‹ Les Races humainesChapitre 25 sur 62 · L - jiSmi w'f a m · texte numérisé non relu

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Fig. us. Flntréa d'un bey dans une ville.

Gomme les Indiens, comme les anciens Égyptiens, les Turcs et les Orientaux en général répugnent à tuer les animaux. Chiens et chats abondent, grouillent dans les rues des grandes villes, sans que jamais aucune mesure soit prise pour s’opposer à la multiplication et au vagabondage de ces animaux. A Constantinople, des groupes de pigeons voltigent dans l’air, et prélèvent sur les barques chargées de froment un tribut qu’on ne leur dispute pas. Les bords du canal de Constantinople sout peuplés d'animaux

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aquatiques, et leurs nids sont respectés même par les enfants> qui dans nos contrées sont de si cruels destructeurs de couvées.

Cette bienveillance s’étend même aux arbres. S’il est vrai qu'en Chine une loi ordonne à tout propriétaire qui arrache un arbre d’en planter un autre à sa place, dans un autre lieu, il est vrai également qu’en Turquie la coutume interdit à un propriétaire cupide de priver la ville ou la campagne d’ombrages utiles et salutaires. Les riches se font un honneur d’embellir les promenades publiques de fontaines et de lieux de repos, indispensables en raison de la fréquence d’ablutions et de prières qu’exige la religion mahométane.

Ceux qui ne voient dans la nation turque que grossièreté, igno- , rance ou férocité, ont été trompés par l’orgueil qui est propre au musulman, et qui est rendu plus choquant encore par ses habitudes de silence et quelquefois de rudesse; mais au fond le caractère musulman n’a rien 'd’olfensif. Les Turcs ne sont que ce qu’ils peuvent être avec leurs institutions déplorables et leur vicieuse loi.

Cette loi, on le sait, c’est le despotisme, qui s’exerce depuis le sultan jusqu’au dernier fonctionnaire , sans qu’aucune garantie d’équité, de propriété soit laissée à l’individu. Le sultan (padischah, c’est-à-dire grand seigneur) nomme et révoque à son gré tous les dignitaires et fonctionnaires; il est maître de leur fortune et de leur vie. Mais l’anarchie règne dans les pouvoirs, de sorte que l’autorité du sultan n’est pas toujours obéie. Un pacha attaque et détruit l’armée que l’on envoie pour le chasser de son gou vernement; un autre expédie à Constantinople la tète du général qui est venu pour le combattre et le chasser.

Les pachas sont les chefs de province. On les distingue par le nombre de drapeaux ou de queues. Ils réunissent le pouvoir militaire et le pouvoir administratif, et par un abus encore plus grand, ils sont chargés de recouvrer l’impôt. Ils seraient de véritables sultans dans leur province, si la loi ne laissait aux kadis et aux naibs le pouvoir judiciaire.

Le pacha à trois queues a, comme le sultan, le droit de punir de mort tous les agents qu’il emploie, et même tous les individus qui menaceraient la sûreté publique. 11 entretient des troupes, et marche à leur tète lorsqu’il est requis par le sultan.

Un pacha a sous ses ordres plusieurs beys, ou sous-gouverneurs.

Nous représentons ici (fig. 118) l’entrée d’un bey dans une des villes de sa province.

On peut dire que l’organisation intérieure de la Turquie est

Fig. 119. Barbier turc.

une tyrannie militaire. La nation turque continue d’administrer sa conquête comme un pays pris d’assaut; elle vit à la façon d’une armée qui camperait au milieu d’un État vaincu. Toutes

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les personnes et les choses sont la propriété du sultan. Des chrétiens, des juifs, des Arméniens ne sont que les esclaves du vainqueur ottoman. Le sultan leur permet de vivre , mais ils doivent acheter cette permission en payant un tribut, dont la quittance porte ces mots : Rachat de la têic.

Ce même principe s’applique aux terres. Les Turcs n'ont aucun droit de propriété ; ils ne sont que les usufruitiers de leurs biens. Quand ils meurent sans enfant mâle, le sultan est leur héritier. Les fils ne peuvent réclamer qu’un dixième de la succession paternelle; encore des employés du fisc sont-ils chargés d’évaluer arbitrairement ce dixième. Les fonctionnaires de l’État ne jouissent pas même de ce droit incomplet : à leur mort, tout ce qu’ils possèdent est censé appartenir au sultan.

11 ne faut plus s’étonner si, avec de pareilles lois, personne n’ose entreprendre des constructions dispendieuses et solides. Au lieu de bâtir, on ramasse des bijoux et des richesses qu’il soit facile d’emporter ou de cacher.

Le sultan, comme embarrassé d’un si extravagant pouvoir, se décharge des soins du gouvernement sur le grand vizir.

Le grand vizir est le lieutenant du sultan. Il commande en personne les armées, dispose des finances et nomme à tous les emplois civils et militaires.

