‹ Les Races humainesChapitre 24 sur 62 · FAMILLE YAKOUTE · texte numérisé non relu

FAMILLE YAKOUTE

Le visage des Yakoutes est encore plus plat et plus large que celui des Mongols. Ils ont peu de barbe ; leur chevelure, noire et longue, pend naturellement autour de la tète; une houppe plus allongée la surmonte; ils en forment une tresse, pour y attacher

Fig. 104. Yakoutes.

leur arc et le tenir à sec lorsqu'ils sont obligés, dans leurs voyages ou à la chasse, de traverser à la nage une rivière profonde.

Nous emprunterons quelques renseignements sur le pays des Yakoutes et sur ses habitants au curieux voyage d’Ouvarouski, reproduit dans le Tour du monde.

Le pays des Yakoutes présente deux aspects différents. A l'est et au sud de Yakoutsk, il est couvert de hautes montagnes rocheuses; à l’ouest et au nord, c'est une plaine où croissent des arbres épais et touffus. On y rencontre une innombrable quantité de cours d’eau, dont l'étendue et la profondeur sont considérables. Cependant les habitants ne construisent que des barques

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faites de planches, ou des canots de bois ou d’écorce qui ne peuvent tenir que deux ou trois personnes.

Le renne est l’animal qui sert essentiellement aux transports chez les Yakoutes.

L’intensité du froid est très-grande dans ce pays, plus grande peut-être que dans toute aulre contrée de la Sibérie.

La population yakoute ne s’élève qu’à deux cent mille âmes.

Les Yakoutes (fig. 104 et 105) sont de moyenne stature, mais robustes. Leur visage est un peu plat, leur nez de grosseur proportionnée; leurs yeux sont bruns ou noirs; leurs cheveux noirs, lisses et épais. Ils n’ont jamais de barbe. Leur teint n’est ni blanc ni noir, et change trois ou quatre fois par an : au printemps, par l’eflet de l’air; en été, par celui du soleil; en hiver, par l’action du froid et de la flamme du feu. Ne faisant jamais la guerre, par suite de leur caractère pacifique, ils seraient de mauvais soldats; mais ils sont agiles, vifs, intelligents et affables. Sous leur tente, ils offrent tout ce qu’il y a de provisions au voyageur qui demande l’hospitalité Qu’il y reste une semaine ou un mois, ils le rassasient toujours, lui et son cheval. Ils aiment beaucoup le vin et le tabac. Ils supportent la faim* et la soif avec une singulière patience. Ce n'est rien pour un Yakoute que de travailler trois ou quatre jours sans manger.

Mais laissons parler Ouvarouski, l'auteur de la description des mœurs des Yakoutes.

« Le pays des Yakoutes, dit ce voyageur, est tellement étendu, que la température est loin d’ôlre la môme partout; à Olekminsk, par exemple, le blé réussit très-bien, parce que la gelée blanche y arrive plus tard; à Djigansk, au contraire, la terre ne dégèle qu’à deux empans de profondeur; la neige y tombe dès le mois d’août.

« Les Yakoutes sont tous baptisés selon le rite russe, à l’exception de deux ou trois cents peut-ôtre; ils pratiquent les commandements de l’Kglise; ils se confessent annuellement, mais peu d'entre eux reçoivent la communion, parce qu’ils n’ont pas coutume de jeûner. Ils ne sortent pas le malin avant «l’avoir prié Dieu, et ne se coucî.ent pas le soir sans avoir fait leurs dévotions. Lorsque la fortune leur est favorable, ils louent le Seigneur; quand il leur arrive du malheur, ils pensent que c’est une punition que Dieu leur inflige à cause de leurs péchés, et sans se laisser abattre, ils attendent patiemment un meilleur sort. Malgré ces louables sentiments, ils conservent encore quelques croyances superstitieuses, et notamment la coutume de se prosterner devant le diable; lorsque surviennent les longues maladies et les épizooties , ils font faire des conjurations par leurs chamans et offrent en sacrifice une pièce de bétail d’un pelage particulier.

