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Fig. 19. Costumes de l’Alsace (Strasbourg).
type tout particulier de belle stature et de forte constitution. Les Finnois, ou habitants primitifs des rives de la Baltique, ont comme caractères propres la ruse et la violence, unies à une remarquable ténacité. Les Prussiens modernes font revivre tous ces défauts de leurs ancêtres.
M. Godron, naturaliste de Nancy, qui a fort bien étudié la race allemande, disait : « Les Prussiens ne sont ni des Allemands ni des Slaves; ils sont Prussiens! » Le fait est maintenant démontré par les recherches de M. de Quatrefages. Au point de vue ethnologique, les Prussiens sont très-difTérents des populations allemandes, qui sont aujourd’hui courbées sous le joug de l’empereur Guillaume, sous le prétexte d'unité germanique.
Deux langues écrites différentes existent chez les peuples germains: la langue néerlandaise et la langue allemande.
La langue néerlandaise a donné naissance à trois dialectes : le hollandais, le flamand et le frison.
Les Hollandais faisaient, au dix-septième siècle, le plus grand commerce maritime de la terre, et fondaient, à cette époque, un certain nombre de colonies.
Le Hollandais est, de sa nature, réservé et taciturne. Le propre de son caractère est la simplicité. 11 possède à un haut degré le sentiment patriotique. 11 est capable d’enthousiasme et de dévouement pour défendre son étrange et curieux territoire, conquis sur la mer par des digues et des travaux formidables, et arrosé par d’innombrables canaux, qui servent de moyen ordinaire de communication, et qui relient entre elles les rivières et les mers aussi bien que les villes.
Anglais. — Les Anglais peuvent être considérés comme le résultat du mélange des Saxons et des Angles avec les peuples qui habitaient les îles Britanniques avant l’invasion des Saxons.
D’où venaient et qu’étaient les Angles et les Saxons?
D’après Tacite, les Angles étaient un des petits peuples qui habitaient le littoral de l’Océan. Les Saxons, selon Plolémée, résidaient entre les bouches de l’Elbe et le Schleswig. Vers le cinquième siècle après Jésus-Christ, les Angles et les Saxons envahirent les îles Britanniques, et s’y mêlèrent à la population, alors composée de Celtes, de Latins et d’Araméens. Pendant les neuvième , dixième et onzième siècles, de nouvelles invasions de la Grande-Bretagne par les Normands et les Da-
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nois ajoutèrent à ce sang, déjà si mêlé, une autre infusion étrangère.
C'est de ce mélange de peuples divers qu’est sortie la nationalité anglaise, chez laquelle on trouve à la fois le caractère patient et persévérant, l'esprit sérieux, le goût de la vie de famille apporté par les Saxons, et qui est le propre du génie germanique, mêlé à la légèreté et à l’impressionnabilité des peuples celtiques.
Le type physique qui est résulté de ce mélange, c’cst-à-dire le type de l’Anglais, correspond à ce mélange de races. Les têtes ont une forme longue et élevée, qui les distingue des tètes carrées des Allemands, surtout ceux de la Souabe et de la Thuringe. Les Anglais ont la peau généralement claire et transparente, les cheveux châtains, les formes élancées, la taille svelte, la démarche raide et la physionomie froide. Les femmes n'offrent pas la noblesse et la plénitude de formes des femmes grecques et romaines, mais leur peau surpasse en transparence et en éclat celle de la population féminine des autres contrées européennes.
Nous empruntons quelques pages à l’ouvrage de M. le docteur Clavel sur les Races humaines et leur part dans la civilisation, pour faire une connaissance exacte avec le génie propre et les mœurs de nos voisins d’oulre-Manche.
« En examinant, dit le docteur Clavel. la situation géographique de l’Angleterre, son sol humide plutôt que froid, l’observateur sait à l'avance qu’il va rencontrer une population douée d'un appétit impérieux, d’une circulation puissante, d’un système moteur fortement organisé et d’un tempérament sanguin-lymphatique. I. .impuissance des fonctions digestives annonce que le système nerveux ne peut dominer et que Insensibilité est restreinte : la fréquence des brouillards qui détruisent les parfums de la terre, les vents impétueux de l’Océan et l’absence du vin annoncent la pénurie du sentiment, de l’inspiration et des arts, qui en sont la conséquence.
