‹ Les Races humainesChapitre 37 sur 62 · FAMILLE HINDOUE · texte numérisé non relu

FAMILLE HINDOUE

La famille hindoue forme la majeure partie de la population de l’Hindoustan septentrional. Les dialectes parlés dans ce pays ont généralement des rapports avec la langue sanscrite.

Dans les castes supérieures le teint de la peau des Indiens est assez clair. Il se rembrunit chez les gens des castes inférieures.

Parmi les peuples de la famille hindoue nous citerons les Leiks, peuples belliqueux, remarquables par la beauté de leur visage allongé; les Djals, les Hadjepoutes et les Mahrattes ; les Dcngaliens , peuple doux et commerçant; enfin les Cinghalais, ou habitants de l’ile de Ceylan.

Un de nos plus savants voyageurs, M. Alfred Grandidier, a publié dans le Tour du monde , en 1869, le récit d’un Voyage dans l'Inde. Nous emprunterons à cette relation les traits généraux qui résument parfaitement l’état social de l’Inde actuelle, considérée surtout dans la partie centrale de la presqu’île. En effet, il serait difficile de ramener à une unité de mœurs et de caractères l'Inde tout entière, dont la population est de cent quatre-vingts millions d’âmes, et dont la superficie égale celle de toute l’Europe continentale, si on en retranche la Russie.

L’Inde se divise en trois bassins bien distincts : le bassin de l’Indus, celui du Gange et le plateau de Deccan, qui constitue l'Inde centrale.

Le Deccan est l’Inde classique, c’est-à-dire la seule qui soit bien connue des Européens. C’est cette partie de la presqu'île indienne que M. Grandidier a visitée, et sur laquelle il nous fournit les observations générales qui vont suivre :

c Les Hindous du Deccan, dit M. Alfred Grandidier, se rapprochent de la race aryenne (caucasique) pa l’ovale de la tète, la configuration du crâne et

RAGE BRUNE

l’angle facial. Ils semblent s’en éloigner par leur couleur. Leur corps est peu robuste ; l’homme des basses castes est maigre et grêle ; il supplée à la force par la légèreté et l’agilité. La couleur de sa peau varie du brun cuivré au brun foncé; sa chevelure est lisse et d’un beau noir, et sa barbe est assez abondante.

Fig. 171. Jeune Hindoue.

« Timide et doux, l'Hindou manque de persévérance, de fermeté; doué d’une compréhension facile, il est incapable d'un travail soutenu ; deux jougs pesant sur lui de date immémoriale, celui de la caste et celui de la domination étrangère, en ont fait une créature flexible, ayant plus de pru-

dence et de finesse que d'énergie et de droiture, plus d'astuce dans l'esprit que de noblesse dans les sentiments.

c Une imagination vive que n'a jamais réglée une éducation rationnelle l'a conduit aux superstitions grossières que sanctionne la religion hindoue avec tout son cortège de divinités impures. Si la timidité de son caractèie l'a préservé d'un fanatisme aussi brutal que celui des musulmans, sa re-

fis. 17*. Entants indiens t Bombay).

ligion n'en est pas moins chère à son cœur, et scs croyances, au moins parmi le peuple, sont sincères.

« Le civaisme, auquel appartiennent la plupart des Deccanis.a tant de prix à leurs yeux qu'ils y sont plus attachés qu’à la vie. Les doctrines les plus absurdes rencontrent en eux une foi vive et ardente. Cette religion plait à leur imagination par scs rêves fantastiques et par sa poésie grossière, et cérémonies sacrées les amusent, tout en flattant eurs passions.