« Les Yakoutes sont très-intelligents. Il leur suffit de s'entretenir une heure ou deux avec quelqu’un pour connaître ses sentiments, son caractère, son esprit. Ils comprennent sans difficulté le sens d'un discours élevé, et de-

Fig. 103. Femme yakoutc.

vinent, dès le commencement, ce qui va suivre. Il y a peu de Russes, même des plus artificieux, qui soient capables de tromper un Yakoute des bois.

« Ils honorent leurs vieillards , suivent leurs conseils et professent que c'est une injustice ou un péché de les offenser et de les irriter. Quand un

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père a plusieurs enfants, il les marie successivement, leur bâtit une maison à côté de la sienne et partage avec eux ce qu'il possède en bétail et en biens. Même séparés de leurs parents, les enfants ne leur désobéissent en rien. Quand un père n’a qu'un fils, il le garde avec lui et ne s’en sépare que dans le cas où il perd sa femme et se remarie avec une autre qui lui donne des enfants.

o Le Yakoute estime sa richesse en proportion du bétail qu’il possède ; l’amélioration de ses troupeaux est sa première pensée, son premier désir; ce n’est qu’après y avoir réussi qu’il songe à amassor de l’argent et d’autres biens.

« Tous les peuples sont sujets à la colère; elle n’est pas étrangère aux Yakoutes, mais ils oublient facilement Ie3 griefs qu’ils ont contre quelqu’un, pourvu que celui-ci reconnaisse ses torts et s’avoue coupable.

« Les Yakoutes ont d’autres défauts, qu’il ne faut pas attribuer à des dispositions innées; quelques-uns d’entre eux vivent de bétail volé; il est vrai que ce ne sont que des malheureux; quand ils ont pris, sur la chair d'une bête volée, de quoi manger deux ou trois fois, ils abandonnent le reste : cela montre que leur seul mobile est la faim, dont ils ont souffert pendant des mois et des années. De plus, quand on découvre le voleur, les princes ( kinxtt , du russe kniaz) le font frapper de verges, selon l’ancienne coutume, au milieu de l’assemblée. Celui qui a subi une telle punition en conserve la flétrissure jusqu’à sa mort; il ne peut plus être témoin, et ses paroles ne sont d’aucune valeur dans les réunions où délibère le peuple; on ne le choisit ni pour prince, ni pour slarsyna [du russe starchina, ancien . Ces usages prouvent que le vol n'est pas devenu une profession chez les Yakoutes; le voleur est non-seulement puni, mais il ne recouvre jamais le nom d'honnête homme.

« Il suffit qu’un Yakoute veuille devenir maître dans quelque art pour qu’il y parvienne ; il est tout à la fois orfèvre, chaudronnier, maréchal, charpentier ; il sait démonter un fusil, sculpter des os, et, avec un peu d’exercice, il est capable d'imiter tout objet d’art qu’il a examiné. Il est à regretter qu’ils n’aient pas de mailres pour les initier à des arts plus élevés, car ils seraient en état d’exécuter îles travaux extraordinaires.

« Ils excellent à manier le fusil. Ni le froid, ni la pluie, ni la faim, ni la fatigue no les arrèlent dans la poursuite d’un oiseau ou d’un quadrupède. Ils chasseront un renard ou un lièvre deux jours entiers, sans avoir égard ù la fatigue ou à l’épuisement de leur cheval.

« Ils ont beaucoup de goût et d'aptitude pour le commerce, et savent si bien faire valoir la forme et la couleur de la moindre peau de renard ou de zibeline, qu’ils en tirent un prix é’evé.

« Les crosses de fusil qu’ils fabriquent, les peignes qu'ils taillent et ornent, sont des ouvrages achevés. On doit aussi remarquer que leurs outres de peau de bœuf ne se corrompraient jamais, quand elles resteraient dix ans pleines d'aliments liquides.

« Parmi les femmes yakoutes, il y en a beaucoup qui ont de jolis visages ; elles sont plus propres que les hommes; comme tout leur sexe, elles aiment les parures et les beaux atours. La nature ne les a pas dépourvues de charmes. On ne doit pas les compter au nombre des femmes mauvaises,

immorales et légères. Elles honorent à l’égal de Dieu le père, la mère et les parents ilgés de leur mari. Elles ne se laissent jamais voir tète et pieds nus-

Fig. iUG. Chamans ou prtlres yakoutes.