« Des plaines basses et unies, telles que les présente l’Angleterre proprement dite, sont peu favorables au développement des extrémités inférieures; aussi la force de l’Anglais est-elle moins dans ses jambes que dans ses bras, ses épaules et ses reins. Le poing est son arme naturelle, soit dans l’attaque, soit dans la défense : son duel populaire est la boxe, tandis que le pied joue un grand rôle dans le duel qui porte en France le nom caractéristique de savate.
« Celte puissance des régions supérieures du corps donne à l'Anglais un aspect particulier. En voyant ses épaules charnues, son cou épais et musculeux, sa poitrine proéminente, on devine le rude travailleur, le marin intré-
Fig. ïO. Anglais.
pide, le fabricant infatigable, le soldat qui se fait tuer à son poste, mais qui résiste mal aux marches forcées et iï la faim. Ses cheveux blonds ou roux, sa peau blanche, ses jeux gris, disent les brumes de son pays; sa nuque peu saillante et l’ovale peu accusé de son crâne disent qu'il y a du sang finnois dans ses veines; la force de ses maxillaires et le volume de ses dents disent scs préférences pour le régime animal. Il a le front élevé du penseur, mais non les longs yeux de l'arlisle.
« L’état insulaire de l’Angleterre, sa belle situation sur l'Allanlique, ses ports nombreux et magnifiques, ses cours d'eau et la facilité de sa navigation intérieure, tout fait pressentir un grand commerce maritime et les mœurs qui s’y rattachent. Mais ce que ne peuvent dire ni le sol, ni le climat, ni la position géographique, ce sont les aptitudes importées par les races.
« Dans l’Anglais il y a deux hommes : le Celte et le Germain. Un examen superficiel peut seul les confondre.
« Le Celte, que l’absence de notions précises sur une population antérieure fait considérer comme indigène, se rapproche des races néo-latines, et surtout des Français actuels. Il n’existe guère à l’état d'agglomération que dans l'Irlande et dans quelques districts montagneux du pays de Galles et de l’Ecosse. Son crâne et ses traits indiquent des aptitudes artistiques. Il préfère le christianisme sous sa forme catholique et anglicane. Comme l’ancien Gaulois, il aime le vin, le rire, le jeu, la danse, la causerie, la raillerie, la bataille. Il est spirituel et porte l'instinct du comique. 11 est franc et hospitalier : mais sa versatilité le rend incapable de mûrir et de poursuivre une entreprise, de se donner les avantages de la réflexion, de se réserver l’avenir. Faute de savoir coordonner ses forces et agir avec ensemble, il est devenu la proie d’un ennemi qui n’était son supérieur ni en nombre, ni en bravoure, ni même en intelligence. La vieille, la joyeuse Angleterre et la verte Irlande ont subi le joug du Danois, du Saxon et du Normand : elles ont perdu leur gaieté proverbiale, leurs bardes, leur génie démocratique et leur civilisation.
« Entre les conquérants modernes de l’Angleterre, les différences physiques et morales sont minimes. Tous sont venus des bords de la Rallique et portent en eux l’élément germanique et Scandinave; tous portent dans leur sang les aptitudes des anciens rois de la mer. Ils ont encore la force, qui érige la conquête en droit et prend ce qui est à sa convenance; l’orgueil, qui se refuse à courber la tète, même devant la tempête; l’initiative individuelle, qui exige, avant tout, la liberté; une ténacité que rien ne décourage ; une intelligence capable de toutes les subtilités; une sensualité générale, qui cherche à transformer les besoins du corps en moyens de jouissance; une insuffisance de sentiment qui suppose le manque d’aptitude pour les arts; enfin un tempérament calme et robuste entre tous.
