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FAMILLE TEUTONNE

Les peuples de la famille teutonne sont ceux qui possèdent au plus haut degré les caractères de la race blanche. Leur teint, plus clair que celui d’aucun autre peuple, ne parait même pas susceptible de brunir par un long séjour dans les climats chauds. Leurs yeux sont ordinairement bleus, leurs cheveux blonds; leur taille est élevée; leurs membres bien proportionnés.

Depuis les premiers temps historiques, ces peuples occupent la

Scandinavie, le Danemark, l’Allemagne et une partie de la France. Us se sont développés également dans les îles Britanniques, en Italie, en Espagne, dans le nord de l'Afrique ; mais dans ces divers pays ils ont fini par se fondre avec des peuples appartenant à d’autres familles. Ajoutons que ces mêmes peuples forment aujourd’hui la plus grande partie de la population blanche de l'Amérique et de l’Océanie, et qu'ils ont soumis à leur puissance une grande partie de l’Asie méridionale.

Ug. 1. Paysans islandais.

.Nous établirons dans la famille teutonne trois groupes principaux : les Scandinaves, les Germains et les Anglais.

Scandinaves. — Les Scandinaves ont conservé d’une manière assez pure les caractères typiques de la famille teutonne. Leur intelligence est très-développée. Aussi l’instruction est-elle trèsrépandue chez ces peuples, qui ont donné la plus vive impulsion

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aux progrès des sciences. Les anciennes poésies des Scandinaves, qui remontent jusqu’au huitième siècle, sont célèbres dans l'histoire de la littérature européenne.

Les Scandinaves comprennent trois populations bien distinctes: les Suédois, les Norvégiens et les Danois. Nous ajouterons à ce groupe la petite population islandaise, qui est celle dont la langue se rapproche le plus de l’ancien Scandinave.

Les îles Féroé sont également habitées par des Scandinaves, et on reconnaît encore beaucoup de Suédois sur les côtes de la Finlande. Mais dans les autres contrées où les Scandinaves avaient autrefois étendu leurs conquêtes, ils se sont, en général, fondus dans les peuples qu’ils ont soumis.

Les Islandais sont de taille moyenne et peu vigoureux. Ils sont probes, lidèles et hospitaliers, et tiennent extrêmement à leur patrie. Ils ont peu d'industrie et ne savent que fabriquer des étoiles grossières et préparer les cuirs.

La ligure 1 représente des paysans islandais.

Les Norvégiens sont robustes, vifs, durs à la fatigue, simples, hospitaliers et bienveillants.

On trouve en Norvège peu de différences dans les coutumes et usages des diverses classes de la société. Les mœurs sont ici vraiment démocratiques. C'est le paysan qui joue le rôle principal dans les affaires du pays. La diète du peuple impose ses volontés au gouvernement.

M. de Saint-Biaise, dans son Voyage dans les h Gts Scandinaves , donne au Norvégien un caractère rude, ombrageux, mais solide. Une chose qui le frappa fut le peu de sociabilité qui existe entre les deux sexes. On s’y marie ordinairement avant vingt-cinq ans; l’épouse devient dès lors une femme d’intérieur, toute à son mari. Dans les réunions, les deux sexes se séparent aussitôt après le repas. Il en résulte un sans-gène trivial entre les hommes et un manque de soin dans la toilette des femmes, qui contraste avec leur grâce naturelle.

Nous représentons dans les ligures 2, 3, 4 et 5 des types d’habitants de la Norvège.

Les Danois (anciens Jutes, ou Golhs ) forment un peuple lier de sa race, plein de vaillance et d’opiniâtreté. Les hommes sont grands

et forts; les femmes sveltes et alertes. Les cheveux sont blonds, les yeux bleus, le teint éblouissant. Les enfants sont frais et ver-

meils, les vieillards lestes et droits sur leurs jambes. Les voix sont belles, accentuées et mâles. On rencontre en Danemark un mélange singulier de mœurs démocratiques et de coutumes féo-

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dales : des majorats à côté de lois égalitaires. Les classes populaires ont un ardent désir de posséder en propre.

Fig. il. Fille et garçon de Lauwergrand (Norvège).

Il y a en Danemark trois classes de paysans : ceux qui ont maison avec cour, ceux qui ont maison seulement , ceux qui ont chambre à loyer. Les premiers ont leurs bahuts garnis d'une riche vaisselle; leurs femmeset leurs filles vont travailler aux champs avec des bagues aux doigts et des bracelets aux’poignets.