Elles ne passent pas devant le côté droit de la cheminée et ri 'appellent jamais par leurs noms yakoules les parents de leur mari. La femme qui ne

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répond pas à ce portrait est regardée comme une l ê.e sauvage, et son mari passe pour fort mal loti. »

Les Yakoutes professent le chamanisme , religion idolâtre professée par les Finnois, les Samoyèdes, les Ostiakes, les Ilouriates, les Téléoutes, les Tongouses et les insulaires de l’océan Pacifique. Les chamanistes adorent un être suprême, créateur du monde, mais indifférent aux actions humaines. Au-dessous de lui sont des dieux mâles et femelles : les uns bons et qui président au gouvernement du monde et au sort du genre humain; lés autres mauvais, et dont le plus grand ( Chaïtan ou Satan) est réputé presque aussi puissant que l’Ètre suprême. On rend également des hommages religieux aux ancêtres, aux héros et aux prêtres, appelés chamans, qui emploient dans leur culte une foule de sortilèges.

La ligure 106 représente des chamans ou prêtres yakoutes.

FAMII.LE TURQUE.

Les peuples appartenant à la famille turque, ou tartare, comme on l'appelle quelquefois, réussirent à fonder, dès les temps les plus anciens, un vaste empire, qui embrassait une partie de l’Asie centrale, depuis la Chine jusqu'à la mer Caspienne. Mais, attaqués et vaincus par les Mongols, les Turcs furent soumis, entraînés ou refoulés vers le sud-ouest, c’est-à-dire au midi de l’Europe. Là ils devinrent conquérants à leur tour, et parvinrent à soumettre, après l'avoir dévastée, une partie de l'Europe méridionale.

Les peuples turcs avaient originairement des cheveux roux, les yeux d’un gris verdâtre et le type de la figure mongolique. Mais ces caractères ont disparu. Les Turcs qui habitent aujourd'hui au nord-est du Caucase participent seuls des caractères des Mongols. Ceux qui sont établis au sud-ouest présentent les formes propres à la race blanche, avec des cheveux et des yeux noirs. Le mélange avec les Mongols pour les premiers, avec les Perses et les Araméens pour les seconds, explique ces modifications. C’est parmi les Turcs que se trouvent, les peuples qui ont le plus de ferveur pour l’islamisme , et qui manifestent la plus grande intolérance à l’égard des autres cultes.

La famille turque comprend un assez grand nombre de peuples. Nous considérerons seulement ici les Turcomans , les Kirgliis , les Nouais et les Osmanlis.

Fig. 107. Turcoman.

kestan, de la Perse et de l'Afghanistan. Ils vont jusque dans

Turcomans. — Les Turcomans errent dans les steppes du Tur-

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l'Anatolie à l'ouest. Celles de ces peuplades qui errent dans cette dernière contrée ont les formes et les caractères physiques de la race blanche; celles du Turkestan annoncent, par leur physionomie, un mélange de sang mongol.

Le Turcoman est d’une taille au-dessus de la moyenne. Sans avoir les muscles bien développés, il a de la force et jouit généralement ‘d'une constitution robuste 11 a la peau blanche. Sa physionomie est ronde; les pommettes sont saillantes; le front est large, la boite osseuse développée forme à son sommet comme une crête. Son œil bridé, fendu en amande, et pour ainsi dire sans paupières, est petit, vif et intelligent. Le nez est généralement petit et retroussé. Le bas de la ligure est un peu fuyant et les lèvres grosses. La moustache est peu fournie et la barbe clairsemée. Les oreilles sont très-détachées et grandes.