Mais si la puissance du grand vizir est sans bornes, sa responsabilité et les dangers qu’il court sont aussi grands. C’est à lui qu’on s’en prend des malheurs de l’État et des calamités publiques. Le glaive est toujours suspendu sur sa tête. Entouré de pièges, exposé à tous les traits de la haine et de l’envie, il paye de sa vie le malheur d’avoir déplu, soit au peuple, soit aux fonctionnaires d’un rang élevé.

Le grand vizir s’entoure, pour gouverner, d’un conseil d’État (divan) qui se compose de la réunion des principaux ministres. Le reiss-elfendi est le grand chancelier de l’empire et le chef de la corporation des kodja , ou gens de plume. Cette -corporation, qui a su s’acquérir une grande influence politique, renferme aujourd’hui les hommes les plus instruits de la nation.

Le soin de veiller au maintien des lois fondamentales de l’empire est confié à Yulêma, ou corps des docteurs en théologie et en jurisprudence.

Ces lois sont d’ailleurs fort courtes ; elles se réduisent au Coran et aux commentaires du Coran, faits par d’anciens docteurs. Les

membres de ce corps portent le titre d'ulémas ou d 'e/fendis. Ils réunissent le pouvoir judiciaire au pouvoir religieux ; ils sont à la fois les interprètes de la religion et les juges de toutes les affaires civiles et criminelles.

Le mufti est le chef suprême de l’u/éma. Il est chef de l’Église. Il représente le vicaire du sultan, comme calife ou successeur de Mahomet. Le sultan ne peut émettre aucune loi, faire aucune déclaration de guerre, établir aucun impôt, sans avoir obtenu un fetfa, ou décision conforme du mufti.

Le mufti présente tous les ans au sultan les candidats pour les hautes magistratures judiciaires : ces candidats sont pris dans le corps des ulémas. La place de mufti serait un excellent contrepoids à l’autorité du sultan si ce dernier n’avait la faculté de déposer le mufti, de l’exiler, et même d’ordonner sa mort.

Cette organisation politique et judiciaire paraît assez logique, et il semble quelle devrait assurer quelque garantie aux sujets du Grand Seigneur. Malheureusement, le défaut de probilé empêche la marche régulière de ces institutions administratives. La vénalité des fonctionnaires, leur avidité et leur corruption sont telles que toutes les places, et même le moindre service, ne s'obtiennent qu’avec des présents. Les emplois s'achètent; on achète les sentences des juges, ainsi que les dépositions des témoins. Le faux témoignage ne fleurit dans aucun pays d’une manière aussi déhontée que dans l'empire turc, et il est ici d’autant plus terrible dans ses conséquences, que le jugement du kadi est sans appel.

La justice se rend en Turquie comme elle se rendait, il y a trois siècles, dans la tribu nomade des Osmanlis. Après quelques dépositions contradictoires et quelques serments prêtés de part et d’autre, sans aucune formalité préalable d'instruction, sans avocat, le kadi, ou le simple naïb, prononce sa sentence, appuyée sur quelques versets du Coran. La pénalité de ce juge ignorant et expéditif se réduit à faire payer au riche une amende, a infliger la bastonnade aux gens du commun, ou à faire pendre, sur l’heure, un criminel.

Il y a cependant en Turquie une sorte de représentation populaire. Les habitants de Constantinople nomment des ayams, véritables délégués du peuple, dont l’emploi est de veiller à la sûreté et à la fortune des particuliers, au bon ordre de la ville, de s’opposer aux exactions des pachas, aux excès des gens de guerre,

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ou à l’injuste répartition de l’impôt. Cette fonction est exercée gratuitement par les hommes les plus estimés du peuple. Les ayams se chargent de rédiger les réclamations au pacha, quand il y a des motifs de plainte ; et si le pacha les mécontente, ils apportent leurs réclamations jusqu’au sultan.

Il y a dans tous les arts et métiers de la Turquie des espèces de maîtrises, ou corporations, qui se chargent de veiller aux droits de la communauté et de l’individu. La corporation défend les intérêts de tous ses membres, et le dernier des artisans est protégé par elle en justice. Il va sans dire que c’est avec de l’argent que la corporation fait valoir ses droits auprès des juges.

On se tromperait beaucoup en s'imaginant que la religion musulmane domine en Turquie. Dans la Turquie d'Europe il y a à peine un quart de la population qui suive la loi de Mahomet. Le reste se compose de nations chrétiennes, subdivisées dans leurs principaux rites. Les Grecs, les Serbes, les Valaques, les Monténégrins suivent le rite grec oriental. Les Arméniens forment une Église nombreuse, et d’autant plus puissante qu’elle est environnée d’une réputation d’austérité et de probité. D’autres sociétés religieuses, telles que les jacobites, nommés coptes en Égypte, les nestoriens, les maronites, tirent quelque force de l’union qui règne dans le sein de chacune d’elles : les Druses, par exemple, bravent de front le mahométisme. Les juifs sont plus nombreux dans la Turquie d’Europe que dans aucun autre pays.

Toutes ces associations, à l’exception des Maronites et des Druses, étaient autrefois privées de l’exercice libre de leur culte, soumises à des marques d’ignominie, livrées sans défense à l’injustice. Mais, au commencement de notre siècle, un édit du sultan a déclaré tous ses sujets, quelle que fût leur religion, égaux devant la loi.