« Ce type, qui se retrouve encore dans les sommités sociales et dans l’aristocratie, s’est modifié par sa combinaison avec l'élément celtique, mais a imposé plus qu’il n’a reçu. Le Saxon, en général, absorbe les aulres races ou les détruit; on dirait qu’il boit leur vie et ne peut se plier à leur génie.
« Il faut donc s’attendre à trouver les mœurs de l’Angleterre actuelle plus
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Scandinaves que celtiques. Le plaisir des temps anciens a bien diminué; les joyeuses commères ne sont plus guère connues que dans la littérature; la raillerie, en se plaçant dans une bouche saxonne, s’arme de dents aiguës elle emporte le morceau.
« Lorsque l'intelligence se détourne de l'idéal et se dirige incessamment vers les choses positives de la vie, elle prend l’habitude de considérer en tout le profit et la perte; elle devient ennemie du gaspillage, qui détruit les biens sans profit, et amie de l’ordre, sans lequel la prospérité matérielle est impossible; elle dirige les forces de l’organisme vers la production industrielle et agricole; vers le commerce, qui les entretient et les féconde; enfin vers la spéculation, qui prélève la meilleure part des profils du commerce, de l’agriculture et de l’industrie. Le Saxon trouve moyen de spéculer sur tout et de manœuvrer avec habileté dans le dédale de ses lois commerciales. Son tempérament flegmatique fait qu’il ne subit ni les entraînements de l’enthousiasme ni les déceptions du découragement. 11 voit ^uste dans le présent et l’avenir. En luttant de finesse avec ses adversaires, il apprend à se cuirasser contre les entraînements du cœur. Sa figure trahit rarement sa pensée intime; ses traits sont dénués d’une mobilité qui serait un désavantage.
<« C’est ainsi que l’Anglais joint l’habileté à la volonté, d’où dérive sa puissance dans l’action. Étant fort et habile, il prend en lui-mème une confiance qui dégénère facilement en orgueil et qui le sauve des petitesses de caractère. 11 n’est ni obséquieux ni llatleur; il rejette les raffinements de politesse, qui lui paraissent une humiliation pour celui qui les emploie; il garde le serment qu’il ne pourrait violer sans s’amoindrir; mais il fait valoir tous ses avantages. La vie est pour lui une lutte dans laquelle on doit triompher sans prendre souci de ceux qui ne savent pas combattre et succombent en chemin. 11 ne demande pas pitié et ne l'accorde guère; il n'a pas la cruauté, qui est une sorte de faiblesse, mais il sait supprimer un ennemi quand il y trouve un avantage marqué. En adjoignant à l’Anglais l’initiative individuelle, qui se retrouve dans toutes les branches de l’arbre germanique, on doit s’attendre à le voir amoureux de la liberté, sans laquelle ses forces ne pourraient prendre leur essor.
• Mais cette liberté le conduirait vite à sa perle s'il ne lui adjoignait l'esprit de conduite et s’il ne la tempérait par l’amour de l'ordre, qu’il puise dans ses habitudes industrielles et commerciales.
« .... Ses arts ne manquent ni de talent, ni d’observation, ni de finesse, ni d’esprit; ils représentent les hommes et les cho cs avec la fidélité la plus scrupuleuse, mais ils manquent de sentiment, de chaleur et d’idéal ; ils ne savent pas mettre en jeu les passions; ils ne peuvent sortir du genre descriptif. Le théâtre leur fait défaut, comme la musique, œuvre pure du sentiment; comme l’architecture, qui se voit dominée par la nature des matériaux et par l’appropriation de l’édifice aux besoins de la vie. Cette recherche de la commodité, qui rend la maison de Londres si laide, a pu également simplifier la langue jusqu’à l’amphibologie et dessécher l’accent jusqu’à la discordance. Faute d’harmonie dans les moyens d’exprimer la pensée, l’art de bien dire se retire de la conversation pour se concentrer dans le discours. Il n’y a presque pas d’intermédiaire entre ce dernier et la convcr-
salion incorrecte du tôte-à-tète. Le résultat est que l’Anglais fait, à propos de tout, des discours écoutés et commentés avec une patience imperturbable, mais ayant le tort grave de donner aux relations sociales la pédanterie et la raideur. Dès lors il n’y a plus de place pour l’abandon et la bonhomie L'esprit formaliste aidant, une foule de choses ne sont plus permises ou ne peuvent se faire qu’en suivant des règles déterminées. Les convenances comprennent ainsi, outre la politesse, une foule de conventions qui aboutissent à une véritable tyrannie morale, l'n acte qui partout ailleurs serait considéré comme naturel peut devenir l’objet d’un scandale; aussi le plus grand nombre s’abstient-il, dans un salon, d'agir, de parler et de gesticuler. Une réserve glacée devient la tenue générale.