Le costume du Turcoman (ûg. 107) se compose d’un large pantalon tombant sur le pied et serrant aux hanches, d’une chemise sans col et ouverte sur le côté droit jusqu’à la ceinture. Elle tombe par-dessus le pantalon jusqu’à moitié cuisse, l'ar-dessus, une grande robe ouverte par devant e croisant légèrement sur la poitrine est serrée à la taille par une ceinture de coton ou de laine. Les manches sont très-longues et très-larges. Sur la tête, une petite calotte remplace les cheveux et est recouverte d'une sorte de coiffure appelée tvlbac, ayant la forme d’un cône dont on enfoncerait un peu le sommet, et fuite en peau de mouton. La chaussure est une sorte de babouche ou simplement une semelle de cuir de chameau ou de cheval fixée sous le pied au moyen d’une corde en laine.

Chez les femmes turcomanes (fig. 108), le type est plus marqué que chez les hommes. Leurs pommettes sont plus saillantes, leur teint est très-blanc. Leurs cheveux sont généralement épais, mais très-courts; aussi sont-elles obligées d’allonger leurs tresses au moyen de ganses en poil de chèvre et de cordons, auxquels sont attachées des verroteries et des perles d’argent.

Nous ne décrirons pas leur costume , dont on aura une idée d’après les ligures 108 et 109. Remarquons seulement que la tête est coiffée d’une toque ronde, par-dessus laquelle on met un voile de soie ou de cotonnade tombant par derrière. Le tout est maintenu par une sorte de turban, de la largeur de trois doigts, sur lequel sont cousues de petites plaques en argent. Un des coins du voile est ramené sous le menton de droite à gauche, et vient

se fixer au moyen d’une chaînette d’argent, terminée par un crochet sur le côté gauche de la tète.

Fig. tos. Jeune fille turcomane.

Les bijoux, colliers, bracelets, plaques, chaînettes sont si multipliés dans la toilette des femmes turcomanes, que quand une

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douzaine d’entre elles vont ensemble chercher de l’eau, elles font un cliquetis assez semblable à un bruit de sonnettes.

Les hommes ne portent aucun ornement.

Fig. 109. Femme lurcomane.

La figure 110 représente des musiciens turcomans.

La figure 111 représente un campement de Turcomans nomades. M. de Blocqueville, qui a publié, en 1866, dans le Tour du monde , la relation curieuse intitulée Quatorze mois de captivité chez les Turcomans, décrit ainsi les mœurs de ces peuples :

t Les Turcomans ont près de leur tente un mouton ou une chèvre qu’ils engraissent et qu'ils tuent dans les grandes circonstances. La viande est désossée, coupée par morceaux et salée ; une partie est desséchée et prend un goût faisandé dont les Turcomans sont très-friands; l’autre portion, coupée en morceaux plus petits et placée dans la panse de l’animal, est destinée du temps à autre ù faire le bouillon. On réunit tous les os et débris

Fig. 110. Musiciens turcomans.

et on les fait cuire dans une ou plusieurs marmites, de façon à pouvoir donner, le jour d’un grand repas, du bouillon à tous les voisins et amis. Les intestins sont le partage des enfants, qui les font griller sur les charbons et passent des journées entières à traîner et à sucer ces boyaux à peine lavés.

« .... Les femmes sont traitées avec plus d’égards par les Turcomans

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que par les autres musulmans. Toutefois elles travaillent beaucoup; chaque jour elles ont à moudre le blé destiné à nourrir la famille. De plus, elles filent la soie, la laine, le coton ; elles tissent, cousent, foulent les feutres, montent et démontent la tente, vont chercher l’eau, lavent quelquefois, teignent les laines ou la soie et font les tapis. Elles installent dehors, dans la belle saison, un métier très-primitif composé de quatre piquets solidement fixés dans le sol, et, au moyen de deux grosses traverses sur lesquelles elles disposent la trame , elles commencent le tissage qui est serré avec un instrument en fer formé de cinq ou six lames disposées en peigne. Ces tapis, généralement de trois mètres de long sur un mètre et demi de large, sont bien faits et solides. Chaque tribu ou famille a son dessin particulier qui se transmet de mère en fille et ainsi de suite. Il faut vraiment que ces Turcomanes soient constituées vigoureusement pour résister à tout ce travail, pendant lequel parfois elles allaitent leurs enfants et ne mangent que du pain sec ou unë sorte de bouillie peu substantielle. C’est surtout le travail de la meule qui les fatigue et leur affaiblit la poitrine.

c Dans leurs rares moments de loisir, elles ont toujours un paquet de laine, de poil de chameau ou de bourre de soie qu’elles filent en causant ou en se promenant chez les voisines; mais elles ne restent jamais sans rien faire, comme les femmes de certains pays musulmans.