Le peuple a donc un assez large confortable. Joignez à cela une instruction générale, qui se trouve même dans la chaumière du paysan, et qui embrasse des notions d'agriculture. de géographie, d’his-

Fig. 4. Femmes du ChrisliansunU (Norvège). t0jre et ,JC ca|cul. La Civilisation du Danemark est donc très-grande, plus grande assurément

que celle de la France, de l’Angleterre, de l'Espagne et de l'Italie.

Il n’y a presque pas d'ivrognes en Danemark. Les mœurs y sont très-pures ; le mariage y est sacré.

Les mariages des paysans de Kionie durent sept jours. On danse

et on festoie trois jours avant et trois jours après la noce. C'est au bruit des fanfares que se fait la célébration du mariage. Le marié est fort élégamment paré; la mariée l'est davantage encore : elle porte une sorte de diadème, où l’on voit les Heurs se mêler à l’or.

Germains. — A l’époque où leurs tribus nomades erraient encore

Fig. S. Femme du Sogn (Norvège).

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dans les forêts. c'est-à-dire au tempsde l'empire romain, les anciens habitants de la Germanie ressemblaient beaucoup à leurs voisins les Gaulois C’étaient des hommes à la haute stature, aux formes vigoureuses et à la peau blanche. Seulement leurs cheveux étaient ordinairement roux , tandis que chez les Gaulois te blond était la teinte dominante. La tête était forte, le Iront large, l'œil bleu. Mais les descendants modernes des antiques habitants de la Germanie ont subi beaucoup de modilications dans leur type physique, de sorte qu'il serait difficile de trouver aujourd'hui dans la plus grande partie de l'Allemagne des caractères généraux quant «à la structure de la tète et à la couleur des yeux ou à celle des cheveux.

Les Germains modernes , c'est-à-dire les Allemands, occupent une très-grande partie de l’Allemagne actuelle et de la Prusse orientale, ainsi qu’une large bande de pays à la droite du Rhin. On en trouve aussi dans diverses parties de la Hongrie, de la Pologne, de la Russie et de l’Amérique septentrionale. Les Allemands de l’Est et du Sud, s’étant beaucoup mêlés avec les peuples du midi de l'Europe, ne présentent point exclusivement le type teuton ; on trouve parmi eux des hommes aux cheveux bruns et aux yeux noirs.

Nous donnons dans les figures suivantes (fig. 6 à 15) quelques types et costumes des habitants de l'Allemagne actuelle (Bade, Wurtemberg, Souabe et Bavière). On y voit aussi les costumes nationaux de l’Alsace.

Nous emprunterons à tin ouvrage publié en 1860, sous ce titre: Les races humaines cl leur pari dans la civilisation, par le docteur Clavel, un tableau intéressant des mœurs de l’Allemagne moderne.

« Confinant, par sa frontière du sud-ouest , au monde latin, par sa frontière du sud-est au monde slave, par sa frontière du nord à la Scandinavie, l’Allemagne, dit le docteur Clavel, n'a pas de limites bien accusées. Sur toute sa périphérie, elle n’ofTre identité ni de mœurs, ni de langage, ni de religion. Ses provinces limitrophes du Danemark sont à moitié Scandinaves; celles qui continent à la Russie ou à la Turquie sont ir moitié slaves; celles qui avoisinent l'Italie ou la France sont à moitié latines; elles forment dans leur ensemble une zone mixte et plus large dans les frontières de l’Allemagne que dans les frontières de toutes les autres nationalités.

* C'est seulement vers le centre que l’on rencontre dans toute sa pureté le type blond de la Germanie, l'organisation féodale et les nombreuses

principautés qui en sont la conséquence. C’est là que se trouvent également les conditions climatériques sur lesquelles semble se modeler cette race aux yeux bleus, à la carnation éclatante de blancheur, à la stalure élevée, aux formes pleines et vigoureuses.

« De même que le Latin, amoureux de soleil et de lumière, élargit ses fenêtres, construit des terrasses, défriche ses bois pour leur substituer la culture de la vigne, de même l’Allemand veut, avant tout, l’ombre et les retraites mystérieuses. 11 cache sa maison sous les arbres, il rétrécit l’ouverture de ses fenêtres, il borde ses routes d'ormeaux touffus ; il pousse jusqu’au culte le respect pour ses vieux chênes, il leur donne une âme et une voix, il en fait la résidence d’une divinité.