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« L'absence de besoins contribue à les rendre imprévoyants, et leur imagination vive et enfantine, trouvant un aliment dans les moindres faits, qu’ils poétisent à leur manière, les pousse vers la vie contemplative et indolente.

a Leur religion avec ses doctrines de métempsycose accroît encore cette tendance naturelle de leur esprit ; il en résulte cette force d’inertie incroyable contre laquelle tout vient se briser. Ce qui touche à leur foi a seu le pouvoir d’ébranler les masses.

i Le costume des Hindous est le dhoti, longue bande d'étoffe roulée autour de la taille, puis passée entre les jambes et attachée derrière le dos. Co vêtement laisse à nu le haut du corps et les jambes. Les classes aisées portent une courte chemise (angarkah) et une longue robe blanche (jamah). La tête est toujours couverte d’un turban de couleur et de dimension différente selon les castes et les sectes. Peu d'Hindous ont des souliers ; les sandales sont d’un usage presque universel. Les femmes portent le choli, petite jaquette à manches courtes qui ne descend pas plus bas que la poitrine, qu’elle comprime en la soutenaut, et le sary, grande pièce de toile qu’elles enroulent autour de la taille et rejettent coquettement sur l'épaule ou sur la tète. Ce costume gracieux rappelle la chlamyde dont est revêtue la Diane de Gabics.

« En somme, on peut dire que le costume des Hindous est, en général, élégant et approprié au climat et à leur genre de vie. Bien que chaque caste, chaque secte ait son mode particulier de le porter, il n’en reste pas moins, sur toute la superficie de l’Iude, le trait le plus uniforme, le plus caractéristique de la population.

« Les deux sexes aiment passionnément les bijoux : les femmes de la condition la plus infime portent souvent au nez un anneau d’or enrichi de I cries. Leurs brne sont entourés de bracelets d’argent, de cuivre ou de verre. Leurs orteils sont ornés de bagues et leurs jambes de cercles de métal fort pesants. Quant à leurs oreilles, elles ploient littéralement sous le poids des boucles d’or dont elles sont surchargées; et les lobules sont percés d’énormes trous (souvent de deux à trois centimètres de diamètre) où s’introduisent des ornements d’or, en forme de petites roues, que remplacent dans les jours de travail de simples morceaux de feuilles roulées : usage qui s’est propagé jusqu’en Polynésie.

« Les Indiens convertissent toute leur petite fortune en bijoux. Cet usage provient autant de la vanité que de la superstition qui leur fait envisager tout bijou comme doué du pouvoir de détourner les sorts et les maléfices.

« C’était aussi, sous l’ancienne monarchie mogole, un moyen de soustraire leurs biens h l’avidité du tyran musulman à qui sa religion défendait de s’approprier les effets des femmes.

« Les Hindous tiennent beaucoup à leurs prérogatives, et souvent des luttes terribles ont ensanglanté le continent indien, occasionnées par une caste qui ne voulait pas se conformer aux usages reçus. On a vu des batailles sanglantes livrées sans autres motifs que des pantoufles d’une certaine forme que voulaient porter des castes inférieures, ou bien à cause d'instruments de musique dont un clergé de bas étage roulait se servir et qui

avaient toujours été exclusivement réservés au culte des dieux d’un ordre supérieur, etc., etc.

« Il existe chez les Hindous une politesse raffinée et des manières élégantes; mais la moindre concession du respect auquel le rang social donne droit, le moindre relâchement dans l’étiquette prescrite , sont considérés comme une marque de faiblesse et un aveu d’infériorité.

<r Les formules employées dans la conversation avec un indigène varient suivant la position qu’il occupe. Rien n’est plus facile que d’exciter leur susceptibilité. — Ne parlez jamais à un Oriental de sa femme et de ses filles : ce serait contraire aux coutumes. Si vous l’entretenez soit des malheurs ou des maladies qui ont pu l’affiiger, soit des succès qu'il a obtenus,

Fig. 173. Un palanquin indien.

appliquez tous vos soins à ne pas éveiller en lui des idées superstitieuse sur le3 sorts dont il pourrait se croire menacé. Se servir de la main gauche en saluant, en mangeant, en prenant le café, est une insulte; la main droite seule est destinée aux usages nobles, et la main gauche, la main impure, est réservée aux ablutions.