« L’homme a aussi son genre de travail déterminé : il s’occupe du labourage, de la culture, rentre la moisson, soigne les animaux domestiques, va de temps en temps à la maraude pour rapporter du butin. Il fait la corde en laine à la main, taille et coud tout ce qui se rapporte au harnachement et à la couverture des chevaux ou chameaux, essaye d'un peu de commerce^ et, dans ses moments de loisir, se fabrique une coiffure ou des chaussures, joue de la doutare (deux cordes), chante, boit du thé et fume.

« On remarque chez ces peuplades une grande envie de s’instruire et de lire les quelques livres que le hasard fait tomber entre leurs mains.

« Généralement, les enfants ne travaillent guère avant leur dixième ou douzième année. Jusqu’à cet âge, leurs parents les forcent à apprendre à lire et à écrire; ceux qui ont besoin de se faire aider par leurs enfants pendant les travaux de l'été, ont grand soin de leur faire regagner le temps perdu pendant l’hiver.

u Le maître d’école, mollah (prêtre ou lettré), se contente de quelques cadeaux, soit en nature, blé, fruits ou oignons; soit en espèces, selon la position des parents. Chaque enfant a une planchette sur laquelle le mollah écrit l’alphabet ou la leçon, et à mesure que l’enfant a appris sa leçon on lave la planchette.

« Les parents s’assurent si les enfants savent leurs leçons avant qu’ils se rendent à l’école; les femmes surtout tirent une certaine vanité de ce qu’elles savent lire. Les hommes passent quelquefois des journées entières à essayer de comprendre les livres de poésie venant de Khiva ou de Boukhara, dont le dialecte diffère un peu du leur.

« Les mollahs turcomans vont passer quelques années dans ces villes afin d’étudier dans les meilleures écoles.

« Toutes ces peuplades sont musulmanes et de la secte sunnite. Comme on le sait , la différence extérieure entre eux et les Persans de la secte

schiite, qui reconnaissent Ali pour seul successeur de Mahomet, consiste dans la manière de prier et de faire les ablutions.

« Pendant la prière, ils tiennent les deux bras croisés devant eux à partir du poignet seulement, au lieu de les tenir sur le côté comme les Persans.

« Quoiqu'ils observent assez régulièrement les préceptes de leur religion,

Fig. lit. Campement turcoman.

il y a chez eux moins de fanatisme ou d’ostentation dévote que dans les autres contrées d'Orient que j’ai été à même de visiter. Par exemple, ils ne dédaignent pas de fumer et de manger avec les Juifs.

a .... Chacun d’eux aime sa tribu et se dévoue au besoin pour la communauté. Leurs manières décentes et empreintes d’une certaine gravité ne peuvent être comparées à celles des peuples voisins, même des Boukhariens

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et des Khivaïens, chez lesquels la corruption des moeurs est arrivée à ut» triste degré.

« J’ai rarement vu de querelles et de scandales chez les Turcomans. Quelquefois j’ai assisté à des discussions très-vives et très-animées, mais jamais je n’ai entendu d'injures grossières ni de mauvais mots comme dans les autres pays. Us sont aussi moins durs vis-à-vis de leurs femmes que les Persans et ont plus de considération et de respect pour elles.

o Lorsqu’il y a des étrangers dans la tente, les femmes passent seulement un coin de leur voile sur le bas de leur menton et parlent en baissant la voix, mais cela n’empêche pas qu’elles ne soient saluées et respectées par Iss visiteurs, avec lesquels elles causent sans qu’on y trouve aucun mal.

« Une femme peut aller d’une tribu dans une autre, parcourir un chemin long et isolé, sans jamais avoir à craindre la moindre insulte de qui que ce soit.