« En face d’une pareille société, les indiscrétions et les hâbleries ne sont guère possibles. Mais de même que l’on ne peut mentir, on ne peut dire toute la vérité : on est obligé d’en réserver une partie, et souvent la meilleure. Le résultat est une hypocrisie particulière qui porte le nom indigène de cant, et qui est le véritable fléau de la société anglaise. Parle cant, la vie Intime est enfermée dans un cercle d'intolérance qui lui donne une désespérante uniformité. Chacun est obligé de faire comme tout le monde, si bien que dans le pays de la liberté l’âme est opprimée et désespérée jusqu’au suicide. Voilà pourquoi tant d’Anglais, pour échapper au spleen, sont obligés de fuir leur patrie.
« La femme anglaise est grande, blonde et fortement constituée. Sa peau est éblouissante de fraîcheur; ses traits sont minces et pourvus d’élégance ; l’ovale de son visage est prononcé, mais alourdi inférieurement ; ses cheveux sont fins, soyeux, charmants; son cou, délicat et allongé, donne à sa tête des mouvements pleins de grâce et de fierté.
« Jusqu'ici tout en elle est essentiellement féminin ; mais si l'on analyse son buste et ses membres, on trouve que les os volumineux de sa race nuisent à la délicatesse des formes, épaississent les extrémités, empêchent l’élégance des attaches et l’harmonie des mouvements.
c La femme émane de deux centres, qui sont la tète et le cœur. Celui-ci donne la grâce du corps, la rondeur et la finesse des formes, l’inspiration dans le sentiment, le dévouement dans l’amour, l'affinité de l'âme, une séduction multiple et indéfinissable, une sorte de rayonnement divin qui est la grâce, qui est la tendresse, qui est le charme en un mot. Celle-là donne l’intelligence, l'esprit, l’animation et la conséquence dans les actes.
t Si tout chez malienne et l'Espagnole révèle la suprématie du cœur dont lord Ryron était si amoureux, tout chez l’Anglaise révèle la suprématie de la tête. Le physique et le moral sont d’accord.
« 11 n’est guère de travail d’esprit dont une fille de la Grande-Bretagne ne soit capable. Elle s’instruit facilement ; elle manie la plume avec élégance; elle serait capable, au besoin, d’improviser un discours; elle est spirituelle, brillante même ; elle peut aborder les sciences abstraites ; elle peut lutter avec l’homme de sagacité et de profondeur : cependant sa conversation ne captive pas. Elle manque des mille instincts féminins qui se révèlent dans la toilette, la pose, le geste et l’attitude. Rarement elle est musicienne. Sa parole et son chant ne caressent pas l’oreille ; le
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sentiment de la couleur, de la forme cl du parfum lui fait défaut. Elle aiine ce qui est violent, et, au lieu d'arriver à I harmonie, elle aboutit à la discordance.
