FAMILLE MONGOLE
C’est surtout dans la famille mongole que se manifestent nettement les traits de la race jaune. La tête est plus grosse, le visage plus plat, le nez plus écrasé, les yeux moins ouverts, que dans les autres familles. La poitrine est large, le cou très-court, les épaules voûtées, les membres forts et trapus, les jambes courtes et arquées en dehors, le teint d’un jaune brunâtre. Les peuples de la famille mongole, qui sont essentiellement nomades, sont soumis aux empires russe et chinois.
On distingue dans cette famille trois peuples principaux : les Kalmouks , les Mongols proprement dits et les Douriates.
Kalmouks. — Dans son Voyage dans les provinces du Caucase, M. Vereschaguine a décrit les Kalmouks nomades, qu’il ren contra sur la ligne qui sépare le Caucase et le pays des Cosaques du Don. Dans ces steppes désolées et monotones sont des villages ambulants. Les maisons qui composent ces villages
Fig 9i>- Kalmouk.
sont formées de tentes déchirées (lig. 101). Elles contiennent, dans un désordre incroyable, des valises, des coffres, des lazzos, des selles, des haillons entassés. L’àtre atteste seul qu’il y a là un foyer. Beaucoup d’enfants, garçons et fillettes, jusqu'à l'àge de dix ans, vont à peu près tout nus pendant les chaleurs de l’été. En hiver, par des froids de trente degrés
Il ACE JAUNE
et par de terribles chasse-neige, ils demeurent des jours entiers blottis dans leurs tentes, sous des monceaux de nippes.
Le costume d’un Kalmoukse compose d'une chemise , d un bcchii eu, d'un large pantalon , de bottes en maroquin rouge , et d'un bonnet carré, en drap, orné d’une large bordure fourrée en peau de mouton , le plus souvent avec un immense gland au sommet. Le riche met, en outre, une vaste robe de chambre, trèslarge et très- longue.
La femme ne porte point, comme l'homme, de ceinture sur sa
Fig. 10 ». K.tlmou*.
chemise : ses cheveux s’échappent de dessous son bonnet en
Fig loi. Maison kalmcuke.
plusieurs tresses, entrelacées de rubans de dilférentes couleurs.
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On retrouvera dans les figures 99 et 100 les traits des Kalmouks.
Chez ces tribus nomades, l'adresse, la ruse, la friponnerie et le vol sont le fond de l'industrie. La femme nourrit l’enfant sans que le père s’en occupe jamais; et il croit et grandit, pour ainsi , dire, à l'abandon.
La nourriture des Kalmouks est des plus simples. Une bouillie de farine délayée dans l’eau et cuite avec des morceaux de cheval forme le fond de la cuisine. Ils aiment le thé et en consomment
Fig. |<w. kalmouks jouant sous leur tente.
de grandes quantités; mais ils l’assaisonnent de manière à en pervertir l’arome. Ils sont d’ailleurs des ivrognes fieffés, et sous ce rapport les femmes et les enfants ne le cèdent point aux hommes. Ils passent des journées entières à jouer avec des cartes crasseuses et dépareillées (lig. 102).
Les Kalmouks sont excellents cavaliers. Ils élèvent et montent des chameaux, qu’ils vendent au marché de Tiflis.
Mongols proprement dits. — Les Mongols proprement dits, ou Mongols orientaux, errent dans les steppes de la Mongolie. Ils se divi-
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sent en un grand nombre de tribus, dont les plus importantes ont reçu le nom de Khalkhas.
La Mongolie peut se diviser en deux zones, que séparent autant les destinées politiques que la nature et les productions du sol.
La zone du sud, contrée aride, n’est habitée que sur la frontière de Chine par de nombreuses peuplades d’origine mongole, directement tributaires de l’empire chinois. La zone du nord, entière- . ment habitée par les tribus khalkhas, est fertile.