« Le Turcoman en visite a une manière de se présenter qui ne varie jamais. Il lève la portière de la tente et se baisse en entrant, s'arrête et se redresse de toute sa hauteur; après une pause de quelques secondes, [tendant laquelle il tient ses regards Axés sur la voûte de la tente, probablement pour donner aux femmes le temps de se cacher le menton, il prononce le salut sans faire aucun geste. Les échanges de civilités et les informations réciproques de la santé des parents, des amis et de la tribu terminés, le maître de la tente prie le visiteur de venir prendre place sur le tapis et à côté de lui. Aussitôt la femme présente la serviette, du pain, puis le pain et l’eau, ou du lait aigre, ou des fruits. L’étranger, par discrétion, ne prend que quelques bouchées de ce qu’on lui offre. «

Kirghis. — Les Kirghis sont un peuple nomade. Ils habitent les pays situés sur les limites des empires russe et chinois. Ils errent dans de vastes plaines, depuis le lac Baïkal jus-, qu’aux contins des steppes de la Sibérie.

Us voyagent armés et toujours prêts à la guerre ou à la chasse. Comme les animaux féroces peuvent attaquer les hommes isolés, ils voyagent presque toujours à cheval et par troupes.

Du reste, le Kirghis ne quitte guère son cheval. C’est à cheval que l’on traite toutes les affaires et que l'on échange les marchandises. Il y a dans une ville où résident les Kirghis fixes, à Shouraïahan, un marché où acheteurs et marchands trafiquent sans quitter leurs montures (fig. 112).

La taille des Kirghis est fort au-dessous de la moyenne. Ils sont laids de visage. La partie supérieure du nez étant très-affaissée, l'espace compris entre les deux yeux est tout plat et parfaitement de niveau avec le reste de la face. Les yeux sont allongés, trèscouverts, le front est très-saillant à sa partie inférieure et fuyant vers la partie supérieure. Leurs joues, larges et bouffies, ressem-

blent à deux morceaux de chair crue qu'on leur aurait collés sur les côtés du visage. Leur barbe est rare , leur corps est peu musculeux et leur teint brtlni.

Les Kirghis ressemblent aux Uzbecks, peuple que nous passons sous silence; mais ces derniers, vivant dans un climat tempéré, sont grands et bien faits, tandis que les Kirghis, sous l’influence d'un climat rigoureux, sont petits et rabougris.

Fig. lis. Marché à cheval, chez les kirghis.

Un certain degré de civilisation existe chez ces peuplades, malgré leurs habitudes nomades. Dans les contrées qu’ils fréquentent, ils ont établi des relais de chevaux, ressource indispensable à leur genre de vie.

Nogais. — Les Nogaïs, qui composaient autrefois une nation puissante, au bord de la mer Noire, sont maintenant disséminés au

Fig. 113. Nogai.

Volga et les montagnes du Caucase. D'autres, devenus sédentaires, sont cultivateurs ou artisans. Tels sont ceux de la Crimée et ceux d 'Astrakan.

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milieu d’autres peuples. Un grand nombre forment encore des hordes nomades, qui errent dans les steppes, entre les rives du

M. Vereschaguine rencontra des Nogaïs dans les steppes du Caucase. C’est, dit le voyageur russe , une peuplade pacifique, assez laborieuse, et s’attachant au sol plus facilement que les Kalmouks, avec lesquels elle a beaucoup de ressemblance pour la manière de vivre, les mœurs et les coutumes. L’auteur n'eut pas le

Kir. tU. Jeune Nogai.

loisir de visiter leurs colonies ou leurs camps nomades , mais il prit des croquis d'individus, dont nous mettons quelques spécimens sous les yeux du lecteur (fig. 113 et 114).

Osmanlis. — Le peuple le plus important de la famille turque est actuellement celui des Osmanlis.

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Les Osmanlis ont été les fondateurs de l’empire turc et les conquérants de Constantinople.

La tendance à la vie nomade est très-prononcée chez ce peuple. Il a dégénéré dès qu’il a adopté une résidence fixe, et c’est peutêtre à cette cause qu’il faut attribuer la décadence de la race turque qui habite aujourd’hui l’Europe et l’Asie Mineure.

