peuplades voisines. Les indigènes de cent soixanle villages des Andes compris entre la grande rnvîère de rjiaco et celle de Mapayo, dans la province de Santa Cruz de la Sierra, parlent le guarani dans toute sa pureté. Le* barbares Ciriones, qui parlent un dialecte de cette langue, iiabilent au nord de Santa Cruz.

Les Guaranis oriehlaur du Brésil comprennent les Brésiliens indi< gênes...

La langue générale du Brésil ne parait pas plus dill'érer de U langue guarani que le portugais ne difTère de l'espagnol. Les Canjis, les Tameyi, les Tafituai/nis, les Tîmminm's , les Tabayayit, le^ Tupinonibis , les Aponli.s , les Tajiir/oas et plusieurs autres tribus occupant les distiicls maritimes situés au sud de l'omboucliure de la rivière des Amazones, parlent la langue iiipi. peu ou poini altérée.

Dans leur Voyai/L' au Brî-sil publié dans le Tour du monde en 1868, M. et Mme Agassi/, ont visité plusieurs tribus indiennes, et eiaminé leurs habitations au milieu des l)ois. Nous extrayons quelques pages de leur récit.

■■ Nous arrivons au silio, éirit Mme Agassi/., et nous débarquons, D'Iiabilude les sitios sont assis sur les bords du lac ou de la rivière, à un jet de pierre de la rive, afin que la pèche et le baiu soient plus à portée. Mais celui-ci, plus roîiré, se trouve ii l'estrémilé d'un joli petit sentier qui seqiente sous bois, au sommet d'une colline dont le versant opposé plonge dans un large et profond ravin où court un igarapé. \\i licMi, \e terrain se relève et ondule en lignes accidentées sur lesquelles l'œil accoutumé au paysage uuiforuiémeiit plat de l'Amazone supérieur ne se repose l'a- sans plaisir. Vienne le temps des pluies, et l'igarapé, soulevé par l;i crue de la rivière, baignera presque le ]iieU de la maison qui du sommet

(lu i-uti'uu domiiiiï aujouiil'liiii la valléi' et le lit oncais-'é ilu |ii-lil r seau. AiHsi. grando est la dilTérciicp entre l'aspect Ucs irti^iiio4 lieux diir saisiiii st'clii' et dans la saison iiluvi('u:<e. L'Iialii talion se uoniiiosi' de sienr'i con^tructiuiis, ilotit ta |i]us reuiai'quMlile est une Inji^rin- salle ouvi où dansent les bratwan lilancluis^ de Maiinos et ilu voi'>ina|-'u lniviiiuV vieiitipul, ce 4111 u'esl |ias nii-e, [wsser la nuit iui «itio eu- i^rande e

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vi'e lie la ffnhora il"iia Ja inaîlixssi! de nia:sun\ i:elle-ci consent à n

voiil !se lai^iiei dans rij;arapO, je parcours le reslc du logis avec notre hôtL-^e (.1 -.a fille, une trtts-jolie Indienne. C'est la plus Igée des deux dames qui a la dtrectiuj) de toutes chose» ; le niaflre est abseol, il a dans 1 armte qui opère contre le Paraguay une commission de capitaine.

> Sur le iiiOme terrain soigneusement tenu où est située la salle que j'ù décrite, se trouvent, plus ou moins rapprochées les unes des autres, plusieurs rasinhat ou petites cases couvertes en chaume et ne roimant qu'une

seule piËce; puis vient une maisonnette plus grande, aux murs en terre et au sol nu, qui contient deux ou troia pièces et dont la façade est garnie d'une Térandah en bois. C'est l'appartement parliculicr de la scnhora. Un peu plus ba» sur la colline est la réculerie à manioc avec tous ses appareils. Bien de mieux tenu que la cour de ce sitio, où deux ou trois négresses viennent d'tlrt mises k l'œuvre, un balai de minces branchages h la main. -

Autiiiir <Je ci-4 construclions est la plantation île manioc uL <lc i-ai-iio, oi*! >|iii;l'|iii;'< cafciers apparaissent ^a cl là. Il esl diflicile du juu'or île ri-leuduo di' <:a-i iilintaLions, cai- elles s inl irréguliôrc» et comprenuent une certaine viirii'lû du planle-t, manioc, cai.'ao, cité, coton m'-nie, cultivées pùle-mOlu. Mai^ ci'lte-ci, comme tout le l'esté de rétablissement, pai-alt plus grande cl [iW< soignée i[ue celles que l'oti voit d'ordinaira. Au départ, notre liirtesse

iiidii'iiii'^ m'npjiorlfi un gentil panier garni d*a!Ufs el d'cbacatj/f w\ point •l'iillignlar, suivant le nom local. Noua sommes reolrés A }a malian^ial» il temps pour le repns ilc dix heures qui ras^miile tout le uioodp, gcu lie plaiair et gène de travail. Les cbasseur^ sont reveous do la forM chargés de toucans , de perroquets , de perruciiës et d'uriu grajide flriélé d'autres oiïeaux, et les pécheurs ont apporté de aouveaux Irésonl M. Agassii.

f Tandis que nous prenions .le café sous les arbres, ayant c6dé aux Indiem nos places dans la salle à manger, le président proposa une {>rotiienid« sur le lac au coucher du soleil.