Fig. 6-7. Costumes de la Souabc (Stuttgart).

« Pour bien comprendre le génie allemand, il faut parcourir les sentiers des antiques forêts, analyser les jeux de la lumière et de l’ombre, répaities sans ordre et sans gradation, coupant des perspectives bornées et étroites, donnant à un objet restreint un éclat qui contraste avec l’obscurité voisine, modifiant la figure, brisant la ligne, créant des aires obscures traversées de teintes irisées et de rayons ardents. 11 faut, sous les arbres séculaires, écouter les sons répercutés par mille échos, se divisant et mourant dans les taillis, changés en frissonnements dans les feuilles du tremble, en soupirs dans les rameaux du sapin, en murmures harmonieux dans les ruisselets qui courent entre une double rangée d’iris et de salicaires. Il faut encore respirer l’âcre parfum des feuilles tombées, ou l’arome enivrant des merisiers en fleur. Alors on comprend le culte de la nature et l’espèce de drui-

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disme <|iii sc maintiennent dans la littérature allemande; on comprend la passion de Gœthe pour l’histoire naturelle; on entrevoit une signification au poi'me de Faust: on s'imprègne de mélancolie, on devient ami de ce qui est doux, triste, mystérieux, fantastique, irrégulier et original.

« Ainsi rapproché de la nature, l’Allemand est naïf et primitif; il a l’intuition de l’enfance des choses. Il sait remonter au passé et retrouver les premiers âges; il n’a pas la prescience de l’avenir; il résiste au progrès. S’il marche vers l'égalité et vers l'unité, c’est sons l'impulsion de l'idéal des Latins. En lui se trouve une résistance qui tient à sa nature patiente et froide. Ses actes s’opèrent avec lenteur. Sa langue est à peine formée. Sa littérature, débordant d'imagination, manque d’élégance et de pureté : elle n'est pas mûre pour la prose ; elle ne sait pas faire un livre.

Fig. 8-s. Costumes Je la Sou ilie (Stuttgart)

u Les arts plastiques de l'Allemagne possèdent aussi la naïveté cl la variété, fruits de l’imagination ; mais ils ignorent la proportion, la pureté du style et l’élégance; ils ne savent coordonner ni les lignes ni les couleurs; souvent ils tournent au grotesque, ou sont imprégnés de lourdeur et de pédanterie ; on sent qu’ils ne procèdent pas des fils du soleil.

5, « Les Allemands ont une oreille merveilleuse pour apprécier les sons et traduire en mélodies les mouvements fugitifs de l’âme.

« .... Celui qui possède une constitution forte et tenace doit à ses moyens d’action l'énergie de la volonté. Ses projets ne sont pas conçus à la légère; ils ne sont pas abandonnés sans de graves motifs; ils sont souvent poursuivis à travers mille obstacles. Lie là cette activité patiente et continue de

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l’Allemagne, qui réussit dans toutes les industries, malgré son morcellement et les empêchements résultant de sa constitution politique.

« Où les hommes sont laborieux, patients et économes, on doit s’attendre à voir la famille s’organiser fortement et prendre une influence décisive sur les mœurs nationales.

« L’amour, chargé de rapprocher les sexes et de rendre leur vie commune, n’est, en Allemagne, ni très-positif, ni très-roinanesque : il est rêveur. Il cherche son objet dès l'adolescence, et le trouve vite; il lui garde sa foi jusqu'à l'époque du mariage.

c Ces fiançailles prématurées étant admises par les mœurs, on voit ceux qu'elles concernent au bras l’un de l’autre dans la foule, dans les fêtes

Fig. 10-11. Costumes du Wurtemberg (ülm).

publiques ou privées, dans les bois solitaires êt dans les ombres du soir. Plaisirs et peines, ils partagent tout, heureux de sentir leur cœur battre à l'unisson, de se redire mille fois leur tendresse. La placidité du tempérament et la certitude de s’appartenir un jour atténuent le danger de ces longs tête-à-tête. Le jeune homme respecte celle qui doit porter son nom et donner dans son ménage l’exemple de la vertu; la jeune fille se garde d’une séduction qui l’abaisserait et compromettrait son avenir.