• .... Aucune aristocratie ne peut, sous le rapport de l'habileté, être comparée à l’aristocratie anglaise. Après s’être assuré l'influence de la richesse en s’emparant de la terre et en la substituant de père en fils par droit de primogéniture, elle donne le pouvoir législatif aux propriétaires du sol, au moyen d’une chambre de pairs dont les prérogatives et les domaines sont substitués au fils ainé, et d'une chambre élective dont la nomination appartient surtout aux tenanciers des grands propriétaires. Avec de pareils privilèges chez la noblesse, la royauté devient forcément dépendante et se trouve réduite au rôle d’instrument. Les places influentes de l’administration, de l’armée, de la magistrature et do l'Eglise reviennent de droit aux grandes familles, qui disposent de foules les forces du pays et en usent au profit do leur caste. L’impôt est organisé de manière à peser principa'crnenl sur les classes inférieures, tandis que le produit en revient à la classe privilégiée, sous forme d'appointements.
Pour amener l’aristocratie britannique au point de puissance où
elle se trouve, il a fallu bien des conquêtes. II a fallu dévorer la substance du Portugal, do l’Espagne, de la Hollande et de cent trente millions d’indiens; il faut que quinze millions d'Anglais soient condamnés à vivre d'un salaire quotidien, quand il y a salaire, il faut que le canon ouvre les frontières de la Chine aux caisses d’opium et aux produits des manufactures, obligées de vendre ou de succomber. Tant de maux n’ont pour compensation matérielle qu’une immense puissance donnée à l'argent. La sensualité exploitée sous toutes ses formes a décuplé le nombre des objets de consommation. Les maisons s'encombrent d'une multitude de meubles dont l’usage devient une sorte de science ; les tables se chargent d'une variété infinie de mets, de fruits, d’argenterie et de cristaux ; des étoffes aux mille nuances s’offrent aux caprices de la mode, soit pour la confection des vêtements, soit pour la décoration des appartements; mais la maison n’est ni plus belle ni plus saine, la table n’est ni plus hospilalièrc ni plus réjouissante, le vêlement n’est ni plus gracieux ni plus chaud. Le c imfurt étouffe le beau , que les hommes d’argent confondent toujours avec ce qui est cher.
« 11 ne faut demander à l'aristocratie britannique ni la line élégance de l’aristocratie latine, ni le sentiment de l’art qui lit naître tant de merveilles en Italie et même en France.
t L’argent a pu accumuler dans des galeries parliculières les tableaux et les statues produits par les étrangers, mais il a été impuissant a faire surgir une école d architecture, de peinture et de sculpture; il n'a même pu produire une simple partition musicale. Les industriels et les hommes d’Élat abondent en Angleterre; mais la pénurie des arlisles est extrême. Un grand poêle sort des rangs de la noblesse, et il emploie son génie h flageller l’aristocralic et les mœurs de son pays. Des littérateurs éminents donnent une valeur philosophique au roman de mœurs, et ils peignent sous les couleurs les plus noires le génie mercantile et féodal.
« Les hommes de fer qui ont transformé l’Angleterre en une sorte de fief semblent sc croire d’une autre espèce que le reste de l’humanité : ils pas-
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sent .’i travers les populations sans subir leur contact, sans modifier une étiquette, réglementant jusqu'aux excès de la table, jusqu’à l’ivresse du vin, de la chasse et de l'amour. Une parole, un geste suifit pour imprimer sur son auteur un cachet de vilenie et pour irriter la fibre de la noblesse. Elle s'irrite encore si des littérateurs de génie font parler des lords comme de simples mortels ; mais elle a obvié à ce scandale par le roman fashionablt, où brille, dans une auréole d’ennui, le décorum aristocratique.
« Tout cela produit une froideur compassée, une hauteur répulsive qui rend toute expansion et toute bonhomie impossibles. L’oppression morale et l’ennui s'infiltrent partout dans la vie : ils finissent par la rendre insupportable. Le spleen désole ces hommes si riches et si puissants.
« Ceux qui ne trouvent pas une distraction dans les luttes politiques vont à l’étranger chercher un peu d'affection et de gaieté ; les plus robustes partagent leur temps entre la table, les chevaux cl les chiens. Ils boivent d’une façon effrayante; ils forcent le renard et le suivent à cheval en franchissant tous les obstacles et en risquant de se rompre le cou, ou bien ils font cent lieues pour voir courir un pur sang et pour parier, en sa faveur, ce qui ferait la fortune de dix plébéiens.