« En Europe, on se découvre la tète en signe de respect; ôter leur turban est pour les Orientaux un acte irrespectueux ; mais s’ils gardent leur turban, ils enlèvent leurs chaussures à l’entrée des habitations. Cet usage est des plus rationnels, et je ne saurais trop l’approuver. Sur le parquet des appartements est étendue une toile blanche où l’on s’assoit les jambes croisées, accoudé sur des coussins. Les souliers n’ont-ils pas été faits pour

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protéger les pieds contre les aspérités du sol, contre la boue et la poussière des chemins? Et ne deviennent-ils point nuisibles, ou tout au moins inutiles dans l'intérieur des maisons?

« Dans une visite, il faut avant de se retirer attendre qu'on soit congédié. On pense avec raison qu’un visiteur ne saurait être pressé de quitter l’ami qu'il est venu voir. L’hôte, au contraire, peut avoir des occupations urgentes qui réclament sa présence en toute hâte. Les formules de congé varient ; ce sont les simples mots : o Venez me voir souvent, » ou bien : « Rappelez-vous que vous serez toujours le bienvenu parmi nous. » Des cadeaux de (leurs, de fruits terminent en général les visites, et on offre toujours le bétel.

« La nourriture ordinaire des Hindous est fort simple, et leurs repas sont de courte durée. Du riz bouilli dans l'eau et du cari (mélange do végétaux, de ghy ou beurre clarifié, d’épices et de safran), rarement des œufs ou du lait, peu de poisson, parfois des galettes grossières de farine, des bananes, des fruits de l’arbre à pain ou du jaquier : voilà ce qui compose malin et soir le repas du riche comme du pauvre. Les feuilles du bananier tiennent lieu de plats et d’assiettes. Même pour manger les légumes et le riz, les mains remplacent les cuillers et les fourchettes; et pour déchirer les viandes, c’est aux dents seules à faire l’office du couteau absent. Les sauces qui découlent du menton et des doigts des convives donnent aux repas hindous un aspect qui inspire à l’Européen un certain dégoût. On ne boit que de l’eau et on fait peu usage de l’arrak (esprit extrait du vin de palmier).

« Très-fidèles observateurs des injonctions religieuses qui prescrivent l'abstention de toute nourriture animale, sous peine d’être exclus de la société et rejetés du sein de la famille, les gens de caste ne mangent jamais de viande; quant aux parias, ils dévorent toutes sortes d’animaux, et sont très-adonnés à l’arrak.

« On fait dans toute l’Inde un emploi incessant du bétel. Dans les pays chauds où l’on mène une vie sédentaire, les estomacs sont paresseux et ne peuvent ni prendre la nourriture ni absorber les mêmes quantités d’aliments que dans les pays du nord. Les substances végétales qui forment le menu ordinaire des Hindous ne sont pas du reste très-riches en matières azotées, et leur présence dans leurs estomacs détermine la formation de gaz sans le stimulant alcalin employé chez tous les peuples de l'Inde qui en prévient le développement, je veux parler de la noix astringente d’arèque qu'ils mâchent avec un peu de chaux étendue sur une feuille de poivre bétel.

t Ce mélange teint les lèvres et la langue en rouge; malgré l'effet pernicieux qu’il exerce sur les dents, son action est certainement utile aux fonctions digestives.

u Le tabac roulé dans une feuille verte est fumé universellement par les hommes sous forme de cigarette.

a On parle dans l’Inde un grand nombre de langues différentes; les philologues n’en ont pas dénombré moins de cinquante-huit; mais il n’y en a que dix qui aient un alphabet particulier et une littérature : cinq au nord, connues sous le nom des cinq Gaurs, et cinq dans le Deccan, qu’on appelle

les cinq Dravirs. Le sanscrit, langue morte, ainsi que ses deux dérivés le pâli et le pracrit, est plus ou moins mêlé à tous les idiomes de l’Inde ; mais tandis que dans le nord il en forme la base incontestable, dans le sud il n’est que greffé sur des langues préexistantes, et l’on n’en retrouve souvent que de faibles traces. Tous les alphabets semblent avoir été inventés séparément, mais ils ont été améliorés par l’arrangement régulier et philoso-