La religion de Mahomet, qui règne en Turquie et dans la plus grande partie do l’Orient, date de l’an 610 de notre ère. Ses principaux préceptes sont la purification, la prière et le jeûne. Le jeûne a lieu dans le mois de Ramasan , mois qui est le carême des musulmans et pendant lequel on doit s’abstenir, durant le jour, de tout aliment. 11 est suivi de la fête de Beyram, pendant laquelle il est permis aux fidèles de se dédommager des abstinences précédentes. Une aumône légale est instituée par la religion. Elle consiste à donner tous les ans aux pauvres le quarantième de ses biens mobiliers. Une autre règle religieuse, cVest le pèlerinage de

la Mecque, que tout musulman est obligé de faire au moins une fois en sa vie.

La prière a lieu cinq fois par jour. Le vendredi est le jour de

fête des mahométans, comme le dimanche est celui des chrétiens et le samedi celui des juifs.

Le mahométisme a conservé des anciens Arabes la pratique de la circoncision. 11 interdit toute boisson enivrante, mais il permet

Fig. 120. Mosquée de Salonique.

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d’épouser quatre femmes, et autorise le musulman à faire de ses femmes esclaves autant de concubines. L'islamisme enlève d'ailleurs à l’homme presque toute liberté, en lui persuadant que tout ce qui lui arrive, le bien comme le mal, est déterminé d'avance. C’est la doctrine du fatalisme qui enchaîne l'initiative individuelle et interdit tout progrès.

La religion musulmane n’a pas été exempte, plus que les autres, des schismes qui ont amené des guerres de religion, terribles dans leurs effets.

Les préceptes de l’islamisme, qui ont leur bon côté au point de vue religieux, ont de fâcheuses conséquences au point de vue de la constitution physique de l’homme. C'est ainsi que l’interdiction de boire du vin a donné naissance à l’usage secret des boissons alcooliques et à l’usage public de l’opium.

Bien que la civilisation littéraire des Turcs soit encore dans son enfance, il y a cependant chez eux une instruction publique. Des collèges sont attachés aux mosquées de Constantinople, de Brousse, d’Andrinople. De toutes les parties de l'empire musulman, on envoie, dans ces collèges, des jeunes gens qui y reçoivent un certain degré d’instruction. Après leurs études, dans lesquelles les commentaires du Coran jouent le plus grand rôle, et après divers examens qui ont établi leur capacité, on donne aux élèves le titre de mudir ou professeurs. C'est à cette classe de lettrés que reviennent plus tard tous les emplois administratifs et judiciaires.

Seulement, en Turquie, les lumières restent concentrées sur un certain nombre d’individus ; aucune voie n’existe pour la libre communication des idées ou des connaissances. Les musulmans doivent à la vérité aux kodjas, ou gens de plume, un très-grand nombre d’ouvrages très-estimés par eux, relatifs aux langues arabe et persane, à la philosophie, à la morale, à l’histoire mahométane, à la géographie de leurs provinces ; mais si ces ouvrages ont quelque valeur, ils ne se répandent jamais dans la masse de la nation. Les imprimeries sont très-rares en Turquie ; l’art du copiste y fleurit encore, tel qu’il existait en Europe au moyen âge. L’état des lettres en Turquie nous montre ce que serait devenue la civilisation moderne en Europe sans le secours de l’imprimerie.

Avec ce défaut général de connaissances littéraires et scientifiques, on doit s’attendre à trouver la Turquie bien arriérée sous le rapport des arts, de l’industrie et de l’agriculture. En efl’et, l'a-

griculture est très-languissante dans toute l’étendue de l’empire ottoman. L'industrie manufacturière existe dans quelques villes, telles que Constantinople, Salonique, Andrinople et Roustchouck. Les principaux produits des fabriques sont des tapis, des maroquins, quelques soieries, du fil, des armes blanches. Le commerce s’alimente principalement par l'exportation des matières brutes, telles que laines, soies, cotons, cuirs, tabacs, quelques métaux, surtout le cuivre. Les vins, les huiles, les fruits secs fournissent également de grands articles d’exportation.

Les musulmans sont habiles comme fabricants de draps, comme armuriers et comme tanneurs. Leurs ouvrages en acier et en cuivre, ainsi que leurs teintures, égalent les meilleurs produits de l’industrie européenne.

Les Grecs, qui sont en grand nombre en Turquie, exercent tous les arts et tous les métiers. C'est parmi les Grecs que se trouvent les meilleurs marins de l'empire ottoman. Les Arméniens sont les meilleurs commerçants de l’empire turc. Ils voyagent dans l'intérieur de l'Asie et dans l’Inde ; ils ont partout des magasins et des correspondants. La plupart, tout en exerçant des arts mécaniques, sont en même temps banquiers, fournisseurs et hommes d'affaires des pachas et autres grands personnages. Les juifs se présentent en Turquie sous des couleurs bien plus défavorables qu’en Europe; tout commerce est bon pour eux, s’il donne un bénéfice.

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