€ Une telle existence ne peut se mener qu'a la campagne. Aussi la noblesse anglaise réside-t-elle dans ses terres pendant neuf mois de l’année, exerçant l’hospitalité fastueuse de toutes les grandes oligarchies et créant des résidences où le culte du bien-être est poussé jusqu’au fanatisme.
• A l’ombre de la féodalité vit une classe de fermiers, d’industriels, de marchands, de rentiers et de spéculateurs, qui se console des humiliations subies par celles qu’elle impose à la plèbe. Cette bourgeoisie, opprimée d’en haut et menacée d’en bas, offro un singulier mélange de timidité et de résolution. Son existence, toujours précaire, fait qu'elle s’alarme facilement, qu’elle est prête à subir les conditions des forts, à se charger de tous les ré.lcs, à répéter tous les mots d’ordre. Elle est inépuisable d’enthousiasme et d’admiration quand elle voit un gain pour elle-même dans la conduite de ses maîtres; mais elle oppose une résistance de la plus grande habileté quand les affaires publiques tournent à son détriment. Le danger ne la surprend guère ; il est signalé de loin et conjuré quand il survient.
« On croit retrouver le caractère israélite chez des gens qui font de la Bible leur livre de prédilection., qui subissent l’avanie en conservant le sentiment de la dignité ; qui aiment avec passion l’argent et les affaires <
aléatoires; qui savent hasarder pour gagner, et compenser une chance de perle par trois chances de gain ; qui respectent le texte plus que l'esprit de la loi, et usent de la probité commerciale comme d’un habile moyen de faire fortune.
• Dana la classe bourgeoise, l'aristocratie britannique trouve un instrument souple et fort qui lui sert à maintenir les prolétaires, véritables héritiers du caractère des Celtes. A ces malheureux , on reproche l'ivrognerie dans laquelle ils cherchent l’oubli de leurs maux, la brutalité qui se complaît dans les coups, les injures, les scènes de pugilat et les combats d’animaux, l’épaisse sensualité qui sc repait de viandes et de bière, l’égoïsme qui sépare jusqu’aux verres des buveurs, enfin une criminalité plus forte que chez les autres nations civilisées.
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« Mais derrière ces vices, tristes fruits de la misère, de la douleur et de l’ignorance, il y a de solides vertus. Le prolétaire anglais a dans le cœur un sentiment inné de générosité. Il est doux aux faibles et rude aux forts. Le bien le charme, et son appui est assuré à ce qui est généreux. S’il est aveuglé par sa personnalité au point de perdre la notion de la justice, il n'est guère atteint d’avarice et donne avec plaisir. Son amitié est sûre, quoique <peu démonstrative; il tient sa parole et méprise la perfidie. Les revers redoublent son énergie au lieu de l’abattre ; il ne désespère jamais de ses entreprises, parce qu’il sait tout sacrifier au succès, même sa vie. 11 n’a pas les mesquines vanités qui avilissent les classes intermédiaires. A sa patrie, qui pour lui est moins une mère qu’une marâtre, il conserve un inépuisable amour. 11 lui dévuue son existence entière; il l'admire, il la trouve aimable; il pousse l’illusion jusqu’à lui donner l’épithète de joyeuse et de bonne vieille Angleterre. »
Transplanté dans le Nouveau-Monde, l’Anglais a déjà pris un type quelque peu différent. Les Yankees, comme les Indiens les appelaient, c’est-à-dire les Taciturnes ( Ya-no-ki ), ont perdu dans l'Amérique du Nord leur caractère et la physionomie qu’ils tenaient de la mère patrie. Un type nouveau, moral et physique, rappelant davantage le type des Peaux-Rouges méridionaux, s’est formé chez l’homme du sud de l’Amérique, et ce type s’est exagéré chez l’homme de l'Ouest, plus rude et plus grossier que celui du Nord.