Fig. 174. Marchands de coton Bombay.

phique du devanagari : c’est le nom donné îi l’alphabet sanscrit, le plus parfait de tous. Les langues vivantes, du reste, ont une structure grammaticale très-simple.

a L’hindoustani, qui est parlé dans la province d’Agra, est de toutes les langues de l’Inde la plus cultivée et la plus généralement usitée. Elle a reçu un grand mélange de persan depuis la conquête musulmane. Outre le lan-

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gage local propre h chaque district, l'hindoustani est employé par toutes les personnes instruites, ainsi que par ceux qui professent la foi musulmane.

« L’esprit de caste remplace chez les Indiens l’esprit de famille; ils aiment leurs femmes et leurs enfanls, mais cette affection est subordonnée h certains principes que nous allons développer. L’expulsion de la famille tient à des causes mulliples. principalement à la violation des règlements

Fig. 175. brahmane indien.

prescrits par la religion ou au commerce illicite de femmes de haute caste avec des hommes de condition inférieure. Les brahmanes et les çoudras, ainsi que les parias eux-mèmes, sont divisés en une multitude de souscastes dont un membre ne peut ni manger, ni boire, ni se marier, avec aucun membre d’une autre sous-caste. Si un Indien vient à être dégradé, s'il perd sa caste, il est repoussé par ses parents ; sa femme est considérée comme veuve, ses enfants comme orphelins; il n’a aucun secours, aucune

pitié à attendre de ceux qui l’avaient jusqu’alors entouré des soins les plus empressés.

« Les Européens sont mis au rang des parias ù cause de l’usage qu’ils

Fig. i76. Fakir indien.

font chaque jour à leurs repas de la viande de bœuf. Les brahmanes consentent bien à donner la main aux Européens, mais, en rentrant dans leur demeure, ils ont soin de quitter leurs vêtements et de taire des ablutions

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afin de se purifier de la souillure que leur a imprimée un contact aussi impur ; ils prétendent même que le regard d’un paria suffit pour souiller les objets.

c Chaque villacre deccani se compose toujours de deux parties séparées par une distance de quelques mètres. Ce sont deux quartiers bien distincts.

Kig. i"7. l’agode à Sinhingiiam.

l’un réservé aux gens de caste, l’autre entouré de baies et destiné aux parias; il n’est pas permis à ces malheureux êtres d'entrer dans les rues du village sans le consentement des habitants, et il leur est défendu de puiser de l’eau ailleurs que dans les puits affectés à leur usage. Là où les parias ne possèdent pas de puits, ils vont déposer leurs jarres auprès des puits des gens de caste, et attendent humblement et patiemment l’aumône de quel-

ques verres d’eau. Ce sont toujours les femmes qui sont chargées de ce soin de ménage.

« Les castes supérieures donnent souvent aux parias des présents qu’elles déposent invariablementsur le sol, dans la crainte de contracter par le simple contact cette lèpre morale dont les parias sont entachés à leurs yeux. Jamais un homme de caste n'accepte un don de la main d’un paria.

t Si sous le rapport physique et intellectuel les gens de caste l’emportent de beaucoup sur les parias, ces derniers sont plus laborieux, plus dociles, plus accessibles au souffle de l’Europe. Dans la présidence de Madras, ils forment le fond le plus discipliné et le plus solide des recrues indigènes de l’armée anglaise.

* Ces quelques faits ont été cités au hasard entre mille autres. Si l’on voulait énumérer toutes les subdivisions de castes basées sur la conduite, les emplois et les occupalions de chacun, si l’on décrivait en détail les vêtements et les ornements qui varient à l’infini suivant la caste, si l’on racontait les préjugés concernant la nourriture et les rapports quotidiens de. la vie, il faudrait écrire plusieurs in-folios. On rencontre partout les mêmes tendances, le désir de briller, et l’ambition de commander sans faire aucun des efforts nécessaires pour s’en rendre digne. Dans les détails les plus frivoles et les plus absurdes, on retrouve les mêmes mobiles. L’existence de ces castes a toujours empêché la formation d’un peuple homogène. De là ces rivalités si vivace3, ces inimitiés sans fin qui ont de tout temps porté atteinte à l’indépendance nationale, en facilitant les envahissements des étrangers.