La résidence des Turcs Osmanlis , ainsi que leur civilisation, datent de l’époque de l’hégire de Mahomet, au septième siècle après Jésus-Christ.

Ces peuples ont, sous le rapport physique, des formes qui les rapprochent de la race caucasique. C’est pour cela qu’on les a longtemps rangés dans la race blanche ou caucasique ; mais la plupart des anthropologistes modernes les placent dans la race jaune.

La tète a, chez les Turcs Osmanlis, à peu près la forme sphérique. Le front est élevé et élargi ; le nez est droit, sans dépression à sa racine, sans épatement à son extrémité.

Les tètes des Turcs ne ressemblent pas aux têtes européennes. Elles s’en distinguent surtout par le relèvement assez brusque de la région occipitale. Toutes les parties ont néanmoins de belles proportions. L’influence mongole s’y fait sentir, mais d’une manière peu sensible, si l’on s’en rapporte à la seule expression des traits du visage.

Les Turcs sont, en général, des hommes grands, bien faits, robustes, d’une physionomie rude, mais souvent noble, au teint légèrement basané, aux cheveux bruns ou noirs. Leur maintien est grave, et leur gravité naturelle est encore augmentée par l’ampleur des habits, par la barbe , les moustaches et l’imposante coiffure du turban. Etant de tous les peuples venus de l’Asie centrale les plus récemment entrés en Europe, ils conservent encore, surtout dans les provinces asiatiques, les mœurs, les usages et les croyances qui les distinguaient il y a trois siècles.

Comme il y a trois siècles, les Turcs, ainsi que les Orientaux en général, ont une nourriture frugale et surtout végétale. Us se privent de vin. Les exercices corporels, tels que l’équitation et le maniement des armes, entretiennent leur vigueur. Leur hospitalité est grave et cérémonieuse. Ils parlent peu, donnent beaucoup à la dévotion, du moins à ses signes extérieurs ; ils vivent dans des maisons tranquilles et simples, entourées de jardins. Le Turc

ne connaît pas la vie fiévreuse de nos cités européennes. Mollement couché sur des coussins, il fume son tabac de Syrie, boit, à petites gorgées, son café d’Arabie, et demande à la fumée de quelques grains d’opium de le transporter dans le pays des rêves.

Telle est la vie du Turc des hautes classes. Le peuple et l’ouvrier n’ont point de ces raffinements de l’existence. Cependant les hommes des classes inférieures sont moins malheureux en Turquie et chez les Orientaux, en général, que chez les nations européennes. L’hospitalité orientale n’est pas un vain mot. Jamais un riche musulman ne chasse de son logis un malhenreux qui l’implore. D’ailleurs il faut si peu de chose pour la nourriture de ces hommes sobres et robustes, la terre fournit si aisément en Orient des productions végétales alimentaires, que les pauvres gens ne sont jamais embarrassés du vivre ni du couvert. Les caravansérails sont des auberges publiques où on loge gratis les voyageurs et les artisans; et chez les propriétaires des campagnes, l’hospitalité pour le passant malheureux est vraiment patriarcale.

La polygamie est moins répandue en Turquie et en Orient qu’on ne se l’imagine. La femme turque étant un objet de grand luxe,

„ c’est-à-dire ayant le droit de ne rien faire et de beaucoup dépenser, les musulmans très-riches peuvent seuls se permettre l’entretien de plus d’une épouse. Quelquefois même les parents stipulent, dans le contrat de mariage, la renonciation formelle de l’époux au droit qu’ont les mahométans de posséder quatre femmes.

Outre leur épouse légitime, les riches et les grands réunissent des esclaves géorgiennes et circassiennes dans ces appartements isolés, interdits à toute curiosité par la jalousie orientale, et qui s’appellent harems et non sérails. Ce n’est que dans l’intérieur de ces appartements isolés que les musulmanes, soit épouses, soit concubines, laissent voir leur visage et leurs bras. Au dehors, elles sont toujours enveloppées de triples voiles, qui dérobent leurs traits aux yeux les plus pénétrants.