« On ne peut qu’applaudir à de pareilles mœurs. Elles assurent l’avenir de la femme et la sauvent de la coquetterie ; elles plient l’homme au rôle de chef de famille, lui font penser à l’avenir, lui évitant le libertinage, qui use le cœur autant que la constitution, enfin rendent son amour permanent en le transformant en habitude.

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■ Quand vient le jour des noces, appelé depuis tant d’années, les caractères ont pris leur empreinte respective, les jeunes époux se connaissent, ils n’ont pas à redouter les déceptions, ils ont cette probité du cœur qui n'admet qu’une seule tendresse.

« Ici tout s’accorde à relever la dignité de la femme. Dès l’adolescence et pendant les années où la beauté s’épanouit dans sa fleur, elle se sent 1 objet d’un culte, elle est la maîtresse. Tout ce qu’elle accorde, si minime que soit la faveur, acquiert un grand prix; la pâquerette effleurée par ses lèvres vaut bien mieux que l’or, le ruban qu’elle a porté devient l'équivalent d'une décoration*. »

Cette peinture de mœurs allemandes se rapporte surtout aux

l ig. 12-13. Costumes de la Iîaviùre (Munich).

habitants du midi de l’Allemagne, aux Autrichiens. C’est dans le midi de l’Allemagne que l’on trouve cette activité patiente et cette douceur de mœurs décrites par le docteur Clavel. Mais ces qualités sont loin d’ètre l’apanage des habitants du nord et de l’ouest. Les Allemands du nord et de l'ouest se sont montrés à nu pendant la guerre de 1870, alors qu'une série de fatalités déplorables et d’inconséquences funestes avait livré notre malheureuse patrie

à la discrétion de l’envahisseur. On a vu alors ce qu’il fallait

I. Des Races humaines, in-8°, Paris, 1860, pages 308 el suivantes.

F.c’ 14. Costumes du ilucüé de Dade.

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penser de la réputation de bonhomie, de naïveté et de douceur que s’étaient acquise dans le vulgaire les peuples d'outre-Rhin. Cette bonhomie est devenue une férocité non déguisée, cette naïveté une duplicité noire, cette douceur une violence hautaine et brutale. La haine, la fureur jalouse des Prussiens, qui s’étaient rués sur la France dans l'intention avouée de la réduire à l’impuissance et de la rayer, s’il était possible, de la carie des nations, leurs froides cruautés, leurs rapines éhontées, sont trop présentes à la mémoire de tous pour qu’il soit nécessaire de les

Fig. 15-16. Costumes de la Bavière (Munich].

rappeler. La barbarie prussienne a atteint le niveau de celle des Vandales du second siècle.

Nos savants se sont trouvés assez embarrassés pour expliquer l’anomalie qui existait entre les actes féroces des armées germaniques et la réputation toute contraire dont jouissaient nos voisins d’outre-Rhin. Habitués à considérer les Allemands comme des hommes paisibles et doux, sentimentals et rêveurs, nous étions, en France, douloureusement surpris de voir les faits démentir si cruellement une opinion généralement répandue. Un travail ethnologique publié en 1871 parM. de Quatrefages, dans la Reçut

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des Deux-Mondes' , est venu expliquer scientifiquement cette anomalie.

M. de Quatrefages a prouvé, par des considérations empruntées tout à la fois à la linguistique, à la géologie, à l’ethnologie et à l’histoire, que les Prussiens proprement dits, c'est-à-dire les habitants de la Poméranie, du Mecklembourg, du Brandebourg et de la Silésie, n’ont presque rien de la race germanique, qu'ils ne sont pas, de fait, Allemands, niais qu'ils résultent du mélange de Slaves et de Finnois avec les habitants primitifs de ces pays. Les

Fig. 17-18- Costumes de la Bavière (Munich;.

Finnois avaient envahi de très-bonne heure la. Poméranie et la Prusse orientale : plus tard, les Slaves conquirent le même pays, ainsi que le Brandebourg et la Silésie. Quelques peuplades germaniques, auxquelles il faut joindre les résultats d’une immigration française qui eut lieu en Prusse sous Louis XIV, après la révocation de l’édit de Nantes, viennent s'ajouter au fond slave et finnois, pour composer la race prussienne contemporaine. Or les Slaves du nord ont une rudesse de mœurs bien connue et un

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