« En dehors des conséquences sociales dont nous venons de parler, les Hindous croient encore à des conséquences religieuses. Les diverses castes ne sont point aptes, en effet, à recevoir la même instruction, ni à être initiées aux mêmes mystères, et cette inaptitude se continue même dans les autres existences, d’après le dogme des çavaïtes. »

Ce qui précède se rapporte aux Indiens du Deccan. 11 serait trop long et sans intérêt de parcourir les autres populations de la presqu’île indienne, les habitants du Bengale, les Radjcpoutes, les Mahratlcs , etc.

Nous dirons seulement quelques mots des Cinghalais, ou habitants de l’ile de Ceylan.

Les Cinghalais (fig. 178 à 182) sont tout à fait Indiens par la ligure, le langage, les mœurs, les coutumes, la religion et le gouvernement. Ce ne sont pas leurs traits qui les éloignent des Européens, mais leur couleur, leur taille, les proportions du corps. La couleur de la peau varie du brun clair au noir; les cheveux et les yeux noirs sont les plus communs. Leur taille est inférieure à celle des Européens. Ils sont bien faits ; leurs muscles sont bien dessinés. Leur poitrine et leurs épaules sont larges; leurs pieds et leurs mains petits. Leurs cheveux sont abondants, et ils les

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laissent croître dans toute leur longueur; leur barbe est peu fournie. Les femmes sont, en général, bien faites.

Une beauté accomplie doit réunir les traits suivants, si l’on en croit un dandy kandien (Kandy est la ville principale de l’ile de Ceylan) : une chevelure fournie comme la queue d’un paon, assez longue pour atteindre jusqu’aux genoux et terminée en boucles gracieuses; des sourcils ayant la forme de l'arc-en-ciel; des yeux

Fig. 178. Cioghalais (habitants de l'ile de Ceylan).

bleus de saphir; un nez droit comme le bec d’un faucon; des lèvres rouges et brillantes comme le corail ; enfin, des dents petites, régulières, serrées, semblables aux boutons du jasmin.

Personne n'ignore que l’ile de Ceylan doit à ses plantations de calé une grande prospérité. Les Anglais font un grand commerce avec les habitants de cette île, agriculteurs émérites pour la culture du caféier.

g Les Kandiens, dit M. Alfred Grandidier, ont une constitution plus robuste, les membres moins délicats, les traits moins efléminés que leurs compatriotes du littoral; leurs épaules vigoureuses, leur poitrine large, leurs jambes courtes, mais musculeuses, sont une preuve de l'effet que peut produire le climat sur le développement du corps.

a Les mœurs de ces montagnards n’ont point été altérées par les influences étrangères qui ont imprimé un caractère complexe à celles des habitants des côtes; on retrouve chez eux ces usages primitifs qui puisent

leur origine dans les nécessités impérieuses de la vie. Ils n'ont point la timidité et la servilité que nous avons constatée chez les individus des districts maritimes. L'état féodal dans lequel ils ont vécu longtemps a entretenu en eux une énergie et une indépendance rares chez les peuples de l’Inde.