Les Khalkhas sont divisés en deux castes: les prêtres bouddhistes et les hommes noirs, qui laissent croître leurs cheveux. Parmi ces derniers, il y a une aristocratie dont les membres vivent en pasteurs comme les autres, mais parmi lesquels on choisit les chefs des tribus, qui sont nommés à l'élection.
Les Khalkhas pourraient armer au moinscinquante mille cavaliers; mais leurs armes sont détestables : ce sont de mauvais sabres chinois à deux tranchants, en scie ou en spirale. Des piques courtes, des flèches, des fusils à mèche, à culasses de formes bizarres, des boucliers garnis de lames de cuir, et des cottes de mailles en fil de fer, sont leurs armes défensives.
La vie d’un nomade khalkha est pleine de quiétude. Monté sur un cheval toujours sellé, qui passe la nuit attaché à un poteau à l’entrée de sa tente, il commence par faire la revue de ses troupeaux, et court à la piste des bêtes qui se sont écartées; ensuite il se rend dans quelque campement, pour aller s'entretenir avec les pasteurs qui le composent. Au retour, il s’accroupit dans sa tente pour le reste de la journée, dormant, buvant du thé au la't ou au beurre, fumant sa pipe ; tandis que ses femmes puisent de l’eau, traient les vaches, vont ramasser de quoi se chauffer, préparent le fromage, la laine et les peaux d’animaux pour les vêtements et les chaussures.
Hospitaliers et sobres, les Khalkhas ont les vertus primitives de la race jaune; mais ils n’ont ni commerce ni industrie. Ils produisent seulement des étoffes de feutre, quelques, ouvrages de broderie, des peaux et des cuirs mal tannés. Ils échangent des matières premières avec les marchands russes et chinois, qui les volent le plus qu’ils peuvent. Leurs payements s’effectuent au moyen de thé en briques, dont cinq briques équivalent à une once d’argent de Chine. Ce thé est préparé avec les feuilles les plus grossières et les petites branches de la plante.
L'existence calme et contemplative des Khalkhas n’est interrompue que par de rares événements : un pèlerinage, des funérailles suivies de longs festins, la réception de quelques voyageurs, un mariage, qui n’est, comm chez les anciens patriarches, qu’un marché où la fille est vendue par son père au plus offrant, et qui donne lieu à des réjouissances de huit jours, accompagnées de débauches de viande, de tabac et d’eau-de-vie de riz.
Bouriates . — Mlle Lise Christiani, dans son voyage dans la Sibérie orientale, reçut les chefs de quelques tribus bouriates, qui lui témoignèrent le désir de recevoir sa visite. Elle rencontra le lendemain, sur les bords de la Selinga, une escorte d’honneur que lui envoyaient les Bouriates, et qui se composait de trois cents cavaliers, ayant de belles robes de satin de différentes couleurs, des bonnets pointus garnis de fourrures, des arcs et des flèches en bandoulière, montés sur des chevaux richement caparaçonnés. C’est ainsi que la voyageuse fit connaissance avec cette tribu.
Lorsque Mlle Christiani leur fit visite, on célébrait chez les Boudâtes les obsèques d’un de leurs principaux chefs. Les voyageurs assistèrent au service et aux cérémonies funèbres dans un temple mongol, ensuite aux jeux, qui eurent lieu suivant l’antique coutume : tir de l’arc, lutte, courses à pied et à cheval. Après quoi vint un festin où l’on servit du mouton rôti, du fromage, des gâteaux, et même d’excellent vin de Champagne.
Les Bouriates sont à peu près au nombre de trente-cinq mille hommes dans les monts situés au nord de Baïkal. Leurs troupeaux font leur richesse. Leur religion est le chamanisme , espèce d’idolâtrie très-répandue parmi les peuples de la Sibérie. Leur dieu suprême habite le soleil ; il a sous ses ordres une foule de divinités inférieures. Chez ces peuples barbares, la femme passe pour un être immonde et privé d’âme.