> .... L'embarcation glissait entre l'âclat du soleil et l'éclat du lac |itDfond el semblait emprunter ses couleurs 4 l'un el h. l'autre. Ellr <ji> prochait rapidement, [iientôt elle fut tout près, et alors éclatèrent \vi livats joyeux auxijuels nous répondîmes gaiement. Puis les deux baleaui » placèrent bord 11 bord et redescendirent enseinble, la guitare passant il? l'un à Tautre, les chansons brésiliennes alternant avec les chants des Indiens. Non, l'on ne peut rien imaginer de plus fortement marqué de l'euipreinLc nationale, de plus forteinenl impi'égné de la couleur des tropiqU'^i de plus caraclérisUquc enlio que celle sc6ne du lac. Quand noua arrïvlintt au débarcadi-re, les nuages aux tons roses et dorés n'ALaicnt plus qu'oo* masse de vapeurs blanches ou d'un gris cendré; les derniers rayons du soleil s'étaient éteints et la lune brillait en son plein. En monlaal U peRl« légère du coteau, pour regagner le silio, quoiqu'un proposa de duoscr sur rherbe , et les jeunes filles indiennes formèrent un quadrille, flim que la civilisation ait niClé ses usages aux mœurs indigènes, il y avait encore dans leurs mouvements beaucoup des allures natives, el celle iXmrst de convention perdait quelque peu de son caractère artificiel. Enlin iroui rentrilmcs à la maison, où les danses el les chants reconimeiicèrcnl. tandis tpic <;:'< cl là dt's groupes assis jjar leiTc riaient et causaient, hommes et femmes fumant avec le même plaisir. L'usage du tibac. presque universel parmi les femmes de la basse classe, n'est cependant i^is confiné cheï les t-'eus du commun. Plus d'une senhora aime à fumer >i pipe en se Uilaiiraiit dant^ son hamac pendant les heures cliaudi's de la journée, i

Les liguriîs 2(56 el 267 représentent des Indiens indigènes du llrcsil, dessinés dans la relation du voyage de M. et Mme .\gassiz

Un rattache à la race brésillo-guaranieiine les Ouragas, avec (jiiehiues trilius f[ui leur sont alliées de très-près. Ils forment une des nations les plus largement répandues dans les parties septentrionales de l'Amérique du Sud. Ils étaient anciennement en possession des rives el des lies du fleuve des Amazones, dans un esliace de deux cents lieues, à partir de l'embouchure du Rio-.Nabo.

La race carait'e a une étroite aflinité avec la race guarani. Les Indiens (|ui ont donné leur nom à ce groupe, l'un des plus nom-

hreux et des plus largement disséminés de l'jVmérique méridionale , sont ces célèbres Caraibri qui au seizième siècle occupaient toutes les lies depuis Porto-Rico jusqu'à la Trinité, et toute la |iortion de la côte de l'Atlantique comprise entre l'emltoucliure

!i! rOri'iiotiue et celle de lAmazone. cesl-â-dire ju8<(u'à la frondu Itrésil.

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Les Tamanai/ua, qui appartiennent à la même famille, vivent sur lu rive droite de l'Orénoque; mais leur nombre est aujour* d'iiui fort réduit. 11 en est de même des Araviacs ou Araoea*, des Guaramiex, qui construisent, dit-on, leurs maisons sur des

RACE ROUGB.

arbres, des Guoyqurries , des CumanogoUs, des Phariagota. ia Chaymas, etc.

llumholdt a dit de ces derniers peuples :

f L'expression de la physionomie des Chaj-mas, sans «Ire dn» «t 11rouche . a quelque chose de grave et de soiul)re. Le front est petit el pM saillant; les jeux sont noirs, enroncâa ot allongés; ils ne sont ni pi»* aussi obliquement , ni aussi petits que chez les peuples de race mongole. Cependant le coin de l'oreille est sensiblement relevé par en haut nn les tempes; les uns sont noirs et d'un brun foncé, minces et peu arqur^i les paupières sont garnies de cils très-longs, et l'habitude de les bsiurft comme si elles étaient appesanties par la lassitude adoucit le regard dui le& femmes et fait paraître l'oiil voil* pins petit cju'il ne l'est effectiv»-

Les Uotocudos .11g. -leh), qui habitent vers le Rio-Uoce, au Brésil, ont été cannibales, et ils sont encore aujourd'hui les plus sau- \ages de tous les Amériaiins Ils portent pour ornement des colliers de dents humaines. Constamment errants et coniplélemenl nus, ils se plaisent à augmenter leur laideur naturelle, el se donnent une physionomie plus repoussante par l'habitude qu'ils ont de se fendre la lèvre inférieure et les oreilles, et d'introduire des barbotes dans ces ouvertures.

Dans son Voyage au Bi-csU, M. Iliard a vu des Botocudos. Celui qui lui sembla le chef portait, comme ses compagnons, dans une

ouverture faite à la lèvre inférieure, un barbote^ composé d'un morceau de bois un peu plus large qu'une pièce de ciurj francs. 11 se servait de ce morceau de bois comme d'une petite table ; il découpait dessus, avec le couteau du voyageur, un morceau de viande fumée, qui n'avait qu'à glisser de là dans l'intérieur de sa bouche. (iCtte façon de se servir de la lèvre comme d'une table parut à M. Biard d'une grande originalité. Les comjiaf^nons de ce Bolocudos avaient égalemeitt de grands morceaux de bois dans le lobe des oreilles.

Les peuples du rameau américain Sfi'teniriomil présenlent eiilr* eux des diflërences plus tranchées que ceux du rameau mêridionil au point de vue de la race mais leurs i;aractêres se Tondent la uns dans les autres. Cependant les populalions qui liabîtent Tfspectivement au sud, au nord-est et au nord-ouest peuvent étn considérées comme formant autant de ramilles distinctes, que nous passerons successivement en revue.

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