La configuration du sol leur a en effet permis plus aisément qu’à leurs frères des plaines du nord de conserver leur liberté , que l’agression vint de leur propre souverain ou d'usurpateurs étrangers. Il règne encore chez eux cependant cette indolence naturelle à tout peuple qui n'a à lutter contre aucun obstacle matériel pour se procurer les nécessités de la vie. Il

Fig. 179. Noble cinghalais.

est triste de dire que la tyrannie de leurs maîtres, chefs ou rois, les a façonnés à l’hypocrisie et les a rendus vindicatifs.

i Tandis que les Cinghalais de la côte se sont adonnés au commerce et à l’industrie, ceux des hautes régions ont toujours montré de la répulsion pour ce genre d'occupation. Ils ont de tout temps évité tout rapport avec l’étranger, et aujourd'hui encore, pour se soustraire, autant que possible, à des relations avec les colons anglais, ils cachent leurs villages au milieu de la jongle, à quelques centaines de mètres des sentiers même les moins fréquentés. La présence d’une rizière au milieu des forêts, l’aspect de cimes

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de cocotiers dénotent seuls l'existence d'êtres humains dans les lieux qu'autrement on croirait inhabités. bans ces contrées où la nature a rassemblé tant de richesses, les rapports d'homme à, homme qui seraient assurément utiles au bonheur de tous, no sont point cependant indispensables, et les indigènes aiment leur solitude où ils jouissent à profusion de toutes sortes de biens.

« Les Cinghalais des montagnes ont pour leurs chefs un respect traditionnel. et sont très-attachés à leurs anciens usages. Leur costume diflère

F g. I so. Cinghalaises.

de celui des Cinghalais des plaines, en ce qu'ils ne portent point habituellement de veste; ce vêtement est en elTet exclusivement réservé aux nobles, qui s’en parent dans les cérémonies; ils laissent à leur chevelure toute sa longueur, sans la retenir par un peigne. Des lois somptuaires et des injonctions religieuses déterminent au rest ■ le vêlement particulier à chaque classe ; la plupart sont encore en usage de nos jours chez les Kandiens, malgré l'abolition des casles prononcée par le gouvernement anglais.

« La longueur des jupons en forme de fourreau qu’hommes et femmes portent indistinctement dans les montagnes comme dans la plaine et qui

semble la partie du costume national à laquelle ils attachant la plus grande importance, était jadis proportionnelle à la position sociale de l’individu.

« Pour les parias, ce fourreau ne pouvait dépasser le genou. Les hommes et les femmes de caste inférieure avaient la poitrine nue. Entre les chefs eux-mêmes il y avait, et il y a encore, une différence dans la manière de porter le comboye; après l'avoir roulé deux ou trois fois autour des hanches et des jambes, ils forment autour des reins une ceinture plus ou moins vblumineuse, dont la dimension dépend du rang. Les nobles se distinguent, en outre, du peuple par leur coiffure, extraordinaire. C’est une

Fig. 181. Prêtres cinghalm.

sorte de béret en toile blanche. Les classes inférieures s’entourent simplement la tête d'un foulard, en ne laissant à nu que le sommet. Le roi avait seul le privilège de porter des sandales. Les prohibitions, telles que celle de porter des chaînes et ornements en or et en argent, sont encore scrupuleusement observées par les Kandiens, qui s’opposent de tout leur pouvoir aux empiétements des castes inférieures. »

M. Guillaume Lejean a publié d’intéressantes Notes de voyage dans le Pandjab et le Cachcmyr . Nous n’avons pas l’intention de suivre

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le savant voyageur dans ses rapides excursions à travers l’Hindoustan. Nous voulons seulement faire connaître une opinion nouvelle émise par l'auteur concernant l’ethnologie des populations indiennes.

M. Guillaume Lejean croit avoir retrouvé dans l’Hindoustan les

Fig. 182. Chef d’un village cinghalais.

Aryas, c’est-à-dire le peuple primitif d’où descend la race aryenne ou caucasique. Les traits de ces peuples, nos véritables ancêtres, sont réguliers et ont le caractère européen. Le teint n’est pas plus brun que celui des Provençaux, des Siciliens ou des habitants du midi de l’Espagne. Nous ne parlons pas ici des castes inférieures, dont le teint descend jusqu’au noir fuligineux des Nubiens. Les

paysans ont de longues chevelures légèrement ondées, d’un noir

Fig.

18J. Habitant du Scinde.

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