Mahomet a permis aux femmes de ne pas se rendre aux prières publiques dans les mosquées. Ce n’est donc que dans l’intérieur de leur harem que les femmes musulmanes se réunissent entre elles et se donnent des fêtes ou des divertissements.

On se fait dans toute l’Europe une fausse idée de la condition des femmes turques. Beaucoup de femmes européennes seraient

1UCE JAUNE.

heureuses d’échanger leur sort et leur liberté contre le prétendu esclavage de la femme turque. Bien entendu qu’il ne s’agit ici que de la condition matérielle, et non de la situation morale.

La dame turque est vouée à un désœuvrement général et absolu. Une jeune lille qui, à l’âge de quatorze ans, joint à quelque aptitude pour les travaux d’aiguille le privilège de la lecture, passe pour une personne instruite. Si elle sait écrire, et si elle connaît les deux premières règles de l’arithmétique, c’est une savante. La femme des classes moyennes ne se livre pas au commerce ; elle est toujours oisive. La femme pauvre elle-même ne travaille que rarement et à ses heures.

A quelque classe quelle appartienne, la femme turque est donc vouée au fur nienie. Pour combattre l’ennui, la femme riche fait, refait des visites, ou se rend à des invitations. Dans les harems opulents, chaque dame turque reçoit dans son appartement. On cause, on chante, on se distrait par des récits (fig. 115). On fait venir des musiciens, on assiste à des pantomimes, à des danses, on fait des promenades dans les jardins. Des bains en commun, des balancements de hamac, des fumeries au narguilhé, de petits repas fins, charment agréablement les heures.

Une soirée dans un harem {la Kalva ) est un événement assez rare, car les réunions de nuit ne sont pas dans les habitudes musulmanes. Aucun homme n'assiste à ces réunions. A mesure que les invitées arrivent, la maîtresse du logis les engage à s’asseoir, les fait placer successivement et côte à côte, sur un divan, les jambes croisées ou un genou levé. On apporte le café et le ichibouc au bouquin d’ambre. On sert, sur un plat d’argent ciselé, des gelées de fruits divisées par petites portions. Chacune des invitées, après quelques cérémonies, porte à sa bouche l’unique cuiller qui est dans le plat, et qui sert à tout le monde. Chacune colle ses lèvres au grand verre d’eau, qui suit le plat de confitures.

La soirée continue par une conversation générale et joyeuse. Les tilles de' la maîtresse de la maison, ou ses suivantes, s'asseyent bien en vue de l’assistance, et chantent, en s’accompagnant du sautour, de la mandoline, de petites timbales et de tambours de basque. Bientôt d'autres jeunes filles se livrent à une sorte de pantomime dansée. Après la musique et les danses, on fait des parties de cartes ou de jacquet, et enfin la soirée se termine par un souper (fig. 116).

Les plaisirs du dehors ont d’autres attraits. Les dames turques de la classe moyenne courent les bazars ou échangent entre elles des visites.

Fig. 11S. L'n harem.

Les visites sont de trois sortes : les visites demandées ou annoncées, les visites par surprise, les visites par aventure. Ces dernières sont les plus curieuses. Plusieurs dames se réunissent en

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groupes, et s’en vont, par les quartiers et les faubourgs de la ville, rendre et demander visite à des personnes qu’elles n’ont jamais vues (fig. 117).

Les promenades, à Constantinople, sont de véritables parties de campagne. Les dimanches et les vendredis on sort de la ville avec

Fig. tic. Le tandour (souper du harem'.

toutes sortes de provisions de bouche. Sur quelques-unes des promenades publiques, les sultans ont fait élever pour l’usage des dames des terrasses superposées en gradins, qui dominent des pièces d’eau, formant un espace aplani Les acrobates et les prestidigitateurs, les musiciens et les danseurs ambulants vien-

nent donner des représentations sur ces terrasses. On voit là d’admirables groupes de femmes aux blancs yaschmacs , qui encadrent en haut et en bas la figure et ne laissent à découvert que le nez. De longs et amples pardessus, de mille nuances, enveloppent le reste du corps.

Si le Turc est indolent, il est loin d’être farouche, et beaucoup de traits de son caractère indiquent un grand fonds de douceur.

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